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Woollen Kits: « Four Girls »

Deuxième album de l’année 2012 pour ce groupe australien qui semble continuer à être une terre bénie pour les fervents du garage rock et autres musiques dans laquelle bruit et énergie font bon ménage.

The Woollen Kits n’en sont pas pour autant des monomaniaques du riff qui tue. Les compositions sont, si ce n’est soignées, suffisamment accrocheuse pour donner envie de les écouter pen boucle. S’il fallait donner des références ce serait les Ramones pour le côté elliptique de leurs morceaux, les Flaming Groovies pour la volonté récurrente de ne pas se focaliser sur une seul tonalité tout en parvenant à maintenir les guitares au vent, ou en bandoulière si on préfère (un « Sandra » » qui sait habilement varier les climats) ou les Modern Lovers pour une approche dont le côté amateur est soigneusement entretenu (« Cheryl » avec ses vocaux dont on se rend bien compte qu’ils sonnent faux de façon délibérée).

Four Girls est un disque dérivatif, une sorte de pop punk qui échappe à ce que la « power pop » pouvait à voir de respectable ou de propre sur elle. L’énergie est ici primitive (une batterie on ne peu plus basique) mais elle est avant tout positive tant elle respire jubilation y compris dans des chansons qui sont censées aborder envie et frustration (un « Susannah » ou un « Please » dans lesquels il semble plus question de se réjouir que de supplier). 

Voici donc un disque qui est un diamant brut, une « nugget » qui n’est pas sans faire imaginer comment les Buzzcocks sonnaient avant qu’ils ne démarrent une véritable carrière.

★★★☆☆

26 décembre 2012 Posted by | Quickies | , , , , | Laisser un commentaire

Chris Cohen: « Overgrown Path »

On  pourrait traduire « overgrown path » par « chemin envahi par la végétation ». Ça n’est pas inexact tant, malgré les affirmations de son label qui parle de « pop psychédélique », l’album de cet ancien collaborateur de Deerhoof et de Haunted Graffiti est si feuillu que son itinéraire ne semble pas réellement distinct.

Il est vrai que, sur ce premier album solo à l’âge canonique de 37 ans (sic!), Chris Cohen peut s’honorer d’une certaine expérience et que celle-ci s’étaye aussi par ses pérégrinations qui l’ont mené de la Californie au Vermont.

Comme pour mieux brouiller les pistes d’ailleurs, Overgrown Path démarre de façon atypique pour ne pas dire anti-conventionnelle. « Monad » et « Solitude » sont en effet deux titres où Cohen sonne comme un Elliott Smith encore plus recroquevillé sur lui-même que d’habitude, le tout « agrémenté » de bruits divers qui sont plus ancrage dans l’atone qu’ornements psychédéliques.

« Caller N° 99 » sera ensuite une gentille ballade dodelinante, percutée par un chorus dissonant, comme s’il s’agissait, sans y toucher, de créer une impression de « road song ». Quelque part nous vient cette impression que, peut-être, Overgrown Path constitue une sorte de « road album » aux accents trippy intérieurs plutôt qu’un voyage au sein d’un espace. Même « Rollercoaster Rider » sonnera plus comme une dérive interne avec son piano électrique se fluidifiant sur une guitare qui claque et une basse hyperactive, procurant cette sensation de frénésie presque névrotique sous un abord tranquille.

C’est là qu’intervient le talent d’un musicien aussi affuté que Chris Cohen ; la capacité d’aller au-delà des notes de base et de créer un schéma d’accords dont la discordance n’est pas due à des effets spéciaux mais à un jeu qui évite toute suite d’accords simpliste. Il lui est alors aisé de développer des mélodies qui paraissent élémentaires, se complémentent avec régularité, sans autre heurt que ces changements harmoniques (un « Inside A Seashell » Barrettien en diable) et toujours avec ce sens de la direction que l’on pensait à tort oublié.

Si on devait apparenter la démarche de Cohen, ce serait à celle d’un Robert Wyatt (en moins bizarre) ou d’un Todd Rundgren (en moins éclectique). Il y a en effet chez lui un véritable travail sur le concept de nostalgie ; une façon de composer qui procure la sensation que son disque aurait pu être sorti dans les années 60 (chose dans laquelle Olivia Tremor Control ou The Apples In Strereo étaient passés maîtres). On est en droit alors de se demander ce que représente pour lui le fait d’exécuter une musique aussi passéiste. Au-delà de l’hommage, on peut penser qu’il s’agit de pointer l’absurdité de ce que nous entendons de nos jours. Nous avons affaire ici à un album qui n’a pas besoin de synthétiseurs pour nous envouter, ni d’élans outranciers pour nous transporter. Overgrown Path est un retour à ce qui manque le plus de nos jours dans la scène « indie », un véritable album à écouter dans l’intégralité du voyage qu’il nous propose et non pas un disque construit autour de deux titres chocs et dont les autres ne constitueraient que du remplissage !

 

26 décembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Willy Mason: « Carry On »

Dès ses débuts, Willy Mason fut comparé à la fois à Bob Dylan et à Johnny Cash, en particulier à un titre « Oxygen » qui, en 20004, eut l’honneur d’échos plus que favorables. Le jeune homme avait alors 19 ans et il avait reçu de la part de ses parents amoureux de folk music une éducation allant dans ce sens. Mais , tout natif de Martha’s Vineyard (endroit « Establishment »-« bobo » de la Côte Est) qu’il soit il s’intéressa également à Nirvana et à Rage Against The Machine (en particulier le message politique de ces derniers).

Il était plus aisé de s’identifier à ces élans de révoltes qu’aux aspects plus anodins musicalement du folk et il commença à composer en ce sens. Le hasard lui fit rencontrer Sean Foley qui travaillait avec Bright Eyes et il partit en tournée avec eux.

Carry On va, à cet égard, porter le même message contre culturel que ses albums précédents mais va bénéficier d’une association surprenante, la production de Dan Carey Hot Chips, Kylie Minogue).

Autre moment d’étonnement, le disque ne va pas pour autant s’égarer des schémas de la musique traditionnelle (blues, folk, country) même i nous avait été promis un album rempli de dub et de reggae. Ce sera donc avant tout sur le travail de mixage que l’influence de Carey va être évidente. L’approche va rester stoïque et sérieuse avec des titres où prime sentiment de lassitude (le blues élégiaque que constitue « What Is This », « Pickup Truck  ou « If It’s The End » avec un climat que n’auraient pas dédaigné Johnny Cash ou Woody Guthrie. Une exception quand même : « I Got Gold » qui se voudra plus enlevé et divertissant.

Le seul titre qui, au fond, verra Mason s’éloigner de son registre sera l’hallucinant « Restless Fugitive », qui met en évidence drum and bass, guitares en réverb et rythmique chaloupée. Cette longue épopée de six minutes rappelle le Blur de Think Tank et montre un des bénéfices de la production de Carey. Celui-ci n’aura d’ailleurs pas son pareil pour distiller, ici et là, touches d’électroniques, boîtes à rythme voire teintes psychédéliques, sur « Painted Glass » par exemple. C’est cet apport discret mais permanent qui donnera cette versatilité si particulière à Carry On.

De la même manière, « Talk Me Down » bénéficiera d’une touche vaguement expérimentale qui rappellera Tom Waits avec ses percussions primales délicieusement contrebalancées par une mélodie rêveuse climat dans lequel Mason semble comme chez lui (l’ensommeillé « Show Me The Way, l’atmosphère en demi-teinte de « Into Tomorrow »).

On le voit, une association qui aurait pu sembler peu orthodoxe donne des résultats plus que concluants. Mason ne rogne en rien sur son univers et Carey lui prodigue un merveilleux cadre sur lequel exprimer sa sensibilité. Carry On st un album introspectif, sombre le plus souvent mais il est merveilleusement mis en valeur par un travail sur le son qui lui donne profondeur, écho et tonalités presque aquatiques parfois. Si on devait apparenter cette œuvre à d’autres, ce serait les émouvantes contributions de Emmylou Harris quand elle a été si fantastiquement mise en valeur par le travail aux manettes de Daniel Lanois. Avec un album tel que celui-ci, Mason risque à nouveau d’être appelé « le nouveau Dylan « ; que Carry On constitue « le nouveau Willy Mason » suffira à notre bonheur !

26 décembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , , , | Laisser un commentaire