No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Pere Ubu: « Lady from Shanghai »

Tente-cinq ans après ses débuts, le groupe de Chris Thomas continue sa trajectoire sans compromis, plus subversive que celle affichée à l’époque par les punks. Dès le début Thomas vitupère sur fond de déluge sonre et électronique : « Vous pouvez tous aller en Enfer ! » Le ton est donné et cette densité restera rémanente tout au long de l’album.

Comme à l’accoutumée la construction du dique semblera irrationnelle mais elle n’est qu’une nouvelle façon de réactualiser le surréalisme. L’arbitraire n’a pas de place dans ce qui apparaît comme une logique structurée autour de ce qu’il pourrait être vu comme l’équivalent aural de la parole automatique. Le mode choisi sera celui de la dance qui lie les titres de façon cohérente. Le post-punk est alors poussé jusqu’au bout par, qui un bourdonnement de guêpes emprisonnées dans un pot(« Mandy »), qui une version dérangeante de « Mary Had a Litthe Lamb » sous la forme d’un «  Feuksley Ma’am, The Hearing » azimuthé ou la crachotement d’un CD rayé culminant sur un chaos de guitares qui seraient broyées par le son qu’elles émettent.

On trouvera ici traces d’un groupe comme The Fall, seul combo qui a toujours eu grâce aux yeux de Thomas dans la manière dont le rock est astucieusement subverti.

Le coté arty de Lady From Shanghai demeure volontairement obscur ce qui nécessitera(it) écoutes répétées et attentives. Une fois de plus Pere Ubu explore à la fois les clichés du rock et ceux du rock expérimental pour mieux les exposer et les faire exploser. Que ceci puisse encore fonctionner sera cependant une interrogation qui court depuis plusieurs albums : Pere Ubu n’est-il pas, à son tour, atteint par son propre formalisme ?

★★½☆☆

9 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

US Girls: « GEM »

U.S. Girls n’est pas un groupe féminin, puisqu’il est composé d’une seule personne, Megan Remy qui n’est pas non plus Américaine puisque native de Toronto. Fausse piste également que la couverture « mode » de l’album tout comme son titre : JOYAU.

Ce disque (le quatrième mais premier sous ce nom) pourrait, en effet, être qualifié comme entrant dans la catégorie du bricolage low-fi. Celui-ci sonne, qui plus est, tout sauf « fashion » puisque agrémenté de bruits divers au mixage comme pour donner un aspect habité à ses compositions pop.

GEM est donc un opus peuplé de fausses-pistes où voisinent une esthétique brute de décoffrage et penchants certains pour une pop plus domestiquée.

L’intéressant est que Remy est capable de juxtaposer les deux registres et de greffer des vocaux presque « glam » et « pattismithiens » en diable à des titres sombres comme la guitare en reverb qui hante les couloirs de « Don’t Understand That Man » ou à la désolation qui imprègne « Another Color ». Le résultat n’est pas un assemblage artificiel mais, précisément, une complémentarité qui permet d’éviter aux titres de sonner de manière trop grinçante.

La palette de la chanteuse sera donc résolument axée sur la discordance comme en témoignera aussi un « Rosemary » effrayant même si on se trouve parfois plongé dans un bain de jouvence plus pop avec la synth-glam de « Work From Home » ou la reprise du « Jack » de Brock Robinson.

GEM est un album indéniablement ambitieux ; il capture avec facilité ces univers antinomiques en apparence que sont musique accessible et pop déconstruite façon P.J. Harvey ou Julia Holter.

★★★½☆

9 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

The Fresh & Onlys: « Long Slow Dance »

On ne peut pas dire que The Fresh & Onlys ne soient pas prolifiques avec quatre albums en trois ans ainsi qu’un nombre conséquent de E.P.s et de « singles ». Dans cette constante, il en est une remarquable ; nos rockers issus de San Francisco ont à chaque fois évité toute récurrence depuis l’album éponyme de leurs débuts, une surf pop contrastée car obscurcie par des guitares fuzz, leur énergie et leur inspiration semblent ne donner aucun signe de faiblesse.

Long Slow Dance voit les quatre membres du groupes continuer leur escapade musicale au travers de l’univers de la garage pop. C’est avec une fougue indéniable cette fois que le combo semble poursuivre une trajectoire qui n’a rien de lisse tant les onze titres qui constituent l’album sonnent comme autant de combats. Ces véritables joyaux sont emmenés (même promenés) par une guitare immense et débridée épaulée qu’elle est par une section rythmique basse/batterie pétulante et tendue.

Ainsi, « Dream Girls » aurait pu , certes, être écrit avant ce L.P. Ma s il n’aurait pas eu ce vernis pop brillant et ramassé. C’est untitre plein de sève transfiguré par le phrasé vocal délicieux de Tim Cohen. « Fire Alarm » est un autre exemple montrant comment The Fresh & Onlys ont su domestiquer leur frénésie en l’accouplant à quelques plages de synth pop qu’ils concilient toutefois avec la verve et la vigueur qui leur est inhérente. Celles-ci se retrouvent alors comme décuplées sur un « Euphoria », infernal assassinat rythmique constellé par des boucles de guitare saturées en reverb qui sont comme issues d’un rêve psychédélique que les vocaux fantomatiques de Cohen hanteraient.

Long Slow Dance est le symptôme du renouvellement incessant du groupe ; il ne faudra pas s’étonner alors que leur musique soit toujours aussi… rafraichissante à défaut d’être unique.

★★★½☆

9 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire