No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Clock Opera: « Ways to Forget »

Ce premier album Clock Opera a mis longtemps à venir quand on considère que c’est depuis plus de 3 ans que le groupe a commencé à faire parler de lui. Ways To Forget a, sous la direction de Guy Connelly, pris le temps de mûrir et de trouver sa signature  : prendre une série de chansons psychotiques, les structurer et leur donner le son plus le plus naturel et le plus fluide possible.
Ce disque est en effet le fruit de chansons qui semblent construites à partir de rien mais qui ont été longuement peaufinées sur scènes. Les couches soniques s’ajoutent les unes aux autres, comme s’il s’agissait de courses de chevaux voulant aller plus vite que la marée et elles sont jalonnées par des vocaux élégants dont la vigueur apporte encore plus de punch.

À vouloir devait définir le son du groupe, ce qui viendrait à l’idée serait donc une séries de crescendos, construits minutieusement tant en parvenant, par l’urgence qui s’en dégage, à maintenir touche humaine et désespérée.

Le problème est qu’en insistant sur ce côté mécanique, l’album donne l’impression qu’il est comme un « live » inabouti, une façon de signifier que ce qui se passe sur scène ne peut être reproduit en studio. Le résultat en devient quelque peu hybride où cette emphase, sans doute exaltante sur scène, semble ici être boursouflure et auto-indulgence toutes deux sources de frustration (un incessamment robotique « Lesson N°7 » malmenant l’attention) ou de sensation d’inachevé (« 11th Hour » prenant un temps infini à déployer son thème puis s’écroulant brusquement sans avoir pu prendre son essor) .

Il en sera de même sur « Belongings », effort de beauté délicate dont on se demande pourquoi il est ponctué par une section rythmique si étouffante alors qu’il eût suffit qu’il adopte la relative sobriété de la parfaite « pop  song » que constitue « Once and for All » pour stimuler l’auditeur.

On devine Clock Opera capable de tisser des structures qui ajouteraient une certaine sauvagerie à ses mélodies (témoin « Belongings ») mais le seul moment où l’équilibre se forme est sur un « White Noise » qui parvient à associer vernis de complexité et accessibilité.

Au fond, à trop vouloir se montrer perfectionniste, Connelly produit un album certes intéressant mais dont les procédés mécaniques obscurcissent la présence humaine. C’est tout le paradoxe d’un album studio dont on a le sentiment qu’il a été conçu comme une performance « live ». « Humain trop humain » ou pas pourrait-on se demander en paraphrasant Nietzsche…

22 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Echo Lake: « Wild Peace »

Qui a dit que le « shoegazing » était à base de guitares saturées et de mur sonore ? Qui a pensé, aussi, que s’il invitait à une forme de méditation, celle si ne se traduisait qu’au travers d’une approche bruitiste ? À l’écoute du titre d’ouverture de Wild Peace, premier album du duo londonien qui forme Echo Lake on se demande si il va être capable de maintenir un tel effet de réverbération lumineuse et éthérée sur une durée de près d’une heure. « Further Down » commence en une spirale polyphonique dans laquelle se mêlent vocaux nimbés de délicatesse androgyne (la chanteuse Linda Jarvis), synthétiseurs traficotés dont les nappes semblent croître et décroître et d’une instrumentation classique (guitare, basse, boîte à rythme) qui semblent comme distante. Le résultat en est curieux car c’est précisément cette quasi-absence, cette incapacité à appuyer ce « drone » délicat qui rend ce contre-emploi savoureux car venu d’un ensemble qui se réclame de My Bloody Valentine.

Les mélodies sont simples, comme ramassées, mais efficaces ; « Another Day » par exemple ne déparerait pas une chanson « pop » tant elle est immédiate et entêtante et tant elle invite celui qui l’entend à se laisser engloutir par les harmonies ajourées qui la compose et qui donnent texture organique à ce mantra fugacement électronique officiant en toile de fond.

Les climats vont ainsi passer du presque estival « Another Day » au brumeux (un « Wild Peace » qui vouloir poser un volie sur le soleil enchanteur qui l’a précédé) pour changer brusquement de vitesse avec un « Even the Blind ». Là, le multi-tracking sur la voix de Jarvis fait merveille, extrayant le morceau d’une couche remplie de réverbération pour transformer ce halo presque opaque en force qui déchire.

C’est toute la qualité de la chanteuse que de pouvoir suivre les modulations des morceaux et de passer de chuchotements spectraux à stridulations éthérées ou ponctuations presque enfantines et naïves (« Just Kids »). Parfois elle roucoule, à d’autres moments elle semble se couler dans les flots, à l’image de la pochette du disque, ce paysage qu’on ne peut situer et qui est tout sauf témoignage de quiétude.

Au fond Echo Lake se situe dans un monde post-My Bloody Valentine. L’instrumental « Monday 5AM » ou « In Dreams » ont plus à voir avec des schémas expérimentaux rapprochant le groupe, qui de Beach House, qui des Cocteau Twins.

La force de Echo Lake est, on l’aura compris, de parvenir à manier l’oxymore et à rendre sauvage la paix comme le revendique le titre de l’album. Le « groove » débutant « Swimmers » cohabite harmonieusement avec une entrée progressive dans le royaume de l’onirisme électronique.

Du « shoegazing » on a trop considéré qu’il consistait à regarder avec entêtement ses chaussures, notre duo semble en prendre le contre-pied et vouloir prouver qu’il permet aussi d’avoir les yeux fixés vers le haut.

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22 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Shrag: « Canines »

Shrag est un combo indie « à haute énergie » originaire de Brighton mené par Helen King et Bob Brown. Canines est son troisième album et le premier qui ne soit pas produit par le groupe. Eu égard au titre donné au disque on peut s’attendre à un son mordant et fiévreux. C’est en effet le plus souvent le cas, avec des vocaux souvent abordés en duo et des tempos qui sonnent en permanence comme au bord du désespoir.

L’intérêt de ce disque ne réside d’ailleurs pas dans ce qui saute aux oreilles de prime abord (à savoir un ton déclamatoire et des arrangements puissants épaulant les guitares) mais par les nuances que le groupe est parvenu à introduire dans ses compositions et dans les orchestrations qu’il a su intégrer dans son répertoire.

« Chasing Consumptions » est ainsi un titre remuant mais élaboré avec des variations plus subtiles débouchant sur un mid tempo étayé par des synthés sonnant comme des cordes qui n’oublieraient pas de se se montrer presque pugnaces. Le rendu passe alors de l’ardeur à un phrasé forme d’hymne où la colère semble passée au tamis d’un espace où place est donnée à une mélodie sensible, presque enfantine, et accrocheuse. Il en sera de même pour « On The Spine of Old Cathedrals » jalonné par cordes et chorus à plusieurs voix qui tutoient l’incantatoire et l’ « élevé » (pour ne pas dire plus). « Devastating Stones » alternera cette production ample et ambitieuse et phrasé exclamatif rythmé par une percussion dépouillée qui se voudra primale (et non primaire) soulignant ainsi le fait que Shrag conserve le goût de ces titres incisifs même s’ils pêchent par, précisément, ce manque de nuance (« Tendons in the Night », « You’re the Shout »).

On sent finalement ce quintet en devenir (production venue de l’extérieur oblige) ; témoins en sont les ballades subtilement orchestrées dans lesquelles il ose désormais s’aventurer (un « Jane with Dumbells » qui semble se consumer lentement par exemple).

Ainsi peut-on comprendre au travers du titre « Show us Your Canines » vers quoi le groupe veut se diriger. Un morceau à la fois dévastateur mais au riff imparable qui donne à celui qui l’écoute l’envie de le reprendre en choeur.

Canines nous invite à une cérémonie où le profane l’emporte sur un sacré qui s’esquisse parfois en filigrane. Ne restera plus qu’à y adjoindre une ardeur moins monolithique pour, peut-être, pouvoir communier en douceur(s) et équanimité.

22 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Melodys Echo Chamber: « Melody’s Echo Chamber »

Melody Prochet est une chanteuse multi-instrumentiste vivant à Paris et sur son premier album éponyme elle nous concocte un mélange de Kraut-rock, de dream-pop et d’électronica chose qui serait assez rebattue si elle n’avait pas eu l’idée de saupoudrer ses compostions de guitares « fuzz » introduisant un intéressant contrepoint à des vocaux où le féminin alangui côtoierait la nymphette essouflée.

Produit par Kevin Parker, le leader de Tame Impala avec qui elle avait tourné en Australie, le disque se caractérise ainsi par une myriade de sons et d’atmosphères ce qui marque une volonté d’expérimenter dépassant ainsi le strict cadre de la « pop song ». Ouvrir l’album sur « I Follow You » est ainsi une manière de signifier que ses influences ne sont pas sclérosantes puisque la guitare veloutée très pop de chambre va déboucher peu à peu sur un solo délirant digne de Dinosaur Junior.

« Crystallized » qui suit, continue sur cette veine de son lointain puis empli de « reverb » alors que « Endless Shore », comme pour prouver qu’il ne s’agit pas d’une formule rebattue se pique d’être noyé sous un phrasé presque orientalisant et des riffs des nappes de synthés.

Ce qui est frappant dans ce disque, et ce peut-être parce qu’il a été conçu en deux phases distinctes, est la facilité avec laquelle on passe de l’onirique à des tempos plus mécaniques, privilégiant ainsi l’approche non conventionnelle choisie par l’artiste.

Au fond, il aurait été facile de s’ngluer dans des schémas « poppy » et électro avec une voix enamourée à la Lio meets Gainsbourg (« Bisou Magique ») et de ne pas de dévier de cette route où la futilité séductrice serait une revendication.

Melody Prochet a reçu une formation musicale classique ; cela lui permet d’oser (chose qui n’est pas toujours le cas quand on explore la « Grande Musique ») et c’est en cela que l’album véhicule esthétisme mais aussi sensualité et romantisme.

Celui-ci se manifeste sur des morceaux comme « Quand Vas-Tu Rentrer ? » ou « You Won’t Be Missing That Part of Me » même si on peut déplorer que, comme trop souvent aujourd’hui, les vocaux persistent à être sur une ligne de susurrement qui leur ôte ce sens de l’empathie dans lequel on aurait aimé plonger.

Il n’en demeure pas moins que certains titres sont merveilleux, « Mount Hopeless » (le bien nommé?) ou le fulgurant « Snowcapped Andes Crash » où guitares saccadées succèdent à des descentes de nappes au synthé.

Melody’s Echo Chamber est une attrayante chambre d’écho entre musique structurée et freak out contrôlé ; Prochet a trouvé le nom et acquis la démarche, c’est plus que pas mal pour un premier opus.

21 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Interview de Ken Stringfellow: Un Éclectisme Fédérateur…

Ken Stringfellow est un des rois de la mouvance « indie »: comment décrire autrement d’ailleurs  un homme qui a joué pour – et pas seulement avec, mais pour – Big Star, REM et bien sûr The Posies, groupe qui constitue, avec Jon Auer, la façade la plus éminente de son répertoire? Stringfellow est désormais le leader du groupe garage basé à Oslo The Disciplines, mais pour le moment l’attention doit se tourner sur son quatrième album solo, le magnifique Danzig in the Moon, une magistrale démonstration de pop-rock mélodique.


Depuis combien de temps cet album est-il en préparation? Toutes les chansons en ont-elles été écrites simultanément ?
Il faut revenir à mon dernier album, Soft Commands, sorti en 2004. Depuis, en 2006, j’ai fait une tournée de promotion majeure pour l’album et commencé déjà à penser au suivant. Mais, en même temps, j’avais commencé ce groupe en Norvège, The Disciplines et on a passé l’année suivante à développer des chansons pour un disque sorti en 2008, puis un autre, en 2011. Entretemps The Posies ont publié Blood /Candy pour lequel nous avons pas mal tournée. Danzig a donc pris le relais des nombreux projets auxquels je participais.
Il est psychologiquement difficile pour moi de consacrer les mêmes intensité et conviction à mon travail en solo que celle que je déploie avec des groupes ou en tant que producteur car je n’ai personne pour me stimuler. Vous devez dépenser de l’argent ce, qui est toujours intimidant. Il est pour moi de me convaincre que faire un album c’est faire preuve d’une auto-indulgence qui ne se justifie pas. C’est étrange, parce que, dans mon analyse finalel, les enregistrements solo et mes prestations avec des groupes constituent, depuis une dizaine d’années, mes plus grandes forces musicales. Cela fait donc aussi fait partie des réponses à vos questions.
Entretemps, en 2007, à deux reprises, j’ai loué une habitation dans un village calme – en Bourgogne, puis sur la côte atlantique française, et ai passé en tout deux semaines à éciomposer . Un grand nombre de chansons proviennent de ces sessions d’écriture (environ la moitié de cet album), et deux chansons du dernier album The Posies, En d’autres termes, vous voyez quee temps et ma psychologie ne s’accordent pas.

Il y a eu une autre période, vers 2008, où j’ai écrit quelques-uns des, autres airs, du moins la musique. Quand j’étais en studio pour enregistrer les chansons que je connaissais bien, j’ai trouvé des démos instrumentales qui sont devenues « Drop Your Pride »et « You’re the Gold ». J’ai enregistré cette musique durant les sessions principales de l’album , ai composé les textes puis j’ai fait les « overdubs » dans ma maison de Paris. « Drop Your Pride » avait besoin d’« id », donc j’ai passé deux nuits à écrire des paroles hilarantes et à improviser avec des quantités toujours plus grandes de champagne … Vous pouvez vraiment l’entendre sur quelques vers.
« Pray » était une musique que j’avais écrite l’an dernier pour un artiste français, mais il n’a jamais eu le temps de terminer ses paroles, alors j’ai pris la musique et lui a donné une tournure différente avec des textes rédigés au cours de la session.

C’est une constante chez vous ?
Cela a été vrai de mes albums solo en général – J’aime mélanger les chansons qui ont été conçues pour, dirons-nous, être jouées en live, etc, avec des choses qui viennennt en vie dans le studio, où lors de l’enregistrement alors que je n’ai aucune idée de vers où je vais aller. Là, bien sûr, il ya une grande dimension exploratoire.
« Jesus Was an Only Child », le premier morceau, a été assemblé à partir d’une « jam session » avec TheLAB, le duo de production qui a mixé mon album, à Los Angeles. Nous avons fait quelques boeufs, il a toujours été prévu que la partie de piano doux à la base mène à quelque chose de plus intense, les percussions en particulier. Ils ont fait un excellent travail pour modifier ces idées en un seul arrangement, et quand , en début d’année pour le mixage,je me suis retrouvé dans leur studio où ils m’avaient laissé seul avec un micro, j’ai écrit et enregistré les paroles en une séance d’une nuit.
« Odorless, Colorless, Tasteless » a été composée par la violoncelliste Annie Tangberg du Trio West Side . J’ai beaucoup travaillé avec elle sur différents albums et on a pensé qu’elle devrait intervenir au cours de l’organisation de la composition. Cela a constitué le premier jet. Comme sur « Jesus » j’ai réalisé la musique autour de moi et quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai eu une deuxième session toute la nuit où j’ai écrit les paroles, qu’elle chantait le lendemain.
«  Birds 4AM » a été écrit en une unique session dans ce studio de claviers Electric Piano Services, aux Pays-Bas. J’ai composé les paroles à Paris.

J’avais fait une « demo » de « Superwise » il ya quelques années en Italie, pour une compilation qui n’a jamais vu le jour. Aussi je l’ai ré-enregistré pour cet album.

Vous êtes toujours aussi éclectique, y compris dans votre façon de travailler…
En un sens, cet album pourrait presque avoir été enregistrées il y a quelques années, mais il est le fruit de toutes les expériences musicales que j’ai eues en travaillant sur autant de projets intéressants. Je crois que je n’aurais pas pu faire ce disque sinon. Je pense également que les textes paroles écrits pendant les sessions ont une profondeur, une solennité et une exhaustivité conceptuelles qui ont certainement bénéficié de cette attente du moment propice.

Il a un son vraiment plus large par rapport à vos enregistrements solo précédents. Était-ce quelque chose que vous aviez toujours voulu faire ou cela s’est-il produit sans y songer?
Ce qui s’est passé est qu’il y a eu une augmentation exponentielle des projets sur lesquels j’ai travaillé de 2004 à2012 par rapport aux autres intervalles entre les albums. Toute cette connaissance est cumulative et elle m’a offert de bien meilleurs compétences dans plusieurs domaines  :comment tirer le meilleur parti d’un studio, en est un, mais celui qui est plus délicat à atteindre est savoir avec qui vous devez travailler.
Il est bon de savoir que beaucoup de musiciens diffèrent de sorte que vous avez un sens de la comparaison – qui s’avère compatible avec votre matériel, et qui peut, également, vous donner droit à de l’inattendu. J’ai pris une excellente équipe, et en ce sens, ont peut dire que la chance m’a souri, mais celle-ci est un effet et non une cause. Ces excellents musiciens m’ont également fait l’honneur de venir me chercher.
Pour le premier album (
This Sounds Like Goodbye, 1997), j’ai écrit et à enregistré en une ou deux heures surr chaque titre à partir des germe d’idées que j’avais pour le mixage final. C’étaient des conditions que je m’étais imposé pour garder les choses à l’état brut sans cette préciosité qui est un de mes défauts et que j’ai souvent eue avec certains morceaux des Posies.
Le deuxième album (Touched, 2001) a été enregistré dans un studio analogique magnifique, le Fidelitorium Mitch Easter. Encore une fois, pour m’empêcher de garder des choses trop luxuriantes, j’ai fini par utiliser presque entièrement mes mélanges bruts qui ont été faits en un jour, au total. Bien qu’il y ait beaucoup d’«  overdubs  » sur cet album, ça ne semble pas être la cas. L’absence d’effets maintient le niveau sonore modeste, ce qui me plaît.
Le troisième album (Soft Commands, 2004) était un mélange de numérique et d’analogique. Il y a une énorme quantité de morceaux sur ce disque, et j’étais assez content de ces amalgames. Aujourd’hui, par comparaison, je peux néanmoins voir combien le son était petit numériquement, très milieu des années 2000.

Disons que les enregistrements de Danzig sont à mille lieues des autres: en partie à cause du studio, en partie en raison de l’enregistrement en soi, à savoir comment obtenir le maximum d’une situation d’enregistrement. Enfin le jeu instrumental des musiciens y est pour beaucoup. Le studio où j’ai fait presque tout le suivi, l’ICP à Bruxelles, en est une composante majeure de cet album. Toutes les chansons, sauf «Jesus» et «Odorless» ont été finalisés là-bas. J’y ai fait pas mal de sessions, et je suis convaincu que soniquement c’est un des meilleurs studios de la planète.
La plupart du «track listing» a été fait dans l’atelier de Neve «C». J’en ai fait aussi dans leur leur pièce SSL et les «overdubs» dans le « studio D » qui a une incroyable console «vintage» Telefunken.Ces environnements différents, plus le nombre considérable d’instruments, pédales, amplis, matériel externe, etc – ainsi que l’ingénieur, Dierickx «Shelle» Michel – ont été un atout majeur, si ce n’est pas le plus grand, dans la composante du son de l’album. Shelle a travaillé à l’ICP pendant trente ans, et c’est toujours génial d’avoir la confiance d’un ingénieur expérimenté pour vous guider.
Ensuite, il y a le fait que cet album a été suivi en direct, contrairement à précédemment. Ceci est un facteur important aussi.
Donc, quand les pistes de base ont été réalisées, je suis rentré chez moi à Paris pour faire les «overdubs». Il n’y avait vraiment pas grand-chose qui manquait: les pistes avait une ambiance et une profondeur qui me semblaient abouties. Dans de nombreux cas, j’avais déjà fait les vocaux, donc, avec les chansons, il s’agissait avant tout d’ajouter un tambourin ou quelque chose comme ça. Certaines des chansons avaient besoin d’un remix paroles et / ou le chant, et ça a été fait à Paris. Mais j’aurais pu faire un mix grossier ça et là et obtenir un album plus que correct. Tout ceci pour vous dire combien les conditions d’enregistrement étaient idéales.

Quelle partie de l’instrumentation de l’album avez-vous géré vous-même? Et qui d’autre a participé à sa réalisation?
Le noyau central est constitué des gens avec qui je travaille le plus souvent dans mes productions. En réalité, ces deux dernières années, j’ai travaillé sur beaucoup d’albums avec JB Meijers, qui est un musicien, producteur, et arrangeur, basé à Amsterdam. Il m’a contacté il y a trois ans pour jouer sur son dernier album solo, Catching Ophelia. Depuis nous avons travaillé ensemble sur plusieurs projets. C’estt JB qui a proposé que les séances se déroulent de la manière dont elles l’ont été. Il avait apporté beaucoup d’albums à l’ICP de ces dernières années et ils lui ont offert des conditions avantageuse pour son propre projet. Il m’a proposé de réserver le studio à deux et d’enregistrer nos deux albums simultanément, avec les musiciens avec qui nous travaillions souvent dans nos projets communs. Nous avons donc eu Joost Kroon à la batterie, et Pim Kops sur les claviers, et JB et moi échangions la basse, la guitare, les claviers quand c’était nécessaire. Nous avons enregistré une douzaine de morceaux en Novembre-Décembre de l’année dernière et je pense que nous avons passé en tout 12 jours à l’ICP. Je dirais donc que sur la plupart des morceaux nous avec fonctionné commet un groupe de quatre musiciens. Cet album n’aurait donc pas eu lieu sans cette proposition de JB, et je pense d’ailleurs que les résultats parlent d’eux-mêmes.
Pendant que j’étais à Bruxelles,
quelques personnes sont venues assurer certaines parties. Une de mes amies y vivait désormais avec un pianiste de jazz, Matthieu Vandenabeele, aussi je lui ai demande de jouer du piano et du synthé sur la troisième partie essentiellement instrumentale de « 4AM Birds ». Eva Auad, une chanteuse néerlandaise dont j’avais produit l’album avec JB, est venue et a ajouté sa voix sur quelques titres. Et Sonja van Hamel, une autre chanteuse néerlandaise que j’avais également produite avec JB, a assuré quelques vocaux et a joué de la guitaret et de l’Omnichord sur certaines chansons. Elle a également également réalisé le graphisme et le packaging du disque d’ailleurs.
Pendant ce temps, j’avais été invité à collaborer avec un duo de production appelée TheLAB, deux
types de Los Angeles, sur une de leurs chansons (les résultats sont vraiment incroyables et vous entendrez bientôt). Ainsi, en Décembre je suis allé à Los Angeles pour travailler dessus dans leur studio et en même temps, nous avons enregistré la musique de « Jesus ». Ils y jouent tous deux de la batterie, du piano, et d’autres trucs que je ne connais pas … Is ont une façon bien à eux d’assembler des instruments dans un mix et ils l’ont fait tout au long de l’album. C’était si très subtil que je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont ajouté au total. Leur mix a été une partie importante du casse-tête ici aussi. J’avais mixé cet album un peu comme sur Soft Commands mais eux étaient beaucoup plus sélectifs dans leur façon de trier les pistes.
Sonja a également
participé aux sessions d’overdubs de clavier que j’ai réalisées, au sein des Services du Parlement européen en Octobre et Décembre. C’est ainsi que « Birds 4AM  a été conçu, avant que je n‘ajoute batterie et basse à l’ICP. Ensuite, nous avons eu le Trio West Side, un trio à cordes dirigé par Annie avec qui j’avais travaillé sur plusieurs enregistrements, qui ont fait toutes les cordes de l’album. Il y a eu aussi plusieurs sessions de cuivres ; Craig Flory en a organisé une à Seattle et plusieurs joueurs de cor hollandais ont fait leurs parties dans les différentes sessions. Quelques unes qui ont été réalisées à Los Angeles.
Sur « Doesn’t it Remind you of Something », le duo a été enregistré à Seattle avec Charity Rose Thielen en tête du choeur, et à Los Angeles avec Margaret Cho pour le chant. Pour les cordes, les cors, et ces voix supplémentaires, je n’étais pas présent. Finalement, quand j’étais à Mumbai cette année, j’ai rencontré un ingénieur de studio nommé Dev qui a réussi à mettre à ma dispositions plusieurs musiciens de Bollywood : des percussions, du chant, une flûte et du sarengi, un instrument voisin du violon que l’on peut entendre sur « Jesus ». J’ai ainsi pu y amalgamer plusieurs parties .
Quant à
moi, j’ai joué les guitares rythmiques de base, et construit « 4 AM Birds » à partir d’un clavier. Mais je dois ajouter que tout a été délégué de manière optimale. Sur « Shit Talkers » il y a des overdubs et des parties de synthé et de guitare assez cools réalisés à l’ICP etc hez moi. La plupart du temps, je chantais. La performance la plus intéressante en termes de défi musical, c’est que « History Buffs » a été enregistré en direct, moi chantant et jouant du piano, accompagné par le groupe.

Le son de Danzig in the Moonlight est vraiment frais ; il aurait très bien pu être l’œuvre d’un groupe récent. Suivez-vous les nouveaux courants et si oui, quels artistes vous inspirent?
Je travaille constamment avec des jeunes artistes montants, et ils apportent toujours de nouvelles choses. Je me fais constamment envoyer de la musique et je fais attention aux critiques de presse. Dernièrement, j’ai été voir les Dirty Projectors, School of Seven Bells, Evening Hymns…

Qu’est-ce qui vous a décidé à signer sur Lojinx (un nouveau label)? Vous êtes certainement très proche de leur étiquette sonore. Êtes-vous fan de certains des artistes de leur catalogue?
Andrew [Campbell], le propriétaire du label, a montré beaucoup d’intérêt pour moi durant un certain temps, avec des idées sur ce qui fonctionnerait pour moi. Il est venu à Bruxelles cette année alors que je travaillais sur un autre projet, a écouté l’album en cours. Son attitude est professionnelle et expérimentée. J‘appréciais aussi que Brendan Benson soit chez eux ; je suis très fan de lui et, bien sûr, je suis présentesur son dernier album, j’y jouer de la basse et des claviers sur plusieurs chansons. Mes vieux compère Brian Young joue avec The Fountains of Wayne, on se connaît depuis si longtemps. J’aime Kim Richey ainsi, je l’ai vue jouer l’année dernière, elle est vraiment bonne. Tout cela forme une belle petite compagnie…

Avez-vous
discuté d’un prochain album des Posies , même si Blood/Candy n’est pas si vieux que ça?
Pas vraiment. Je pense que cet album va m’occuper pendant un certain temps.

Et avec The Disciplines?
Nous avons travaillé sur des chansons cette année. Nous pourrions essayer de sortir un disque au cours des deux prochaines années, seulement en Norvège et peut-être en France, où nous avons une assez bonne audience.

Comment êtes-vous venu à participer à Big Star en premier lieu? Étiez-vous
déjà un fan? Et quels sont vos titres favoris?
Bien sûr! C‘est pas comme si j’avais répondu à une annonce dans un journal, « rejoindre un groupe culte, voir le monde »! Au début des Posies, nous avons fait beaucoup de reprises de Big Star, et ont était obsédés par ces enregistrements. En « single » nous avons fait « Feel » de Big Star et « I Am the Cosmos » de Chris Bell, et Jody Stephens, le batteur de Big Star, a entendu parler de nous. On voulait enregistrer aux studios Ardent, où les albums Big Star ont été faits, et Jody y travaillait. Il nous a contacté, nous a envoyé une brochure (c‘était bien avant Internet). Nous étions surpris d‘apprendre qu’il y travaillait, on lui a envoyé notre « single » et on est restés en contact. Quand Alex Chilton a accepté de reformer Big Star avec Jody, nous étions sur leur liste pour compléter le « line up », Chris Bell était déjà décédé et feu Andy Hummel ne faisait plus de musique à cette époque.
Je pense que je pourrais mentionner c
des albums entiers comme morceaux préférés, mais je ne sais même plus. Cette musique est devenue une partie de moi au travers d’écoutes sans fin. Jouer leur répertoire soit avec Alex et Jody ou dans mes spectacles en solo, ou autrement ne me permet pas dire qu’une chanson est ma préférée. Aucune d’entre elles n’est à jeter, pas une seule. Elles me sont toutes essentielles.

Et quid d’un éventuel Big Star 3?
On travaille sur quelques concerts l’année prochaine.

Quel est
ce « projet majeur de composition » que vous dites envisager?
C’est important pour moi! Il s’agit de faire la musique d’une série de vidéos faites par une compagnie de jeux de rôles. Je ne peux pas en dire plus. Mais je n’ai pas encore travaillé sur ce type de choses et, même si ça n’est pas une seconde nature pour moi, je dois vraiment me concentrer pleinement là-dessus. C’est la première chose que je vais aborder quand je reviendrai de vacances.

Parlez-nous de
cet artiste néerlandais avec qui vous avez travaillé …
J’ai bossé avec tant d’entre eux ! Il ya JB, dont l’album a été enregistré en même temps que le mien. Il ya Carice van Houten, qui est surtout connue comme actrice (Game of Thrones), mais qui a fait un album incroyablement risqué et aventureux, avec moi, JB, Howe Gelb, Steve Shelly, Antony Hegarty, Marc Ribot ainsi que Joost and Pim . J’ai travaillé avec plus d’une douzaine d’artistes hollandais l’année dernière.

