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Talk Normal: « Sunshine »

Pour l’auditeur lambda, Talk Normal peut sembler vivre ou représenter un monde à part. Il est vrai qu’il aurait été difficile, pour ce duo expérimental féminin de Brooklyn, de réaliser, voilà 3 ans, un disque aussi aventureux et dénué de compromis que un Sugarland qui mêlait stridences de guitares en « free form », percussions pour qui le terme « expressionniste » serait un euphémisme, et vocaux où alterneraient accalmies impassibles mais provisoires se muant ensuite en vocaux déclamatoires de suppliciées au bord de la rupture.

Déclarer que ce disque était galvanisant reste d’une actualité mordante et on était curieux de voir quelle transition allait ménager Sunshine.

Ce nouvel opus dégage d’abord plus de mélodies, signe que le groupe est peut-être plus à l’aise avec lui-même, sa musique et se montre plus capable de se situer par rapport à la « no wave scene » de New York. On trouvera donc ici quelques gestes mineurs vers une pop compréhensible moins envahissante, avec une production qui, si elle privilégie les nombreuses strates, le fait de manière plus subtile et moins pesante. On pourrait dire que c’est comme si Sarah Register et Andrya Ambro s’employaient à chanter de façon harmonieuse plutôt que d’essayer de greffer des vocaux mélodieux sur une dynamique faite de dureté et d’abrasion.

Ainsi , la chanson titre, pourtant très impactante, est abordée, le duo chante en harmonie en contraste énorme avec les guitares incendiaires de Register et les percussions galopantes de Ambro. Sur tout le disque d’ailleurs Talk Normal semble embrasser la joliesse mélodieuse de la même façon qu’il manie la sévérité dissonante. Sur « Hot Water Burn » les chorus pris à deux permettent essor du morceau dans la mesure où, rythmant son développement, ils lui donnent une substance narrative qui met à bas la complexité de son architecture.

« XO » et « Bad Date » englobent free jazz, post punk et new wave avec des rythmiques alourdies épousant un sax et des vocaux dont l’envergure semble illimitée. On pourrait alors citer Laurie Anderson ou Kristin Hersh dont on pourrait presque dire qu’elles sont réunies, elles aussi, en duo sur « Hurricane », tout cela pour conclure que si Sunshine a pour vocation de véhiculer lumière et chaleur, il le fait en y mêlant constamment déflagration et incandescence.

Éectro ou hardcore, électro et hardcore, la frontière est ténue (« Lone General » qui voit Wire frayer avec Ministry ) ; et il ne manquerai alors qu’une dose de primitivisme animal pour que la messe soit dite. «  Baby Your Heart’s Too Big » len sera la plus belle manifestation avec son « outro » qui clôturera Sunshine d’une façon si anti-conformiste qu’elle ne peut qu’être la marque d’un nihilisme revendiqué.

28 novembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | , , , | Laisser un commentaire

Pond: « Beard, Wives, Denim »

Quand on sait que Pond est un trio dont deux des membres jouent avec Tame Impala, on ne peut que s’attendre à des connotations psychédéliques. Ils y ajoutent néanmoins des tonalités très « free form » qui leur sont propres et avec Beard, Wives, Denim sorten tun quatrième album qui n’a d’ailleurs pas failli voir le jour et sur lequel leur nouveau label Modular s’est empressé de sauter.

L’analogie avec Tame Impala est évidente (mêmes articulations sur plusieurs couches musicales) mais l’entité Pond semble être plus désireuse d’expérimenter et de créer un son plus riche et, par conséquent, générateur d’émotions plus vives.
Cet esprit vient de leur choix d’espace d’enregistrement, une ancienne ferme située dans la campagne de l’Australie occidentale.
Beard, Wives, Denim se montre ainsi très versatile – un peu comme si le lieu privilégiait ce désir d’opérer sur le mode des « jam sessions » – et, sans que cela semble artificiel, virevolte de moments aussi frénétiques que le bruit d’un équarrisseur broyant tout sur son passage à de délicats interludes vocaux censés apporter accalmie dont on sait pertinemment qu’elle ne sera que toute provisoire.

«  Fantastic Explosion of Time » titre plein d’énergie (les Stooges rencontrant les Kinks) invite l’auditeur à être témoin de chorus endiablés se décomposant ensuite en éclats de guitare plus que « space ». Mêmes déferlements sur « Leisure Pony », « Elegant Design » ou « Moth Wings » alors que, a contrario, les percussions de « Sun and Sea and You » muterontnt avec fluidité d’un hymne triomphal en un développement suave avant que des riffs chaotiques inattendus prennent le pas et semble engloutir ce qui précédait. Dans l’arsenal de la « psychedelia » il ne faudra pas non plus omettre les rires et fragments de conversation ; ceux-ci sont abondamment utilisés sur « Dig Brother », mais jamais ils n’apparaitront comme une pièce rapportée et n’entameront donc pas l’aspect corrosif du morceau.
On ne peut pas non plus passer sous silence les longues parties instrumentales sur lesquelles le trio s’appuie avec bonheur en particulier quand il se promène dans le registre atonal, voire dodécaphonique (« Sorry I Was Under The Sky »).

Des voix feutrées mais chevrotantes, des accords désincarnés et tremblotants servent ainsi de toile de fond judicieuse à un « Mysrery » qui évolue alors entre climats cotonneux et feedback et fuzz radiocatifs. Ça ne sera, au bout du compte, que sur le dernier titre de l’album que l’on trouvera une unité de ton, l’acoustique et dépouillé « Blend Moreno » remplira alors son rôle de voie de sortie pour un disque que MGMT (avec qui Pond a tourné) doit regretter ne pas avoir réalisé.

Entre Tame Impala et Pond, on a au fond la rivalité de deux frères, une route parallèle dans laquelle le dernier, plus jeune, semble résolu à apprendre au travers de ses erreurs ; il n’en rendra que plus essentielle la possession de leurs deux derniers albums.

28 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire