No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Jim Jones: Les Écorchures Du Rythme.

Accompagne du guitariste Rupert Orton, l’ex-Thee Hypnotics et Black Moses, déclare au début de notre entretien que si les références dont il se réclame sont inconnues, on ne fait pas vraiment partie du monde de la Jim Jones Revue. Ajoutons ici que s’il en est d’aucuns qui n’ont jamais entendu parler, ou eu la curiosité d’écouter ces prosélytes du véritable et rootsy rock and roll, il n’est pas nécessaire qu’ils aillent plus loin dans la lecture de cette interview…. (Humour !)

 

Il y a beaucoup de réminiscences garage ou rock and roll, toutes assez déjantées sur cet album… Comment tout cela est-il arrivé après Thee Hypnotics et Black Moses ?

Je travaillais encore avec Black Moses et je faisais des concert s organisés par Rupert. Dans ce type de situation il y a toujours beaucoup de temps passé à attendre, donc on discutait pas mal et on s’est découvert une passion commune pour le rock and roll des débuts , la guitare de Scotty Moore…

Link Wray ?

Oui, lui aussi. Ce sont des noms incontournables comme les Beatles, les Sytones ou les New York Dolls. Si quelqu’un ne les connait pas, c’est sans doute quelqu’un avec qui vous neparlez pas (Rires). On parlait aussi pas mal de l’état de la musique « live » à Londres et on se demandait ce qui lui manquait. On est tombés d’accord sur le fait que ce qu’on aimerait voir serait ceci : « Que ressentirait-on si on était en 1955, si on entrait dans un club de New Orleons et si on voyait un noir avec du maquillage sur le visage en train de hurler « Lucille » ? » Nous trouvions que c’était une image fantastique, excitante et que l’on ne rencontrait plus aujourd’hui. Quand Black Moses s’est séparé, Rupert et moi avons décidé de nous impliquer dans ce projet. J’ai ensuite rencontré Eliott Mortimer le pianiste grâce à Ray Hanson des Hypnotics…

Son jeu de piano est assez original et semble jouer un rôle important dans votre son…

Tout à fait et croyez-moi j’en ai vu des pianistes ! Personne n’a la même attaque, façon Jerry Lee Lewis, que lui. Il a joué dans pas mal de groupes et nulle part il n’a eu l’occasion de s’exprimer comme il le souhaitait. Avec nous, il a la chance de le faire et pour nous c’était comme si une bombe à retardement avait enfin explosé !

Rupert : Il a cette combinaison particulière qui allie acrobatie et attaque très punk. On a auditionné pas mal de monde et il était le seul à avoir les bons ingrédients.

D’où peut-être cette pochette avec un clavier amoché ?

Jim : On y a beaucoup pensé ; on ne savait pas si on allait mettre le groupe, le chanteur puis on s’est demandé : « Qu’avons-nous d’unique et qu’aucun autre groupe ne possède ? » Cette image représente quelque chose d’un peu abîmé, bousillé même, mais elle est très excitante et porte très fort le message de ce que nous faisons. Vous prenez quelque chose qui semble être une mémoire cabossée, hors service, mais dont vous vous apercevez qu’elle bouge encore…

« Mémoire cabossée » c’est assez évocateur…

Jim : Et encore, ça n’est pas qu’elle soit vraiment cabossée mais il s’agit juste de l’originale qui a été diluée au fil du temps. Les gens font désormais de laPina olada, du thé glacé Long Island mais chez nous il s’agit de la recette originale…

Le Jack Daniels ? (Rires)

Rupert : Oui sauf qu’on le fait maintenant. Cela veut dire qu’on n’est pas un groupe « revival » car cest tout ce avec quoi on a grandi.

Jim : Vous avez parlé du garage et c’est vrai mais notre véritable inspiration c’est la rock and roll conduit par le piano et hérité des fifties, celui qui est issu de la Nouvelle Orléans, du Deep South, de Memphis et de ce merveilleux moment où tous ces ingrédients, le rockabilly, le blues, le bluegrass, le western swing, le rhythm and blues, se sont agrégés. C’était un temps où tout le monde disait la même chose, où il y a eu cette sorte de mariage et d’explosion. Les « kids », qu’ils soient noirs ou blancs, avaient le même message à véhiculer et c’était, par conséquent,, une période de très grande puissance.

Comment considérez-vous cette période à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, au niveau du « music busines » et de la société ?

Jim : Vous n’avez qu’à regarder ce qui se passe dans l’industrie musicale. On a envie de donner une coup de pied dans la fourmilière tant on en a marre de la façon dont on voyait ce système fonctionner. On pourrait trouver des tas d’analogies avec notre démarche, chercher au fond d’une boîte à jouets ou trouver une vieille voiture qui n’a pas le confort moderne comme l’air conditionné et qui n’est pas si facile à conduire que ça. Mais une fois que vous avez pu mettre le moteur en marche, la chose se met à avancer et nom de Dieu son moteur ronronne et elle a plus que du style !

Vous avez également enregistré, en analogique, comme dans les fifties…

Ruipert : Au départ c’est parce qu’on n’avait pas d’argent.

Ce qui peut être un stimulant à la créativite.

Rupert : Tout à fait et ce qui était important pour nous étaient d’aller à l’encontre d’un « music business » où tout est répréssif, contrôlé et nous voulions quelque chose qui soit débridé et énergique, plein de cette passion qui la connecte à l’âme humaine. Vous ne trouvez pas ça chez les autres groupes et c’est cela qui est produit durant les sessions d’enregistrement. On écrit nos titres de la même façon que nous les interprétons pour des gens qui ont un travail de bureau ou laborieux et qui peuvent ainsi recevoir notre musique de façon libératoire. C’est un élément qu’ils n’ont plus dans leur vie de tous les jours. Tout est numérisé, compacté, balisé et nous voulions quelque chose qui soit friable.

Jim : Qu’est-ce qu’on les gens aujourd’hui en matière de divertissement ? Le phénomène « Big Brother », la Télé Réalité et même la télé réalité n’est pas la réalité ! On vous manipule avec beaucoup d’intelligence dans « Who’s Got Talent ? » On se moque d’eux et vous avez cette idiuotie de « Big Brother » qui recueille 5 millions de spectateurs à chaque fois ! On ne se détermine pas du tout par rapport à ça, on n’en parle pas, on fait ce qui nous est propre en affirmant ce qui est nôtre. On a tiré un trait, on indique où on se situe et tout le monde y est bienvenu…

Rupert : Au-delà de la musique, ce qui nous importe est que nous sommes totalement indépendants de l’industrie du disque, nous n’avons pas «une « major » derrière nous et cela nous permet de décider nous-mêmes de ce que nous faisons.

Comment avez-vous réagi aux excellentes critiques de votre disque ?

Jim : On a été surpris mais quelque part on s’est dit qu’on l’avait assez mérité. (Rires) Ce qui est étonnant est que la BBC l’ait beaucoup joué.

Rupert : En l’enregistrant on se disait même que c’était le disque le moins « radio friendly » qui puisse exister et pourtant y a ce DJ qui nous a tout de suite invités à faire une BBC session. Incroyable !

Jim : On ne s’est jamais posé le problème de faire un son qui soit « clean » et à-même de passer à la radio. Cela constituait une restriction qui nous aurait empêché d’aller aussi vite et aussi brutal qu’on le voulait. On voulait reconstituer ce que cela faisait d’être au milieu d’une pièce et d’écouter de la musique avec le maximum de décibels possible.

Rupert : Pendant un an, personne ne s’intéressait à nous ; on s’est donc dit : « Eh bien merde, enregistrons ce que nous aimons, faisons-le « live » et voyons ce qui se produira. » Il n’y a eu aucun compromis.

IL y a un truc qui vous est très particulier c’est l’interaction guitare/piano dans laquelle chaque instrument semble se répondre comme sur « 512 ».

Jim : C’est venu naturellement même si on avait déjà les idées avant de jouer ensemble. Le fait de les interpréter leur donne forme, substance. C’est lié à notre façon de fonctionner ; chacun vient avec ses idées, on les met en place, si quelque chose ne va pas on essaie de savoir pourquoi. Et sil’idée est suffisamment forte on y arrive et on l’adopte.

