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The Zombies: « Odessey & Oracle »

Les Zombies avaient tout pour déplaire! Un look à réveiller les morts (costume cravate, cheveux soigneusement peignés alors que la mode  se penchait vers plus de laisser aller et d’orientalisme chamarré) et des influences qui dédaignaient le rhythm and blues pour se réclamer de musiques plus élaborées et intellectuelles comme le jazz ou la musique classique. Ils avaient, bien sûr, obtenu un ou deux hits (« She’s Not There », « Tell Her No ») mais leurs singles suivants, délicates compositions faites de subtiles variations sur les modes mineurs et majeurs, avaient tous été des bides. Délaissés par Decca Records, signés par Epic au moment d’entrer en studio, les Zombies savaient déjà qu’ils étaient un groupe défunt. Enregistré aux studios EMI à Abbey Road, Odessey & Oracle avait bénéficié d’une avance de 1000 £ seulement alors que les Beatles, à la même période, récoltaient 25 000 £ pour Sergeant Peppers.

Pour couronner le tout, la pochette, peinte par la petite amie d’un des membres du groupe, était particulièrement hideuse et s’ornait d’une faute d’orthographe qui, au moins, avait permis de donner une connotation vaguement shakespearienne à l’album.

Quid du disque donc? Glissons très vite sur le fait que c’est grâce à Al Kooper qui insista pour le sortir aux USA, qu’il permit au combo d’obtenir son dernier succès, « Time Of The Season », car Odessey & Oracle mérite mieux que d’être réduit à cette ballade soul semblant inspirée par Ben E. King. C’est, au contaire, un disque qui ne laisse pas indemne, doux euphémisme pour parler d’un authentique chef d’oeuvre à une période où la concurrence était justement assez rude. La musique est tout simplement merveilleuse, désarmante de fraicheur et d’émotion tout à la fois simple et fine. Simple de par l’évidence des compositions, immaculées et radieuses même quand leur tonalité est sombre, fine par l’extraordinaire inventivité des arrangements (le mellotron dont les Zombies sont peut-être les premiers utilisateurs) et les somptueuses harmonies vocales qui placent certainement Odyssey & Oracle sur le même rang que Pet Sounds des Beach Boys.

Comment cataloguer alors un album qui est à la fois pop et en même temps baroque? Comment rendre compte de certaines plages qui effleurent presque le sublime? En analysant bien sûr certains procédés: couplets qui semblent se répondre, refrains et ponts qui se succèdent de manière étonnante pour un profane habitué à la chose « pop » ou les arrangements, faits de clavecins, de pianos, d’une basse mélodique, de quelques touches de cordes, qui ne sont jamais grandiloquents, et ajoutent une touche de psychédélisme. Mais aussi en soulignant les mélodies indiscutables et les déluges harmoniques dont l’album semble n’être jamais sevré. Parfaitment calibrées, avec des descentes mélodiques et des changements d’accords qui rappellent souvent le meilleur des Beatles, les chansons de cet album sont de celles qu’on qualifie d’intemporelles. De ce subtil alliage entre douces mélodies et audaces psychédéliques émerge la voix unique de Colin Blunstone, dont le subtil falsetto enveloppe les compostions d’un timbre délicieusement voilé. Celles-ci sont ainsi mises en valeur, embellies comme si leurs qualités intrinsèques ne se suffisaient pas. On pourrait, en effet, égréner chaque titre et considérer qu’il constitue un « hit » potentiel: le claustrophobique mais éthéré « Care of Cell 44 », la splendide mélancolie de « A Rose For Emily », la fraîche mais désaubusée ballade que constitue « Hung Up On A Dream », l’irrésistible et quasiment gothique voile entourant « Brief Candles », l’essentielle maîtrise pop de « I Want Her She Wants Me », le sémillant « Friends of Mine » ou la splendeur nostalgique et poignante de « Beechwood Park » repris d’ailleurs par Beck en concert.

Mais, plus que des chansons « pop », les directions prises par le songwriting sont surprenantes. Certains morceaux sont des mini-suites, comme « Time Of The Season », qui débute sur un motif de basse funky et passe progressivement sur un terrain pop, qui débouche lui-même sur un solo d’orgue très jazzy. Sur cet album et ailleurs, les Zombies explorent des chemins assez tortueux, des suites d’accords inattendues.

Parfois appelé le Pet Sounds anglais, Odessey and Oracles se rapproche en effet de ce sommet musical par la perfection et la finesse de ses compositions et de ses orchestrations. Les Zombies réalisent avec leur seul album un concentré de naïveté, de fraicheur et de génie musical indispensable. La formidable pierre tombale que constitue ce disque scellera l’ éphémère carrière du groupe mais restera aussi une des pierres angulaires de la pop des sixties. Cette résurrection régulière faite de multiples rééditions permet de transcender temps et durée puisque ceraines s’agrémentent souvent d’inédits qui vont bien au-delà des maigres 34 minutes qui constituaient l’Original. Elles nous autorisent à penser que les Zombies sont, si ce n’est vivants, du moins toujours présents. Alleluia !

17 décembre 2012 - Posted by | Oldies... | , ,

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