Tori Amos: Night of Hunters

Tori Amos a toujours su mener une carrière intéressant à la fois par son côté atypique et diversifié, et, en même temps, une certaine constante dans ses thématiques. En effet, ses albums ont été, le plus souvent « conceptuels » ( Boys For Pele, Scarlet’s Walk, The Beekeeper par exemple) et axés sur la condition féminine mais sans pour autant qu’on puisse y voir une posture militante et didactique. Bien au contraire, elle a toujours eu cette faculté de dresser des constats er d’explorer les mythologies ou le psychologisme de la Femme plutôt que de se prévaloir d’un quelconque féminisme. Cette richesse sera accentué par des textes cryptiques mais intelligents servant de base à une musique toujours inspirée.

Ce dernier élément n’a jamais été perdu de vue, encore moins sur Night of Hunters dans la mesure où c’est Deustch Grammophon qui l’a commissionnée pour réaliser ce nouveau disque à partir de diverses oeuvres de musiciens de Classique ( le chant grégorien Bach, Debussy, Satie, Moussorgski, etc).

Plutôt que de mettre en parole ces compositions, la chanteuse a choisi judicieusement de s’en inspirer librement et d’y transposer un univers qui, lui, demeure bien à elle puisque, tout au long de ses 14 plages, récit sera fait d’une femme ravagée par les tourments que les ultimes moments d’une relation amoureuse lui font subir.

Tout au long de ce périple affectif, il est question pour elle de trouver suffisamment de force intérieure pour se reconstruire et, par conséquent, de transcender son état. Son phrasé vocal, atout majeur chez elle, va donc, progressivement varier, passer de l’accablement dramatique («un « Shattering Sea » emprunté à Alkan ouvrant le disque) à une affirmation de plus en plus prononcée. Arrangé avec goût par John Philip Shenale qui accompagne le piano Bosendorfer habituel de l’artiste par des ochestrations délicates d’instruments à vent et à cordes, le rendu confèrera une atmopshère presque dépouillée propre à mettre en valeur états d’âmes et subtilités des compositions. Pizzicato de violon sur « Snowblind », arpèges de piano à peine appuyés (« Battle of Trees » tiré de Satie) ou harmonium sépulcral pour une supplique s’articulant, peu à peu, vers cette assonance qu’un jeu de pianos et de cordes presque imperceptible induit « Fearlessness » ; tout concourt à suggérer plutôt qu’à déclamer. Nous entrons ici dans le domaine des modulations vocales (on peut rendre grâce à la chanteuse d’avoir délaissé quelque peu des intonations parfois outrageusement démonstratives), épaulée telle qu’elle a pu l’être sur certaines plages par sa fille, des subtilités harmoniques (la merveilleuse progression d’un « Star Whisperer » tiré de Schubert alternant élans symphoniques et mesure) ou de cette énergie tamisée que l’élégante rend d’autant plus troublante « Cactus Practice ») voire sublime « Your Ghost »).

L’intelligence de cette œuvre sera, précisément, d’osciller entre deux pôles, celui de la sensiblerie presque enfantine par certaines inflexions de voix et d’une sensibilité plus mature que la subtilité des arrangements confère. On pourrait presque dire alors que, partant d’un histoire intime (mais pas nécessairement personnelle) Amos s’adresse à ce que ce type de situation a d’universel, et par conséquent pourrait être un récit aussi masculin que féminin. La chanteuse ne dément d’ailleurs pas ces assertions et c’est peut-être en cela que Night of Hunters s’avère une œuvre fondamentale dans sa carrière.

L’emprunt au Classique, indépendamment du répertoire sélectionné, est une avancée plutôt qu’une panne d’inspiration. Il semble avoir libéré la vocaliste dans la mesure où il lui permet d’explorer des chemins inédits et tout sauf (re)battus. En s’emparant d’un univers traditionnel, Tori Amos lui impose des mouvement presque expérimentaux. À cet égard sa démarche demeure novatrice, aussi bien en termes musicaux, que en tant qu’interprète. Le maniérisme qu’on pourrait parfois lui reprocher a ainsi disparu ; Night of Hunters en devient ainsi un album sobre mais efficace, habité et aussi inspirant, maîtrisé et infiniment splendide.

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