Rupert : Le premier titre qu’on a répété était « Hey hey hey hey », la reprise de Little Richard. Tout ce que vous entendez sur disque n’est pas différent ce premier jet. Quand on l’a joué, on s’est regardé et on s’est dit : « Là, il y a quelque chose qui se passe. »

Et tout cela bien que vous soyez britanniques… (Rires)

Rupert : On ne fait que suivre cette tradition anglaise et de l’influence que la culture américaine a exercé sur elle.

Au niveau de votre démarche, viyez-vous un parallèle entre vous et le « pub rock » quand il réagissait contre le «rock progressif ?

Rupert : J’adore Dr Feelgood, Wilco Johnson… C’est la même chose, le « back to basics » mais musicalement ça n’a rien à voir.

Le MC5 alors ?

Jim : Oui, dans la mesure où quand ils déclamaient « Kick Out The Jams » ils essayaient de placer encore plus haut le volume et l’énergie. Tout ceci vient de la tradition du Gospel noir quand, eux aussi, voulaient que l’énergie de la spiritualité soit montée d’un cran. C’est quelque chose que nous avons en commun avec eux : associer spiritualité, transe ; énergie. C’est le même mécanisme pour nous, organique et n’ayant rien de cérébral. Vous savez, il ne s’agit pas simplement d’être en colère ou agressifs. Cela a toujours existé, avec les punks et même avant les punks par exemple. Il est nécessaire d’avoir le « swing », cet élément qui vous permet de danser C’est cela qui vous élève, alors que les punks c’est juste des hauts et des bas linéaires, très blanc en fait. Le rock and roll vous remue différemment car il traite de la vie, du sexe et de l’âme. Tout ce la est fédérateur et cela explique notre succès relatif, nous demeurons accessibles e-t si nous le sommes c’est parce que nous avons précisément cette sorte de « groove ». Il est étonnant que, alors que nous n’avons rien à voir avec la pop music, de voir tant de jeunes filles dans nos concerts, dansant, prenant du plaisir à nous écouter. Certaines sont des branchées mais il y en a beaucoup qui sont juste des filles « normales », vêtues classiquement. Elles travaillent dans des bureaux ou sont caissières dans des supermarchés, elles ne connaissent pas toutes nos références, au maximum doivent-elles avoir entendu parler des Stooges ou du MC5, mais elles entendent la musique et elles la comprennent immédiatement. Elles ne se disent pas : » Tout ça c’est parce qu’ils sont connectés à la scène de Detroit. » On n’a pas besoin d’intellectualiser ou d’avoir une connaissance ésotérique de nos influences pour apprécier ce que nous produisons. Nous sommes un groupe de rock and roll tout simple, avec les ingrédients originels et tout le monde semble les capter.

Rupert : C’est pour cela qu’on n’aime pas trop compartimenter en se référant aux « garage bands » ou à d’autres. Notre porte est ouverte, allons-y et tout le monde est invité.

Jim, vous qui êtes dans la musique depuis assez longtemps, ne vous a-t-il pas été difficile de jouer simplement ?

Jim : Vous savez, côté technique, jouer du rock and roll n’est pas aussi facile à interpréter que ça. Entre jouer du rock et jouer du rock and roll il y a pas mal de différences du point de vue du rythme et des riffs. Faire swinguer nécessite que vous fassiez beaucoup d’efforts, comme si vous permettiez à ce qui vous naturel de se faire jour. Quand on est jeune c’est peut-être plus facile, mais quand vous êtes plus âgé, vous voyez ce que vous êtes de manière plus mature et vous faites la nuance entre ce qui est débridé et ce qui est spirituel et vous traverse plus intimement.

Vous vous sentez en avant-garde ?

Jim : On est content devoir les gens faire ce qu’ils ont à faire dans une démarche similaire à la nôtre mais on ne cherche pas réellement à créer une scène. C’est super mais ça ne dure pas car ça vous marginalise. On est les seuls à pouvoir définir ce que sont nos paramètres.

Rupert : Oui ; si on voulait enregistrer un disque de country on le ferait. On ne se déterminerait pas par rapport à ce que l’on attend de nous, par rapport à un « Genre ». C’est cela qui nous a amenés à former ce groupe.

Jim : On adore le rockabilly par exemple. Mais si vous observez cette scène, elle est si spécifique que si vous allez à un concert on vous regardera de travers parce que vous ne portez pas le jean qu’il faut ou que vous n’avez pas assez de tatouages. C’est presque élitiste, voire fasciste ; tout ce que contre quoi on s’insurge !

 

11 octobre 2012 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Noel Gallagher: High Flying Birds

George Harrison qui n’était pas le plus cynique des Fab Four mais peut-être le plus perspicace avait eu cette phrase : « A quoi bon Oasis quand on a déjà les Beatles ! » Sans ergoter sur la pertinence de ce propos on ne peut qu’établir un parallèle entre les deux groupes, ceci même à la lueur de leurs albums solos. Les deux combos se nourrissaient de tensions ; Liam représentant l’aspect instinctif alors que Noel incarnait la discipline. On retrouve ici la même dichotomie entre Beady Eye et ce premier opus réalisé par le principal compositeur d’Oasis. High Flying Birds est à la fois le titre du disque et le nom du groupe, un peu comme si Noel, en endossant la totalité de l’opus, voulait mettre en avant la façade constructive, presque artisanale parfois, qu’il avait déjà précédemment. L’album est par conséquent tellement axé sur la recherche du bon goût qu’il en devient alors presque maniéré. « Everybody’s On The Run » introduit le disque et semble lui donner le ton tant la mélodie est quelque peu gâchée par des arrangements grandiloquents. La plus grande partie de l’album va d’ailleurs, peu ou prou, dérouler une sorte de boulimie orchestrale avec un « The Death Of You And Me » qui semble puiser dans « Being For The Benefit Of Mr Kite », ou un « (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine »très fortement inspiré de Harrison et constellé d’arrangements à cordes. « If I Had A Gun… »et « Aka…Broken Arrow » sont des ballades édifiées sur le mode du crescendo avec ce même souci du détail qui masque néanmoins des compositions pour le moins anodines et, paradoxalement, ce sont être des « rockers » (« Aka…What A Life ! », « (Stranded On) The Wrong Beach » par exemple) qui va susciter le plus d’élans vibratoires tant le chanteur fait fi de toute affectation et décide enfin à se lâcher. Ce dernier titre en particulier, dans lequel on l’entend s’interroger sur l’endroit où il est et sur la direction à prendre est peut-être le plus poignant par sa sincérité. Dans ce panorama, le vocaliste n’oubliera pas la pop avec un « Dream On »très Beatles ou un « Soldier Boys And Jesus Freaks »et sa petite incursion dans l’univers sonique des Kinks. High Flying Birds se conclura comme il avait commencé, une ballade lyrique, un « Stop The Clocks »qui sonne presque comme cet éternel v?u pieux d’arrêter le temps, mais dont la qualité et la valeur émotive sont malheureusement une fois de plus altérées par une fin à la limite de la préciosité orchestrale. On terminera donc un peu de la même manière dont on avait débuté en citant, à nouveau, Harrison : « Les Beatles ont sauvé le monde de l’ennui. » Voici un commentaire qui se suffira à lui-même…

11 octobre 2012 Posted by | Chroniques qui gueulent | Laisser un commentaire

Blue Öyster Cult: « Secret Treaties »

