No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Tamaryn: « Tender New Signs »

Il semblerait qu’il y ait un « revival » du « shoegaze » même si ce duo originaire de Nouvelle Zélande utilise plutôt le terme de ‘skygazing » pour qualifier son travail. Leur premier album, The Waves, avait marqué les esprits ; celui-ci s’efforce de donner plus de strucure et de profondeur à leur démarche. « Profondeur » n’est d’ailleurs peut-être pas l’appellation appropriée quand on considère des titres comme « Afterlight », « While You’re Sleeping, I’m Dreaming » ou « Heavenly Bodies » qui semblent à cet égard pointer vers la direction opposée.

En outre, si on doit trouver référence au « shoegazing », ça n’est pas du côté de groupes comme Ride qu’il faudrait trouver apparentement mais plutôt vers des artistes comme Bilinda Butcher (pour les chuchotements charmeurs), Julee Cruise (pour la petite touche surréaliste) ou Slowdive et Cocteau Twins pour cette culture du son éthéré visant à la majesté grâcieuse.

Tender New Signs est par conséquent un titre révélateur puisqu’il pointe vers de nouveaux horizons mais ne se départit pas de son élégance et d’un certain raffinement. Ainsi, « Heavenly Bodies » bien que rythmiquement laborieux au point de faire croire qu’il est l’archétype de la composition « shoegaze », se révèle presque gracile par son léger bourdonnement des guitares et sa mélodie au léger voile brumeux. La construction-même du titre est révélatrice tant, progressivement, le morceau s’élève vers quelque chose de plus riche et de plus brillamment éclairé dans son chorus.

L’important, pourtant, ne se situe pas dans cette émulation de schémas déjà parcourus. Si « Prizma » fait preuve d’une sensualité d’autant plus prégnante qu’elle se montre subtilement elliptique et « The Garden » opu « Afterlight » sont emblématiques de ce que « joliesse » peut vouloir dire, c’est quand le duo s’éloigne des canons qu’il revendique que la progression se fait la plus féconde.

« I’m Gone » voit les vocaux de Tamaryn (la chanteuse) craquelés par les guitares percutantes et kaléidoscopiques de Shelverton comme pour rendre organiques et presque primales les allures doucereuses du morceaux et « While You’re Sleeping » ou « I’m Dreaming » voient leurs présentations oniriques heurtées de plein fouet par des six cordes psyché rock où la « reverb » sert de toile de fond.

La dramaturgie ne serait pas complète sans un « No Exits » qui frise la pâmoison aussi bien pour l’auditeur que pour l’interprète ou « Violets in a Pool » qui clôture l’album sur une note glaçante et presque funéraire.

Que dire de cette conclusion si ce n’est qu’elle semble naturellement couler de source ? Partant d’influences digérées, Tender New Signs se révèle comme un presque « road album » émotionnel, passant de l’éthéré au profane (Beach House n’est pas loin) puis nous transportant à nouveau vers l’élévation même si celle-ci se révèle endeuillée. Dans un cas comme dans l’autre, le rêve n’est jamais absent ; il nous révèle simplement nos parts d’ombre dans l’achèvement de cet itinéraire.

13 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Seapony: « Falling »

