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Ken Stringfellow: « Danzig in the Moonlight »

Bien sûr, Ken Stringfellow est un des membres principaux des Posies, mais il est parvenu à se forger une jolie petite carrière solo en parallèle à celle de son alter ego Jon Auer.

Danzig in the Moonlight est son quatrième album solo depuis huit ans mais Stringfellow ayant été tout sauf inactif durant cette période, le disque s’avère être la parfaite traduction des nombreuses expériences musicales qu’il a eues durant ce laps de temps.

Enregistré à Bruxelles avec une ribambelle de musiciens, traduit cette variété schizophrénique dans la mesure où il mélange avec bonheur des éléments de rock progressif, d’art rock, de soul, de country et de cette pop scintillante dont il est coutumier avec les Posies.

Le morceau d’ouverture, «Jesus Was an Only Child», démarre comme du Wilco mâtiné de Lambchop pour, brusquement, se transformer en titre électro-pop invoquant les mânes de Marc Bolan , Pulp ou, plus près de nous, Supergrass.

Par contraste avec ce délire, le morceau suivant «110 Or 220 V», explore des rivages country qui bien que souvent parcourus résonne de manière tranquillement optimiste et  délicatement tonifiante.

On peut d’ailleurs souligner que le musicien n’hésite pas à se confronter à l’AOR (rock destiné à une clientèle adulte) pour véhiculer la même atmosphère de joyeuseté sur «You’re The Gold» ou «History Buffs» tout en sachant passer avec habileté et sans transition à un «Even the Forgers Were Left Fingering the Fakes» qui ne déparerait pas le White Album des Beatles ou à faire se côtoyer John Cale et Radiohead sur «Odorless, Colorless, Tasteless» avec la pop sucrée de «Doesn’t It Remind You of Something».

Que Danzig in the Moonlight permette d’évoquer tant d’artistes, met, paradoxalement, en exergue, la singularité de l’approche de Stringfellow. Quelque part, il y a chez lui une sorte d’indifférence (et même de dédain) pour la notion de genre. Alors, qu’aujourd’hui, l’idée d’inconstance stylistique est regardée avec suspicion, il parvient à ne sonner jamais désuni grâce à des compositions qu’on devine honnêtes et trompeusement sophistiquées.

Il faudrait citer tous les morceaux pour faire remarquer la fluidité avec laquelle Stringfellow juxtapose des refrains immédiats et implacabilité («Superwise») ou explorations progressistes qu’il ose assembler à un swing de cuivres tout droit sorti du Muswell Hills des Kinks pour produire un effet dramatique dont le mauvais augure est des plus saisissant.

Au fond, Stringfellow a trouvé le point d’impact qui lui permet de faire en sorte que ce qui devrait sonner de façon disjointe se révèle, au contraire, harmonieux. Cet album est un point d’orgue, sans doute pas une révélation pour ceux qui connaissent le bonhomme, mais un disque, peut-être son meilleur, qui méritera de figurer dans les rituels bilans qui ne manqueront pas de se faire jour en cette fin d’année approchante

***1/2.

 

19 novembre 2012 - Posted by | Chroniques du Coeur

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