Lors de votre période avec R.E.M., Peter Buck a dit une fois que vous leur avez enseigné leurs propres chansons. Vous avez même dit : « Jusqu’à l’album Green, je savais tout mieux qu’eux ». Vous rappelez-vous les chansons que vous leur avez montrées et combien ont été jouées « live »?
Mon plus grand triomphe à cet égard a été de les amener à jouer « Camera », qu’ils n’avaient pas interprétée depuis plus d’une décennie. C’est une de mes chansons préférées en p)lus.

Y a-t-il des artistes obscurs que vous aimeriez recommander ou mettre en avant?
Certainement. Il y a un groupe espagnol appelé Oh, Libia! C’est leur deuxième album, et j’ai d’ailleurs travaillé sur le mixage des deux les deux. Très psychédélique et cool , façon Apples in Stereo.
Il y a album qui est sorti cette année et dont e suis vraiment fier, c’est un groupe hollandais appelé Avant la Lettre. Leur disque, Belief, est excellent; j’ai travaillé sur environ sa moitié en tant qu’ingénieur à la table de mixage, assurant des combinaisons différentes en fonction de chaque chanson.
A également été publié cette année album d’une chanteuse américaine appelée Ian McGlynnet  nommé Now We’re Golden. C‘est un disque extrêmement coloré, très sauvage soniquementIl s’adresse aux fans de Bon Iver, The Postal Service, ou de la dernière période de Teenage Fan ClubJe l’écoute tout le temps.
Il ya aussi une
composition que j’ai faite avec TheLAB, ils ont enregistré la musique et j’ai écrit les paroles et la mélodie ; Elle se nomme « What Kind of Dream » et nous allons réaliser une vidéo pour ça … Ça rappelle Broken Social Scene rencontrant Sébastien Tellier.


Dernière question un peu « cliché » : si vous avez étiez forcé à passer le reste de vos jours dans l’isolement mais pouviez apporter l’ensemble des travaux de cinq artistes différents, qui choisiriez-vous?
C’est une question terrible pour quelqu’un qui a des enfants, vous savez! Disons que si je pouvais inviter ma famille dans cette belle île, je choisirais de nemporter que les albums sur lesquels j’ai travaillé. Les miens, mes groupes, mes productions. Il s’agit d’un catalogue complet de styles différents, et ils sont remplis de bons souvenirs. Je me souviens avoir entendu le guitariste de Beat Happening soupirer et dire découragé: « Je veux juste écouter la musique par mes amis. ». Ça me semblait être de la préciosité indie à l’époque mais je suis entièrement d’accord avec lui … Je suis fatigué d’être commercialisé et considéré comme un produit marketing à bien des égards.

 

20 novembre 2012 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Ken Stringfellow: « Danzig in the Moonlight »

Bien sûr, Ken Stringfellow est un des membres principaux des Posies, mais il est parvenu à se forger une jolie petite carrière solo en parallèle à celle de son alter ego Jon Auer.

Danzig in the Moonlight est son quatrième album solo depuis huit ans mais Stringfellow ayant été tout sauf inactif durant cette période, le disque s’avère être la parfaite traduction des nombreuses expériences musicales qu’il a eues durant ce laps de temps.

Enregistré à Bruxelles avec une ribambelle de musiciens, traduit cette variété schizophrénique dans la mesure où il mélange avec bonheur des éléments de rock progressif, d’art rock, de soul, de country et de cette pop scintillante dont il est coutumier avec les Posies.

Le morceau d’ouverture, «Jesus Was an Only Child», démarre comme du Wilco mâtiné de Lambchop pour, brusquement, se transformer en titre électro-pop invoquant les mânes de Marc Bolan , Pulp ou, plus près de nous, Supergrass.

Par contraste avec ce délire, le morceau suivant «110 Or 220 V», explore des rivages country qui bien que souvent parcourus résonne de manière tranquillement optimiste et  délicatement tonifiante.

On peut d’ailleurs souligner que le musicien n’hésite pas à se confronter à l’AOR (rock destiné à une clientèle adulte) pour véhiculer la même atmosphère de joyeuseté sur «You’re The Gold» ou «History Buffs» tout en sachant passer avec habileté et sans transition à un «Even the Forgers Were Left Fingering the Fakes» qui ne déparerait pas le White Album des Beatles ou à faire se côtoyer John Cale et Radiohead sur «Odorless, Colorless, Tasteless» avec la pop sucrée de «Doesn’t It Remind You of Something».

Que Danzig in the Moonlight permette d’évoquer tant d’artistes, met, paradoxalement, en exergue, la singularité de l’approche de Stringfellow. Quelque part, il y a chez lui une sorte d’indifférence (et même de dédain) pour la notion de genre. Alors, qu’aujourd’hui, l’idée d’inconstance stylistique est regardée avec suspicion, il parvient à ne sonner jamais désuni grâce à des compositions qu’on devine honnêtes et trompeusement sophistiquées.

Il faudrait citer tous les morceaux pour faire remarquer la fluidité avec laquelle Stringfellow juxtapose des refrains immédiats et implacabilité («Superwise») ou explorations progressistes qu’il ose assembler à un swing de cuivres tout droit sorti du Muswell Hills des Kinks pour produire un effet dramatique dont le mauvais augure est des plus saisissant.

Au fond, Stringfellow a trouvé le point d’impact qui lui permet de faire en sorte que ce qui devrait sonner de façon disjointe se révèle, au contraire, harmonieux. Cet album est un point d’orgue, sans doute pas une révélation pour ceux qui connaissent le bonhomme, mais un disque, peut-être son meilleur, qui méritera de figurer dans les rituels bilans qui ne manqueront pas de se faire jour en cette fin d’année approchante

***1/2.

 

19 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Jeff Lynne: « Long Wave »

Il peut être surprenant de voir cet album de Jeff Lynne chroniqué ici. Mais il est également possible d’avoir une petite faiblesse pour lui, pas nécessairement toujours ses productions parfois boursouflées, mais par son itinéraire et ses influences revendiquées.

De Idle Race, groupe « pop » un peu guimauve, il est passé aux excellents et sous-estimés Move puis, toujpurs aux côtés de Roy Wood, à l’Electric Light Orchestra dont on peut déplorer que Wood l’ait quitté si vite laissant libre cours aux tendances les moins exaltantes de Lynne.

Louons par contre sa collaboration avec les Traveling Wilburys sorte de supergroupe où cohabitaient Tom Petty, Dylan, George Harrison et Roy Orbison.

Long Wave est d’un autre tonneau puisqu’il fait référence aux Grandes Ondes, celles que l’on écoutaient avant l’explosion des « sixities ». Il s’agit d’un album de reprises de certains standards de l’époque (on y trouve du Trénet, du Hart et Rodgers, du Hammerstein ou du Don Everly).

On sait donc à quoi s’attendre en terme de compositions, c’est par conséquent plutôt sur la façon dont Lynne est parvenu à les recréer. Disons-le tout de suite, on en sera pas surpris par la manière dont sa patte se manifeste.

Vocaux délicats et ajourés, refrains légèrement éthérés, (« She ») avec ses chœurs presque liturgiques, mélodies presque sirupeuses dont il parvient à s’affranchir en y apportant une touche mélodramatique dont le regretté Roy Orbison aurait pu être envieux (« Running Scared »), ou plongée directe dans le « easy listening » avec les orchestrations de « Bewitched, Bothered and Bewildred ».

Mais Long Wave est aussi témoignage d’un temps, les « fifties », où une insouciance relative régnait encore. Ainsi peut-on comprendre ce choix de donner une tonalité de bien-être à)à l’album ; « Smile », « If I Loved You » ou « Love is a Many Splendored Thing » se veulent optimistes et caressants, avec une guitare, sur « Smile » une guitare toute en souplesse ponctuée par de légers trémolos.

Bien sûr, les prémisses de la révolution musicale qui allait suivre sont présents (le « Let It Rock » de E. Anderson pointant le nez et annonçant le Rock and Roll) mais c’est sur cette reprise de « La Mer » de Trénet (« Beyond The Sea ») que Lynne choisit de clore Long Wave, peut-être pour nous signifier que le temps n’a pas prise sur certains moments et morceaux qui demeurent, à leur échelle, des « classiques ».

Jeff Lynne a bien su leur rendre justice tout en y insufflant ses propres particularités ; à sa charge on pourrait simplement dire qu’il n’a jamais été éloigné de telles colorations musicales avec E.L.O. !

19 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | Laisser un commentaire

Swans: « The Seer »

C’est une bien belle chose que de voir un groupe renaître de ses cendres. À une époque où bien des musiciens abordent leurs retrouvailles avec des objectifs uniquement pécuniaires , le retour de Swans résonne de manière toute différente. Au lieu de réformer et de rejouer Cildren of God « ad nauseum » The Swans sont en marche pour un projet qui, selon eux, a mûri pendant près de trente ans. Il est vrai que, si on considère leurs anciens enregistrements, ils sont quasiment méconnaissables si on les compare à The Seer. En même temps ce nouvel album semble les compléter, comme si, depuis le début de la carrière du groupe, leur leader Michael n’avait fait que chercher à affiner constamment une démarche qui s’avère, rétrospectivement logique.

En effet, après avoir été très souvent dans l’art des errances sonores et même si on y reste bien préparé, on ne peut qu’être surpris par par le tempo monolithique des quelques 2 heures du double CD. La majorité des titres va s’avérer électrisante et agressive d’autant que ses motifs, répétitifs, ne font qu’accentuer une tension jusqu’au presque intolérable.

Gira dit n’évacuer aucun thème mais ils sont tous traités sous le même angle d’un maelström sonique : l’amour voisine avec l’extase, la famille avec la folie et dieu avec la guerre. Pour développer cet amalgame il convient d’étendre les morceaux (trois d’entre eux dépassent 20 minutes) ; les seules pauses, bienvenues on se doit de l’avouer, résidant dans « Spnf For AWarrior » et « The Daughter Brings Water ».

Est-ce ainsi que Gira compte procéder véhiculer « lumière et joie à travers le monde » comme il le dit ? Pas réellement en fait. Pour lui tout passe par l’assaut, le combat et, s’il convient d’arriver à l’adoration il faut pour cela libérer les forces extrêmes et explorer la folie divine. Ainsi démarre l’album sur un « Lunacy », embaumé de cette maniaquerie extatique et presque liturgique au travers des arrangements, où le groupe semble invoquer la lune en une litanie pour que, se penchant sur lui, elle le mène à la connaissance
Le même procédé de scansion parcourt « The Seer » (Le Prophète) mais cette fois-ci il s’agit d’une mélopée plus glaciale, ponctuée par cette étrangeté atemporelle qu’apporte le dulcimer et ce tic-tac d’une horloge sonnant comme un glas. Gira répète : « J’ai tout vu » comme pour signifier l’inanité d’avoir cette démarche de quête transgressive puisqu’elle est verrouillée ce qui constitue la nature humaine ; à savoir sa fragilité.

On ne peut qu’être sensible à cette intelligence d’une musique qui fait qu’avec le même procédé de répétition façon mantra, on suspend et prolonge l’extase, ou du moins la sensation qu’on en est possédé.

C’est sur «  93 Blues Ave B » que cet équilibre sonique instable est renversé et que se produit ce chaos dont tout le cheminement de l’album indiquait qu’il était imminent. On savait The Swans souvent tentés par une approche bruitiste ; ici ils n’hésitent pas à s’aventurer dans le domaine du free-jazz comme pour mieux faire comprendre que ça n’est qu’un avant-goût de ce qui va suivre dans la dernière partie de l’album.

Ainsi, « A Piece of the Sky » est un drone impitoyable de plus de 10 minutes et le morceau final, « The Apostate », est une véritable ascension vers le chaos et la folie.

Curieusement pour qui est « profane » l’effet produit ne sera pas la terreur mais une certaine exaltation. Il s’agit presque de cette faculté qu’ont, soit-disant, les sorciers ou chamanes à soumettre l’auditeur au spectacle de ce pandémonium pour qu’il en ressente la grandeur et la gloire.

Chaque plage dévoile par conséquent des fondements qui vont , quelque part, jusqu’au métaphysique ; The Seer est un témoignage insensé et confondant de comment, à défaut d’être « habité » par le chaos, on peut en sortir illuminé et encore plus clairvoyant.

17 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

Bob Mould: « Silver Age »

Silver Age, voilà un bien joli titre pour un artiste dont la carrière s’étale, depuis Hüsker Dü, sur plus de trente ans. Dire qu’il a été un des personnages les plus influents de la scène rock est donc un euphémisme et ce (déjà!) dixième album solo ne fera que rendre justice à son importance.

Mould n’est d’ailleurs pas que prolifique, puisque ses dernières productions l’avaient vu se frotter éclectiquement à des schémas plus électroniques (ModulateDistrict Line) ; on peut donc voir dans se retour à des formats plus « power punk pop » une forme de réflexion dont la publication de son autobiographie l’année dernière était sans doute le signe.

On va retrouver donc des exercices familiers ; refrains enlevés comme s’il s’agissait d’hymnes « rock », guitares galvanisantes comme s’il avait ressuscité son power trio Sugar. « Star Machine » ouvre ainsi le disque sur des riffs acerbes rappelant Nirvana ou les Foo Fighters et un morceau comme « Keep Believing » est emblématique de cet effort et cette réussite à présenter un délicat contraste entre distortions et harmonies vocales pleines d’élévation. Il est également ébouriffant d’admirer l’énergie monumentale se dégageant d’une « The Descent » tout bonnement ahurissant ou un « Round The City Square » qui pourrait bien devenir un classique de la « power pop ».

Bien sûr, on peut se demander ce qui a pu pousser ce vétéran de 52 ans à revenir à ses premiers amours. Notons la présence de ses musiciens les plus fidèles, Jason Nadurcy à la basse et le batteur de Superchunk, Jon Wurster. Mais, cette fois-ci, Mould a choisi de les faire jouer de la manière la plus féroce possible ce qui rend Silver Age débridé comme jamais. Ainsi, même les morceaux les plus tempérés (« Steam of Hercules » ou « First Time Joy ») sont, d’une part, luxuriants et, d’autre part, véhiculent cette efficacité dont on réalise qu’elle ne s’éloigne jamais de son but initial (ce fameux « focus » dont parlent les Anglo-Saxons).

On pourra juger alors que Bob Mould se raccroche de façon trop appuyée à son passé. Mais il le fait avec une vigueur et une conviction telles qu’il parvient à faire plus qu’emporter le morceau par la façon dont il est preuve vivante de cette dextérité à réaliser au mieux ce qu’il sait faire de mieux.

Au bout du compte, Silver Age porte bien son nom. Il est témoignage d’un artiste qui assume avec brio son héritage musical et ce qu’il a apporté à la « scène indie rock » ; il est tout simplement le récit d’un être qui prend en compte et intègre l’âge argenté dont il est devenu porteur.

16 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | Laisser un commentaire

Aimee Mann: « Charmer »

Après quatre ans d’absence et un album au titre plus qu’expressionniste (@#%&*!Smilers) Aimee Mann est de retour avec un opus dont le nom se veut aussi significatif, même sur un registre différent. Charmer n’est pas pour autant dissemblable au précédent  dans la mesure où il ne s’éloigne guère de ses canons antérieurs.
@#%&*!Smilers, en effet, avait conservé partiellement cette atmosphère quelque peu languide et sombre qui avait marqué ses collaborations avec Jon Brion et Joe Henry ne serait-ce dans la mesure où ils témoignaient d’une approche plus sobre et presque «plombante».
Ici, la chanteuse a retrouvé son producteur habituel, Paul Bryan qui l’a toujours aidée a éclaircir de couleurs vives sa palette musicale.
Constante chez elle, le soin apporté aux mélodies (même dans les schémas récitatifs qui accompagnaient The Forgotten Arm) mais cela faisait  longtemps qu’elle n’avait produit un album aussi «pop».
N’allons pas cependant trop long dans cette qualification; Charmer ne dévoile pas des climats ensoleillés, percutants ou même entraînants comme des refrains new wave. La plupart des titres est prise sur le mode du «mid tempo» («Slip & Roll», «Barfly») et même ceux qui sont plus enlevés («Crazy Town») ne sont pas des vecteurs à la frivolité mais plutôt des regards acérés sur une certaine forme d’hystérie qui pourrait, en certaines occasions, envahir les habitants d’une cité.
Côté texte, Mann a toujours porté un regard assez cynique et dramatique sur les relations humaines, et elle le fait encore ici mais en y ajoutant une pointe de sarcasme inhabituelle chez une artiste si retenue en général. (Pour l’avoir rencontrée en interviews plusieurs fois,  je peux témoigner que le terme «posée» est un euphémisme en ce qui la concerne.)
Côté accompagnement musical, c’est toujours du solide (prédominances des claviers) mais jamais du convenu, ne serait-ce que les trilles de guitares, ici et là, apportent une tonalité plus rafraîchissante et aérée. Il faut admettre, à cet égard, qu’elles sont les bienvenues car, surtout sur les mid-tempos, l’atmosphère à tendance à friser le méditatif (voire le somnolant).
Pas de surprise non plus dans cette voix toujours chaude et harmonieuse qui est synonyme de terrain connu et rassurant.
Bref un album agréable qui séduira les adeptes de ce type de «pop» américaine bien léchée et calibrée.  Pour le renversant, il faudra aller voir peut-être vers des artistes plus «habités».

16 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire