No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Spain: « Soul of Spain ».

La scène musicale est ainsi faite que, même quand elle veut s’éloigner de l’option « Grand Public », elle ne peut échapper à certains effets de mode plus ou moins durables. Nous avons ainsi eu droit, vers la fin des années 90, à l’éclosion d’une nouvelle mouvance, le « slowcore » qui voulait aller encore plus loin (si on peut dire) dans le minimalisme sonore. Low, les Red House Painters, American Music Club ou Spain ont ainsi eu l’honneur des médias dits « alternatifs ». Ces derniers, menés par leur chanteur et bassiste Josh Haden, nous ont donc livrés quelques albums d’où émergeait (si on peut dire à nouveau) la voix chuchotante du vocaliste, des tonalités fragiles et épurées et un rendu perclus de mélancolie et de vague à l’âme. Le groupe la rendit (son âme) en 2001 puis, sans doute pris d’un désir « frénétique » de réassociation, Haden tente ici de lui redonner vie (à son âme toujours) avec de nouveaux musiciens.

Soul (Âme) of Spain ne surprendra personne avec ses compositions en tempo moyens, des vocaux un peu plus dans le registre du « crooner » et quelques incursions vers des univers plus vifs. N’exagérons rien pourtant ; « Miracle Man », « Hang Your Head Down Low » ou « Sevenfold » peuvent, ici et là, changer la donne, il n’en demeure pas moins que l’on ne note pas de réelle embellie sur le front de l’affliction. La voix de Haden ne se prête d’ailleurs pas non plus à un excès d’emphase et reste bien souvent cantonnée sur ce côté « lounge » qui lui va si bien.

Au bout du compte on a comme un sentiment d’inutilité devant cet effort qui en arrive presque à sonner glacial au milieu de l’univers velouté qu’il essaie portant d’évoquer. Soul of Spain porte finalement bien son nom puisqu’il n’est qu’une resucée de ses albums précédents. On ne peut s’empêcher de comparer le groupe à Tindersticks ou Low qui, partis d’une approche similaire, ont pu graduellement évoluer vers d’autres territoires sans perdre ce qui les caractérisait.

Ne reste plus qu’à espérer que Spain se montre plus aventureux dans ses prochaines productions si, toutefois, le « business » lui permet de mettre cela à son ordre du jour. Considérant l’état dans lequel ce dernier se trouve, c’est loin d’être gagné…

2 novembre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire

Bill Fay: « Life is People ».

Même pour les érudits de la « chose rock » que l’on peut être, Bill Fay est une énigme si tant est qu’on ait eu vent de lui. Singer/songwriter dans la plus pure traduction américaine, Life Is People est son troisième album, et le premier depuis 1971, si on fait abstraction de quelques arrangements sporadiques « made at home » .

La Vie est, en effet, au cœur de son œuvre, toute clairsemée qu’elle soit. Sur son premier disque il disait y « chercher un sens » et son deuxième opus, Time of the Last Persecution, était, déclarait-il, inspiré par les mêmes évènements qui avaient poussé Neil Young à écrire « Ohio ». On devine donc un véritable artiste, muni d’une véritable vision dans la largeur semble ne faire que s’étoffer comme si, au fil de ces nombreuses années, il avait pu méditer sur ces « leçons apprises tout au long des siècles » telles qu’il les décrit si bien dans « The Painter ».

Alors que, précédemment, les colorations étaient d’une mélancolie pessimiste et claustrophobe, il apparaît au contraire que Life is People  résonne, lui, d’une ampleur qui suscite comme un élan de foi dans l’humanité. La musique reste emprunte de retenue, de dignité pourrait-on dire, mais elle s’orne désormais d’un certain lyrisme comme le souligne un « There is a Valley » aux tonalités presque apocalyptiques , aux claviers luxuriants nous transportant d’emblée dans un univers qui dépasse un point de vue étriqué et microscopique. Ouverture sur un ailleurs donc à l’exemple de « The Never Ending Happening » où Fay, seul à son piano, propulse un récit de création perpétuelle. Celle-ci ne méconnait pas l’attrait pour les ténèbres ou la guerre mais elle n’oblitère pas l’engagement joyeux vers ce que la vie peut avoir de tonifiant. « This World » a, ainsi, un temp une verve pleins d’entrain.

On retrouve ce même chassé-croisé entre optimisme et négativité dans les rhétoriques qui sous-tendent « The Healing Day » (où l’imagerie se fait biblique) et un « City of Dreams » qui témoigne de l’indifférence des gens « collés à leurs écrans TV ». Le tout est transcendé par des orchestrations légères et éthérées prenant le pas sur l’orgue très souvent véhicule d’annonces funèbres. « Be At Peace With Yourself » et son choeur gospel est un joli mélange de spirituel et de séculaire même si « Thank You Lord » ou « Jesus, Etc. » sont une amplification de l’élan mystique ayant saisi le musicien.

On peut ne pas adhérer à cette épiphanie religieuse (et pour un non anglophone c’est peut-être ici un atout), mais on ne put douter de la ferveur qui enflamme à l’écoute de ce disque où chaque instrument, chaque composition semblent être à leurs justes places. Le début comme la fin (« Home Was The Place ») nous transportent et nous font vivre un catalogue d’émotions. Récits de vie et de mort, d’un homme qui semble âgé et dont le ton demeure avisé, sage et aux antipodes d’un prêche, Life is People est une Célébration de la Vie (« Cosmic Concerto ») rayonnante d’une chose plus importante que la Piété qui jalonne le disque, une chose qui, en laissant vivre, permet de vivre soi-même, cet élément qui irradie chaque volute musicale et qui a pour nom exaltation de la compassion.

Après un tel récital, il ne restera plus qu’à aller demander à Van Morrison, Peter Gabriel, Stevie Wonder ou Steve Winwood ce qu’ils en pensent !!!

2 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire