No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Garage Dropout: « Bubblegum Graveyard »

Nuggets, la compilation réalisée par Lenny Kaye, puisait aux racines du « garage rock ». Il ne se doutait sans doute pas qu’elle serait la pierre angulaire de ce même mouvement et qu’elle donnerait naissance à un nombre incalculable de combos s ‘y référant. Apache Dropout est un de ces groupes contemporains qui, malgré les tendances actuelles du rock, continuent à brandir cette flamme.

Trio originaire de Bloomington dans l’Indiana, leur musique est simple et basique avec, sur ce deuxième album, des compositions qui continuent à faire perdurer fuzz guitars, rock acide et freaky et vibrations qui essaient de capturer l’essence d’un rock qui serait synonyme de violence sonique et d’hallucinations.

Bubblegum Graveyard puise pourtant à d’autre sources ; la musique « psyché-bubblegum » de groupes comme The Lemon Pipers, comme un témoigne le titre d’ouverture, un Archie’s Army » sautillant en diable et des chansons d’amour pleines de fanfaronnades et de panache comme un « 1-2-3 Red LIght » qui ose toutefois s’aventurer sur le terrain d’une nostalgie guimauve avec des harmonies chantonnantes et un rythme de surboum adolescente comme on disait à l’époque.

C’est néanmoins le « graveyard » qui prédomine avec des emprunts aux Standells (« Robbin’ The Bank »), aux 13th Floor Elevators (« Katie Verlaine ») ou à Syd Barret (« Hey Valentine »).

Bubblegum Graveyard est donc un pèlerinage « trippy » enrobé de quelques sucreries ; il ravira les connaisseurs et enchantera ceux qui ont découvert le « garage rock » avec The Vaccines.

★★★½☆

25 décembre 2012 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

The Staves: « Dead & Born & Grown »

Trois soeurs originaires de Watford Emily, Camilla et Jessica Steveley-Taylor produisent ici un album, Dead & Born & Grown sur la foulée d’un EP assez bien reçu dans les cercles folk et d’une tournée où elles ouvraient pour Bon Iver.Il est aisé de comprendre en quoi la musique de The Staves plait dans ce cadre précis car, elle pourrait sans jurer, côtoyer celle de Sandy Denny ou Laura Marling. On y trouve ainsi des guitares acoustiques à peine accompagnée de légères percussions et surtout ces harmonies vocales, ici prises à trois voix, qui à elles seules parviennent à remplir un espace bucolique et tranquille. Climat rupestre et verdoyant donc mais le trio sait aussi se faire plus incisif, sur des titres comme « Snow » guère éloigné d’un country rock à la Gram Parsons où plutôt à la Joni Mitchell.

L’impression d’ensemble est alors celle d’un album respirant la confiance et la dsérénité, confiance en ces harmonies sur lesquelles s’appuient les trois jeunes filles (un « Wisely & Slow » qui ouvre le disque sur un passage a capella de près de deux minutes), sérénité puisque tout concourt à évoquer ce que le folk est le plus apte à véhiculer , à savoir espaces de fraîcheur inoffensive.

On sent l’instrumentation calibrée pour se mettre au service de des envolées vocales ; peut-être l’est-ce un peu trop, peut-être aussi refrains plus attachants et moins monocordes pourraient parvenir à susciter émotion. Peut-être sera-t-on, alors, à même d’évoquer un folk du 21° siècle.

★★½☆☆

24 décembre 2012 Posted by | Quickies | , , , , | Laisser un commentaire

BMX Bandits: « BMX Bandits in Space »

Comment décrire le seizième album de ce groupe écossais qui nous revient après un long intervalle de 5 ans, qui a exploré à peu près toutes les facettes de la pop-rock et qui fête, mine de rien, son 25° anniversaire de carrière dans la musique ? Les Bandits se sont-il posés la question avec ce BMX Bandits in Space qu’on pourrait s’aventurer à qualifier de « space-pop opera » ?

Beaucoup d’interrogations pour un disque dont on pourrait dire qu’il est la somme de tous les efforts accomplis auparavant. BMX Bandits in Space est, en effet, un étrange assemblage comprenant des sons qui semblent venir de l’espace mais qui sont mixés de façon presque rétrospective. On a droit à des titres qui voisinent la bonne originale d’un film rétro (« Look At You, Look At Me » et un « All Around The World » qui, se mêlant d’électronique, pourrait être la sonnerie d’un téléphone mobile datant de près de 20 ans.

On trouve aussi des valses, des rockers, des pop songs et des ballades ; tout un balisage presque exhaustif de genres qui ont jalonné ces dernières décades.

Disque « vintage » alors ? En un sens oui puisque les espaces qu’il explore sont clairement datés vers le révolu mais, la chaleur des mélodies, la douceur des vocaux, des arrangements qui sont si atemporels parviennent à nous faire croire que l’album pourrait avoir été enregistré hier… ou il y a 50 ans.

La pop n’a pas la réputation de « fabriquer » du durable ; ce charmant petit opus pop s’écoute pourtant avec plaisir constant, un plaisir dont on pourrait tout à fait imaginer qu’il puisse être perçu avec le même intérêt d’ici quelques décennies.

★★★½☆

23 décembre 2012 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Adam Cohen: « Like A Man »

« Tiens un nouvel album de Leonard Cohen ! » pourrait-on se dire si on écoutait en aveugle « Out of Bed », titre d’ouverture de Like A Man. On oserait même extrapoler et penser qu’il s’agit d’un clin d’oeil à « I’m Your Man » chose qui, en soi, ne serait peut-être pas erronée quand on découvre que l’auteur de ce disque est Adam Cohen, le « fils de » donc.

Une fois affranchi de ces informations et sachant en outre que le fiston a écumé quelques groupes de rock avant de démarrer sa carrière solo, on essaiera d’apprécier ce troisième album de la façon la plus neutre possible. La chose est difficile tant la voix de baryton est familière et tant le production (guitare à cordes de nylon, contrebasse, arrangements à cordes et harmonies vocales) sont le reflet de la filiation de Adam Cohen.

Côté compositions, et si on fait abstraction de textes qui lui sont propres, on a affaire à les mêmes refrains pris sous le mode du mid-tempo, ces mêmes atmosphères chuchotées (les backing vocals de Jennifer Warnes sont exemplaires à cet égard) propres à véhiculer sensations douces amères voire même poignantes (« Sweet Dominique » ou le déchirant « What Other Guy »).

Au total on a droit à un album de singer-songwriter qui serait satisfaisant et sans réelles surprises si ça n’était les gènes dont Cohen est porteur. Ceux-ci induisent une certaine attente et de ce point de vue, on ne peut s’empêcher d’établir une comparaison : disons alors que Like A Man est indubitablement un travail adulte et abouti mais qu’il n’atteint sans doute pas un niveau lui permettant d’interpréter « I’m The Man » et de se l’approprier.

***

23 décembre 2012 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Dylan Mondegreen: « Dylan Mondegreen »

Sous ce nom de Dylan Mondegreen, on retrouve un chanteur compositeur norvégien, Børge Sildnes. Bien que nous ayons affaire à un album éponyme, celui-ci est déjà le troisième opus de cet artiste dont les références seraient son compatriote scandinave Jens Lenkman. Particularité ici, une production confiée à Ian Catt qui a travaillé avec Saint Étienne. Le résultat en est un disque intime, et mélancolique dans laquelle la nostalgie n’est jamais totalement triste, parsemée qu’elle est de graciles enjolivures rappelant Prefab Sprout. Celles-ci se nomment glockenspiel (« Keeper of Secrets »), arrangements à cordes ou à bois (« Tears All Over Town »), subtiles strates sonores qui donnent profondeur et amplitude à une atmosphère qui se voudrait intimiste et confidentielle. « It Takes Two » égayera ainsi l’atmosphère par une rythmique plus enlevée et des « steel drums » rafraichissantes tout comme ce duo vocal avec Maria Due sur « Come Tomorrow » apportant une touche de sophistication et d’humour à un disquequi semble souhaiter secouer ce qu’une thématique austère (la paternité, le vieillissement) explore souvent.

En résumé un album policé avec cette touche de vernis que les arrangements procurent. C’est pourtant quand cette élégance se craquèle et que l’artiste se montre moins inoffensif et plus sensuel, sur « You Make It Easy » par exemple, que l’on se dit qu’un peu moins de netteté; donnerait à son introspection vigueur ou chair. En faisant fi d’une démarche trop esthétisante Mondegreen aurait alors permis de faire vibrer autre chose que l’intellect et le confort de la bienséance.

★★½☆☆

22 décembre 2012 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Bryan Ferry Orchestra: « The Jazz Age »

Depuis Roxy Music, Bryan Ferry a toujours été réputée pour sa voix veloutée, ses attitudes de « crooner » et son aptitude à réinterpréter de façon crédible les compositions d’autres artistes. Avec The Jazz Age, il prend le contrepied de ce sur quoi on pourrait l’attendre puisqu’il s’entoure d’un orchestre de jazz (chose qu’il a déjà faite sur certains de ses albums, As Time Goes By par exemple) et que, cette fois-ci, il lui fait reprendre ses propres morceaux.

Ce ne serait pas une façon singulière de fêter son quarantième anniversaire dans la musique si, Ferry n’avait pas décidé que The Jazz Age serait un disque instrumental dans lequel ses œuvres sont passées à la moulinette du jazz des années 20.

On a droit donc à un florilège d’arrangements de cuivres (clarinette ou saxo baryton) le tout récréant une époque rappelant Louis Armstrong ou le Dixieland. Les mélodies sont restées intactes, ce qui n’était pas une gageure d’autant que les tempos ont été remanié. Néanmoins, « Do The Strand » sonne toujours aussi bondissant que l’original et « Virginia Plain » sait réitérer cette rythmique significative qui vous fait toujours autant taper du pied.

Le fait que Ferry ne chante pas montre que ce disque s’adresse aux amoureux du « trad jazz », une époque qu’il aurait certainement aimé connaître. Plutôt que de choisir la voix du gimmick, le vocaliste a décidé d’opter pour la discrétion et la presque sourdine. L’important n’est-il pas, indépendamment du genre, de rendre un concept d’autant plus brillant qu’il conjugue plaisir et virtuosité.

★★★☆☆

22 décembre 2012 Posted by | Quickies | , , , | Laisser un commentaire

Field Report: « Field Report »

Il a fallu cinq longues années entre la conception et la sortie de ce disque. Et l’effort qréalisé par Chris Porterfield, le cerveau multi-instrumentiste derrière cette nouvelle manifestation indie-folk a est indubitablement apparent sur ce premier album éponyme.
Porterfield, dont le nom est d’ailleurs l’anagramme du groupe de, s’est efforcé de trouver une juste balance entre l’attention prêtée aux détails (on pourrait presque parler de minutie) et une efficace appréhension de ce que l’ampleur d’un enregistrement peut receler.

Musicalement, Field Report est un album dynamique et franc du collier et il nous entraîne dans une ambiance familiale qu’il nous rend presque familière. Pour cela, il n’utilise pas des paroles où les rimes sonneraient comme forcées mais choisit de raconter des des histoires de forme libre, sur un ton conversationnel, intimement parsemées de guitares acoustiques, de piano et des accents mélodieux d’une pedal stel dont le glissando illustre des titres comme « I Am Not Waiting Anymore », « Taking Alcatraz » ou « Route 18 ».
Dans le morceau d’ouverture « Fergus Falls », Porterfield se fait chuchotant, composition qui sert d’exemple à une façon bien personnelle de narrer des fables à la Dylan et à y mêler généralités et réflexions intimes. Le titre dévoile peu à peu des arrangements épousant l’intime et laissant Porterfield caresser les détails d’une histoire dans laquelle on pourrait penser au Nebraska de Springsteen ou à un Leonard Cohen muni d’une voix plus forte.
En ce ce sens, pourtant, cette ligne est aussi la traduction de ses luttes personnelles et des difficultés rencontrées à réaliser un disque en son nom propre. Il faisait, auparavant, partie d’un collectif, DeYarmond Edison, et, une fois celui-ci dissous, ses membres se sont dispersés géographiquement et musicalement pour former, qui Bon Iver, qui Megafun.

De ce point de vue, cet album est comme une prise de possession de soi-même en tant qu’artiste ; qu’il ait fallu cinq ans pour cela montre le niveau d’exigence qui était demandé. Que Field Report, en outre, ne soit pas catégorisé comme un nouvel exemple de « folk rock noir » tient à cette chose que bien peu de ses tenants ou exégètes possède, la qualité exceptionnelle se ses compositions.

21 décembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: A.C. Newman

Nouvel album solo pour A.C. Newman que ce Shut Down The Streets. Peut-être le dernier enregistré dans un studio car le leader est en train de construire le sien propre. Il n’en demeure pas moi que le disque demeure personnel voire même intime en raison des sujets qu’aborde le leader des New Pornographers.

Vous avez prévu de réaliser votre prochain album ici ?

Je ne sais pas ; l’important est d’avoir quelque chose ici, à portée de main. Ça me permettra de devenir le type qui s’enferme et qui ne fais des disques que pour lui-même. (Rires)

Cela interfère-t-il avec le travail à assurer pour la sortie de Shut Down The Streets ?

Je suis en effet passablement occupé, et ceci m’a fait me rendre compte que j’étais une personne assez privée. J’ai déménagé à Woodstock dans l’État de New York pour un endroit très retiré et ivre ainsi me plaît de plus en plus. J’ai du mal à assumer le fait que tout le monde parle de vous en raison de ce nouvel album…

Message reçu… (Rires) Vous allez devoir assurer des tournées en plus, non ?

Ça, ça ne me gène pas. J’ai un groupe avec lequel je m’entends très bien. Et puis c’est toujours excitant d’interpréter des morceaux que vous n’avez jamais joués en public auparavant. Le seul problème est que j’ai un fils de sept ans que je vais devoir abandonner.

Il semblerait qu’il a eu une assez grande influence dans la conception de ce disques ; certains titres parlent de lui et d’autre ont même été composés pour lui…

C’était quelque chose que je ne pouvais éviter dans la mesure où c’était le thème qui occupait mon esprit la plupart du temps. L’enregistrement s’est fait dans son intégralité alors qu’il avait un ou deux mois ; je ne pouvais donc pas ne pas y penser. J’étais en studio toute la journée et assurer les nuits chez moi. J’avais le sentiment que si je n’écrivais pas çà propos de lui, j’aurais du mal à me regarder dans une glace. De ce point de vue, la matière de l’album était on ne peut plus emprunte de véracité.

Que souhaitiez-vous lui exprimer dans un morceau comme « Thre’s Majesty In New Wave » ?

Je l’imaginais à 15 ans et me disais que je n’aurais sans doute pas de conseils appropriés à lui donner. Je pensais que tout ce que je pourrais lui dire est que l’argent que son père a gagné l’a été en faisant de la fausse musique New Wave. C’était la trame de départ et le thème en est ce sentiment de n’être sûr de rien, en particulier de ne pas être certain d’être un père idéal.

Qui vous dit qu’il n’appréciera pas un père qui écrit des chansons enregistre des disques ? Ce doit être gratifiant quelque part, non ?

Oui, bien sûr. Mais je ne peux m’empêcher d’espérer qu’il les aime, tout en craignant que ce ne le soit pas. Ou alors cela lui prendra du temps ; il détestera et ne changera d’avis qu’après ma mort et ça le fera pleurer…

Sur « I’m Not Talking », on dirait que vous développez cette attitude d’être heureux de ce que vous possédez et de ne pas chercher sans cesse ce que vous n’avez pas.

Tout à fait. J’essaie de rappeler aux gens qu’il est facile de croire que tout vous est acquis. Dans ce même morceau, il y a cet autre thème qui le rejoint. Ma femme était enceinte et j’étais inquiet car il n’y avait rien que je puisse faire. Je n’avais même pas envie de bosser sur de la musique car j’étais trop préoccupé. Pour résumer, j’y dis donc que tant qu’il n’y a rien à faire, autant ne rien entreprendre. C’était une période étrange, stressante mais heureuse.

L’enregistrement en a-t-il été perturbé ?

Souvent je disais à mes musiciens : « Je vous fais confiance, je vais aller faire une siste. » (Rires)

Vous envisagez lui apprendre un instrument par exemple ?

Il fera ce qu’il veut, vu l’étendue du matériel qui traîne ici. (Rires)

Il y a aussi la chanson titre de l’album ; elle traite du décès de votre mère. Comment avez-vous pu retranscrire cela au travers de mots ?

J’avais le titre ; l’idée de bloquer la rue totalement. Je me suis dit que ce devait être le point de départ. Ce n’était pas facile, mais une fois que j’ai eu l’idée et la mélodie,les textes sont venus rapidement. Je connaissais la thématique du morceau ; il me suffisait simplement de laisser glisser. Mais ça a été plus facile à dire qu’à faire ; je crois que c’est la première chanson qui m’ait fait sangloter tant elle représente beaucoup pour moi.

Vous avez pensé à ce qu’il en serait de l’interpréter « live » ?

Je le ferai peut-être si il y a des personnes de la famille dans le public. J’ai opu le faire lors d’une session radio et ça s’est assez bien passé.

Comment décidez-vous des morceaux qui vont figurer sur vos albums solo et de ceux qui vont être enregistrés avec The New Pornographers ?

Je ne sais pas. Sur ce disque j’écrivais spécifiquement pour qu’il soit un opus solo. Mais avant, je composais indifféremment en sachant que ce serait soit pour moi soit pour les Pornographers.

Y-a-t-il plus de pression quand vous enregistrer un album solo ?

Il y en a probablement plus avec les New Pornographers. Jesens qu’on s’attend à ce que vendions un certain nombre de disque et puis d’autres personnes que moi sont impliquées aussi. Ma carrière principale, c’est le groupe pas mes albums solo. Si il ne sen vend pas beaucoup, ça ne m’obligera pas à vendre ma ferme. (Rires)

Vous dites avoir été influencé par Gerry Rafferty et d’autres artistes des seventies pour ce disque…

Tout en enregistrant, je pensais à ces vieux disques que j’appréciais : Gerry Rafferty, Glen Campbell, harry Nilsson. Cela donnait une vibration particulière, une sensation d’Errance comme sur « Everybody’s Talking ».

Et l’apport de Neko Case ?

Je pense souvent que j’ai de la chance d’avoir une des meilleurs chanteuses au monde pour amie.

21 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Wild Nothing

Après un premier opus, Gemini, qui était venu aux oreilles de fans sevrés de pop mélodieuse, Jack Tatum s’essaie, avec Nocturne, à des climats moins lumineux. Comment opérer une transition sans heurts ? C’est un délicat exercice auquel il s’est attelé, une tentative qu’il s’emploie, ici, à expliciter.

Ressentiez-vous une forme de pression sur vos épaules à propos de Nocturne ?

Assez oui. Cela a commencé avant que je ne commence un enregistrement qui m’intimidait passablement. Mais, une fois que nous avons commencé à écrire et que j’en avais fini avec les tournées, ce poids a disparu. Je me suis même retrouvé assez excité à travailler sur ce nouveau matériel. Je pense que ces états d’âme se sont avérés positifs et que, maintenant, je suis simplement conscient du fait qu’une audience m’attend.

Qu’en était-il de ce « modèle » Wild Nothing qui était votre marque de fabrique ?

S’il y a une chose avec laquelle je me suis débattu, c’est bien ceci. Je me demandais comment cela serait perçu puis je me suis aperçu qu’il y avait un bon nombre de choses que les gens aimaient sur ce premier album alors que ce n’était pas mon cas.

On en revient donc à une recherche d’équilibre…

Tout à fait. Je cherchais à trouver un climat dans lequel personne ne se sente exclu. Je ne pense pas, à cet égard, que cet album est si différent. Je le vois comme une progression du premier album. Il est certainement plus poli et cohérent car il a été enregistré dans de meilleures conditions.

Certains titres que vous avez écrits vous ont-ils semblé trop hors normes pour être inclus ici ?

C’est vrai oui, je souhaitais continuer à faire un disque de pop et il y a beaucoup de morceaux qui sont restés à l’état de « demos » car je les trouvais trop bizarres.

Depuis Gemini il y a eu un considérable flux de groupes essayant d’incorporer une « vibe » issue de l’indie rock des années 80. Ne vous demandez-vous pas si nous avons atteint un point de saturation ?

C’est une chose à laquelle je ne pense pas ; je ne suis pas du tout dans un circuit quand il s’agit de musique. Je passe pas mal de temps à collectionner et à chercher des vieux trucs. J’ai juste fait la musique que je voulais faire. Je comprends ce que vous voulez dire et c’est le genre de chose qui ne peut que vous effrayer quand il s’agit de sortir un deuxième disque. Je n’ai pas songé à cela quand la question s’est posée

Vous étiez concentré sur la composition.

C’est cela, le « songwriting » est très important pour moi. C’est drôle car, quand Gemini est sorti, vers 2010 je sentais le besoin de ce type de musique. C’était très branché en un sens. Aujourd’hui je pense que ça l’est moins et c’est quelque chose que j’aime car les gens ne vont pas s’arrêter sur ce que je fais simplement parce que c’est dans l’air du temps.

Gemini a été réalisé dans votre chambre, alors que vous étudiez encore. Était-ce moins personnel d’enregistrer Nocturne en studio ?

Le processus a été totalement différent ici. Sur Gemini je rentrais chez moi et travaillais sur un titre jusqu’au bout. J’enregistrais, je mixais jusqu’à ce que je pense qu’il était prêt à figurer sur l’album. Sur Nocturne j’ai énormément écrit avant mais c’est resté très personnel. La différence était que j’amenais ces esquisses en studio et leur donnais plus de chair.

C’est resté un processus très intérieur en ce qui concerne la composition en soi mais la fabrication du disque a résulté d’un effort plus collaboratif, ne serait-ce que parce que j’avais un batteur et Nicolas Vernhes à la production. Il m’a beaucoup aidé quant au son et aux idées que je pouvais grappiller chez lui.

Vous y avez trouvé un plaisir différent ?

Plus plaisant même. Je suis assez maniaque quand il s’agit de production ; j’adore cela ! Alors vous pouvez imaginer le plaisir que j’ai eu à me retrouver dans un endroit avec Nicolas, tout ce matériel, ces instruments et à voir comment tout ça fonctionnait. Pouvoir échanger des idées avec quelqu’un était, en outre, un bonus.

Qu’en est-il des thèmes de l’album ? Le titre du disque, une chanson nommée « Midnight Song «  indiquent-ils que vous avez composé de nuit ?

