The Walkabouts: Travels in the Dustlands

Travels in the Dustlands est, mine de rien le 15° album, des Walkabouts, cinq ans après un précédent, Acetylene, qui les voyait abandonner toute nuance pour se livrer à un brûlot incendiaire (« un noise rock » à la Pixies ou à la Green Days) contre l’Administration Bush.

La colère est passée et le groupe, enrichi d’un nouveau membre, retourne à une approche beaucoup moins contre nature avec cet opus, on pourrait même dire « oeuvre » tant il se révèle comme un concept album à propos d’un endroit à moitié mythique, The Dustlands.

Bien sûr il ne s’agit ici que d’une parabole à propos des U.S.A., thématique qu’ils ne sont pas les premiers à aborder tant elle fait partie de la culture américaine que ce soit littéraire (Mark Twain, Sherwood Anderson, John Dos Passos, Willa Cather, etc.) et musicale (Woody Guthrie, Dylan, Bruce Springsteen ou même Curtis Mayfield). En introduisant une semi-fiction géographique on n’es d’ailleurs pas loin d’un univers proche de celui de Okkervil River mais là s’arrête toute analogie avec son leader Will Sheff.

Les Walkabouts ont, en effet, retrouvé ici ce sur quoi ils sont le plus à l’aise, un folk-rock subtil et délicat mâtiné de quelques touches électriques (« Soul Thief » par exmple) et la voix toujours merveilleuse, à la fois spatiale et sexy, remplie d’émotion et de sensualité de Carla Torgensen. S’il est une chanteuse mésestimée, c’est bien elle, tant son registre est délié, plein de ces contours et de ces tonalités qui l’éloignent de la plupart des vocalistes féminines monocordes qui semblent avoir pour mission de confondre virulence et tension.

Pour ce projet, le groupe a choisi de suivre un fil apocalyptique ce qui explique peut-être pourquoi la tonalité musicale générale du disque est celle d’un « road album »,. Les trois titres qui ouvrent Travels in the Dustlands par exemple ont ce rythme (les anglo-saxons parlent de « drive ») qui véhicule intensité et sentiment d’ineluctabilité. Que ce soit sur un mode mieur (« The Diviner ») ou majeur (« Soul Thief ») on n’est guère éloigné de cette évocation qui serait celle d’une cheminement quelque peu inexorable que rien ne peut contrarier. C4est le propre de la couleur musicale suivie et elle s’intègre à merveille à la thématique.

L’album est divisé, en outre, en quatre parties, chacune illustrée par une citation d’un auteur américain, ce qui a tendance à accentuer le côté « équipe » d’une entreprise ? Celle-ci est enrichie par de nombreux arrangements symphoniques tout comme un artwork qui reprend certains dessins de « Native Americans » donnant à l’ensemble cette unité pleine d’intelligence et de gravité.

Les vocaux étant partagés par Torgensen et Chris Eckman, on trouve alors un équilibre presque yin et yang entre la délicatesse de cette merveilleuse ballade au piano qu’est « They Are Not Like Us » (terminée pourtant sur un point d’orgue à la six corde distendu et électifiant) et le phrasé plus acéré de « Soul Thief » avec sa guitare rythmique toute en trémolos.

« Thin of the Air » conjugue un peu des deux avec cette ambiance véhiculant une atmosphère presque fatale, servie en contrepoint par la voix de Torgensen, lui apportant une touche presque engageante.

Ce qui liera les tout n’est pourtant pas que cet équilibre qu’on pourrait trouver presque maniéré dans son élaboration. Les Walkabouts ont toujours su enjoliver, créer un cadre qui va au-delà dsu simple amalgame de compositions. Ce qui rend cette division en plusieurs parties si naturelle c’est cette faculté à manier l’allégorie et surtout à remplir le silence par ces interstices de cordes, de cuivres de voix ou d’interludes tranquilles.

Travels in the Dustlands va donc cheminer d’un pas mesuré mais rempli de tension et se clore sur un duo vocal merveilleusement élégiaque, « Horizon Fade ». Entre sa voix féminine faite de désir et parfois de résignation et celle, plus indignée et si à l’aise dans les « murder songs », d’Eckman le projet perd la critique la plus juste qu’on pourrait lui faire. L’artificialité inhérente à kl’idée de concept est contrebalancée par la somptueuse qualité des compositions et une production sans failles d’Eckman. Ce dernier se meut à merveille dans ces univers feutrés et presque veloutés très inspirés de Daniel Lanois et fat de Travels in the Dustlands une vraie ?uvre à qui il manque que peu pour être un chef d’oeuvre !

 

 

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