No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Scott Walker: « Bish Bosch »

Que l’on soit fan ou pas, ou alors totalement profane en matière de « scottwakerie » ; il est difficile de ne pas être réactif quand on est confronté à sa musique. Il a, dans à l’origine toujours apporté trouble et étrangeté à son répertoire « crooner » avec les Walker Brothers durant les sixties et, dans sa carrière solo, il s’est engagé en un lent travelling de plus en plus sombre dans un territoire sans compromis.

Ce voyage intrépide atteint une apothéose en 2006 avec la sortie de The Drift, un chef-d’œuvre qui mettait directement le doigt sur les pires dégradations de l’inhumanité et de l’Homme envers l’Homme. Inévitablement, cette déclaration incroyablement lugubre s’est avérée difficile à suivre, mais le voilà qui remet le couvert avec Bish Bosch, oeuvre qui est selon lui, le dernier opus de sa trilogie entamée en 1995 avec Tilt.
Mais d’abord que penser de ce titre et en quoi peut-il nous éclairer ? « Bish » est un terme d’argot urbain utilisé à la place de « bitch » (salope, putain) et « Bosch » est une référence au peintre néerlandais du même nom dont les tableaux représentaient des scènes « hérétiques » et sacrilèges mêlant religieux et damnation.

Musicalement le disque est, sans surprise, d’un abord abrupt, avec un Walker toujours aussi déclamatoire dans un phrasé qui se teinte d’hystérie contrôlée. Ce qui pourrait décourager demeure pourtant étrangement attirant dans la mesure où, avec des musiciens jouant pour lui depuis Tilt, la cohésion se fait cohérence et ce que l’album peut avoir de martial est soigneusement contrebalancé par un orchestre à cordes et même un ensemble symphonique sur certaines plages.

Passons sur les textes qui reprennent toutes les thématiques de Walker (la décadence, la dégénérescence) et qui sont constellés de références littéraires, politiques (Ceausescu, Khrouchtchev, le Ku Klux Kan, Attila) ou mystiques et qui demeurent (qui plus est pour un francophone) obscures dans la mesure où Walker emploie le plus souvent la technique du « courant de conscience » et de l’écriture automatique.

Sur une grande partie de sa première moitié, Bish Bosch s’avère curieusement décousu. Après l’urgence industrielle implacable de « See You Don’t Bump His Head », les morceaux, bien que méticuleusement organisés, procurent la sensation que nous sommes confrontés à une série de pensées fragmentaires comme l’est une musique persistante mais semblant se heurter à des échappées hasardeuses. L’impression de brutalité, la domination résonnent ainsi familièrement les dérives harmoniques sont signe d’un goût pour l’absurde qui paraît néanmoins contrôlé . La diction de Walker est répétitive et son ton semble être porteur de mépris et de dénigrement frisant l’injurieux, le salace et le grotesque.

Ces moments sont volontairement inconfortables mais ils mettent en exergue l’utilisation que l’artiste fait du silence. Celui-ci est utilisé de façon magistrale et inquiétante au début des quelques 20 minutes de « SDSS14+13B (Zercon, A Flagpole Sitter) », morceau de choix du disque partant dans des directions sauvagement non focalisées. C’est le titre le plus extrême du chanteur, et il s’avère être un véritable défi à l’oreille, même pour le plus inconditionnel de ses fans. Les phrasés vocaux lancinants sont des adjuvants à l’étrangeté tout comme les arrangements qui savent mettre timbre et texture au service de la dissonance (en particulier avec un « tubax »instrument à moitié saxo baryton à moitié tuba sur « Epizootics! ».) Saluons-y à ce propos les percussions puissantes et aventureuses de Ian Thomas et Alasdair Malloy pour ajouter menace et virulence aux compositions.

Ce dernier titre, le voit aborder d’ailleurs le domaine du « groove », chose que Walker avait dit vouloir utiliser dans un prochain futur. La basse punchy du morceau semble indiquer qu’il saura s’y coller avec bonheur.

Tout au long du disque, la musique va donc prendre ces directions inattendues et intrigantes auxquelles on s’attend presque. « Dimple » va même swinguer tout en maintenant un climat dérangeant alors que « Pilgrim » sera un exercice ramassé et presque dépouillé dont la ténacité ne viendra que d’un roulement de batterie persistant.
Walker clôt l’album comme il le faisait sur The Drift, avec une performance solo presque décharnée. « The Day The Conducator Died » est sous-titré « ( A Xmas Song ») On n’y trouve aucune joie aucune célébration festive mais plutôt un climat de crispation.

Tout cela ne fait que souligner à quel point la forme et la forme de Bish Bosch se présentent comme des dérives. Walker a, à nouveau, saisi quelque chose sur cet album ; même sil semble agité et incohérent, sa quête artistique continue et demeure incomparable et fascinante. La gageure est de se vouloir apte à communiquer avec une audience, presque même à communier avec elle ; mais de choisir pour cela les chemins de l’abstraction, de la dysharmonie et de la phraséologie déroutante. Cette démarche-là, à elle-seule, mérite d’être saluée.

4 décembre 2012 - Posted by | Chroniques du Coeur | , , , ,

Un commentaire »

  1. […] procédé que Walker a formidablement utilisé avec « See You Don’t Bump His Head » sur Bisch Bosch et c’est un début […]

    Ping par Scott Walker & O))): « Soused  | «No BS: Just Rock & Roll! | 17 octobre 2014 | Réponse


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :