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Jim Jones Revue: « The Savage Heat »

Qu’est-ce qui peut bien arriver lorsque la quantité de votre propre production discographique semble avoir fait le tour des éléments musicaux qui vous ont conduit à enregistrer ? C’est une question qui doit tarauder The Jim Jones Revue et qui a certainement présidé à la conception de ce troisième album.
Heureusement, le groupe a toujours vu plus loin que Little Richard par exemple et il a toujours été attiré par d’autres sources. Celles-ci demeurent « combustibles » mais avec une approche différente que celle, hystérique, du premier cité.The Gun Club, The Cramps ou The Birthday Party en font partie et Jim Jones est suffisamment intelligent pour se rendre compte que, à l’instar de ce que faisaient tous ces illustres ancêtres des années 80, l’astuce consistait à utiliser ces influences mais à les transcender pour aboutir à une voix qui, même sdi elle ne sera pas vraiment inédite, continuera à rester la leur.

De ce point de vue, The Jim Jones Review semble s’être aligner sur l’itinéraire d’un groupe comme The Gun Club qui a su aller d’un sauvage Fire of Love à ce rock domestiqué mais toujours incisif présent enregistré sur Mother Juno.

Jim Jones a parfaitement intégré cette problématique et sait également ce qui est en jeu sur The Savage Heart. En outre, surtout réputé pour ses concerts incendiaires, le groupe était conscient que ce sens du rythme se devait d’être reconduit sur son travail enregistré.
C’est face à ce paradoxe, rester ancré dans ses racines initiales mais échapper à cette étiquette de « revivaliste », que l’album doit être abordé.

La productionj est toujours dirigée par le même homme, Jim Sclavunos réputé pour son travail avec The Bad Seeds et Grinderman. On retrouve donc la même puissance de feu, parfois même ampoulée, mais cette impression de grandiloquence outrancière est colmatée par une éventail sonore plus large où on trouve parfois une soupçon de venin inattendu de par sa subtilité. La cause en est des recettes de compositions plus profondes et un piano, celui du nouveau membre Henri Herbert, dont le jeu en baryton est mis plus en avant.

Le tout donne une atmosphère où cohabitent esprit presque fun (rythmique plus légère) et ces tonalités menaçantes et assassines apportées par un frappé sur touches qui sonne comme autant de coups de poignards.

Jim Jones, lui-même, semble s’être ajusté à cette nouvelle instrumentation tant il se montre capable d’en épouser certaines sonorités ; celles-ci se font bluesy « In And Out of Harm’s Way » ou « Eagle Eye Ball » et gravitent même sur ce même registre baryton façon Mark Lannegan sur « Midnight Oceans & The Savage Heart » qui clôt l’album.

The Jim Jones Revue s’aventure donc vers ces nouveaux territoires avec un certain succès. Il n’apporte, certes, rien de nouveau mais là n’était pas le but. Parvenir à donner patine artisanale et lustrée à chahut rocailleux et indistinct suffit suffisamment à notre bonheur auditif.

11 décembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Jason Lyttle: « Dept. of Disappearance »

Quand on a été l’auteur, avec Grandaddy, d’un disque culte (The Sophtware Slump) puisque ayant fait école et développé ce qu’on pourrait nommer le low-fi electro-assoupi, il est toujours épineux de choisir comment orienter sa carrière. Jason Lyttle avait opté pour la voie solo, dès 2010, avec un Yours Truly, The Commuter aux atmosphères atténuées comme couvertes de gaze ; le voici de retour avec un Dept. Of Disappearance dont le titre, cryptique à nouveau, est propice à cet état mi-comateux qui semble rester la marque de fabrique de Lyttle.

Autant le dire tout de suite, il n’y aura nulle surprise dans ce que l’on entend. On a toujours droit à cette voix doucereuse, ces climats cinématographiques qui se déploient lentement, paresseusement même, comme s’il était question de nous engourdir.

Il est presque devenu banal d’entendre ces climats oniriques, ces touches de reverb à peine appuyées même si, parfois, comme par exemple sur le presque guilleret « Get Up And Go », Lyttle semble vouloir secouer sa léthargie (et la nôtre) pour adopter une note plus allante et positive.

Concrètement cela se traduira donc toujours par ces remous habituels de bips émis par des synthés désarticulés, un son de guitare fainéant, des couches sonores luxuriantes (ce qui le distingue des paysages plus dépouillés propres à Mercury Rev) et des alternances entre ombre et lumière comme sur un « Hangtown » emblématique de sa faculté à gérer les climats.

Lyttle a déclaré à propos de ce disque que son intention était de créer « la bande-son d’un chef d’oeuve cinématographique inexistant ». Mission accomplie si on considère « Last Problem of the Alps » ou « Chopin’s Drive To The Dump » qui semblent, en effet, totalement ancrés dans ces contrées imaginaires issues de nulle part et dont il est coutumier.

On ne sera donc pas étonné d’un album digne de celui qui, un jour, a écrit « So You’ll Aim Toward The Sky ». Peut-être pourrait-on espérer que, plutôt que de persister à viser ce firmament, Lyttle prenne un virage lui permettant de se rendre ailleurs que dans cet univers vaporeux. Né avec Grandaddy, et semblant l’accompagner encore, il pèche désormais par son côté répétitif.

11 décembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | , , | Laisser un commentaire

Passion Pit: « Gossamer »

Passion Pit est un projet par Michael Angelakos, auteur-compositeur originaire de Boston. Sa première production, un EP nommé Chunks of Change, était en fait un cadeau de Saint Valentin pour sa petite amie. On ne sera donc pas étonné que Gossamer son second effort soit le véhicule de ses préoccupations personnelles (il est bipolaire ; alcoolique et cet album a failli ne jamais voir le jour en raison d’une tentative de suicide).

La musique peut servir d’expression de ses hantises (le premier titre répète à satiété : « We all have problems »), il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi pour but d’enrichir nos oreilles. Angelakos a choisi une voie assez connotée ; une sorte de soul-funk mâtinée d’une électronique omniprésente et servie par des vocaux dont, et c’est un euphémisme, on peut dire qu’ils sont très expressifs.

L’album s’ouvre sur une sorte de fanfare aux synthés pour « Gossamer » embraie sur une voix emphatique et presque féminine dans une composition qui demeure encore assez pop.

C’est ensuite que tout dérape, les choeurs deviennent non seulement envahissants mais aussi limite hystérie. Les titres se succèdent sur un mode où alternent morceaux disco partant dans tous les sens (un « I’ll be Alrignt » chaotique à souhait et semi-ballades néo-soul (« Constant Conversations  où synth-pop (« Take a Walk »).

Le problème avec ce disque est que, indépendamment des problématiques et du mode musical choisi, les exhortations de Angelakos sonnent souvent comme qui des vociférations paranoïaques, qui de vaines tentatives à émuler David Bowie ou Freddy Mercury. Les arrangements épousent également cette option, envahisseurs, heurtés et excessifs dans l’utilisation de l’électronique.

« Gossamer » signifie « gaze » en Anglais. Il s’agit donc d’un pansement, et on peut comprendre ce qu’il y a de thérapeutique dans l’approche de l’artiste. Mais elle a également pour nécessité la fonction de dresser un voile vaporeux et apaisant sur les plaies. Ici, hélas, nous sommes sur le registre d’un suraigu permanent et, par conséquent, d’une hystérisation constante qui soulage sans doute son auteur mais à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. Gossamer en tous cas ne remplit pas sa deuxième fonction qui est celle de partage d’émotions. C’est un album nombriliste et auto-centré, une remise à jour d’une musique que l’on qualifiait autrefois de « pompier ».

11 décembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | , , | Laisser un commentaire