J’ai habité en Géorgie pendant un an entre les tournées. Quand j’y étais j’écrivais et enregistrais beaucoup. La plupart des morceaux sont nés d’idées étranges qui me venaient quand je ne pouvais dormir ou que je m’ennuyais car je n’avais pas grand chose à faire entre les tournées. Je reste debout à des heures ridiculement tardives et je bidouillais et mixais quelques trucs. Ils ne sont pas bizarres en soi, ils restent « pop » mais sils ont basés sur ces émotions qui sont en vous au milieu de la nuit, quand vous êtes éveillé, agité, à moitié fou…

La chanson titre utilise beaucoup d’effets à la pédale. Vous en possédez beaucoup ?

Je les emploie surtout en concert. En général ce sont des retardateurs, de la reverb et une pédale pour les chorus que j’utilise beaucoup. Sur le premier album j’en avais peu et cela surprendra beaucoup de monde que de savoir que 80 % des effets viennent de GarageBand. Ça a été certainement plus « fun » de travailler avec Nicolas par la suite. On pouvait enregistrer une plage puis brancher des tas de trucs pour voir ce que ça donnait.

Cherchiez-vous parfois des sons spécifiques pour lui montrer ?

Tout à fait ! On les travaillait ensuite ensemble, puis on s’arrêtait pour déjeuner et échanger des idées. Je lui montrais des disques sur lesquels j’aimais les sons de guitare, ou une piste de Fleetwood Mac dont j’appréciais la batterie. On a puisé à plusieurs sources, Des Baech Boys à Bowie. C’était très excitant.

Les textes parlent-ils de personnes en particulier, Heather par exemple ?

Certains sont jute des chansons pour le plaisir d’en écrire. Une chanson comme « Only Heather » n’est pas à propos d’une personne prénommée Heather. Le premier disque était presque entièrement personnel et il en reste quelques-uns ici. Mais le projet principal était de voir ce que signifie le fait d’écrire une « pop song ». « Only Heather » n’est rien de plus qu’une classique chanson d’amour.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Sam Andrew (Big Brother)

Big Brother & The Holding Company sont surtout connus pour avoir accompagné Janis Joplin sur Cheap Thrills. Ils ne furent pourtant pas que cela; un entretien leur guitariste de l’époque Sam Andrew permet de reconsidérer à la fois une carrière, mais aussi une époque.

Quelles furent les circonstances de votre rencontre avec Janis Joplin?

Nous étions déjà assez connus dans la scène de San Francisco et nous avions un manager qui avait été à la fac avec elle à l’Université du Texas. Il nous manquait un chanteur et il nous a proposé Janis.

Elle était vraiment professionnelle, elle venait toujours à l’heure par exemple, mais se montrait aussi intelligente et drôle. Il n’y a jamais eu de problèmes vous savez.

Sur Cheap Thrills on trouve un équilibre presque parfait entre le rock psychédélique de la Côte Ouest et le blues.

Nous essayions d’établir un pont entre les deux idiomes et je pense que nous l’avons choisie parce que c’était une chanteuse de blues.

Blue Cheer faisaient un peu la même chose à la même époque…

C’est vrai mais je les vois plutôt comme le premier groupe de métal du monde. Ils sont allés un poil plus loin que nous. Vous savez, ils avaient quelque chose de punk dans leur approche.

« Big Brother » c’était une référence au livre de George Orwell?

Tout à fait, le Gouvernement et sa bureaucratie et « The Holding Company » était basé sur la façon dont le capitalisme se constituait en « holdings », en multinationales. En même temps, « are you holding », en argot, était une façon de demander à quelqu’un s’il avait de la drogue.

Et puis il y a cette pochette dessinée par Robert Crumb…

Ça allait de pair avec nos visions de la société. On adorait ses personnages. À l’origine cet album devait se nommer Dope, Sex and Thrills; qui d’autre aurait pu l’illustrer?

Votre reprise de « Summertime » est très singulière, en particulier vos arpèges de guitare…

J’écoutais beaucoup de Bach à l’époque. Il avait composé une suite pour clavier construite sur le même mode mineur Je l’ai ralentie, appliquée à « Summertime » et avons décidé d’interpréter tout le morceau sans utiliser d’accords et en ne jouant que des lignes mélodiques.

Ensuite vous avez étudié le contrepoint…

Tout jeune déjà je jouais de la guitare classique, du pipeau ainsi que de la flute à bec, beaucoup de Bach et de compositeurs du 18° siècle. Parfois c’était déroutant d’être entre ces deux portes. Tout le monde, un jour, est confronté à ce dilemme de savoir jusqu’où suivre les règles et quand obéir à sa sensibilité.

Vous vous sentiez schizophrène à cet égard?

Bonne question! Ce sont deux choses différentes; dans le domaine du classique les leçons sont à vie mais, tout comme les rockers, ils cherchent à susciter la même chose: la Beauté, l’Émotion.

Comment avez-vous appréhendé la création quand, ensuite, vous avez composé pour des quatuors à cordes?

Sans doute était-ce une manière de réagir aux excès de la période psychédélique. La contre-culture avait atteint une voie sans issue. Je m’étais dit qu’il me fallait réapprendre certaines bases pour être prêt à ce qui pouvait se présenter ensuite.

À quoi voyiez-vous qu’une ère se terminait?

Il n’y avait plus d’innovation et les symptômes d’une reprise en main politique se profilaient. Ma démarche a été de me retirer pour réfléchir à ce que pourrait être la prochaine étape.

Tous ces groupes qui avaient une approche fusionnelle ou expérimentale n’avaient-ils rendu le rock trop respectable également?

Tout à fait! Mais c’est ce qui arrive quand vous prenez de l’âge. Jeunes, on a tous cette envie de mettre à bas ce qu’il y avait eu aupravant. Ensuite, quand on s’aperçoit du rôle qu’on a dans l’Histoire, vient le désir d’être respectable et de se préparer à ce qui suivra. C’est une réflexion que j’ai entamée très vite après Cheap Thrills. Nous sommes devenus plus éclectiques et nous sommes, en fait, rapprochés des traditions musicales comme la chanson française ou les mélodies russes.

Rétrospectivement, comment réévalueriez-vous la drogue comme source de créativité?

Pour répondre à cette question il faudrait le faire une fois sous l’influence et une fois quand vous avez l’esprit clair. (Rires) Je pense qu’elles ont été un grand facteur d’inspiration au tout début. Ensuite nous avons commencé à trop en prendre et cela a été dommageable pour la musique.

Aviez-vous la sensation d’appartenir à une scène avec le Grateful Dead, Jefferson Airplaine, Moby Grape ou Quicksilver?

Je les connaissais d’avant qu’ils ne deviennent célèbres et c ‘est vrai que nous avions l’impression que nous pouvions offrir quelque chose au monde, quelque chose issu de San Francisco. Le succès venu, nous étions tous à travailler et à faire des tournées, aussi cet esprit de clique s’est peu à peu évanoui.

Qu’en était-il de vos relations avec les groupes de Los Angeles?

C’était différent là-bas. Je crois que nous étions un peu plus aventureux et expérimentaux. Même un groupe comme les Doors était plus ancré dans la tradition. Savez-vous que quand ils sont venus jouer pour la première fois à San Francisco, bien avant d’être connus, l’affiche disait: « La version made in Los Angeles de Big Brother » ? C’était juste parce que, à l’époque, nous n’avions pas de chanteuse… Les Doors n’étaient qu’une extension de la vision poétique de Jim Morrison. Ses disques sont comme des films de Fellini, axés sur la culture européenne d’avant garde alors que nous n’étions qu’un groupe de rock and roll.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire