Bat for Lashes: « The Haunted Man »

On semble faire grand cas de The Haunted Man, ce troisième album de Natasha Khan (véritable patronyme de Bat For Lashes). Chose navrante, on en parle avant tout pour sa pochette où on voit la vocaliste poser nue portant un homme sur ses épaules. S’il s’agit d’une profession de foi (féministe par exemple) acceptons-là et arrêtons-nous plutôt sur ce qui constitue la saveur de ces neuf plages. N’oublions pas que Khan avait reçu deux nominations pour le Mercury Prize sur ses disques précédents et que c’est l’aulne de sa musicalité qui devrait être le seul critère.

On se retrouvera en terrain familier avec, comme précédemment, arrangements à cordes dramaturgiques, panoramas sonores chargés de ces petites pincettes d’électronique qui se veulent comme apportant une toile de fond en filigrane et textes emprunts de problématiques spirituelles et mythologiques.

De ce point de vue on ne pourrait imaginer autre décorum aux compositions de Khan. Que dire alors de ces dernières  ? L’artiste a choisi de les rendre débordantes, non pas d’expressivité, mais de ce qu’on pourrait considérer comme des tentatives à la créativité. On trouve alors, plutôt qu’un travail sur les titres, une volonté de bricoler formellement sur les marges, de se préoccuper des textures jusqu’à les rendre les plus parfaites que possible.

L’exemple le plus criant en est «  Marilyn  » où, à partir d’un titre habile, mélodieux et accrocheur, la chanteuse a cru bon d’y introduire des bribes d’électroniques stridents apportant une touche de discontinuité pas véritablement nécessaire. On eut préféré qu’elle reste sur le même registre que l’organique «  Laura  », morceau dont la forme similaire n’est pas entaché de ces scories expérimentalistes, «  single  » sorti quelques semaines plus tôt et dont l’insuccès est, lui, tout bonnement incompréhensible.

Un autre titre, «  Horses of The Sun  » bénéficie de ce même impact grâce à son immédiateté ce qui, quelque part, est un peu mince si l’on considère le total des onze morceaux. Le reste du temps on sent Bat for Lashes comme imprégnée par désir d’innovation, voire d’émulation. On peut penser à cet égard à Björk, à Kate Bush avecil est invraisemblable qu’on ne puisse noter l’apparentement sur «  Winter Fields  » ou Tori Amos dans le lyrisme gothique de «  Deep Sea Diver  » qui clôt The Haunted Man. On aurait mauvaise grâce à citer ces influences, mais, malheureusement, une fois de plus on constate ce qu’il y a de forcé dans cette démarche. «  The Haunted Man  » est bâti sur une rythmique martiale, tout comme «  The Wall  » . Sans doute cette tonalité tribale essaie-t-elle de distiller une connotation animiste mais elle s’avère aussi parfois claudiquante et laborieuse («  Rest Your Head »).

Au total, « Laura » est sans doute le titre qui ressort le plus de l’album. Son côté organique et sensible s’oppose à la glaciation des synthés qui semble imprégner le disque. Co-écrit par Justin Parker (responsable du « Video Games » de Lana del Rey) il pointe vers une direction qu’on aimerait voir Khan emprunter d’un pas plus affirmé.

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