Ben Folds Five: « The Sound of the Life of the Mind ».

On peut facilement avoir une fausse impression du Ben Folds Five : leur musique est constellée de cette rythmique sautillante et incisive martelée par le piano et leur leader est souvent connu pour ses textes dans lesquels une apparente légèreté côtoie l’absurdité.

Ça n’est pas pour autant que l’univers de groupe est fait d’inconséquence bien au contraire. « Erase Me » qui ouvre The Sound of the Life of the Mind, offre à ce titre, un bel aperçu de ce que le groupe exemplifie. Instrumentation qui semble s’entrechoquer, titre qui sonne comme une caricature mais qui est, au fond un travail sur l’auto-dépréciation et, sans doute manière de contrebalancer le tout, morceau attaqué sur le mode mineur.

The Sound of the Life of the Mind va donc explorer une thématique assez répandue et presque banale, la perte de l’objet d’amour, d’une façon décalée. D’une part il y aura ce clin d’oeil qui est adressé à l’auditeur (le cassant et dépouillé « Thank you for Breaking my Heart »), d’autre part il y a cette parodie de musique « lounge » sur « On Being Frank » dans lequel Frank Sinatra, une des idoles de Ben Folds, est comme ressuscité avec son orchestration, sa ligne de piano grandiose et un phrasé vocal digne du « crooner ».

On retrouve également, au-delà des ces « riffs » mordants au piano – rappelons qu’il s’agit ici d’un trio dont le line-up n’inclut pas de guitare – une sophistication des orchestrations et des harmonies quasi grégoriennes qui permettent à l’album de faire rebondir constamment l’intérêt. Cette option convient parfaitement à un artiste qui a dépassé 45 ans et dont les vignettes se font presque solennelles (« Sky High »), constats du temps passé (un « Away When You Were Here » dont le “I’m older now, I can see through lifting haze” se situe aux antipodes de la causticité du Ben Folds se moquant des filles ressemblant à Axl Rose ou habillées comme Cure) et, par conséquent, observations aux tonalités réalistes douces-amères et ambivalentes comme sur ces instants de vie sur la quotidienneté que sont « Hold That Thought » ou « The Sound Of The Life Of The Mind ». Le sarcasme acéré aura, on le comprends pratiquement disparu des plages de l’album hormis un « Draw A Crowd » étrange mix d’électronique et de Billy Joel mais c’est, indéniablement, le seul tribut qui pourrait s’apparenter au Ben Folds Five d’avant.

Au fond, après des albums solos où se décelait une personnalité sans artifices, il semblerait que ce disque du trio réunifié permette au groupe de ne plus simplement servir de faire valoir comme, en témoigne la composition du batteur Darren Jessee « Sky High » dont le texte au lyrisme poignant ne peut qu’impressionner.

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