No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Jim Jones: Les Écorchures Du Rythme.

Accompagne du guitariste Rupert Orton, l’ex-Thee Hypnotics et Black Moses, déclare au début de notre entretien que si les références dont il se réclame sont inconnues, on ne fait pas vraiment partie du monde de la Jim Jones Revue. Ajoutons ici que s’il en est d’aucuns qui n’ont jamais entendu parler, ou eu la curiosité d’écouter ces prosélytes du véritable et rootsy rock and roll, il n’est pas nécessaire qu’ils aillent plus loin dans la lecture de cette interview…. (Humour !)

 

Il y a beaucoup de réminiscences garage ou rock and roll, toutes assez déjantées sur cet album… Comment tout cela est-il arrivé après Thee Hypnotics et Black Moses ?

Je travaillais encore avec Black Moses et je faisais des concert s organisés par Rupert. Dans ce type de situation il y a toujours beaucoup de temps passé à attendre, donc on discutait pas mal et on s’est découvert une passion commune pour le rock and roll des débuts , la guitare de Scotty Moore…

Link Wray ?

Oui, lui aussi. Ce sont des noms incontournables comme les Beatles, les Sytones ou les New York Dolls. Si quelqu’un ne les connait pas, c’est sans doute quelqu’un avec qui vous neparlez pas (Rires). On parlait aussi pas mal de l’état de la musique « live » à Londres et on se demandait ce qui lui manquait. On est tombés d’accord sur le fait que ce qu’on aimerait voir serait ceci : « Que ressentirait-on si on était en 1955, si on entrait dans un club de New Orleons et si on voyait un noir avec du maquillage sur le visage en train de hurler « Lucille » ? » Nous trouvions que c’était une image fantastique, excitante et que l’on ne rencontrait plus aujourd’hui. Quand Black Moses s’est séparé, Rupert et moi avons décidé de nous impliquer dans ce projet. J’ai ensuite rencontré Eliott Mortimer le pianiste grâce à Ray Hanson des Hypnotics…

Son jeu de piano est assez original et semble jouer un rôle important dans votre son…

Tout à fait et croyez-moi j’en ai vu des pianistes ! Personne n’a la même attaque, façon Jerry Lee Lewis, que lui. Il a joué dans pas mal de groupes et nulle part il n’a eu l’occasion de s’exprimer comme il le souhaitait. Avec nous, il a la chance de le faire et pour nous c’était comme si une bombe à retardement avait enfin explosé !

Rupert : Il a cette combinaison particulière qui allie acrobatie et attaque très punk. On a auditionné pas mal de monde et il était le seul à avoir les bons ingrédients.

D’où peut-être cette pochette avec un clavier amoché ?

Jim : On y a beaucoup pensé ; on ne savait pas si on allait mettre le groupe, le chanteur puis on s’est demandé : « Qu’avons-nous d’unique et qu’aucun autre groupe ne possède ? » Cette image représente quelque chose d’un peu abîmé, bousillé même, mais elle est très excitante et porte très fort le message de ce que nous faisons. Vous prenez quelque chose qui semble être une mémoire cabossée, hors service, mais dont vous vous apercevez qu’elle bouge encore…

« Mémoire cabossée » c’est assez évocateur…

Jim : Et encore, ça n’est pas qu’elle soit vraiment cabossée mais il s’agit juste de l’originale qui a été diluée au fil du temps. Les gens font désormais de laPina olada, du thé glacé Long Island mais chez nous il s’agit de la recette originale…

Le Jack Daniels ? (Rires)

Rupert : Oui sauf qu’on le fait maintenant. Cela veut dire qu’on n’est pas un groupe « revival » car cest tout ce avec quoi on a grandi.

Jim : Vous avez parlé du garage et c’est vrai mais notre véritable inspiration c’est la rock and roll conduit par le piano et hérité des fifties, celui qui est issu de la Nouvelle Orléans, du Deep South, de Memphis et de ce merveilleux moment où tous ces ingrédients, le rockabilly, le blues, le bluegrass, le western swing, le rhythm and blues, se sont agrégés. C’était un temps où tout le monde disait la même chose, où il y a eu cette sorte de mariage et d’explosion. Les « kids », qu’ils soient noirs ou blancs, avaient le même message à véhiculer et c’était, par conséquent,, une période de très grande puissance.

Comment considérez-vous cette période à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, au niveau du « music busines » et de la société ?

Jim : Vous n’avez qu’à regarder ce qui se passe dans l’industrie musicale. On a envie de donner une coup de pied dans la fourmilière tant on en a marre de la façon dont on voyait ce système fonctionner. On pourrait trouver des tas d’analogies avec notre démarche, chercher au fond d’une boîte à jouets ou trouver une vieille voiture qui n’a pas le confort moderne comme l’air conditionné et qui n’est pas si facile à conduire que ça. Mais une fois que vous avez pu mettre le moteur en marche, la chose se met à avancer et nom de Dieu son moteur ronronne et elle a plus que du style !

Vous avez également enregistré, en analogique, comme dans les fifties…

Ruipert : Au départ c’est parce qu’on n’avait pas d’argent.

Ce qui peut être un stimulant à la créativite.

Rupert : Tout à fait et ce qui était important pour nous étaient d’aller à l’encontre d’un « music business » où tout est répréssif, contrôlé et nous voulions quelque chose qui soit débridé et énergique, plein de cette passion qui la connecte à l’âme humaine. Vous ne trouvez pas ça chez les autres groupes et c’est cela qui est produit durant les sessions d’enregistrement. On écrit nos titres de la même façon que nous les interprétons pour des gens qui ont un travail de bureau ou laborieux et qui peuvent ainsi recevoir notre musique de façon libératoire. C’est un élément qu’ils n’ont plus dans leur vie de tous les jours. Tout est numérisé, compacté, balisé et nous voulions quelque chose qui soit friable.

Jim : Qu’est-ce qu’on les gens aujourd’hui en matière de divertissement ? Le phénomène « Big Brother », la Télé Réalité et même la télé réalité n’est pas la réalité ! On vous manipule avec beaucoup d’intelligence dans « Who’s Got Talent ? » On se moque d’eux et vous avez cette idiuotie de « Big Brother » qui recueille 5 millions de spectateurs à chaque fois ! On ne se détermine pas du tout par rapport à ça, on n’en parle pas, on fait ce qui nous est propre en affirmant ce qui est nôtre. On a tiré un trait, on indique où on se situe et tout le monde y est bienvenu…

Rupert : Au-delà de la musique, ce qui nous importe est que nous sommes totalement indépendants de l’industrie du disque, nous n’avons pas «une « major » derrière nous et cela nous permet de décider nous-mêmes de ce que nous faisons.

Comment avez-vous réagi aux excellentes critiques de votre disque ?

Jim : On a été surpris mais quelque part on s’est dit qu’on l’avait assez mérité. (Rires) Ce qui est étonnant est que la BBC l’ait beaucoup joué.

Rupert : En l’enregistrant on se disait même que c’était le disque le moins « radio friendly » qui puisse exister et pourtant y a ce DJ qui nous a tout de suite invités à faire une BBC session. Incroyable !

Jim : On ne s’est jamais posé le problème de faire un son qui soit « clean » et à-même de passer à la radio. Cela constituait une restriction qui nous aurait empêché d’aller aussi vite et aussi brutal qu’on le voulait. On voulait reconstituer ce que cela faisait d’être au milieu d’une pièce et d’écouter de la musique avec le maximum de décibels possible.

Rupert : Pendant un an, personne ne s’intéressait à nous ; on s’est donc dit : « Eh bien merde, enregistrons ce que nous aimons, faisons-le « live » et voyons ce qui se produira. » Il n’y a eu aucun compromis.

IL y a un truc qui vous est très particulier c’est l’interaction guitare/piano dans laquelle chaque instrument semble se répondre comme sur « 512 ».

Jim : C’est venu naturellement même si on avait déjà les idées avant de jouer ensemble. Le fait de les interpréter leur donne forme, substance. C’est lié à notre façon de fonctionner ; chacun vient avec ses idées, on les met en place, si quelque chose ne va pas on essaie de savoir pourquoi. Et sil’idée est suffisamment forte on y arrive et on l’adopte.

Rupert : Le premier titre qu’on a répété était « Hey hey hey hey », la reprise de Little Richard. Tout ce que vous entendez sur disque n’est pas différent ce premier jet. Quand on l’a joué, on s’est regardé et on s’est dit : « Là, il y a quelque chose qui se passe. »

Et tout cela bien que vous soyez britanniques… (Rires)

Rupert : On ne fait que suivre cette tradition anglaise et de l’influence que la culture américaine a exercé sur elle.

Au niveau de votre démarche, viyez-vous un parallèle entre vous et le « pub rock » quand il réagissait contre le «rock progressif ?

Rupert : J’adore Dr Feelgood, Wilco Johnson… C’est la même chose, le « back to basics » mais musicalement ça n’a rien à voir.

Le MC5 alors ?

Jim : Oui, dans la mesure où quand ils déclamaient « Kick Out The Jams » ils essayaient de placer encore plus haut le volume et l’énergie. Tout ceci vient de la tradition du Gospel noir quand, eux aussi, voulaient que l’énergie de la spiritualité soit montée d’un cran. C’est quelque chose que nous avons en commun avec eux : associer spiritualité, transe ; énergie. C’est le même mécanisme pour nous, organique et n’ayant rien de cérébral. Vous savez, il ne s’agit pas simplement d’être en colère ou agressifs. Cela a toujours existé, avec les punks et même avant les punks par exemple. Il est nécessaire d’avoir le « swing », cet élément qui vous permet de danser C’est cela qui vous élève, alors que les punks c’est juste des hauts et des bas linéaires, très blanc en fait. Le rock and roll vous remue différemment car il traite de la vie, du sexe et de l’âme. Tout ce la est fédérateur et cela explique notre succès relatif, nous demeurons accessibles e-t si nous le sommes c’est parce que nous avons précisément cette sorte de « groove ». Il est étonnant que, alors que nous n’avons rien à voir avec la pop music, de voir tant de jeunes filles dans nos concerts, dansant, prenant du plaisir à nous écouter. Certaines sont des branchées mais il y en a beaucoup qui sont juste des filles « normales », vêtues classiquement. Elles travaillent dans des bureaux ou sont caissières dans des supermarchés, elles ne connaissent pas toutes nos références, au maximum doivent-elles avoir entendu parler des Stooges ou du MC5, mais elles entendent la musique et elles la comprennent immédiatement. Elles ne se disent pas : » Tout ça c’est parce qu’ils sont connectés à la scène de Detroit. » On n’a pas besoin d’intellectualiser ou d’avoir une connaissance ésotérique de nos influences pour apprécier ce que nous produisons. Nous sommes un groupe de rock and roll tout simple, avec les ingrédients originels et tout le monde semble les capter.

Rupert : C’est pour cela qu’on n’aime pas trop compartimenter en se référant aux « garage bands » ou à d’autres. Notre porte est ouverte, allons-y et tout le monde est invité.

Jim, vous qui êtes dans la musique depuis assez longtemps, ne vous a-t-il pas été difficile de jouer simplement ?

Jim : Vous savez, côté technique, jouer du rock and roll n’est pas aussi facile à interpréter que ça. Entre jouer du rock et jouer du rock and roll il y a pas mal de différences du point de vue du rythme et des riffs. Faire swinguer nécessite que vous fassiez beaucoup d’efforts, comme si vous permettiez à ce qui vous naturel de se faire jour. Quand on est jeune c’est peut-être plus facile, mais quand vous êtes plus âgé, vous voyez ce que vous êtes de manière plus mature et vous faites la nuance entre ce qui est débridé et ce qui est spirituel et vous traverse plus intimement.

Vous vous sentez en avant-garde ?

Jim : On est content devoir les gens faire ce qu’ils ont à faire dans une démarche similaire à la nôtre mais on ne cherche pas réellement à créer une scène. C’est super mais ça ne dure pas car ça vous marginalise. On est les seuls à pouvoir définir ce que sont nos paramètres.

Rupert : Oui ; si on voulait enregistrer un disque de country on le ferait. On ne se déterminerait pas par rapport à ce que l’on attend de nous, par rapport à un « Genre ». C’est cela qui nous a amenés à former ce groupe.

Jim : On adore le rockabilly par exemple. Mais si vous observez cette scène, elle est si spécifique que si vous allez à un concert on vous regardera de travers parce que vous ne portez pas le jean qu’il faut ou que vous n’avez pas assez de tatouages. C’est presque élitiste, voire fasciste ; tout ce que contre quoi on s’insurge !

 

11 octobre 2012 - Posted by | Conversations

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