De Seattle,‭ ‬on attend en général un son âpre et noisy,‭ ‬on ne sera donc pas étonné par ce deuxième album du trio mené par la voix de Jen Weidl compagne de Danny Rowland leader du combo.‭ ‬Plus étonnant sera par contre le fait qu’il se réclame de la dream-pop dans sa tentative d’amalgamer guitares fuzz‭  ‬ou en reverb,‭ ‬tempos moyens et atmosphères faites de délicatesse et de langueur.‭ ‬Les vocaux de Weidl apportent,‭ ‬de toute évidence,‭ ‬cette facette féminine mais c’est surtout cette relative évolution dans le son du groupe qui permet de véhiculer des climats éthérés.
Sur le disque précédent,‭ ‬une boîte à rythme brinquebalante était à l’honneur,‭ ‬ici on a affaire à un son plus vif‭ («‬ Tell Me So ‭»‬,‭ «‬ Outside ‭») ‬mais il est contrebalancé par les touches presque apaisées des morceaux plus lo-fi‭ («‬ Be Alone ‭»‬,‭ «‬ Sunshine ‭»)‬.
Tout sera donc affaire d’équilibre à l’intérieur d’un schéma très simple, si simple qu’il a tendance à devenir prévisible. On alterne ainsi humeurs détendues et crispations d’adrénaline, que les compositions ne parviennent pas à transfigurer. Le groupe lui-même disait privilégier le son aux textes («Nous essayons juste de glisser des mots qui sont à moitié cohérents, ont le bon nombre de syllabes et le rythme approprié.») Sur ce plan-là l’exercice est réussi et on pourrait facilement verser dans une ambiance onirique si, intérêt il était possible de maintenir.
Malheureusement il ne suffit pas de se montrer tour à tour «crooner», sirupeuse ou vaporeuse pour que Falling soit vecteur de richesse. Bien sûr on pourra émettre des comparaisons avec Velocity Girl, Talusha Gosh ou The Pains Of Being Pure At Heart, mais comment se satisfaire de ces chansons mid-tempos et sans consistance que sont «Follow, «No One Will» ou «Never Be»? D’un groupe qui, même s’il ne prétend pas être original, vise à offrir du rêve et des pop songs on pourrait attendre autre chose qu’un brouillamini qui s’avère très vite indigeste et des compositions sans aucune saveur.
Falling est une galette dont on se demande à quoi elle peut servir; elle interroge sur le constat que la profusion de sorties discographiques ne sera pas gage de viabilité pour l’industrie musicale, toute «alternative» qu’elle se réclame.

13 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire

The Mynabirds: « Generals »

Generals est le deuxième album de The Mynarbirds ou plutôt du groupe emmené par Laura Burhnem. « Emmené » est le bon terme car la chanteuse a choisi ce titre en référence à une photo de Richard Avendon Generals of the Daughters of the American Revolution.

Il s’agit donc d’un disque qui, d’emblée, annonce une couleur politique ne serait-ce que par la coloration martiale des morceaux et le phrasé déclamatoire de Burhem.

Il ne faut pas pourtant se fier uniquement à ce que ce disque peut avoir de militant. Didactisme mis à part, le titre introductif, « Karma Debt » donne un ton qui, s’il est vecteur d’énergie, est étayé par une production incroyablement souple (Richard Swift) et un impact mélodique immédiat.

Alors que sur son précédent opus, What We Lose in The Fire We Gain in the Flood (ouf!), The Mynaabirds avaient eu tendance à déployer une certaine verbosité teintée de nuances sépia, Burnhem vise ici la jugulaire comme en témoigne les deux autres morceaux qui suivent, « Wolf Mother » et « Generals ». Sur des registres différents, ce que représente le fait d’être mère ou soldat, se dégage un souffle militant orchestré par des compositions imparables de justesse et d’harmonie.

Le mérite de Generals est, en effet, de faire preuve de style et de bravado dans le message révolutionnaire qu’il veut promouvoir tout en ne délaissant pas le fond. Les morceaux sont impressionnants ; « Body of Work » fascine par le côté vibrant dont il fait preuve, « Radiator Sister », malgré son aspect « dance » est tout sauf un hymne à la futilité tant il s’en dégage frustration et amertume et « Mightier Than The Sword », partant d’un piano aux lisières du mélodramatique, transcende le tout par l’émotion qui gagne peu à peu l’auditeur capturé qu’il est par les boucles de synthés et les festivités orchestrales dont se montre capable Swift aux manettes.

On le voit, l’artiste est capable d’alterner morceaux au « marteau piqueur » et refrains plus subtils comme sur « Buffalo Flower » ou « Body of Work » où elle s’essaie aux mélodies et rythmiques africaines ; cela permet au disque de sortir du risque de sonner comme un prêche continuel.

Au bout du compte la révolution qu’elle appelle de ses vœux n’est pas strictement idéologique et ce sont ces variations musicales, toutes combattantes qu’elles sonnent, qui lui donnent tonalité existentielle ou personnelle et, par conséquent, profondément humaine.

 

12 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Thee Oh Sees : « Putifriers II »

Quand on devient conscient qu’un groupe, ou plutôt John Dwyer le leader de Thee Oh Sees, (admirez le patronyme!), a décidé de nommer le nouvel album du combo Putrifiers II sans qu’il y ait eu un numéro I on se dit qu’on va être confronté à une musique atypique ou autre. Observer la pochette, esquisse d’un personnage hybride et « grotesque », ne peut qu’entériner cette impression première.

L’écoute de la galette confirmera, qu’en effet, on a affaire à un OVNI musical qui, s’il est clairement identifié, sera confondant d’aisance et d’inventivité dans ce genre plutôt circoncis mêlant, durant quelques années des sixties, rock garage et débuts du psychédélisme.

Période particulière car, sur cette durée relativement courte, il y avait presque une adéquation entre les musiques britanniques et celles issues des USA un peu comme si ce qui avait été si bien réuni sur l’album Nuggets s’avérait être l’écho sonique de ce qui se déroulait dans le « swinging London »

Si, eu égard à l’origine du groupe (San Francisco), on retrouve des effluves tà la fois West Coast et « garage », les premières références qui sautent à l’oreille sont plus excentrées et excentriques puisqu’elles auraient pour nom Syd Barrett ou les Kinks.

« Wax Face », avec ses vocaux distendus et comme ailleurs, sa diction éraillée et ses guitares mi-acoustiques mi-en saturation ne peut qu’évoquer l’elfe du Floyd.

S’il est une constante d’ailleurs dans cet album, c’est un usage omniprésent de la distortion, débridée mais toujours tenu en laisse. On pense un peu à Brian Jonestown Massacre mais, alors que ces derniers se laissaient souvent dépasser par le « freak out », Thee Oh Sees le maintiennent constamment sous contrôle comme si, conscients de ce qui allait ensuite préfigurer le rock psychédélique (morceaux étirés et improvisations de plus en plus délirantes), il était essentiel de rester concentré sur ce projet.

Le mérite de l’album est, en effet, de jongler en permanence avec déséquilibre sonique et maintien dans des cadres stricts, ceux de la chanson « pop » qui, toute extravagante qu’elle sonne, demeure mélodieuse, préservant ainsi une impression de concision.

La fuzz de « Hang a Picture  » est tout bonnement cristalline (sic!) tant elle sonne laid back tout comme cette improbable mais judicieuse rencontre Kinks/Byrds qui caractérise « Goodnight Baby ».

En fait, le sujet est si bien maîtrisé que même certaines dérives bruitistes (« Wicked Park ») sont avant tout des mini symphonies comme si un seul titre pouvait condenser toues les explorations possibles et inimaginables. L’expérimentation n’est d’ailleurs pas loin puisque « So Nice » se verra effleurer le raga façon « Tomorrow Never Knows » ou un « Lupine Dominus » se fera la voix d’un schizophrénique assemblage de Barrett et de Suicide.

On pourrait se demander ce qui permet de cimenter cette approche si disparate mais la fusion n’est pas artificielle. Mêler des idées si contrastées sur un seul album s’avère être presque une compilation. C’est en quelque sorte un témoignage de l’ère pré-hippie où les guitares restaient corrosives mais où des ouvertures musicales sans interdits prenaient naissance. On pourrait schématiser cette faconde en prenant pour symbole les touches Motown s’imbriquant dans « Flood’s New Light » ; titre qui, à lui seul, fédère un album nécessaire voire indispensable…

 

12 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Eugene McGuinness: « The Invitation to the Voyage »

On dit souvent que ce qui compte plus dans un voyage, ce sont ses étapes et non pas sa destination. On serait d’ailleurs bien en peine de savoir à quel type de périple nous convie Eugene McGuinness sur son deuxième album.

S’il fallait lui donner une direction, elle ne serait pas géographique mais plutôt temporelle tant la musique du chanteur semble figée dans un univers issus des années 60, non pas les sixties « pop », mais plutôt celle tirée des films de james Bond (« Shotgun »). Ce morceau est le plus emblématique et aussi le plus flagrant d’un disque où le chanteur semble s’employer à invoquer les mânes des grandes orchestrations et des guitares en réverbération façon Link Wray ou, mais avec moins de succès, Richard Hawley sur « The Invitation to the Voyage ».

Autre particularité, volonté de composer des chansons qui ont cette « singalong quality » et qui gagnent à être reprises en cœur. « Concrete Moon » est une réussite avérée de par une mélodie immédiate qui n’est pas trop détériorée par un phrasé vocal dont on peut déplorer qu’il demeure monocorde.

Eugene McGuinness n’est pas un réel chanteur et il s’obstine à déclamer sur un seul plutôt qu’à vocaliser et on a trop souvent l’impression qu’il s’obstine, ne serait-ce que par une diction répétitive, à émuler (et là on est gentil) Damon Albarn ou Ray Davies sur « Joshua ».

Les efforts à s’éloigner de ce schéma (electro-pop sautillante sur « Harlequinade », « Japanese Cars » ou « Sugarplum », production touffue style musique de films sur « Video Game ») sur la plupart des titres tombent alors à plat et donnent plutôt la sensation de greffes qui ne prennent pas.

Invitation à visiter une période révolue donc mais preuve aussi combien il est difficile de façonner un disque aux tonalités rétro. Trop souvent en effet, impression est délivrée qu’on a droit à une hésitation entre une véritable plongée dans un univers et une parodie distanciée façon Austin Powers.

On n’ira pas jusqu’à dire que MacGuinness est dépourvu d’une vision (ses textes sont le plus souvent des petites merveilles d’observations psychologiques) mais on pourrait dire qu’elle est desservie par une destination qu’on a peine à ne pas considérer comme rebattue. Il eut fallu sans doute des compositions plus « pop » comme en étaient capables, par exemple, Blur pour ne pas avoir la pénibles perception que nous sommes conviés à (voire embarqués dans) une odyssée où l’on navigue à vue.

 

11 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | Laisser un commentaire

James Iha: « Look to the Sky »

 

 

Il aura donc fallu attendre 6 ans pour que le guitariste des Smashing Pumpkins s’offre un deuxième album solo après Let It Come Down. Sur celui-ci il y témoignait de sa passion pour un folk mélodique héritier des années 60 mâtiné d’une touche de soft-rock très seventies, il l’agrémente avec Touch To The Sky de légères nuances électroniques qui donnent au disque une patine plus « new wave » typique des années 80.

En un sens, cet opus est plus proche de son travail avec les Pumpkins dans la mesure où il reprend certains canons du rock alternatif. Sa patte est simplement plus doucereuse (on se souvient qu’il a collaboré au disque qui marquait le retour de America en 2007) et celle-ci ne se dément pas sur Look To The Sky. Les vocaux sont tamisés, en demi-teinte, comme passé d’un tamis qui filtrerait toute excroissance de décibels ce qui procure au disque une atmosphère dénuée de tout artifice.

Même les titres plus « aigus » (l’électro « Dark Star », « Gemini » ou « Speed of Love ») ne s’élèvent pas au-delà d’un certain seuil et s’insère avec une globale fluidité avec des morceaux fleurant dépouillement et légères influences « country » (la « slide » presque à fleur de son sur « 4th of July »).,

Notons également la participations de pointures qui ne sont pas petites (Adam Schlesinger, Nina Persson des Cardigans et ni plus ni moins que Tom Verlaine) qui concourent tous à procurer à Iha ce parfum entre chien et loup qu’il semble affectionner. « To Who Kows Where » fait preuve ainsi d’une mélancolie que l’on devine bouillonnante mais qui demeure circonscrite, la seule échappée plus acérée résidant dans un « Summer Days » dont les riffs de guitare sont pourtant contrebalancés par des nappes de synthés permettant à Iha de maintenir mélodie et intimité.

L’artiste poussera même le bouchon jusqu’à évoquer le plus rêveur du Velvet Underground «  A String of Words » preuve si besoin était que, alors que son précédent disque reflétait les discordes dont les Pumpkins étaient perclus, celui-ci est comme une appropriation de soi-même, comme musicien mais, comme personne également.

On dit souvent que les disques solos ont cette facette thérapeutique qu’on a du mal à retrouver dans les opus réalisés en groupe ; celle-ci s’avère à la fois plus austère mais aussi plus détendue et directe comme si en regardant le ciel Iha y percevait un soleil couchant qui donnerait naissance à sa contrepartie, une lune envahissante mais aussi vectrice de calme et de sérénité.

À écouter en ces fins d’après-midi où calme est nécessaire et où on a presque envie qu’une chanson sonne comme une berceuse.

 

 

11 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | Laisser un commentaire

The Mountain Ghosts: « Transcendental Youth »

Il est loin le temps où John Darnielle, tête pensante de Mountain Goats et un des musiciens les plus prolifiques de la scène « indie », enregistrait des cassettes solo estampillées du sigle « lo fi ».Transendental Youth est le quatorzième disque du combo (le premier datant de 1996) et il est fait de cette chose rare qui se nomme contraste entre une apparente simplicité et une volonté d’obscurcissement thématique.

En un sens, on a la sensation que le musicien a redécouvert ce que pouvait être un album de pop (refrains enlevés et captant l’immédiatement l’attention, vocaux distincts et frappant l’oreille aussi bien sur les titres enlevés que sur ceux qui, comme tout bon disque se doit d’en ménager, alternent en présentant des tempos moyens).

On pourrait se dire que la recette est rebattue mais, derrière ce qui peut sonner simpliste, on entend un opus qui regorge de subtilités. De ci de là, des cuivres discrets se mettent en place (« Cry for Judas ») et des on ne peut que battre du pied en accompagnant des titres comme « Amy aka Spent Gladiator 1 » ou « Harlem Roulette ». C’est alors qu’il faut prêter attention aux textes et à la mélancolie voire la détresse que la voix de Darnielle véhicule si bien dans sa clarté essouflée. Ainsi « Lakeside View Apartments Suite » évoque Don MacLean tout comme un « Harlem Roulette » sur lequel les cuivres font merveille. « Until I am Whole » est comme une supplique à la reconsidération de soi-même avec un piano famélique et fantomatique jumelé à une basse sans tablatures avant de s’envoler vers des intonations à la Beatles un peu comme les triomphants cuivres couronnant « Cry For Judas ».

C’est tout l’art de Darnielle de parvenir à transcender certaines formules (lui même semble parfois se parodier tant on reconnaît sa patte) en y greffant ainsi des éléments qui vont les subvertir. Tort on aurait alors de déceler une certaine (auto)-complaisance au long de ces douze titres. Les références bibliques sont faites pour doter l’auditeur qui les percevrait d’une autre perception, et si ça n’était pas le cas le morceau final « Transcendental Youth » suffirait à lui seul à susciter en nous la dramatisation qui est la part de chaque vie, avec ses entités sombres et ses moments plus réjouissants.

Si on devrait conclure cette chronique en la résumant une phrase issue de « Harlem Roulette » s’imposerait alors d’elle-même tant toute bravado en est exclue au profit d’un regard sans indulgence sur ce qui constitue le lot de la majorité d’entre nous : « The loneliest persons in the whole wide world / Are the ones you’re never going to see again. »

 

 

11 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Beth Orton: « Sugaring Season »

D’un mal peut parfois sortir un bien ; voilà sans doute une réflexion qui a sans doute effleuré la conscience de Beth Orton si on considère son itinéraire artistique. Signée par une « major » puis, assez rapidement, mise sur la touche, la voici aujourd’hui dotée d’une notoriété assez grande, suffisamment en tous cas pour pouvoir se permettre un hiatis de 6 ans entre son précédent album et Sugaring Season.

Première chose à noter chez cette chanteuse dont on disait que la folk était mâtinée d’electro, une production qui est aux antipodes de ces deux pôles. Confiée à Tucker Martin (The Decemberists, My Morning Jacket), le son de ce disque est volontairement riche, ambitieux même par son instrumentation (« Magpie ») et ceci, même dans les morceaux les moins chargés soniquement (« Poison Tree »). Il est vrai qu’en six ans, la vocaliste n’a pas manqué des temps pour peaufiné une œuvre qui se veut résolument assurée.

Ne serait-ce que par le titre et la pochette du disque (une très jolie photo d’un profil dont on se demande pourquoi il est si pur et sans aspérités), la tonalité se veut assumée, qui par un jeu à la guitare fortement influencé par Bert Jansch (chez qui elle a pris des leçons un peut avant qu’il ne décède), qui par ce « picking » à la six cordes ornant les cordes de « Last Leaves of Autumn » , qui par une viole ou un violoncelle, qui, enfin , par ce léger et insistant orgue accompagnant un « Call Me The Breeze » élevé et plein de souplesse.

Les vocaux, eux-mêmes, offrent des trilles montrant combien Orton maîtrise désormais sa voix même sur les titres quelque peu fracturés que constituent « State of Grace », « Poison Tree » ou « Mistery ». Cela tout comme l’orchestration sans faille lui permet d’aborder différents genres avec une aisance certaine (un « See Through Blue » au tempo de valse écrit pour sa fille) ; le tout formant un album qui respire professionnalisme.

On sera pourtant circonspect à y ajouter, comme certains le font abusivement, le substantif de maturité, car chose est en effet d’un autre ressort. Certes Beth Orton nous offre un disque de folk pour ceux qui n’aiment pas (ou plus) la folk et en ce sens il est synonyme d’avancée. Mais sa richesse instrumentale sonne parfois comme apprêtée et on en revient alors à cette interrogation que avait surgi en regardant le portrait de la chanteuse sur la pochette. Comment un visage peut-il être aussi lisse, comment une expression peut-elle être aussi posée pour ne pas dire figée ?

Se pose alors ce dilemme : apprécier par exemple la joliesse d’un morceau (« Call Me The Breeze) tout en étant conscient de ce qu’il recèle de commercial dans son façonnage, goûter la splendeur des arrangements de « Magpie » tout en fleurant l’indigestion qui pourrait l’accompagner. Surgit par conséquent cette interrogation : si derrière cette boursouflure et ce côté compulsif à vouloir entrer dans des « saisons sucrées » on ne réinventait pas le folk mais on entrait plutôt dans le « grand public » avec toutes les connotations négatives qui y sont afférentes. Puisse Beth Orton, ne pas devenir cette « diva » dont on a trop souvent connu les fâcheux précédents.

 

11 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | Laisser un commentaire

The xx: « Coexist »

Ce groupe anglais qualifie sa musique de « pop atmosphérique » avec une inspiration allant de Rihanna à The Cure ou The Pixies ! À cet égard, on peut considérer en quoi le titre de ce deuxième album est adéquat.

Le premier , éponyme, leur avait permis un léger frémissement (collaboration de l’un d’entre eux avec Gill Scott-Heron), mais celui-ci, malgré la participation du groupe sur le « Take Care » de Rihanna, ne les voit pas accentuer ses influences du côté du R&B. Coexist, en effet, voit plutôt l’ensemble s’orienter vers une musique relativement doucereuse, aux climats insidieusement électro, ce qui pourrait faire croire que The xx est devenu adepte d’une variation autour du trip-hop.

Apparence trompeuse pourtant dans la mesure où, alors que Portishead cultivait et approfondissait la « culture » du  « back beat », les compositions du groupe sont résolument directes, sans ruptures rythmiques et proches de The Cure ou de The Durutti Column (« Angels »).

Les guitares serpentent parfois mais restent suspendues et provoquent souvent un sentiment d’inachevé, comme si The xx se situait à la frontière du minimalisme et de la new wave. On trouve, ici et là, des épisodes qui semblent directement hérités de Arcade Fire (« Crystalied » ou « Basic Space ») avec une importance mise sur ces vides sonores que des claviers discrets tentent difficilement de colmater.

Coexistence musicale donc mais aussi vocale dans la mesure où celle-ci est partagée entre Oliver Sim et Romy Madley Croft. Sim, en particulier, parvient à créer une émotivité inhabituelle quand lui est donné libre cours sur « Fiction » mais, souvent les duos s’affirment et se fondent, dans le but avoué de créer un climat d’immédiateté et d’intimité : « Chained » est aussi fusionnel que son titre peut l’évoquer et « Our Song » judicieusement clôt un disque marqué par cette volonté d’unification.

Qu’est-ce qui, alors, ne provoque pas l’adhésion ? Malgré des entames plus directes (rythmiquement en tous cas), les morceaux semblent inabouties. Les circonvolutions abondent au milieu d’une même composition, ce qui, au lieu de réer renouvellement d’intérêt, provoque lassitude et ennui.

Il est déjà difficile de traiter d’isolation et de désœuvrement de façon qui soutienne attention et Coexist requiert une patience qui nous fait parfois friser l’indigestion. On aimerait se dire celle-là sera plus présente et accessible dans les prochaines productions du groupe, à condition qu’il s’empare réellement d’un schéma musical plus affirmé et qui lui sera propre.

10 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | Laisser un commentaire

Spain: « Soul of Spain ».

La scène musicale est ainsi faite que, même quand elle veut s’éloigner de l’option « Grand Public », elle ne peut échapper à certains effets de mode plus ou moins durables. Nous avons ainsi eu droit, vers la fin des années 90, à l’éclosion d’une nouvelle mouvance, le « slowcore » qui voulait aller encore plus loin (si on peut dire) dans le minimalisme sonore. Low, les Red House Painters, American Music Club ou Spain ont ainsi eu l’honneur des médias dits « alternatifs ». Ces derniers, menés par leur chanteur et bassiste Josh Haden, nous ont donc livrés quelques albums d’où émergeait (si on peut dire à nouveau) la voix chuchotante du vocaliste, des tonalités fragiles et épurées et un rendu perclus de mélancolie et de vague à l’âme. Le groupe la rendit (son âme) en 2001 puis, sans doute pris d’un désir « frénétique » de réassociation, Haden tente ici de lui redonner vie (à son âme toujours) avec de nouveaux musiciens.

Soul (Âme) of Spain ne surprendra personne avec ses compositions en tempo moyens, des vocaux un peu plus dans le registre du « crooner » et quelques incursions vers des univers plus vifs. N’exagérons rien pourtant ; « Miracle Man », « Hang Your Head Down Low » ou « Sevenfold » peuvent, ici et là, changer la donne, il n’en demeure pas moins que l’on ne note pas de réelle embellie sur le front de l’affliction. La voix de Haden ne se prête d’ailleurs pas non plus à un excès d’emphase et reste bien souvent cantonnée sur ce côté « lounge » qui lui va si bien.

Au bout du compte on a comme un sentiment d’inutilité devant cet effort qui en arrive presque à sonner glacial au milieu de l’univers velouté qu’il essaie portant d’évoquer. Soul of Spain porte finalement bien son nom puisqu’il n’est qu’une resucée de ses albums précédents. On ne peut s’empêcher de comparer le groupe à Tindersticks ou Low qui, partis d’une approche similaire, ont pu graduellement évoluer vers d’autres territoires sans perdre ce qui les caractérisait.

Ne reste plus qu’à espérer que Spain se montre plus aventureux dans ses prochaines productions si, toutefois, le « business » lui permet de mettre cela à son ordre du jour. Considérant l’état dans lequel ce dernier se trouve, c’est loin d’être gagné…

2 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire