Echo Lake: « Wild Peace »

Qui a dit que le « shoegazing » était à base de guitares saturées et de mur sonore ? Qui a pensé, aussi, que s’il invitait à une forme de méditation, celle si ne se traduisait qu’au travers d’une approche bruitiste ? À l’écoute du titre d’ouverture de Wild Peace, premier album du duo londonien qui forme Echo Lake on se demande si il va être capable de maintenir un tel effet de réverbération lumineuse et éthérée sur une durée de près d’une heure. « Further Down » commence en une spirale polyphonique dans laquelle se mêlent vocaux nimbés de délicatesse androgyne (la chanteuse Linda Jarvis), synthétiseurs traficotés dont les nappes semblent croître et décroître et d’une instrumentation classique (guitare, basse, boîte à rythme) qui semblent comme distante. Le résultat en est curieux car c’est précisément cette quasi-absence, cette incapacité à appuyer ce « drone » délicat qui rend ce contre-emploi savoureux car venu d’un ensemble qui se réclame de My Bloody Valentine.

Les mélodies sont simples, comme ramassées, mais efficaces ; « Another Day » par exemple ne déparerait pas une chanson « pop » tant elle est immédiate et entêtante et tant elle invite celui qui l’entend à se laisser engloutir par les harmonies ajourées qui la compose et qui donnent texture organique à ce mantra fugacement électronique officiant en toile de fond.

Les climats vont ainsi passer du presque estival « Another Day » au brumeux (un « Wild Peace » qui vouloir poser un volie sur le soleil enchanteur qui l’a précédé) pour changer brusquement de vitesse avec un « Even the Blind ». Là, le multi-tracking sur la voix de Jarvis fait merveille, extrayant le morceau d’une couche remplie de réverbération pour transformer ce halo presque opaque en force qui déchire.

C’est toute la qualité de la chanteuse que de pouvoir suivre les modulations des morceaux et de passer de chuchotements spectraux à stridulations éthérées ou ponctuations presque enfantines et naïves (« Just Kids »). Parfois elle roucoule, à d’autres moments elle semble se couler dans les flots, à l’image de la pochette du disque, ce paysage qu’on ne peut situer et qui est tout sauf témoignage de quiétude.

Au fond Echo Lake se situe dans un monde post-My Bloody Valentine. L’instrumental « Monday 5AM » ou « In Dreams » ont plus à voir avec des schémas expérimentaux rapprochant le groupe, qui de Beach House, qui des Cocteau Twins.

La force de Echo Lake est, on l’aura compris, de parvenir à manier l’oxymore et à rendre sauvage la paix comme le revendique le titre de l’album. Le « groove » débutant « Swimmers » cohabite harmonieusement avec une entrée progressive dans le royaume de l’onirisme électronique.

Du « shoegazing » on a trop considéré qu’il consistait à regarder avec entêtement ses chaussures, notre duo semble en prendre le contre-pied et vouloir prouver qu’il permet aussi d’avoir les yeux fixés vers le haut.

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