Neil Young & Crazy Horse: « Psychedelic Pill »

De Neil Young on peut attendre toute (et n’importe quoi), le meilleur (et le pire). C’est sans doute un des rares artistes à se monter aussi éclectique dans son répertoire, aussi expérimental parfois mais aussi proches de ses racines, témoin Americana l’album de reprises dont nous avons été gratifiés il y a quelques semaines avec Crazy Horse.

Disons-le d’emblée, oublions ce disque en examinant Psychedelic Pill. Écartons également, tout se suite, une ambiguité par rapport à l’adjectif  ; la «  psychedelia  » américaine emprunte de ces musiques «  roots  » U.S. N’a rien à voir avec celle qui est née outre-Manche durant les sixties. Il n’empêche que Young ne dédaigne pas la distortion, simplement il la mâtine de guitares plutôt acoustiques et d’une volonté d’étirer un titre qui pourrait durer quatre ou cinq minutes en une longue épopée façon Quicksilver Messenger Service dont la cavalcade dure plus de 20 minutes. «  Drifting Back  » ouvre le disque sur une énorme boursouflure durant 27 minutes (sic!) dont une partie, acoustique, semble être une résurgence échappée de Le Noise.

Quelque part c’est une bonne nouvelle car Psychedelic Pill nous épargne certaine de ces choeurs d’enfants irritants qui encombraient Americana. En même temps, nous sommes forcés de reconnaître que Crazy Horse s’embarque dans ce style de dérive sonore avec une sensation de travail bâclé ou d’approximation qui n’est pas inhabituelle si on considère certaines envolées de la «  psychedelia  » américaine des années soixante.

Crazy Horse est néanmoins coutumier du fait et c’est presque un atout pour ces musiciens accomplis d’être capable de proposer une musique brinquebalante qu’il va maintenir tous au longs de ce double album. Cette coloration est en fait volontaire tant le disque pourrait avoir été enregistré durant les seventies. Hormis quelques allusions à la tecnhicité (« But then a tech giant came along and turned him into a wallpaper ») Psychedelic Pill n’est pas sans évoquer Everybody Know The Is Nowhere, Ragged Glory ou Rust Never Sleeps à cet égard. Parfois même le groupe et le chanteur semblent interpréter des morceaux différents (« She’s Always Dancing » par exemple) mais c’est une façon on ne peut plus astucieuse de proposer une atmosphère frisant toujours le décalage sans complètement y tomber.

Cela est sans doute une façon de comprendre pourquoi Psychedelic Pill est si long. On pourrait estimer que, étant le disque le plus monumental jamais enregistré par Young, celui-ci supporterait bien une petite cure de rafraîchissement. Ce sont pourtant les titres les plus étendus (« Ramada Inn » ou « Walk Like A Giant ») qui constituent les pièces maîtresses de l’opus. Le nébuleux « Psychedelic Pill », lui, est un exemple parfait de ce que Le Canadien peut accomplir sur un titre aussi bref mais on pourrait, par contre, se dispenser des morceaux, sans doute autobiographiques du chanteur (« Born in Ontario » et « Twisted Road ») d’autant, qu’introverti comme il est, son inspiration est plus à l’aise dans des textes symboliques et cryptiques .

On connaît le Neil Young solo, le Neil Young avec ou sans Crosby, Still et Nash et le Neil Young avec Crazy Horse. Voilà un artiste dont on pourrait dire tout sauf qu’il souffre de la hantise de la page blanche (il écrirait en fonction des phases de la lune) et d’une volonté de suivre les modes. Il continue d’être écorché vif que l’on a toujours connu, le personnage discret mais capable de s’emporter sur l’état du monde ou certains des présidents américains. Débuter un album sur un titre avoisinant les 30 minutes est, une fois de plus, la démonstration qu’il reste ailleurs et à contre-courant. Peu importe alors qu’il ait sorti une autobiographie et qu’il ait besoin de la promouvoir ; il demeure résolument hors-normes et, quand ce talent s’entête à tutoyer les 90 minutes, on ne peut que s’en réjouir.

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