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Clock Opera: « Ways to Forget »

Ce premier album Clock Opera a mis longtemps à venir quand on considère que c’est depuis plus de 3 ans que le groupe a commencé à faire parler de lui. Ways To Forget a, sous la direction de Guy Connelly, pris le temps de mûrir et de trouver sa signature  : prendre une série de chansons psychotiques, les structurer et leur donner le son plus le plus naturel et le plus fluide possible.
Ce disque est en effet le fruit de chansons qui semblent construites à partir de rien mais qui ont été longuement peaufinées sur scènes. Les couches soniques s’ajoutent les unes aux autres, comme s’il s’agissait de courses de chevaux voulant aller plus vite que la marée et elles sont jalonnées par des vocaux élégants dont la vigueur apporte encore plus de punch.

À vouloir devait définir le son du groupe, ce qui viendrait à l’idée serait donc une séries de crescendos, construits minutieusement tant en parvenant, par l’urgence qui s’en dégage, à maintenir touche humaine et désespérée.

Le problème est qu’en insistant sur ce côté mécanique, l’album donne l’impression qu’il est comme un « live » inabouti, une façon de signifier que ce qui se passe sur scène ne peut être reproduit en studio. Le résultat en devient quelque peu hybride où cette emphase, sans doute exaltante sur scène, semble ici être boursouflure et auto-indulgence toutes deux sources de frustration (un incessamment robotique « Lesson N°7 » malmenant l’attention) ou de sensation d’inachevé (« 11th Hour » prenant un temps infini à déployer son thème puis s’écroulant brusquement sans avoir pu prendre son essor) .

Il en sera de même sur « Belongings », effort de beauté délicate dont on se demande pourquoi il est ponctué par une section rythmique si étouffante alors qu’il eût suffit qu’il adopte la relative sobriété de la parfaite « pop  song » que constitue « Once and for All » pour stimuler l’auditeur.

On devine Clock Opera capable de tisser des structures qui ajouteraient une certaine sauvagerie à ses mélodies (témoin « Belongings ») mais le seul moment où l’équilibre se forme est sur un « White Noise » qui parvient à associer vernis de complexité et accessibilité.

Au fond, à trop vouloir se montrer perfectionniste, Connelly produit un album certes intéressant mais dont les procédés mécaniques obscurcissent la présence humaine. C’est tout le paradoxe d’un album studio dont on a le sentiment qu’il a été conçu comme une performance « live ». « Humain trop humain » ou pas pourrait-on se demander en paraphrasant Nietzsche…

22 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Echo Lake: « Wild Peace »

Qui a dit que le « shoegazing » était à base de guitares saturées et de mur sonore ? Qui a pensé, aussi, que s’il invitait à une forme de méditation, celle si ne se traduisait qu’au travers d’une approche bruitiste ? À l’écoute du titre d’ouverture de Wild Peace, premier album du duo londonien qui forme Echo Lake on se demande si il va être capable de maintenir un tel effet de réverbération lumineuse et éthérée sur une durée de près d’une heure. « Further Down » commence en une spirale polyphonique dans laquelle se mêlent vocaux nimbés de délicatesse androgyne (la chanteuse Linda Jarvis), synthétiseurs traficotés dont les nappes semblent croître et décroître et d’une instrumentation classique (guitare, basse, boîte à rythme) qui semblent comme distante. Le résultat en est curieux car c’est précisément cette quasi-absence, cette incapacité à appuyer ce « drone » délicat qui rend ce contre-emploi savoureux car venu d’un ensemble qui se réclame de My Bloody Valentine.

Les mélodies sont simples, comme ramassées, mais efficaces ; « Another Day » par exemple ne déparerait pas une chanson « pop » tant elle est immédiate et entêtante et tant elle invite celui qui l’entend à se laisser engloutir par les harmonies ajourées qui la compose et qui donnent texture organique à ce mantra fugacement électronique officiant en toile de fond.

Les climats vont ainsi passer du presque estival « Another Day » au brumeux (un « Wild Peace » qui vouloir poser un volie sur le soleil enchanteur qui l’a précédé) pour changer brusquement de vitesse avec un « Even the Blind ». Là, le multi-tracking sur la voix de Jarvis fait merveille, extrayant le morceau d’une couche remplie de réverbération pour transformer ce halo presque opaque en force qui déchire.

C’est toute la qualité de la chanteuse que de pouvoir suivre les modulations des morceaux et de passer de chuchotements spectraux à stridulations éthérées ou ponctuations presque enfantines et naïves (« Just Kids »). Parfois elle roucoule, à d’autres moments elle semble se couler dans les flots, à l’image de la pochette du disque, ce paysage qu’on ne peut situer et qui est tout sauf témoignage de quiétude.

Au fond Echo Lake se situe dans un monde post-My Bloody Valentine. L’instrumental « Monday 5AM » ou « In Dreams » ont plus à voir avec des schémas expérimentaux rapprochant le groupe, qui de Beach House, qui des Cocteau Twins.

La force de Echo Lake est, on l’aura compris, de parvenir à manier l’oxymore et à rendre sauvage la paix comme le revendique le titre de l’album. Le « groove » débutant « Swimmers » cohabite harmonieusement avec une entrée progressive dans le royaume de l’onirisme électronique.

Du « shoegazing » on a trop considéré qu’il consistait à regarder avec entêtement ses chaussures, notre duo semble en prendre le contre-pied et vouloir prouver qu’il permet aussi d’avoir les yeux fixés vers le haut.

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22 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Shrag: « Canines »

Shrag est un combo indie « à haute énergie » originaire de Brighton mené par Helen King et Bob Brown. Canines est son troisième album et le premier qui ne soit pas produit par le groupe. Eu égard au titre donné au disque on peut s’attendre à un son mordant et fiévreux. C’est en effet le plus souvent le cas, avec des vocaux souvent abordés en duo et des tempos qui sonnent en permanence comme au bord du désespoir.

L’intérêt de ce disque ne réside d’ailleurs pas dans ce qui saute aux oreilles de prime abord (à savoir un ton déclamatoire et des arrangements puissants épaulant les guitares) mais par les nuances que le groupe est parvenu à introduire dans ses compositions et dans les orchestrations qu’il a su intégrer dans son répertoire.

« Chasing Consumptions » est ainsi un titre remuant mais élaboré avec des variations plus subtiles débouchant sur un mid tempo étayé par des synthés sonnant comme des cordes qui n’oublieraient pas de se se montrer presque pugnaces. Le rendu passe alors de l’ardeur à un phrasé forme d’hymne où la colère semble passée au tamis d’un espace où place est donnée à une mélodie sensible, presque enfantine, et accrocheuse. Il en sera de même pour « On The Spine of Old Cathedrals » jalonné par cordes et chorus à plusieurs voix qui tutoient l’incantatoire et l’ « élevé » (pour ne pas dire plus). « Devastating Stones » alternera cette production ample et ambitieuse et phrasé exclamatif rythmé par une percussion dépouillée qui se voudra primale (et non primaire) soulignant ainsi le fait que Shrag conserve le goût de ces titres incisifs même s’ils pêchent par, précisément, ce manque de nuance (« Tendons in the Night », « You’re the Shout »).

On sent finalement ce quintet en devenir (production venue de l’extérieur oblige) ; témoins en sont les ballades subtilement orchestrées dans lesquelles il ose désormais s’aventurer (un « Jane with Dumbells » qui semble se consumer lentement par exemple).

Ainsi peut-on comprendre au travers du titre « Show us Your Canines » vers quoi le groupe veut se diriger. Un morceau à la fois dévastateur mais au riff imparable qui donne à celui qui l’écoute l’envie de le reprendre en choeur.

Canines nous invite à une cérémonie où le profane l’emporte sur un sacré qui s’esquisse parfois en filigrane. Ne restera plus qu’à y adjoindre une ardeur moins monolithique pour, peut-être, pouvoir communier en douceur(s) et équanimité.

22 novembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire