Wild Beasts: « La Jungle des Emotions. »

Ils s’appelaient initialement Fauve, puis ont opté pour Wild Beasts. Quelque part leur univers oscille entre prise en compte de notre férocité et manière de la présenter sous des tonalités en falsetto aux nuances presque bistres. Smother est sans doute un des albums les plus aboutis de cette année. Comme quoi, pour les deux têtes pensantes du groupe, Tom Fleming et Hayden Thorpe, le lien est toujours présent et, sous des dehors tranquilles, prêt à bondir. Et nous à y replonger…

Smother sonne de manière très distanciée par rapport à Two Dancers. L’atmopshère est toujours la même mais les textures y sont comme sous-entendues…

Hayden : C’est exact ; c’est un peu comme si, quand vous devenez plus habile techniquement, que vous comprenez mieux comment les choses se passent et que vous réalisez que vous devez en faire moins pour avoir un plus gros impact. Dans ce cas, la modération est un signe de maturité pour nous et, en étant plus dans ce schéma de retenue nous avons la sensation d’être plus créatifs. Nous souhaitons construire qui soit tonique et honnête et qui véhicule un état d’esprit positif.

Il semblerait aussi à cet égard que vos vocaux aient une approche plus chaleureuse, sensible…

Hayden : Oui, il y a moins de désinvolture. C’est en rapport avec cet objectif de bienséance : la gmusique se doit de refléter ce que nous sommes comme personnes à ce moment donné. Nous pouvons, désormais, parler plus doucement et les gens vont nous écouter. Sachant que nous avons leur attention, nous sommes plus scrupuleux quant à ce que nous disons. Avant, par contre, quand nous étions un groupe plus ma

À propos d’« espace », on a l’impression que vous en jouez un peu comme le faisait Talk Talk.

Tom : Nous avons toujours aimé Talk Talk. Je trouve que la façon dont ils ont évolué est un modèle pour nous même si bien des choses se sont produites depuis leur époque. Cette démarche de nous inscrire sur le mode de la progression leur est due. Chaque album est ainsi comme une abstraction du précédent. Nous en prenons un élément significatif et essayons de le développer.

Quand vous évoquez l’abstraction, c’est un peu l’impression que l’on a en lisant vos textes qui, bien que tendus et dense, sont plutôt intellectuel avec ces références à Frankenstein ou Ophélie…

Hayden : Je vois ce que vous voulez dire. Comme beaucoup de musiques, la nôtre traite des peines de cœurs ou des émotions. Nous essayons de les verbaliser de manière moins immédiate que des phrases du style : « Oh, comme je me sens mal. Que je suis malheureux. » Nous y mettons une distance et employons plusieurs niveaux de filtres si on peut dire. Notre narrativité va assumer que les gens vont percevoir le sens que nous souhaitons apporter en faisant le tri dans tous ces codes. Parler d’Ophélie est non seulement aborder sa mort dans une rivière mais aussi introduire une atmosphère pré-raphaélite. Ainsi nous abordons la tragédie de ce que c’est que de mourir d’amour et de folie.

Mais vous la mêler au mythe de Frankenstein, au Gothique, à la naissance de l’électricité. (Rires)

Tom : Vous savez, les textes sont un instrument. Ils ont un effet sur qui les perçoit au même titre qu’un son. En ce sens, ils ne sont pas toujours le fil conducteur d’un morceau. Ils ont donc un petit côté joueur parfois et disent des choses que nous pensons… ou ne pensons pas toujours. (Rires) Quand nous disons « je », ça n’est pas toujours de nous que nous parlons. C’est une manière de nous adresser aux gens sans que ce soit un dialogue comme vous et nous en avons. C’est très important, artistiquement, de naviguer dans quelque chose qui n’est pas le réel.

Sur « Plaything » par exemple, l’objet d’amour est objectivé et comment doit-on prendre alors cette répétition de « You’re my plaything » ? Êtes-ce seulement une observation distanciée ou pas ?

Hayden : Quand on dit cela, c’est explicitement érotique dans un contexte de titre plutôt sombre. Nous avons été influencés par ce livre de Anaïs Nin, Delta of Venus, où elle compose divers scénarios sexuels qui ne sont pas toujours les siens mais qui, au fond, viennent d’elle. Il y avait une part d’elle, donc même si vous vous en défendez, vous faites partie de l’histoire qui est narrée. On ne se détache donc jamais de ce que l’on compose mais on autorise aussi le véhicule de nos textes à dépasser l’anecdote.

Tom : On n’est pas obligé d’être toujours soi-même car la musique vous emnène vers quelque chose de plus élevé…

Hayden : Tout à fait. La différence entre la poésie et les « lyrics » est que ces derniers peuvent s’appuyer sur une musique. Si vous parlez de beurre dans la vie quotidienne, ça n’a aucune connotation. Mais si vous y ajoutez une musique sexy, la chose prend une autre tournure.

Comme dans ces « butter fingers » de End Come Too Soon »… Une phrase érotique mais aussi poétique.

Hayden : Exactement. Si vous dites cela, « butter fingers read me like brail », dans une situation normale ça peut sonner idiot, mais si vous susurrez ça de façon intime, tout près du micro, il y a tout une délicatesse qui est sous-entendue.

Tom : Oui, on esasie de créer quelque chose qui ait presque une scénographie cinématographique.

Diriez-vous alors que c’est un concept album avec unité de son, unité de thème ?

Tom : Je n’aime pas trop ce terme parce que je pense que tout disque qui tient la route a un fil conducteur. Chaque morceau va amener le suivant et, sur Smother, chaque composition repose sur une idée qui est développée et la suivante traitera un aspect différent de cette même idée. On peut très bien dire que chaque chanson marche très bien toute seule mais que, prises ensemble, elles atteignent une plus grande signification.

Vous écrivez tous deux les textes ; utiulisez-vous des techniques particulières comme l’écriture automatique, le courant de conscience… ?

Tom : Je crois qu’il y a toujours une phrase qui déclenche le tout. Elle s’écrit toute seule et ensuite il vous appartient de trouver comment aller plus loin. Bien sûr il y a beaucoup de part instinctive mais vous ne pouvez pas vous fier qu’à cela. La seule chose est qu’on n’a pas d’a priori esthétrque quant aux textes. Il est quasiment impossible pour nous de nous poser et de nous dire : « On va écrire une chanson aujourd’hui. »

Sur « Albatross » par exemple, on peut supposer que vous étiez conscient du poème et de la thématique de Baudelaire.

Hayden : Cest un poème qui a tellement de poids que le plus difficile a été fait pour vous. (Rires) Il était presque criminel de le citer car, quelque part, vous vous reposez sur une véritable œuvre. En même temps vous avez moins à faire car ce que nous essayons de faire est prendre de grands sujets et d’utiliser des termes plus simples et plus aisés à comprendre. Au départ, « Albatross » avait des mots totalement différents et c’est quand la musique nous est venue que le texte s’est clarifié pour nous. Il y a un va et vient constant et je crois que nous dépendons de plus en plus de la musique désormais. Plus nous nous améliorons, plus nous sommes dans le minimalisme et la nuance et c’était facile car « L’Albatros » de Baudelaire est déjà extrêmement chargé.

Tom : En outre je crois que ça n’est pas une mauvaise chose de s’attaquer à des clichés si vous êtes capable de leur faire un lifting. Combien de chansons disent « I love you » ? Si vous parvenez à les mettre en œuvre de manière qui vous soit profitable vous pouvez aller beaucoup plus loin que vous ne le pensiez à l’origine.

Vous utilisez souvent une imagerie empruntée à la lumière, que ce soit l’obscurité ou la brûlure…

Tom : L’album s’appelant Smother (étouffement) ça peut être pris de façon positive, comme une mère câlinant son enfant, ou, à l’inverse, avec une notion mortifère. C’est pareil avec la lumière ; vous illumine-t-elle ou va-t-elle vous calciner tant elle est brillante ? Se pose alors la question : voulez-vous que le lumière éclaire certaines choses ou souhaitez-vous les garder dans l’obscurité ?

Vous n’êtes pas réticent à l’explorer (Rires)…

Hayden : Indubitablement oui, nous les exposons. Nous existons dans cette région fragile où elles sont entre les deux, encore dans une certaine pénombre.

En même temps ça n’est pas fait de manière flagrante mais plutôt enveloppante…

Hayden : Je ne dirais pas que nous composons des titres joyeux simplement nous sommes sur une ligne qui sépare les deux…

L’étouffement a aussi une composante érotique.

Hayden : Oui, dans le sens où, pour nous, on peut tant aimer quelqu’un que ça en devient pesant. C’est emprunté à l’imagerie gothique, en effet.

Tom : IÀ ce sujet, il y a ce sentiment qui peut s’exprimer non seulement par « lâche-moi » mais aussi par « sors de moi ». Et là c’est encore autre chose en terme de possession.

Vous pensez à toutes ces notions symboliques au moment de l’écriture ?

Tom : je pense que nous sommes conscient et intéressé par l’ambiguité. Nous laissons donc beaucoup de portes ouvertes. Il vaut mieux poser des questions qu’expliquer les choses. Nous sommes, en effet, très attentifs aux métaphores et aux images mais ça n’est pas une stratégie, une volonté de professer des faits.

En fait, plutôt qu’avoir chaque morceau explorant une facette spécifique, vous glissez de l’équivoque sur chaque composition.

Hayden : Les émotions ne sont pas d’une pièce et, comme nous visons à rendre humaine notre musique, il est presque naturel que nous abordions à chaque fois les contradictions, des autres et de nous-même… Au fond, nous avons tous de bonnes intentions, c’est pour cela que j’insiste sur lun message qui se veut positif. Mais, même dans ce cas, il peut nous arriver de nous comporter d’une façon qu’on qualifierait de perverse.

Sur « Burning », titre révélateur, (Rires) vous dites pourtant « I’m Saved »… Est-ce la fin d’un voyage spirituel ?

Tom : Quelque part ça demeure une question. Ce qui suit va à l’encontre, c’est une façon pour nous de dire que personne n’est totalement fiable et qu’il faut toujours se méfier de ce qui peut être dit.

Mais en tant que narrateur non fiable, que devient alors votre exutoire ?

Hayden : Vous avez raison. Parfois nous nous disons que nous écrivons quelque chose sans réellement le penser puis nous nous apercevons que ça n’est pas le cas et que, par conséquent, ça devient cathartique. De toutes façons, écrire c’est toujours se libérer !

2 réflexions sur “Wild Beasts: « La Jungle des Emotions. »

  1. Je n’ai jamais entendu leur musique mais je pense que ce groupe va avoir un succès fou. Les jeunes surtout raffolent du gothique maintenant. Et je pense que la profondeur de leurs textes apprendra beaucoup aux jeunes qui vont maintenant à la dérive totale pour la plus plart.

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