Dès le début de leur carrière, le BOC fut surnommé « le groupe de heavy metal pour ceux qui réfléchissent. » Il est vrai que quand on est formé à partir de chroniqueurs rock et qu’on se sent proche de figures littéraires peu u prou respectables et respectées (Sandy Pearlman, Michael Moorcock, Richard Meltzer, Patti Smith) il est aisé de se forger très rapidement plus qu’une réputation, à savoir une véritable mythologie. Secret Treaties est le troisième opus du groupe et suit un Tyranny And Mutation excellentissime album qui parvenait à conjuguer braises incandescentes, froideur urbaine et vision d’un monde pour le moins « amphétaminé » et équivoque. Sur Secret Treaties, le groupe va encore plus loin dans ce macrocosme puisqu’il nous transpose presque dans un univers de science-fiction semblant tout droit issu de George Orwell ou de Philip K. Dick. À partir de cette toile de fond où s’affrontent des puissances dont le maître-mot demeure le concept de Force (domination, soumission et tyrannie) le groupe va nous asséner un son dense et dru permettant d’amplifier encore le sens de mystère occulte dont il se veut porteur. Les titres sont intenses mais aussi profondément travaillés, préfigurant quelque part un hard rock FM avant que celui-ci ne développe du bide, luxuriants par leurs textures mais également flamboyants dans les riffs de guitares que nous réservent Buck Dharma et Eric Bloom. Il n’est que d’écouter « Dominance and Submission » ou « Subhuman » pour pouvoir encore se plonger dans cette mystique agressive mais dont la richesse et l’originalité sont précisément d’être interprétées à partir d’accords en mode mineur et d’incalculables couches de six cordes qui lui donnent stridence et sentiment d’inéluctabilité. C’est, en effet, une conséquence de l’aura dont s’entoure BOC que de développer une imagerie crypto-fascisante servie par le sens de l’effroi qu’il s’emploie à conjurer à celui qu’il écoute. La ruse est que celui-ci ne se distille pas à grands coups de vocaux pris le plus hauts possible mais de recherches harmoniques s’apparentant à ce que serait un chœur de tragédie grecque, qu’il ne s’accompagne pas de vociférations de guitares ou d’analogies puisées dans les le Gothique façon Black Sabbath, ou dans un Grand Guignol façon Alice Cooper ou Kiss, mais qu’il se déploie à partir de recettes évidentes mais prises à contre-courant. Les lignes de guitare demeurent fluides, les battements rythmiques sont convulsifs mais sobres et, par conséquent, « justes » et le malaise ainsi diffusé d’autant plus prégnant que le rasoir psychique de l’inspiration du groupe est enfoui sous des enluminures presque festives. On comprend alors en quoi une cérémonie peut s’avérer hypnotique quand elle s’appuie sur une grandiloquence soigneusement orchestrée, on l’intègre d’autant plus qu’elle semble presque jouissive comme si le groupe avait lu La Psychologie de Masse du Fascisme de Whilelm Reich. Il n’est que d’entendre « ME 262 » dont le point de vue adopté est celui de soldats nazis s’apprêtant à bombarder Londres pour se sentir transporté et presque associé à leur univers hystérique et mortifère. Secret Treaties avait, à l’époque, suscité des interrogations quant aux orientations existentielles de ses musiciens. Aujourd’hui il est peut-être temps de réévaluer cet album dans l’Histoire: en s’emparant de codes et en les poussant à l’extrême, on parvient peut-être à mieux les démasquer. Quand chacun se sent, ponctuellement imprégné, de ce qui peut constituer un danger, il est peut-être salutaire de le mettre ainsi en avant. Nul ne peut atteindre la Réhabilitation s’il n’a pas connu la Chute; au travers du paganisme évoqué par ce Messerschmitt 262 (symbolique audacieuse que celle de l’avion en plein vol), c’est presque d’une vision rédemptrice du monde (certainement pas chrétienne ou religieuse d’ailleurs) qu’il est question dans Secret Treaties.

11 octobre 2012 Posted by | Oldies... | Laisser un commentaire

Tori Amos: Night of Hunters

Tori Amos a toujours su mener une carrière intéressant à la fois par son côté atypique et diversifié, et, en même temps, une certaine constante dans ses thématiques. En effet, ses albums ont été, le plus souvent « conceptuels » ( Boys For Pele, Scarlet’s Walk, The Beekeeper par exemple) et axés sur la condition féminine mais sans pour autant qu’on puisse y voir une posture militante et didactique. Bien au contraire, elle a toujours eu cette faculté de dresser des constats er d’explorer les mythologies ou le psychologisme de la Femme plutôt que de se prévaloir d’un quelconque féminisme. Cette richesse sera accentué par des textes cryptiques mais intelligents servant de base à une musique toujours inspirée.

Ce dernier élément n’a jamais été perdu de vue, encore moins sur Night of Hunters dans la mesure où c’est Deustch Grammophon qui l’a commissionnée pour réaliser ce nouveau disque à partir de diverses oeuvres de musiciens de Classique ( le chant grégorien Bach, Debussy, Satie, Moussorgski, etc).

Plutôt que de mettre en parole ces compositions, la chanteuse a choisi judicieusement de s’en inspirer librement et d’y transposer un univers qui, lui, demeure bien à elle puisque, tout au long de ses 14 plages, récit sera fait d’une femme ravagée par les tourments que les ultimes moments d’une relation amoureuse lui font subir.

Tout au long de ce périple affectif, il est question pour elle de trouver suffisamment de force intérieure pour se reconstruire et, par conséquent, de transcender son état. Son phrasé vocal, atout majeur chez elle, va donc, progressivement varier, passer de l’accablement dramatique («un « Shattering Sea » emprunté à Alkan ouvrant le disque) à une affirmation de plus en plus prononcée. Arrangé avec goût par John Philip Shenale qui accompagne le piano Bosendorfer habituel de l’artiste par des ochestrations délicates d’instruments à vent et à cordes, le rendu confèrera une atmopshère presque dépouillée propre à mettre en valeur états d’âmes et subtilités des compositions. Pizzicato de violon sur « Snowblind », arpèges de piano à peine appuyés (« Battle of Trees » tiré de Satie) ou harmonium sépulcral pour une supplique s’articulant, peu à peu, vers cette assonance qu’un jeu de pianos et de cordes presque imperceptible induit « Fearlessness » ; tout concourt à suggérer plutôt qu’à déclamer. Nous entrons ici dans le domaine des modulations vocales (on peut rendre grâce à la chanteuse d’avoir délaissé quelque peu des intonations parfois outrageusement démonstratives), épaulée telle qu’elle a pu l’être sur certaines plages par sa fille, des subtilités harmoniques (la merveilleuse progression d’un « Star Whisperer » tiré de Schubert alternant élans symphoniques et mesure) ou de cette énergie tamisée que l’élégante rend d’autant plus troublante « Cactus Practice ») voire sublime « Your Ghost »).

L’intelligence de cette œuvre sera, précisément, d’osciller entre deux pôles, celui de la sensiblerie presque enfantine par certaines inflexions de voix et d’une sensibilité plus mature que la subtilité des arrangements confère. On pourrait presque dire alors que, partant d’un histoire intime (mais pas nécessairement personnelle) Amos s’adresse à ce que ce type de situation a d’universel, et par conséquent pourrait être un récit aussi masculin que féminin. La chanteuse ne dément d’ailleurs pas ces assertions et c’est peut-être en cela que Night of Hunters s’avère une œuvre fondamentale dans sa carrière.

L’emprunt au Classique, indépendamment du répertoire sélectionné, est une avancée plutôt qu’une panne d’inspiration. Il semble avoir libéré la vocaliste dans la mesure où il lui permet d’explorer des chemins inédits et tout sauf (re)battus. En s’emparant d’un univers traditionnel, Tori Amos lui impose des mouvement presque expérimentaux. À cet égard sa démarche demeure novatrice, aussi bien en termes musicaux, que en tant qu’interprète. Le maniérisme qu’on pourrait parfois lui reprocher a ainsi disparu ; Night of Hunters en devient ainsi un album sobre mais efficace, habité et aussi inspirant, maîtrisé et infiniment splendide.

11 octobre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Syd Barrett: La Logique de l’Incongru

On ne compte pas les rééditions concernant Syd Barret, et on ne nie pas non plus le culte iconique entourant le leader de la première mouture du Pink Floyd. La sortie d’un Best Of n’est pas négligeable en soi, plus intéressant car porteur d’un éclairage inédit est le livre du journaliste anglais Rob Chapman, A Very Irregular Head, qui se veut un ouvrage à mi-chemin entre biographie et analyse structurelle de ce qui a constitué Barrett.

