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Interview de Ray Manzarek: Quand la musique s’est éteinte…

Les Doors n’ont pas besoin que l’on digresse sur eux pour conserver leur aura. Que l’essentiel de leur discographie soit rééditée et remasterisée sous la houlette de Ray Manzarek, leur organiste,  permet de nous renvoyer plus de 40 ans en arrière, et de faire, quelque peu,  revivre la légende.

Qu’a représené pour vous le fait de réécouter et de remasteriser des musiques auxquelles vous avez participé voila près de quarante ans ?

Il m’a semblé étrange puis, ensuite, assez exaltant de nous voir tous réunis pour retravailler sur des enregistrements datant de cette époque. Ce qui était intéressant, et surtout émouvant, était de ré entendre certaines parties dont on avait presque oublié l’existence, certains détails musicaux qui, à l’époque; avaient été noyés par l’image que nous véhiculions.

Il y a les remasters, mais il y a aussi cette compilation ; quels ont été vos critères de sélection ?

Nous nous sommes déterminés en prenant en compte ce qui était, au moment où nous jouions « live », les moments les plus intenses. À partir de cela, nous nous sommes dits qu’il fallait nous baser sur ceux-ci, sur des titres qui, en principe, étaient les favoris du public. Si je veux acheter un Greatest Hits, je veux acheter le meilleur. Si j’achète un Best Of de Sly and The Family Stone ,il vaudrait mieux qu’y figure « I Want To Take You Higher », non? (Rires) N’est-ce-pas la même chose pour les Doors? Si « Light My Fire » n’y figurait pas…

En même temps les Doors n’ont jamais été un groupe qui faisait de le musique en fonction de « singles » éventuels…

C’est exact, passés les quelques morceaux incontournables, il nous a paru salutaire de nous en remettre à ce que notre public idéal aurait eu envie d’entendre.

À cet égard, si l’on considère votre carrière, il y a toujours eu un album qui,

pour beaucoup, s’est écarté de l’image des Doors c’est The Soft Parade qui soniquement est presque conceptuel.

Ça a été, en effet un disque controversé. L’idée était de faire quelque chose où figureraient des cuivres et des arrangements à cordes. Nous avions fait trois disques où ne figuraient que nous quatre et pour nous ça représentait une -opportunité de pouvoir nous développer et d’interpréter des nouveaux titres avec une instrumentation originale. Mais tout cela est de ma faute et je suis prêt à en assumer la responsabilité. Je trouve rétrospectivement qu’il était nul ! (Rires)

Permettez-moi d’en douter, malgré les mauvaises critiques qu’il a essuyé à l’époque. (Rires)

Ils avaient raison, il était trop ampoulé, trop nombriliste. (Rires) J’ai toujours pensé que c’était un super album et ai toujours considéré que ceux qui en avaient dit du mal n’avaient rien compris. S’ils étaient devant moi en ce moment, je crois que je leur ferai comprendre avec mes poings, à la manière de l’Américain violent que je peux être, ce que je pense d’eux! Voyez-vous, le problème est que c’est le genre de choses qu’ils ne disent jamais devant vous.

Vos deux premiers albums, The Doors et Strange Days, avaient comme une unité de ton, si ce n’est de son…

Oui, ils sont sortis très rapidement l’un après l’autre. Les morceaux avaient tous été écrits au Whisky A Go Go, sur Sunset Boulevard, club où nous jouions de façon régulière. Le deuxième disque, et vous avez raison de le souligner, est avant tout une exploration du premier.

En quelle mesure ?

Vous ne pouvez imaginer ce que représentait de passer d’un 4 pistes à un 8 pistes ! Cela nous a permis d’avoir un son plus ample, plus travaillé. Le premier album est essentiellement les Doors « Live ». C’est ainsi que nous jouions, que ce soit dans un petit club ou dans une grande salle comme le Madison Square Garden car le son des Doors était unique, quel que soit l’endroit. Pour en revenir à ce disque je dirais que c’était comme le Savant Fou explorant de nouvelles possibilités dans son laboratoire.

À ce propos, l’une des particularités des Doors était qu’ils navraient pas de bassiste attitré.

Je jouais de la basse avec ma main gauche car je jouais sur un clavier Fender Rhodes qui faisait basse également. C’était pour moi une manière de transcender les limites de notre line-up. Ma façon d’en jouer est une excroissance du boogie-woogie.

De la même façon que le jeu de guitare de Robbie Krieger n’avait rien à voir avec le format rock…

Tout à fait. Son phrasé était différent, son jeu en arpèges n’avait rien à voir avec ce qui se faisait à l’époque.

Comment Waiting For The Sun devait-il être perçuà la lueur des deux premiers? Plus engagé?

Nous y faisions des déclarations plus politiques avec « Five To One » ou « The Unknown Soldier ». À l’époque il y avait la guerre au Viet-Nam, nous voulions que les troupes américaines se retirent et que les Vietnamiens décident par eux-mêmes s’ils voulaient être une démocratie ou un régime communiste.

En quel sens vous sentiez-vous partie prenante de ce que l’on appelait « la contre culture »?

Nous étions totalement imbriqués dedans. Pas simplement la contre-culture qui se satisfaisait d’être marginale mais celle qui voulait accompagner l’Âge du Verseau.

Comment les rôles étaient-ils répartis avec Jim Morrison?

Jim écrivait ses textes, c’était lui le poète. Nous collaborions chacun de notre côté et la musique nous était réservée. J’étais responsable des parties de clavier et de basse et je travaillais avec Robbie sur les progressions d’accords. Jim intervenaità ce niveau-là.

Comment un morceau naissait-il ?

Jim apportait toujours les textes et c’étaient eux qui dictaient la musique. Il était rare qu’il se détermine à partir de ce que Robie et moi écrivions.

Des titres longs comme « When The Music’s Over » ou « The End » ne changeaient-ils pas votre façon de travailler ?

Ces morceaux se sont développés progressivement à partir d’interprétations « live ». Intervient toujours un élément intuitif ; en tous cas il se produisait toujours entre nous quatre. Nous savions ce qui allait et ce qui clochait. Ces titres que vous mentionnez, nous les avons tant joués dans des petits clubs, bien avant le Whisky A Go Go. Nous y faisons 4 ou 5 concerts chaque nuit; vous imaginez ce qui se produisait au bout d’un moment?! L’idée d’en faire des morceaux répétitifs, comme des ragas indiens, est issue de cette pratique. Nous n’en avons jamais parlé, vous savez. Tout s’est déroulé de façon instinctive, avec la vibration du moment vécu. Nous savions, au fond de nous-même, que nous avancions dans la bonne direction. « Live » nous parvenions à capturer à chaque fois cet instant, dans la mesure où nous étions capables de retrouver ce qui était bon et nous débarrasser de ce qui ne tenait pas la route.

Puisque vous mentionnez les concerts, on a l’impression que votre Absolutely Live était comme un pont entre ces morceaux épiques et la tradition rhythm & blues telle que vous la revendiquez dans votre reprise de « Who Do You Love? »…

Je crois que c’était une excellente recréation. C’est toujours « fun » de jouer un morceau de Bo Diddley. C’est un peu comme « Back Door Man »; l’héritage blues a toujours eu une survivance chez nous. On peut y trouver aussi du jazz et même de la musique classique.

Et aussi cette reprise de « Alabama Song »…

Tout à fait. Je crois que la thématique « cabaret » à la Brecht convenait fort bien à Jim.

Même si Jim était « en charge » des textes, de quoi est venu le nom des Doors avec sa référence à Huxley ?

C’est lui qui a décidé que nous devions nous appeler ainsi. Nous partagions tous pourtant cette mystique qui entourait ce que Venice Beach représentait à l’époque. C’était une scène underground et bohème dont l’origine remontait aux Beatniks. La plupart d’entre nous étions des « acid heads », bercés par la culture psychédélique. Nous étions impliqués dans tout ce qu’elle véhiculait, le « peace and love », le fait d’élargir notre perception des choses, réaliser que tout est issu d’une puissance divine. Que je suis Dieu autant que vous l’êtes et qu’Il n’est pas quelque part dans le ciel. Chaque chose est la manifestation d’une énergie et, de ce point de vue-là, nous étions des mystiques. Nous n’étions pas nécessairement religieux dans la mesure où nous accordions autant d’importance à l’Inconscient Collectif de Jung. Notre musique n’était pas une tentative de nous y greffer, elle nous permettait juste, instinctivement, d’y parvenir, de réaliser que le monde était un lieu où l’intellect régnait. Nos autres références étaient le cinéma, la Nouvelle Vague française, et au milieu de tout cela nous prenions du LSD!

Disons que votre approche n’était pas dissemblable de celle des Romantiques français. (Rires)

Rimbaud dont Jim était un grand fan, et bien d’autres…

Et puis, après l’interlude blues de Roadhouse Blues, vous sembliez opter pour une autre direction avec L.A. Woman…

Après L.A. Woman, Jim est parti pour Paris et nous avons attendu son retour. Ça a été une période assez étrange car nous réalisions que nous nous étions ouverts à d’autres choses, musicalement…

Vous êtes-vous, parfois, demandé comment auraient sonné les Doors si Jim n’était pas mort ?

Très souvent oui? Et je suis toujours arrivé à la même réponse ; nous aurions sonné comme une extension de « Riders On The Storm ». C’est vers cela que nous nous dirigions.

17 décembre 2012 - Posted by | Conversations | , ,

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