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Tant qu'il y aura du Rock!

Rapid Talk: Wild Nothing

Après un premier opus, Gemini, qui était venu aux oreilles de fans sevrés de pop mélodieuse, Jack Tatum s’essaie, avec Nocturne, à des climats moins lumineux. Comment opérer une transition sans heurts ? C’est un délicat exercice auquel il s’est attelé, une tentative qu’il s’emploie, ici, à expliciter.

Ressentiez-vous une forme de pression sur vos épaules à propos de Nocturne ?

Assez oui. Cela a commencé avant que je ne commence un enregistrement qui m’intimidait passablement. Mais, une fois que nous avons commencé à écrire et que j’en avais fini avec les tournées, ce poids a disparu. Je me suis même retrouvé assez excité à travailler sur ce nouveau matériel. Je pense que ces états d’âme se sont avérés positifs et que, maintenant, je suis simplement conscient du fait qu’une audience m’attend.

Qu’en était-il de ce « modèle » Wild Nothing qui était votre marque de fabrique ?

S’il y a une chose avec laquelle je me suis débattu, c’est bien ceci. Je me demandais comment cela serait perçu puis je me suis aperçu qu’il y avait un bon nombre de choses que les gens aimaient sur ce premier album alors que ce n’était pas mon cas.

On en revient donc à une recherche d’équilibre…

Tout à fait. Je cherchais à trouver un climat dans lequel personne ne se sente exclu. Je ne pense pas, à cet égard, que cet album est si différent. Je le vois comme une progression du premier album. Il est certainement plus poli et cohérent car il a été enregistré dans de meilleures conditions.

Certains titres que vous avez écrits vous ont-ils semblé trop hors normes pour être inclus ici ?

C’est vrai oui, je souhaitais continuer à faire un disque de pop et il y a beaucoup de morceaux qui sont restés à l’état de « demos » car je les trouvais trop bizarres.

Depuis Gemini il y a eu un considérable flux de groupes essayant d’incorporer une « vibe » issue de l’indie rock des années 80. Ne vous demandez-vous pas si nous avons atteint un point de saturation ?

C’est une chose à laquelle je ne pense pas ; je ne suis pas du tout dans un circuit quand il s’agit de musique. Je passe pas mal de temps à collectionner et à chercher des vieux trucs. J’ai juste fait la musique que je voulais faire. Je comprends ce que vous voulez dire et c’est le genre de chose qui ne peut que vous effrayer quand il s’agit de sortir un deuxième disque. Je n’ai pas songé à cela quand la question s’est posée

Vous étiez concentré sur la composition.

C’est cela, le « songwriting » est très important pour moi. C’est drôle car, quand Gemini est sorti, vers 2010 je sentais le besoin de ce type de musique. C’était très branché en un sens. Aujourd’hui je pense que ça l’est moins et c’est quelque chose que j’aime car les gens ne vont pas s’arrêter sur ce que je fais simplement parce que c’est dans l’air du temps.

Gemini a été réalisé dans votre chambre, alors que vous étudiez encore. Était-ce moins personnel d’enregistrer Nocturne en studio ?

Le processus a été totalement différent ici. Sur Gemini je rentrais chez moi et travaillais sur un titre jusqu’au bout. J’enregistrais, je mixais jusqu’à ce que je pense qu’il était prêt à figurer sur l’album. Sur Nocturne j’ai énormément écrit avant mais c’est resté très personnel. La différence était que j’amenais ces esquisses en studio et leur donnais plus de chair.

C’est resté un processus très intérieur en ce qui concerne la composition en soi mais la fabrication du disque a résulté d’un effort plus collaboratif, ne serait-ce que parce que j’avais un batteur et Nicolas Vernhes à la production. Il m’a beaucoup aidé quant au son et aux idées que je pouvais grappiller chez lui.

Vous y avez trouvé un plaisir différent ?

Plus plaisant même. Je suis assez maniaque quand il s’agit de production ; j’adore cela ! Alors vous pouvez imaginer le plaisir que j’ai eu à me retrouver dans un endroit avec Nicolas, tout ce matériel, ces instruments et à voir comment tout ça fonctionnait. Pouvoir échanger des idées avec quelqu’un était, en outre, un bonus.

Qu’en est-il des thèmes de l’album ? Le titre du disque, une chanson nommée « Midnight Song «  indiquent-ils que vous avez composé de nuit ?

J’ai habité en Géorgie pendant un an entre les tournées. Quand j’y étais j’écrivais et enregistrais beaucoup. La plupart des morceaux sont nés d’idées étranges qui me venaient quand je ne pouvais dormir ou que je m’ennuyais car je n’avais pas grand chose à faire entre les tournées. Je reste debout à des heures ridiculement tardives et je bidouillais et mixais quelques trucs. Ils ne sont pas bizarres en soi, ils restent « pop » mais sils ont basés sur ces émotions qui sont en vous au milieu de la nuit, quand vous êtes éveillé, agité, à moitié fou…

La chanson titre utilise beaucoup d’effets à la pédale. Vous en possédez beaucoup ?

Je les emploie surtout en concert. En général ce sont des retardateurs, de la reverb et une pédale pour les chorus que j’utilise beaucoup. Sur le premier album j’en avais peu et cela surprendra beaucoup de monde que de savoir que 80 % des effets viennent de GarageBand. Ça a été certainement plus « fun » de travailler avec Nicolas par la suite. On pouvait enregistrer une plage puis brancher des tas de trucs pour voir ce que ça donnait.

Cherchiez-vous parfois des sons spécifiques pour lui montrer ?

Tout à fait ! On les travaillait ensuite ensemble, puis on s’arrêtait pour déjeuner et échanger des idées. Je lui montrais des disques sur lesquels j’aimais les sons de guitare, ou une piste de Fleetwood Mac dont j’appréciais la batterie. On a puisé à plusieurs sources, Des Baech Boys à Bowie. C’était très excitant.

Les textes parlent-ils de personnes en particulier, Heather par exemple ?

Certains sont jute des chansons pour le plaisir d’en écrire. Une chanson comme « Only Heather » n’est pas à propos d’une personne prénommée Heather. Le premier disque était presque entièrement personnel et il en reste quelques-uns ici. Mais le projet principal était de voir ce que signifie le fait d’écrire une « pop song ». « Only Heather » n’est rien de plus qu’une classique chanson d’amour.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Sam Andrew (Big Brother)

Big Brother & The Holding Company sont surtout connus pour avoir accompagné Janis Joplin sur Cheap Thrills. Ils ne furent pourtant pas que cela; un entretien leur guitariste de l’époque Sam Andrew permet de reconsidérer à la fois une carrière, mais aussi une époque.

Quelles furent les circonstances de votre rencontre avec Janis Joplin?

Nous étions déjà assez connus dans la scène de San Francisco et nous avions un manager qui avait été à la fac avec elle à l’Université du Texas. Il nous manquait un chanteur et il nous a proposé Janis.

Elle était vraiment professionnelle, elle venait toujours à l’heure par exemple, mais se montrait aussi intelligente et drôle. Il n’y a jamais eu de problèmes vous savez.

Sur Cheap Thrills on trouve un équilibre presque parfait entre le rock psychédélique de la Côte Ouest et le blues.

Nous essayions d’établir un pont entre les deux idiomes et je pense que nous l’avons choisie parce que c’était une chanteuse de blues.

Blue Cheer faisaient un peu la même chose à la même époque…

C’est vrai mais je les vois plutôt comme le premier groupe de métal du monde. Ils sont allés un poil plus loin que nous. Vous savez, ils avaient quelque chose de punk dans leur approche.

« Big Brother » c’était une référence au livre de George Orwell?

Tout à fait, le Gouvernement et sa bureaucratie et « The Holding Company » était basé sur la façon dont le capitalisme se constituait en « holdings », en multinationales. En même temps, « are you holding », en argot, était une façon de demander à quelqu’un s’il avait de la drogue.

Et puis il y a cette pochette dessinée par Robert Crumb…

Ça allait de pair avec nos visions de la société. On adorait ses personnages. À l’origine cet album devait se nommer Dope, Sex and Thrills; qui d’autre aurait pu l’illustrer?

Votre reprise de « Summertime » est très singulière, en particulier vos arpèges de guitare…

J’écoutais beaucoup de Bach à l’époque. Il avait composé une suite pour clavier construite sur le même mode mineur Je l’ai ralentie, appliquée à « Summertime » et avons décidé d’interpréter tout le morceau sans utiliser d’accords et en ne jouant que des lignes mélodiques.

Ensuite vous avez étudié le contrepoint…

Tout jeune déjà je jouais de la guitare classique, du pipeau ainsi que de la flute à bec, beaucoup de Bach et de compositeurs du 18° siècle. Parfois c’était déroutant d’être entre ces deux portes. Tout le monde, un jour, est confronté à ce dilemme de savoir jusqu’où suivre les règles et quand obéir à sa sensibilité.

Vous vous sentiez schizophrène à cet égard?

Bonne question! Ce sont deux choses différentes; dans le domaine du classique les leçons sont à vie mais, tout comme les rockers, ils cherchent à susciter la même chose: la Beauté, l’Émotion.

Comment avez-vous appréhendé la création quand, ensuite, vous avez composé pour des quatuors à cordes?

Sans doute était-ce une manière de réagir aux excès de la période psychédélique. La contre-culture avait atteint une voie sans issue. Je m’étais dit qu’il me fallait réapprendre certaines bases pour être prêt à ce qui pouvait se présenter ensuite.

À quoi voyiez-vous qu’une ère se terminait?

Il n’y avait plus d’innovation et les symptômes d’une reprise en main politique se profilaient. Ma démarche a été de me retirer pour réfléchir à ce que pourrait être la prochaine étape.

Tous ces groupes qui avaient une approche fusionnelle ou expérimentale n’avaient-ils rendu le rock trop respectable également?

Tout à fait! Mais c’est ce qui arrive quand vous prenez de l’âge. Jeunes, on a tous cette envie de mettre à bas ce qu’il y avait eu aupravant. Ensuite, quand on s’aperçoit du rôle qu’on a dans l’Histoire, vient le désir d’être respectable et de se préparer à ce qui suivra. C’est une réflexion que j’ai entamée très vite après Cheap Thrills. Nous sommes devenus plus éclectiques et nous sommes, en fait, rapprochés des traditions musicales comme la chanson française ou les mélodies russes.

Rétrospectivement, comment réévalueriez-vous la drogue comme source de créativité?

Pour répondre à cette question il faudrait le faire une fois sous l’influence et une fois quand vous avez l’esprit clair. (Rires) Je pense qu’elles ont été un grand facteur d’inspiration au tout début. Ensuite nous avons commencé à trop en prendre et cela a été dommageable pour la musique.

Aviez-vous la sensation d’appartenir à une scène avec le Grateful Dead, Jefferson Airplaine, Moby Grape ou Quicksilver?

Je les connaissais d’avant qu’ils ne deviennent célèbres et c ‘est vrai que nous avions l’impression que nous pouvions offrir quelque chose au monde, quelque chose issu de San Francisco. Le succès venu, nous étions tous à travailler et à faire des tournées, aussi cet esprit de clique s’est peu à peu évanoui.

Qu’en était-il de vos relations avec les groupes de Los Angeles?

C’était différent là-bas. Je crois que nous étions un peu plus aventureux et expérimentaux. Même un groupe comme les Doors était plus ancré dans la tradition. Savez-vous que quand ils sont venus jouer pour la première fois à San Francisco, bien avant d’être connus, l’affiche disait: « La version made in Los Angeles de Big Brother » ? C’était juste parce que, à l’époque, nous n’avions pas de chanteuse… Les Doors n’étaient qu’une extension de la vision poétique de Jim Morrison. Ses disques sont comme des films de Fellini, axés sur la culture européenne d’avant garde alors que nous n’étions qu’un groupe de rock and roll.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Cardinal

En 1994, deux jeunes gens sortirent un album qui, s’il ne bouleversa pas la planète, impressionna fortement ceux qui purent l’entendre. Ce duo, formé de Richard Davies et Eric Matthews, nous gratifia, sous le nom de Cardinal, d’un disque de pop baroque, soyeux et doux aux arrangements subtils et délicats. Ils se séparèrent très vite et chacun poursuivit sa propre carrière solo.

En 2011 le duo décidé de se reformer et de travailler sur un nouvel opus. Intitulé, de façon bien nommée, Hymns il semble reprendre là où Cardinal s’était arrêté avec un songwrting et des arrangements toujours aussi précieux. Le travail fut rendu plus facile grâce aux aux avancées technologiques ce dont ils s’expliquent ici, tout comme des motivations premières qui furent à l’origine de Cardinal.

Qu’est-ce qui vous a poussé tous deux à former Cardinal ? C’était une période où la musique était plutôt sonore et qui ne se prêtait pas à la formation d’un ensemble de pop baroque. On peut se demander si vous ne vous insurgiez pas contre ce genre de groupes chevelus joaunt du rock heavy…

Eric : Je détestais ce qui arrivait à la musique. Les années 80 avaient été plutôt bonnes à mon sens, les 5 premières années du moins. Au début des années 90 on a commencé à entendre du Rap, du mauvais R&B, du « metal pop » merdique et, finalement, ce que l'(on a nommé le « Seattle Sound ». J’avais d’ailleurs des amis parmi ceux qui en profitaient, des types qui avaient eu du mal à percer dans la scène punk de Portland ou celle de Seattle.

Mais je détestais vraiment, ceux qu’ils faisaient avec leurs guitares. Et puis on ne chantait plus… Il ne se passait rien de beau ni d’intéressant. C’était également la cas en Angleterre. Quand Richard et moi avons commencé à faire de la musique, Oasis et Blur n’avaient pas, du moins à ma connaissance, sorti encore de disques. Neil Hannon avait commencé son truc avec Divine Comedy mais ça restait encore très underground. Les choses étaient sur le point de changer et nous ne savions pas que nous allions faire partie d’un petit mouvement marginal où sept ou huit types allaient essayer de remonter l’horloge ne arrière ou, au moins, de faire ses aiguilles se fixer sur quelque chose de meilleur. J’essayais d’ignorer la mauvaise musique ; j’écrivais la mienne, instrumentale en général. Elle avait des tonalités françaises… ou russes et j’y ajoutais de la musique de chambre. Tout ça c’était jusqu’à 91.

Vers la fin 92, Richard et moi nous somems rencontrés par l’intermédiaire de Bob Fay (membre de Sebadoh). Richard avait de bonnes compositions et chantait avec une voix très cool qui me plaisait beaucoup. Nos vocaux s’imbriquaient plutôt bien et nos harmonies ont formé ce ciment qui est devenu la marque de fabrique de Cardinal. Comme je me sentais de plus en plus à l’aise à écrire des arrangements instrumentaux, il nous a paru presque normal de former un groupe. Notre premier EP, Toy Bell, est sorti en 93 ; il était un peu punky, assez bizarre mais il était mélodieux et il montrait qu’avec un plus grand budget et un peu plus de temps en studio on pouvait réaliser un bon disque de « classic pop ». C’est devenu notre mission à tous deux.

Richard : Quand on s’est rencontrés en 93, je travaillais déjà sur des morceaux qui sont devenus des titres de Cardinal par la suite. Eric, lui aussi, avait travaillé sur plusieurs compositions. Nos chansons et nos arrangements étaient naturellement compatibles. On aimait tous les deux les Bee Gees, les Beatles, The Music Machine et pratiquement tout ce que Bob Fay nous faisait entendre.

Nous ne réagissions pas contre le « grunge ». Pour nous, il ne comptait pas. Il n’y a rien de mal à jouer parfois du rock heavy, ni à promouvoir un style de vie bohémien, à être intello ou à jouer du blues, de la soul, du pub rock, à faire des jingles commerciaux, du prog-folk, ou à être Guided By Voices or les Flaming Lips. La musique existe en soi et vous êtes qui vous êtes. Nous faisons de la musique que nous aimions et c’était la même pour nous deux.

Quand vous avez formé Cardinal, vous n’aviez ni l’un ni l’autre de carrière personnelle. Pourtant, quand vous vous êtes séparés, vous avez tous deux commencé à enregistrer en solo. Était-ce en réaction à Cardinal et pensiez-vous que le groupe n’avait été qu’un ballon d’essai pour quelque chose de plus grand qui vous attendait ?

Eric : Quand nous avons commencé à enregistré l’album en 94 nous vivions dans des vilels différentes. Ricahrd était à Boston et moi à Portland, dans l’Oregon. Pour diverses raisons, nous avons décidé de ne pas continuer l’aventure en tant que groupe. Richard s’était engagé à faire des albums solos pour le label Flydaddy et je recevais des offres pour faire des choses de mon côté. Même avec Cardinal, j’avais déjà cette ambition de faire mes propres disques et le groupe était juste un véhicule pour les compositions de Richard. En 94, j’avais de quoi enregistrer au moins deux albums et je crois que ces titres étaient mûrs pour un traitement en studio. À cette époque, les types comme moi devaient enregistrer chez eux sur des petits 4 pistes merdiques et on était assez limités techniquement. La plupart de mes « demos » comprenaient simplement du piano, de la guitare, des vocaux avec très peu d’amplitude, de rares instruments à bois ou une trompette. Il y avait des gens qui souhaitaient entendre mes compositions et Sub Pop m’a proposé un contrat d’enregistrement intéressant. Ma composition « Dream Figure » leur plaisait bien ; c’était juste un petit truc que j’avais écrit en attente de je ne sais quoi. On l’a enregistré assez vite ; j’y tenais la basse, la guitare et faisais les vocaux et Steven Hanford y jouait de la batterie. Ça a été le seul « single » du disque à sortir en Angleterre mais il a été « Single of the Week » pour le New Musical Expressà moins que ce ne soit le Melody Maker. Il a été aussi pas mal joué sur les « college radios » américaines. C’est un titre qui a fait que quelques labels de disques et quelques personnes qui travaillaient dans des radios se sont demandés si j’avais peut-être d’autres titres du même genre. Donc, s’il est vrai que mon ambition première était une carrière solo, elle a été aussi la résultante du relatif succès de Cardinal

Richard : Pour moi, être sous le feu des projecteurs et avoir une carrière solo ne sont pas essentiels. J’avais commencé à chanter avec The Moles il y a longtemps à Sydney car il n’y avait personne d’autre pour le faire de la façon dont je le souhaitais. J’aime composer et je tiens à continuer à le faire que ce soit en solo, avec Cardinal ou Cosmos (projet avec Robert Pollard).

Il est assez intéressant de voir que vos deux disques avant la reformation de Cardinal étaient collaboratifs. Est-ce que la réunion de Cardinal était liée à une idée du genre : « J’aimerais bien travailler avec lui à nouveau. » ?

Eric : Vous pensez sans doute à Museum Quality Capture avec Christopher Seink sous le nom de Seinking Ships. C’est sans doute vrai car je n’avais jamais été aussi loin dans la collaboration avec quelqu’un. Avec Cardinal, Richard compose puis me les confie pour que je m’occupe des arrangements et de la production. C’est assez proche de ce qui s’est passé avec Seinking Ships. Christopher avait mis en place guitares et claviers, des textures massives mais cool, et me les avait ensuite envoyées pour que j’effectue mon travail sur les instruments et que j’écrive les arrangements à corde ainsi que ceux des vocaux qui, eux, devaient être très clairsemés. Je suis peut-être le seul à penser cela mais, pour moi, ça n’est pas ainsi qu’on peut définir une collaboration. Selon moi, une véritable collaboration ce serait Elton John et Bernie Taupin. J’ai entendu George Martin mentionner ce terme en référence à ce qu’il faisait avec les Beatles. J’ai du mal à croire qu’il ait pu intégrer sans problèmes un passage au violoncelle à deux ou trois musiciens défoncés. (Rires)

Richard : J’avais composé un morceau nommé « Kal » qui figure sur l’album. J’avais demander à Eric d’en écrire un arrangement. On a travaillé dessus pendant assez longtemps, presque un an. C’était avant que ne sorte l’album de Cosmos. Ce projet sur « Kal » s’est étendu à d’autres morceaux. Et on s’est dit qu’il fallait aller jusqu’au bout de ce que nous nous sentions capables de faire.

Sur Hymns étiez-vous en studio ensemble ou cette collaboration s’est-elle faite à distance, encouragée par la technologie ?

Eric : Mille mercis à la technologie ! Et aux deux types que nous étions qui ont passé pas mal de temps à violer d’un état à l’autre ! Il y a eu un autre facteur qui a rendu la chose possible : l’apport d’ingénieurs du son qui ont travaillé avec Richard sur son jeu de guitare et ses parties vocales. Il n’a pas de studio et n’est pas du tout versé dans l’art du son. Sans eux le disque n’aurait jamais vu le jour. Larry Lachman a tout démarré à New York, il a enregistré Richard et l’a aidé à mettre en place sa voix sur « Carbonic Smoke Ball », « Love Like Rain » et « Her ». Dave Minham a été aussi d’un grand secours, surtout sur « Kal », un des morceaux prominents de l’album. On a eu aussi Luis Leal, c’est un nouveau venu et il a beaucoup de talent. Il vit à Boston et il se rendait chez Richard à Cape Cod avec pas mal d’équipement de pointe et de guitares. Il a bossé sur près de la moitié du disque et l’a vraiment mis en forme. Cela a rendu mon travail de production bien plus facile. Personne n’a été très bien payé mais comme tout le monde était fan du groupe ils n’ont pas compté leurs heures…

Richard : C’était du rock par la voie postale comme Robert Pollard le fait si souvent. Même si on ne se retrouvait pas face à face, je trouve que c’était très collaboratif même si je sais qu’Eric n’est pas très d’accord. Vous savez mes compositions sont très idiosyncratiques, et, entre les sessions , on a beaucoup discuté de l’état et du rôle l’enregistrement. On parlait de ce qui allait, de ce qui nécessitait plus de travail, etc.

Comment s’annonce le futur ? Allez-vous repartir chacun dans vos carrières solo ou peut-on s’attendre à des nouvelles compositions de Cardinal restées dans les tuyaux ?

Eric : Je n’aime pas trop penser au futur ; le monde est devenu un endroit si effrayant. Ceci dit, je me prépare à sortir mon prochain album solo, Too Much World. Et j’ai aussi quelques jolis petits projets de production qui m’attendent. Pour l’instant je ne vois pas plus loin. Si on fait un nouveau disque de Cardinal, ce sera parce que Richar m’aura montré une dizaines de super compositions qui vraiment m’exciteront.

Richard : J’ai une vie assez active avec un cabinet d’avocats qui se développe en parallèle à la musique. Il y a sans doute du matériel qui attend et reste à la disposition de ceux qui font Cardinal. On continuera à faire de la musique, avec ou sans le groupe. « Pas d’urgence » comme le dit Paul Simon.

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Jason Lyttle

Jason Lyttle avait promis que son prochain album solo serait « du Grandaddy et deu prog rock ». Dept. Of Disapperance est cela bien sûr, mais pas que cela puisque certains titres (« Get Up And Go », « Gimme Click Gimme Grid » ou « Last Problems of the Alps ») s’aventurent ailleurs tout en restant pénétrés de cette atmosphère rupestre qui luii est si chère..

Serait-ce un virage rock que vous abordez sur certains morceaux ?

Je suis en train de réaliser que de plus en plus de personne écoutent mes disques alors que j’ai plutôt tendance à me recroqueviller dans mon petit monde interne, surtout quand j’enregistre et j’ai, quelque part, j’ai cette chance de ne pas penser au fait que des gens vont l’écouter. Ce qui me percute aujourd’hui, c’est ce feedback auquel je ne suis pas préparé même si c’est une chose naturelle qui vient avec le fait d’être un artiste.

Et aujourd’hui on parle en outre de plus en plus d’une reformation de Grandadddy…

Oui. Certains même pensaient que cela allait être un sujet tabou. (Rires) Quelque part je me moque un peu de ces réactions ; je vais planifier cela car je n’ai pas envie de passer mon temps à ce que ça devienne un souci. C’est drôle comment tous ces cycles se chevauchent.

Pensez-vous que travailler sur cet album vous a fait envisager que Grandaddy se reforme ?

Pas du tout ! (Rires) Il n’y a eu aucun rapport même si je ne devrais pas dire ça. Vous savez une chanson de Grandaddy reste une chanson de moi, tout autant qu’une chanson enregistrée en solo. J’ai ma propre connexion à elles, elle n’est vaide que pour moi et personne d’autre ne peut la partager.

Vous avez aussi déclaré que ce disque serait « proggy sans l’être, avec un gros son mais sans que celui-ci soit lourd, qui me satisfera aussi car il sera différent ». Pensez-vous y être parvenu ?

Je voulais que ce soit épique, un peu sauvage mais pas trop le foutoir. Finalement il a été décidé qu’il en serait ainsi, sans que je puisse avoir mon mot à dire en quelque sorte. J’ai fait le disque que je sentais devoir être fait ; je sais que ça peut sonner vague et évasif mais c’est la vérité. Parfois, vous devez accepter quelque chose d’autre vous dirige. Au fond, j’essaie juste de retrouver cette sensation magique que je ressentais quand j’écoutais de la musique avec un casque à l’âge de huit ans. Entendre quelque chose pour la première fois, me sentir émerveillé et inspiré. C’est véritablement ce pourquoi je fais de la musique, recapturer ces moments, que ce soit avec une chanson ou sur tout un album.

Ce disque sonne comme une appréciation de la Nature en soi…

C’est une chose dont j’ai besoin tant elle m’est importante. Parfois je suis sidéré que les gens ne le comprennent pas. La joie toute simple d’un arbre que le vent balaie. Je sais que c’est dur de ne pas parler de cela sans avoir l’air d’une hippie béat et à côté de ses pompes mais c’est vrai que c’est cela qui m’inspire. Plus vous vieillissez, plus vous devez assurer pas mal de chose dans votre vie, les aléas et les douleurs de la réalité. Je suis heureux d’être muni de cette sensibilité qui me rend si réceptif à la nature. C’est une forme de thérapie je pense et comme ça m’est bénéfique, je crois que ça ressort dans ma musique.

Vous arrive-t-il de vous éloigner du studio pour en jouir ?

Oui, parfois même je prends ça pour une calamité ! (Rires) Si je n’étais pas si souvent dehors, je pense que j’aurais assez de matériel pour trois albums. Il est presque ironique de penser que j’aime autant rester cloîtré chez moi à faire de la musique que d’être autant dehors.

Est-ce pour cette raison que le fait d’être en tournée est si frustrant pour vous ? Être à l’extérieur sans être capable d’en profiter car vous devez aller de concert en concert…

Je crois que vous avez raison. Vous ne me trouveriez jamais dans de tels environnements si je n’étais pas forcé d’y être et de faire des concerts. Ça n’est pas du tout mon truc que les endroits confinés, sales, sombres et enfumés. J’ai essayé de trouver le juste équilibre entre toutes ces contraintes de manière à prolonger ce que j’aimais faire mais souvent j’ai été sur le point d’abandonner tant j’étais malheureux.

Bref, entre s’arrêter pour s’imprégner d’un point de vue et se dépêcher pour arriver au prochain concert ça n’était pas l’idéal.

C’est certain ; voilà pourquoi j’arrive à mieux structurer mes tournées désormais et à les rendre plus créatifs. Quand je suis sur la route, je parviens à profiter de certains de ces moments. J’ai fait récemment une tournée en Australie et c’était vraiment génial. Je n’avais que le minimum de matériel, les salles étaient petites mais j’étais parti avec un pote et on s’est fait un beau petit planning. On a conduit tous les jours, et partout en programmant de longs moments entre les concerts officiels tout en jouant dans des petits clubs pour les fans. C’est le style auquel je suis habitué. J’ai grandi dans le milieu des skateboarders, j’allais voir des compétitions, je faisais des shows de démonstration et ça me permettait de me balader comme je le voulais, avec un sens de la liberté illimité.

On peut penser que la mode de jouer des « lounge shows » dot pas mal vous plaire…

Ça me plairait bien mais l’idée d’avoir à parler entre les morceaux ne me semble pas très attrayante. C’est un peu comme si j’étais en train de jouer quelque chose et que j’étais obligé de raconter quelque chose en même temps. Ça draine l’énergie je trouve. Il faudrait que je fasse 2 ou 3 shows pour voir comment se passe cette proximité avec le public. Mais ils ont tendance à vouloir bavarder mais ce ne sont pas de véritables conversations. C’est toujours une seule personne qui s’exprime et qui vous demande toujours les mêmes choses. Je n’ai rien contre cela mais quand c’est systématique, ça vous épuise. Peut-être que si je pouvais les espacer toutes les 48 heures…

En fait l’idéal pour moi, ce sont les shows en tant que résidant. Une club pas trop grand et que vous y restez plusieurs jours, ou semaines. J’ai juste besoin d’un piano, quelques spectacles sans trop de publicité et pas trop chers pour que les gens puissent venir souvent. Je pourrais changer les morceaux chaque soir ; une fois des morceaux de mes disque solo, une autre fois des titre datant de l’époque Grandaddy…

20 décembre 2012 Posted by | Rapid Talk | , | Laisser un commentaire