On est loin en effet, de l’hagiographie pure et simple, du factuel ainsi que du sensationnel que l’on retient trop souvent quand on pense au chanteur. Bien au contraire, Chapman se comporte presque comme un critique littéraire dans la mesure où il aborde en parallèle le cheminement personnel et les influences culturelles que le natif de Cambridge a développé dès l’origine. « Né dans une ville universitaire réputée, entouré d’une famille qui se voulait intellectuelle, d’un père médecin par exemple, il a très vite axé le développement de sa personnalité sur une certaine idée de la recherche esthétique. » Le fait de faire des études dans une ville universitaire « a fait qu’il à, à l’inverse de la plupart des musiciens pop des sixties originaires des milieux ouvriers, très vite ouverts son inspiration à la littérature et à la poésie. » Le jeune Syd va donc se plonger dans la lecture des Modernistes, d’Ezra Pound, de Lewis Carroll et tous ces auteurs qui « vont être à la genèse de textes où se mêlent éléments discursifs, écriture automatique et fondations pour une musique semblant empruntée aux contes de fées, aux chansons pour enfants, et au surréalisme. » Pratiquant l’art du cut-up dérivé de Burroughs « il n’est pas étonnant de voir que tout cet univers du nonsense, très britannique, se retouve dans des morceaux oscillant entre comptines et féclairs électriques plus équivoques. » Musique et mots suisvent un chemin parallèle: « Hormis une fixation sur Bo Diddley (sic!) Syd n’a jamais trouvé de racines dans le rhythm and blues venu des Etats-Unis. En ce sens il était précurseur dans la mesure où, même ses « singles » sous forme de ritournelles (« Arnold Layne », « See Emily Play » ou « Apples And Oranges ») se démarquaient de la simple chanson par leurs ruptures de tempos, leur utilisation d’effets sonores alambiqués comme pour mettre en place cet univvers aléatoire né du cerveau de Barrett » Les mots semblent, en effet, « ne pas donner sens, se garnir de petites vignettes, cultiver les rimes intérieures plutôt que la versification traditionnelle. » Une seule dérogation à cette méthode figurera dans l’oeuvre du chanteur, la reprise du poème de James Joyce, « Golden Hair » figurant sur le premier album de Barrett, The Madcap Laughs: « Là encore pourtant la métrique de cette poésie va à l’encontre des schémas classiques. Elle s’étire comme une mélopée plaintive et n’est donc pas véritablement incompatible avec ce en quoi le chanteur est impliqué. » Il n’est donc pas étonnant que l’abstraction fasse partie prenante de son inspiration: « Sur Piper At The Gates Of Dawn vous avez des titres semblant de rien vouloir dire (« Pow R.,Toc H »), des instrumentaux, un alliage étrange entre allusions à la science fiction de « Interstellar Overdrive » ou « Astronomy Dominé » et les atmosphères moyenâgeuses de « Matilda Mother » ou « The Gnome ». » On le voit donc l’univers de Barrett est tout sauf primaire et, puisque d’abstraction il est avant tout question, Chapmann ne néglige pas un autre versant, à l’origine plus important, des goûts du futur chanteur à savoir la peinture: « C’est un aspect méconnu de l’artiste qu’il était. Son univers pictyural était d’ailleurs en osmose avec ses chansons. Si on devait citer ses influences, il y aurait en premier lieu Rauschenberg. Il n’est donc pas étonnant que ses tableaux, tout sauf figuratifs, aient pu sembler aussi hermétiques que certaines de ses musiques et qu’on y ait vu les prémisses de sa folie. » La fameuse aliénation de Barrett, combien on a pu gloser sur les soit-disants quantités phénoménales de LSD qu’il ingurgitait! « Vous savez, toutes les personnes qui l’ont côtoyé me disent qu’il n’était pas plus utilisateur de stupéfiants que la majeure partie des gens avec qui il frayait. Une des caractéristiques qu’ils soulignaient était qu’il semblait constamment ailleurs: gentil, courtois, amusant même mais sempiternellement dans un autre monde. » Chapman souligne alors cette « difficulté à se situer; le fait qu’il s’était retrouvé pop star un peu sans s’y attendre alors que ses goûts l’attiraient plus vers la peinture. Est-ce que cette oscillation entre diverses sollicitations était un facteur génétique qui anticipait sur son oscillation, voire sa schizophrénie? Il est difficile de le dire. » Chapaman relate alors avec beaucoup d’empathie ce lent cheminement vers l’aliénation: « Lui qui adorait peindre n’en voyait plus l’utilité puisque, alors qu’il cohabitait avec un autre artsite peintre, au lieu d’être stimulé il s’abritait derrière cela en disant : » Je n’ai pas besoin de le faire pusique quelqu’un le fait pour moi. » » Il fait le récit également de ses rendez-vous avortés avec, aux côtés de David Cooper, le pape de l’anti-psychiatrie R.D. Laing: « Il a eu deux possibilités de rencontre. Nulle ne s’est matérialisée. » Comme il l’élabore en filigrane tout au long de son livre, c’est avant tout « son sens d’être déplacé qui caractérise Barrett. La notion qu’il avait des aspirations à ce que l’on nomme le « high art » et le fait qu’il était considéré simplement comme un simple artiste « pop » » Ainsi, d’un côté, le leader de Procol Harum, Gary Brooker, se gaussait de « sl’horrible son des claviers », ainsi récit édifiant est fait par Chapman de cette émission de télévision de la BBC « Look Of The Week » sorte d’équivalent visuel de ce que peut être France-Culture où le présentateur, Hans Keller, musicien « sérieux », écrivain et conférencier avait interpellé le groupe de façon dédaigneuse et ironique: « Barrett était conscient d’être à cheval entre ces deux mondes, il n’était pas non plus au top mentalement. Il avait pourtant répondu avec gentillesse et humour aux allusions acerbes dont le groupe était l’objet. » Au total, Chapman nous dresse un portait tout en nuances de l’artiste, bien éloigné des stridences psychédéliques du « swinging London » , aux antipodes même de ces clichés sur la victimisation par le LSD. Barrett devient alors, non pas un mythe, ni une icône, mais simplement un artiste, doué mais inaccompli dont les raisons du fracas sont autant à voir avec sa psyché que l’environnement de l’époque. Qu’aurait-il fallu pour qu’il en soit autrement? « Je crois que, en tant que lyriciste, la seule personne avec qui on pourrait l’apparenter était Lennon. Ils avaient tous deux ce côté dadaïste, ce sens de l’humour que l’on ne retrouve que parcimonieusement dans la pop anglaise de cette période. Musicalement, je crois que lui et les autres membres du Pink Floyd avaient des objectifs différents. Eux voulaient réussir. Syd, lui, était une sorte de funambule, gentil, articulé, consistant mais très apte à se déstabiliser et sans véritable constance. » Si on demande alors à Chapman avec qui Barrett aurait pu monter le groupe de rêve, il répond sans ambages: « Le seul avec qui je crois il aurait pu véritablement trouver un pendant et, par conséquent un tonifiant, à ce qu’il était demeure Kevin Ayers. Je n’ose imaginer ce que tous les deux auraient pu créer si le destin l’avait voulu! »

 

11 octobre 2012 Posted by | Rockumentaires | Laisser un commentaire

Des Sons et du Sens

Francis Métivier est Docteur et prof de philo mais il n’est pas que ça. Grand amateur de Rock devant l’éternel il a eu l’idée de juxtaposer problématiques du programme de Philo et de les illustrer par des exemples tirés de chansons rock. Descartes s’acoquine ainsi avec les Pixies, Pascal avec Nirvana ou Spinoza avec Elvis Presley. Rock ‘n’ Philo est un livre didactique mais « fun » ; il préfigure une nouvelle façon de se familiariser puis de se plonger dans cette matière.

Question rituelle s’il en est : le pourquoi et le comment de ce livre…

C’est une interrogation légitime et qui fait partie du « tour ». (Rires) Je ne parle pas de deux passions parallèles mais de deux désirs parallèles. Très tôt j’ai eu le désir d’approcher les textes philosophiques car je faisais du Grec ancien et on traduisait des textes de Platon. C’était des textes plus narratifs que philosophiques, la mort de Socate par exemple, et au même âge j’ai découvert des groupes comme Led Zeppelin et les Beatles. Ça a été deux chocs simultanés qui ne se sont pas croisés tout de suite mais que j’ai développés parallèlement. Je me suis posé des questions sur Socrate en me demandant qui était ce type qui était condamné à mort injustement mais qui accepte pourtant de boire la ciguë, qui va sur la place publique pour dire aux politiques qu’ils ne savent rien. Ce type me fascinait au même titre que d’autres, Lennon ou McCartney, Plant, Jimmy Page. Je me disais : « Qu’est-ce qu’ils font ces mecs-là ? » Sans savoir de quoi il s’agissait, il y avait une attirance…

C’était au niveau de « l’attitude » ?

Oui et en même temps il y avait : « Qu’est-ce qu’il dit ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? » C’était en Anglais, on ne comprenait donc pas tout de suite . Ce qui était bizarre c’est qu’au lieu d’avoir un effet repoussoir, comme les maths (rires), ça a créé pour moi quelque chose de dément : ce que ces Personnalités pouvaient bien nous raconter. Ne pas les comprendre a fait que j’ai voulu les comprendre. J’ai développé ces deux types de tentative de compréhension : la Philosophie et le Rock tout au long du lycée. Je me suis mis à la guitare, j’ai essayé de comprendre les textes, d’en écrire qui soient plus ou moins philosophiques, voilà… Tout ça a fait l’opération d’une maturation plus ou moins consciente et il y a eu un moment où il a fallu choisir une pratique majeure et une pratique mineure car on ne peut faire des deux une activité principale. Et on choisit souvent parce qu’il y en a une qui marche moins bien que l’autre (Rires). J’ai par contre toujours travaillé la philo et le rock par la lecture, l’écoute et la pratique et je me suis aperçu, progressivement, qu’il pouvait y avoir un sens philosophique qui se dégageait de pas mal de morceaux rock. Cette maturation est donc la première explication en partant de ces deux chocs adolescents.

Avais-tu ou as-tu encore cette vision dichotomique entre culture classique et culture « bis » ?

Autant je faisais la séparation quand j’étais jeune, autant l’écart s’est réduit quand j’ai vieilli. Il est arrivé un moment dans mon existence où j’ai vu que les deux éléments ont, non pas fusionné car ce sont des choses distinctes, mais où je me suis aperçu que le rock était porteur d’un intérêt philosophique. C’est d’ailleurs la deuxième explication au bouquin. En cours, une fois, alors que les grands garçons de S dormaient comme d’habitude au fond de la classe et que les nanas bavardaient entre elles, je leur ai passé un morceau rock. Je ne sais plus très bien de qui mais c’était un titre plutôt fort. (Rires)

Ça les a éveillés ?

Ça les a réveillés dans un premier temps. Il y a eu des regards du type : « Mais qu’est-ce qu’il nous fait ? » Et puis après j’ai commencé à expliquer, à décortiquer le morceau, à repasser certains fragments. Je ne sais plus si c’était « Stairway to Heaven » de Led Zeppelein ou « Ironic » d’Alanis Morissette. Toujours est-il que ça a réveillé et ensuite ça a éveillé certains élèves.

C’est un peu le slogan du livre…

Oui : « Le Rock réveille, la Philosophie éveille » ou l’inverse… Une fois cet exercice fait en classe, j’ai eu l’idée d’en faire un livre. J’ai creusé la piste et, ce qui est un peu l’objet du livre dans sa méthode, j’ai vu qu’on pouvait couvrir l’intégralité du programme de Terminales qui sont d’ailleurs les grandes notions de la Philosophie.

Il y a plusieurs chapitres dédiés à l’Art où tu poses vraiment la problématique de la Création en disant que le Rock est une vraie culture.

C’est vrai, la partie sur l’Art est l’occasion de parler du rock en tant que forme artistique. Ce livre, comme tout ouvrage de Philosophie, est sous-tendu par une thèse qui est que le Rock est un art mais je me refuse à faire une séparation entre art majeur et art mineur comme le faisait Gainsbourg. La distinction est très intéressante mais, pour moi, il n’y a pas d’art majeur et d’art mineur. Simplement dans tout Art il y a des œuvres majeures et des œuvres mineures. On dit bien que le peinture est un art mais il faut bien dire qu’à l’intérieur de cette discipline il y a des choses relativement insignifiantes, pas simplement chez les peintres du dimanche mais aussi chez les plus grands. Je sais qu’on peut discuter cette façon de schématiser mais pour moi il est un art car c’est une pratique qui répond aux grandes définitions que le Philosophie a posées sur l’Art.

Tu aurais un exemple ?

La théorie qu’Aristote développe sur l’Art.

La Catharsis ?

Oui, cette façon de se purger de ses mauvais émotions. C’est une des fonctions les plus notables du Rock.

Tu l’illustres avec Marilyn Manson ; comment sont venues ces associations ?

Pour Aristote il fallait que je parle de l’Art et de cette notion de catharsis. Ensuite je me suis posé cette question : « Qui représente le mieux la catharsis ? », cetet résurgen,ce de l’Inconscient qui essaie de se manifester avec l’idée de la Mort par derrière. Marylin Manson me paraissait l’exemple idéal par le fond et par la forme. Aristote fonde sa réflexion sur la tragédie antique, c’est-à-dire un art où le personnage (personare) porte un masque. Dans le Rock certains jouent des personnages, Marylin Manson en fait partie. Il y a aussi Bowie ou Kiss mais ça plus pour des raisons marketing. Chez eux, le maquillage constitue plus un produit dérivé (Rires). Il me fallait l’exemple d’un rocker qui joue un personnage pour que cela réponde effectivement à la fonction antique du théâtre. Sans entrer dans l’analyse musicologique, il y avait aussi des arrangements et une instrumentation, guitares saturées, basses mises à fond, voix grave puis aiguë, qui n’avaient que pour but de permettre de se défouler. La mise en œuvre musicale renvoyait à la nécessité du défoulement.

Dans tous les exemples que tu prends, « The End » ou « Stairway to Heaven », il y a d’une part le lexical mais aussi un effort pour voir comment il coïncide avec la musique…

Oui parce que dans le Rock c’est avant tout les sons qui nous mobilisent, surtout nous Français. Le Rock c’est, si on veut faire un parallèle, un peu comme la Poésie dans la mesure où celle-ci a mis en œuvre des moyens techniques pour renforcer les sentiments qu’on veut exprimer au moyen de rimes, de hiatus, de chiasmes, d’allitérations. Le Rock, de son côté, met en place ses propres techniques ; l’acoustique, la nature des sons de guitares et je crois que sur beaucoup des morceaux qui délivrent un message philosophique, l’arrangement musical est là pour le renforcer.

Que fais-tu, alors, des textes qui vont à l’encontre d’une composition ?

Il y a souvent des jeux de contrastes, oui. Il y a ce morceau de Bruce Springsteen, « I’m on Fire », le texte est très « chaud », très sexe. Le mec il en peut plus et, si je traduis rapidement, le type dit : « Hey petite fille, ton père est-il à la maison ? Est-ce que je peux venir ? » C’est très ambigu et la musique, en revanche, n’explose pas. Elle est certes rock, mais tout en retenue. Les cordes de la guitare sont étouffées avec la paume de la main, c’est le bord de la caisse claire qui est frappé, le son est donc beaucoup moins lourd avec des nappes de synthés qui apportent une certaine douceur et une voix qui, finalement, ne crie jamais alors que Springsteen a tendance à gueuler en fin de chanson.

Et quelle en est la raison selon toi ?

C’est de vouloir créer un effet de contraste mais, si le rocker veut en créer un, ça prouve aussi que l’instrumentation est mise au service d’un texte ; un peu comme un contre-exemple en somme.

Quand tu as choisi Cœur de Pirate pour illustrer le thème du non-dit, est-ce que t’es venue l’idée de contacter la chanteuse pour lui en parler ?

C’est sûr que j’aimerais bien la rencontrer (Rires). Non, ça ne m’est pas venu à l’esprit, ni elle ni d’autres d’ailleurs. Déjà je ne saurais pas comment les contacter, en plus comme c’est un travail sur l’oeuvre et non la personne je ne crois pas que ça en vaille la peine. Ça c’était au moment de l’écriture. Aujourd’hui, maintenant que le livre est sorti, ça serait bien pour moi que Béatrice lise la partie qui la concerne, que Jean-Louis Aubert regarde la partie sur Téléphone et Schopenhauer, que Mick Jagger jette un œil sur ce que je dis à propos de « Sympathy for the Devil ». Ça m’intéresserait mais je ne me fais pas d’illusions car kje crois qu’une « attitude rock » consisterait à dire par principe à prendre le contrepied de ce que j’ai écrit.

Je peux comprendre ça, oui. (Rires)

Je sais que la plupart d’entre eux, Jagger notamment, sont extrêmement cultivés, extrêmement intelligents. Ils ont un peu vieilli, se sont assagis. Ils n’auraient peut-être pas cette réaction.

En 69 certainement que oui.

Là c’est évident. Évidemment je n’irais pas demander à Johnny Rotten ce qu’il en pense car je risque le crachat. (Rires) Mais ça m’intéresserait d’avoir leur feedback, en effet. Ce serait une bonne idée d’interview croisée.

On peut essayer (Rires). Ça pose le problème de la Perception, de l’Interprétation aussi.

En même temps il y a des parties sur lesquelles je serais assez à l’aise quant à la justification car je m’appuie sur ce qu’ils ont pu dire. Bashung, sur « La Nuit je Mens », s’est exprimé sur le sens de cette chanson.

Je doute que Elvis Presley, par contre, ait lu Spinoza (Rires).

Il est trop tard pour lui demander (Rires). Par contre je sais que Jim Morrison dont je me sers pour expliquer le Complexe d’Oedipe a lu Freud. Il y a une théorie de Spinoza sur la liberté à laquelle je suis très attaché, qui est que ça n’est pas parce qu’on se sent libre qu’on l’est réellement car on ignore toujours les causes qui nous poussent à agir même si on a conscience de ce vers quoi on va. Dans le rock on trouve pas mal de choses : dans l’opéra-rock des Who, Tommy, quand il court sur la plage sans savoir vers quoi il y a un sentiment de liberté sans qu’il y ait une réalité de la liberté. J’avoue que j’ai choisi « Jailhouse Rock » parce que les Who étaient pris avec un autre philosophe (Rires). Ce morceau c’est l’histoire d’un concert qui se déroule en prison, toute le monde s’agite sans qu’on sache trop pourquoi, on se sent libre mais on oublie qu’on est en prison. Elvis n’est qu’un interprète d’ailleurs, il met juste en scène cette sensation de liberté par l’agitation.

Tu as mentionné Morrison, Tommy ou « Stairway to Heaven »…

C’est le prototype de chansons qui sont des cheminements. Ce dernier morceau n’a pas une structure classique, couplet/refrain, on est sur une succession d’étapes musicales, du linéaire et pas du cyclique. Le titre des Who c’est la juxtaposition de deux morceaux. Il y en a d’autres qui sont construits sur ce schéma, « Horses » de Patti Smith, « The End ». On avance étape par étape dans la chanson comme on avance étape par étape dans la vie ou dans la quête de la vérité. Je mets « Stairway to Heaven » en relation avec la philosophie des Sceptiques, Pyrrhon notamment, et l’idée de la recherche de la vérité qui est un parcours étape par étape sans aucune idée du but, sans savoir où on va et si, au bout du compte, ou trouvera la Vérité. La mise en œuvre musicale est faite pour ça : il y a un narrateur qui cherche la Sagesse, qui dit que les mots ont souvent deux significations, qu’il y a deux chemins et qu’on ne sait pas lequel prendre. Bref c’est l’idée du Doute, duScepticisme placée en opposition avec cette femme qui veut acheter une échelle qui l’emmènera au Paradis et qui, à mon sens, symbolise le Dogmatisme matérialiste. On trouve aussi le joueur de flûte, image du Sage, qui intervient pour donner des indices sur un possible chemin à prendre sans aucun certitude. Le Dogmatisme prétend posséder la Vérité sans forcément l’avoir, le Narrateur représente le scepticisme et le joueur de flûte un guide dont on n’est jamais absolument certain. On est dans une illustration du Scepticisme antique.

Il y a cette phrase, qui est presque une maxime : « Le joueur de flûte nous mènera à la Raison. »

Oui… Et dans le Scepticisme la Raison c’est justement de renoncer à chercher la vérité car on ne la trouve pas et cela génère de la souffrance.

As-tu entendu parler de cette analyse de « Stairway to Heaven » comme était une invocation au Diable ?

Oui, il y aura toujours des interprétations biaisées. C’est certain qu’il y a du Mysticisme, ne serait-ce que dans leurs logos, mais est-ce que ça va jusqu’au Satanisme ? J’en sais rien. Il y a aussi cette légende sur cette partie du morceau qui, si on le passe à l’envers , est un appel au Diable. Les linguistes se sont même penchés sur la question et on ne sait pas. Mais, là encore, il y a deux pistes à prendre et ça renforce l’idée que cetetchanson est là pour exprimer cette idée qu’on est dans le Doute. À partir du moment où on interprète, c’est qu’il y a un doute, non ? Je pense donc que tout ce qui entoure ce morceau entérine la notion de Scepticisme. C’est comme « Hotel California » des Eagles ; on n’aboutit pas à une Vérité absolue quant on se heurte à ses myriades d’interprétations : invocation à Satan,H.P., métaphore de l’état dans lequel on se trouve quand on est drogué, hôtel pour VIPs ou de passe…

Les exemples « rock » servent à étayer des notions de philo, mais jamais tu n’abordes les clichés « sex and drugs and rock & roll »qu’il véhicule comme si tu voulais le réhabiliter.

Parce que le Rock ça n’est pas que ça. Comme dans la Philosophie, il y a une multitude d’idées, de thématiques dont le sexe effectivement. J’en parle quand il faut en parler, je le fais un peu en cours quand c’est le moment de l’aborder. Il faut en parler car si on ne le fait jamais, les élèves auront suivi un cursus où on ne leur aura jamais parlé de sexe, sauf en 4° sur la reproduction. (Rires) Donc quand je parle des sucettes de Gainsbourg, forcément j’y fais allusion. La drogue, je l’aborde avec Foucault et Hendrix. On ne peut pas faire l’impasse sur ces thématiques mais elles ne se réduisent pas qu’à cela, à la drogue ou au Rock lui-même. Je voulais passer en revue l’ensemble de ses messages sur la vie, la société, le Moi, l’Inconscient, qui renvoie forcément au sexe d’ailleurs, sur le Bonheur, la Liberté…

Et l’as-tu vérifié dans ta pratique pédagogique ?

Absolument ! Dans l’enseignement de la philo tu dois prendre des exemples et il m’arrive d’en prendre qui soient empruntés au Rock. Le livre est sorti en juin, en fin d’année donc mais il m’est arrivé de le faire 3 ou 4 fois durant l’année. Faut pas abuser parce que sinon on ne parle que de Rock et il m’appartient d’aborder d’autres domaines. Peut-être à la rentrée y aura-t-il une demande mais je ne peux pas me contenter de ne puiser mes exemple que là-dedans.

Et l’Institution ?

Pour un prof, al vraie hiérarchie c’est l’Inspecteur. Le Proviseur ne te juge pas sur le plan pédagogique : il veut que tu sois à l’heure et que tu n’aies pas de problèmes avec tes élèves. Disons que si ma prochaine inspection tombe un jour où j’ai prévu ça, je n’aurais aucune raison de changer. Après il y les retours des collègues, au lycée ou à l’extérieur. Je n’ai pas eu encore de remarques de qui que ce soit me disant que c’est une idée naze, que le Rock était une musique de dégénérés n’ayant rien à voir avec la Philo, ou que j’étais dans une entreprise démago. J’ai un collègue qui doit prendre sa retraite cette idée qui m’a dit que j’aurais dû citer Johnny. Je lui ai dit pourquoi je l’avais pas mentionné (Rires). Ça amène des discussions de ce genre mais de là à ce que le livre soit utilisé par les collègues en cours…

Ça n’est pas un manuel…

Tout à fait, mais si ça peut donner des idées d’exemples qui accrochent… Au fond c’est cela qu’on cherche, des exemples. Je ne prétends pas lancer une nouvelle méthodologie.

Tu as hésité entre plusieurs artistes pour certains thèmes ?

La difficulté n’a pas été de trouver des associations mais de choisir. Ja’rrive à environ 400 pages, il était temps de s’arrêter. Il y a 37 associations, pour les groupes phares il y a des manques. Je parle de Bowie à un moment donné mais c’est juste une motion. Il manque, comme titres phares, AC/DC, Aerosmith, Red Hot Chili Peppers, Bowie, Jonhhy Cash…

Il manque aussi des philosophes (Rires).

Oui, il y a pas Husserl, Saint Augustin, Plotin. Je dois admettre que Bowie c’est une lacune.

En même temps il n’est pas facile à manier.

C’est sûr. Il arrive un moment où tu ne peux plus toucher au système. Il y avait des exigences éditoriales aussi : des trucs assez récents que les jeunes écoutent, comme BB Brunes.

C’était assez hors normes comme choix.

Oui, je connaissais leur chanson « Nicotine Love » qui traite de la violation de l’Interdit. On a une idée qui peut être philosophique et soit je choisissais un philosophe qui faisait l’apologie de la transgression, soi je m’en servais comme un contre-exemple pour illustrer une philosophie qui disait, au contraire, qu’il fallait se plier à l’Autorité. J’ai trouvé assez rigolo de faire ce contraste avec Thomas d’Aquin. Vu ainsi, ça peut laisser sceptique mais j’explique d’une façon assez simple je crois que BB Brunes fait un éloge de la désobéissance, à l’opposé de l’argumentation thomiste de la Morale et du Devoir.

Comment, en dehors du Rock, sélectionne-t-on ses exemples ?

En Philosophie, on prend en général les plus simples. Si on veut évoquer une table, on choisit une table, si on doit traiter de la couleur rouge, on prend la couleur rouge. Déjà prendre l’exemple d’une œuvre d’art devient un peu plus complexe ; il faut vraiment que ce soit justifié.

Et tu en as qui vont à l’envers de certaines théories.

Oui, il faut tout prendre en compte. J’ai une démarche assez classique : c’est un livre de Philosophie qui en explique les plus grandes notions et qui, au final, s’appuie sur des exemples. Ma spécificité est que out est emprunté au domaine du Rock.

Un choix comme « Cargo de Nuit » pour parler de la théorie de Marx sur la lutte des classes, c’était presque trop facile car c’est une notion qui n’est pas métaphysique comme le serait le rapport entre les Pixies et Descartes.

Sans doute, oui. En plus le clip renvoie à une réalité concrète, sociale, politique. On la comprend plus vite car on peut la vivre, ou en tous sac on peut la voir en œuvre dans l’actualité ou dans les cours d’Histoire. Après ça ne veut pas dire qu’on tombe facilement sur un morceau car des chansons sur la lutte des classes, il y en a quelques unes dans le registre du Métal, il y a « Working Class Hero » de Lennon…

Clash…

Oui d’ailleurs Clash manque aussi. « Cargo de Nuit » ça me semblait bien car il y a le clip qui renforce cette idée de la mécanisation du corps que Marx développe en disant que l’ouvrier à force de travailler sur une machine en devient une dans son comportement. Marx parle de façon très rapide de la frustration sexuelle en disant que son seul loisir c’est la reproduction dans son sens animal. Dans le clip c’est pas mal vu car on est dans le monde des ouvriers marins, donc avec des périodes durant lesquelles on est complètement coupé du monde et de la femme ce qui accentue ce sentiment de frustration. En même temps, choisi cette chanson c’était aussi une façon de dire qu’il y a une filiation entre une chanson, un film de Fassbinder et le livre de Genet, Querelle de Brest. Après effectivement, quand on touche à la Métaphysique, c’est plus complexe car l’interprétation est moins évidente à construire. Il est plus facile d’expliquer Marx par « Cargo de Nuit » que le cogito cartésien par « Where is my Mind ? » !

Il est souvent cité.

Oui, dans les radios que j’ai faites et aussi parce que c’est le premier et que c’est celui qui a été envoyé par l’attaché de presse aux média avec Nirvana. Je crois que tout le monde reconnaît que ça fonctionne bien alors qu’on était sur un terrain un peu glissant.

Nirvana c’était assez simple au fond.

Oui, tout à fait. Le Moi est haïssable est assez évident et limpide. Le plus dur ça a été Descartes et les Pixies.

Quelle a été la chronologie de l’écriture du bouquin ?

Ce que j’ai écrit en premier et proposé à l’éditeur c’était Pascal et Nirvana. L’éditeur a dit OK. J’en avais écrit un autre dont personne ne parle, Bobby McFerrin, un reggae a cappella pour illustrer la notion de Bonheur. C’est vraiment sur Nirvana que ça s’est décidé. McFerrin est à la fin du livre et personne ne le mentionne alors que Gainsbourg est le derniuer et tout le monde en parle ! Tu vas me dire c’est les sucettes (Rires). Mais c’est la version pop-rock qu’il chante pas celle de France Gall.

Un manuel de philo serait agencé de la même manière ?

Très rapidement, avant que je ne continue à écrire , s’est posée la question du sommaire. On s’est dit qu’on allait garder la structure des Terminales : les cinq grands chapitres et dans chacun des notions. C’est l’ordre d’exposition dans les programmes officiels mais ils précisent aussi qu’on peut très bien les aborder dans n’importe quel sens. Comme dans les manuels courants c’est cet ordre-là, j’ai décidé de le suivre. Ça permettait aux élèves et aux anciens élèves d’avoir des repères et à ceux qui n’avaient pas fait de philo de pouvoir s’y retrouver et qu’il se disent que, même si ils n’avaient pas fait de philo, ils pouvaient avoir un contact avec.

Te vois-tu comme un vulgarisateur ?

C’est très difficile de le faire. On peut trouver des portes d’entrée qui facilitent l’accès mais, une fois dedans, c’est pas évident de simplifier. C’est un peu comme les Maths, on ne simplifie pas le raisonnement mathématique, il reste ce qu’il est.

Il y a un autre bouquin qui est assez populaire sur un registre voisin, c’est L’Antimanuel de Philosophie de Michel Onfray.

C’est le même éditeur que moi. C’est là que c’est bien vu car c’est le programme de Terminales ; mais séries technologiques. Il y avait donc un gros risque mais les Littéraires ou les adultes le lisent. Il est très rôle, très provocateur. C’est vraiment le best seller philosophique.

Hormis Marilyn Manson et son « Rock is Dead », il n’y a aucun chapitre consacré aux rockers qui parlent du Rock.

C’est peut-être un manque tu as raison car ça aurait été une véritable attitude philosophique. La Philosophie parle d’elle-même et le Rock parle du Rock : il y a donc une attitude commune. Il manque peut-être une réflexion sur cette matière de connaissance.

Pourtant à un moment tu répertories ez plus de titres où il y a le mot « rock and roll »…

C’était pour m’amuser et ça n’avait pas de valeur exhaustive.C’était un exercice de style et aucunement une réflexion. On pourrait presque faire un quizz à partir de ça (Rires). C’est vrai que le Rock parle beaucoup de lui-même, c’est une tendance dans l’Art, le peintre qui se représente…

Une mise en abîme…

Voilà, le tableau, dans le tableau, dans le tableau. Et, ce tableau étant toujours le même, on ne fait que parler de soi. On ne peut pas faire une Mathématique des Mathématiques mais on peut faire une Sociologie de la Sociologie. Ça serait rigolo de faire une Psychanalyse de la Psychanalyse aussi…

Fatalement tu es plus proche de certains philosophes ; as-tu essayé de rester neutre ?

J’ai essayé de garder une attitude de professeur sans faire ressortir mes préférences. J’ai fait une thèse de Doctorat sur Kierkegaard mais ça n’a pas influé sur mes choix éditoriaux.

Tu as peut-être aussi choisi des morceaux ou des artistes dont tu n’étais pas particulièrement fan…

Pour des raisons de composition de sommaires, de représentation des genres il y a effectivement des titres auxquels je ne tiens pas réellement.

A contrario tu regrettes peut-être en avoir omis…

Il y a « Californication » des Red Hot Chili Peppers pour illustrer l’idée de l’Orgueil, de la Vanité, du Narcissisme. Mais je l’avais traitée un peu avec Nirvana ou Téléphone. J’ai fait quelques vidéos sur des parties du livre mais si j’ai le temps je vais commencer à en mettre sur des références qui n’y sont pas. Il y a une chanson que j’aime beaucoup même si la chanteuse n’est pas rock c’est « Sober » de Pink. On pense ce qu’on veut d’elle mais ce qu’elle dit sur la Subjectivité peut, je crois, être mis en relation avec Husserl.

Une suite est à envisager ?

On a d’autres idées avec l’éditeur. Il faut attendre un ou deux ans pour voir. Il y aurait matière, ça c’est évident. Là je m’amuse à faire des vidéos sur youtube… (Rires)

11 octobre 2012 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

The Walkabouts: Travels in the Dustlands

Travels in the Dustlands est, mine de rien le 15° album, des Walkabouts, cinq ans après un précédent, Acetylene, qui les voyait abandonner toute nuance pour se livrer à un brûlot incendiaire (« un noise rock » à la Pixies ou à la Green Days) contre l’Administration Bush.

La colère est passée et le groupe, enrichi d’un nouveau membre, retourne à une approche beaucoup moins contre nature avec cet opus, on pourrait même dire « oeuvre » tant il se révèle comme un concept album à propos d’un endroit à moitié mythique, The Dustlands.

Bien sûr il ne s’agit ici que d’une parabole à propos des U.S.A., thématique qu’ils ne sont pas les premiers à aborder tant elle fait partie de la culture américaine que ce soit littéraire (Mark Twain, Sherwood Anderson, John Dos Passos, Willa Cather, etc.) et musicale (Woody Guthrie, Dylan, Bruce Springsteen ou même Curtis Mayfield). En introduisant une semi-fiction géographique on n’es d’ailleurs pas loin d’un univers proche de celui de Okkervil River mais là s’arrête toute analogie avec son leader Will Sheff.

Les Walkabouts ont, en effet, retrouvé ici ce sur quoi ils sont le plus à l’aise, un folk-rock subtil et délicat mâtiné de quelques touches électriques (« Soul Thief » par exmple) et la voix toujours merveilleuse, à la fois spatiale et sexy, remplie d’émotion et de sensualité de Carla Torgensen. S’il est une chanteuse mésestimée, c’est bien elle, tant son registre est délié, plein de ces contours et de ces tonalités qui l’éloignent de la plupart des vocalistes féminines monocordes qui semblent avoir pour mission de confondre virulence et tension.

Pour ce projet, le groupe a choisi de suivre un fil apocalyptique ce qui explique peut-être pourquoi la tonalité musicale générale du disque est celle d’un « road album »,. Les trois titres qui ouvrent Travels in the Dustlands par exemple ont ce rythme (les anglo-saxons parlent de « drive ») qui véhicule intensité et sentiment d’ineluctabilité. Que ce soit sur un mode mieur (« The Diviner ») ou majeur (« Soul Thief ») on n’est guère éloigné de cette évocation qui serait celle d’une cheminement quelque peu inexorable que rien ne peut contrarier. C4est le propre de la couleur musicale suivie et elle s’intègre à merveille à la thématique.

L’album est divisé, en outre, en quatre parties, chacune illustrée par une citation d’un auteur américain, ce qui a tendance à accentuer le côté « équipe » d’une entreprise ? Celle-ci est enrichie par de nombreux arrangements symphoniques tout comme un artwork qui reprend certains dessins de « Native Americans » donnant à l’ensemble cette unité pleine d’intelligence et de gravité.

Les vocaux étant partagés par Torgensen et Chris Eckman, on trouve alors un équilibre presque yin et yang entre la délicatesse de cette merveilleuse ballade au piano qu’est « They Are Not Like Us » (terminée pourtant sur un point d’orgue à la six corde distendu et électifiant) et le phrasé plus acéré de « Soul Thief » avec sa guitare rythmique toute en trémolos.

« Thin of the Air » conjugue un peu des deux avec cette ambiance véhiculant une atmosphère presque fatale, servie en contrepoint par la voix de Torgensen, lui apportant une touche presque engageante.

Ce qui liera les tout n’est pourtant pas que cet équilibre qu’on pourrait trouver presque maniéré dans son élaboration. Les Walkabouts ont toujours su enjoliver, créer un cadre qui va au-delà dsu simple amalgame de compositions. Ce qui rend cette division en plusieurs parties si naturelle c’est cette faculté à manier l’allégorie et surtout à remplir le silence par ces interstices de cordes, de cuivres de voix ou d’interludes tranquilles.

Travels in the Dustlands va donc cheminer d’un pas mesuré mais rempli de tension et se clore sur un duo vocal merveilleusement élégiaque, « Horizon Fade ». Entre sa voix féminine faite de désir et parfois de résignation et celle, plus indignée et si à l’aise dans les « murder songs », d’Eckman le projet perd la critique la plus juste qu’on pourrait lui faire. L’artificialité inhérente à kl’idée de concept est contrebalancée par la somptueuse qualité des compositions et une production sans failles d’Eckman. Ce dernier se meut à merveille dans ces univers feutrés et presque veloutés très inspirés de Daniel Lanois et fat de Travels in the Dustlands une vraie ?uvre à qui il manque que peu pour être un chef d’oeuvre !

 

 

11 octobre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | Laisser un commentaire

The Move: une réédition plus que bienvenue!

The Move Anthology 19666-1972

Un nom qui symbolisait l’idée d’avancée pour cinq musiciens originaires de cinq groupes différents mais tous issus Birmingham et la création, vers les mid-sisxties, des Move un autre de ces ensembles qui aurait très bien pu, à l’instar des Beatles, Stones ou autres Who, se retrouver à l’avant-garde de la British Invasion, voici comment on pourrait résumer la trop brève carrière de ce combo composé dans sa première mouture de Roy Wood, Ace Kefford, Trevor Burton, Carl Wayne et Bev Bevan. Soniquement, en effet,le groupe se démarquait de l’empreinte rhythm and blues américaine telle qu’elle était véhiculée par le British Beat ; ses premières productions étaient, au contraire,fortement ancrées dans les délires du psychédélisme naissant et d’un sens de l’absurdité typiquement britannique. Les textes de Roy Wood , se voulaient surréalistes,la musique violemment électrifiée et prodigues en effet sonores (distortion, larsen, wah wah); bref si l’on avait dû associer les Move à un courant, ça n’aurait pas été à un groupe qu’il aurait fallu penser mais bien à plusieurs,le Pink Floyd à la Syd Barrett, les Beatles pour les mélodies imparables et ces harmonies suraiguës qui peuplaient leurs premiers « singles » et les Who pour leur manière de jouer avec une certaine image d’une élégance très « mod » et de maltraiter les instruments. C’est d’ailleurs en termes d’attitude que le groupe vréussit à se faire connaître, managé qu’il était par Tony Secunda, entrepreneur pop prêt à exploiter tout ce qui pourrait prêter à controverse. Il est vrai qu’il lui était facile déjà de jouer sur l’équivoque que véhiculainet les textes de Roy Wood dans les premiers « hits » du groupe:le dantesque « Night of Fear » avec son intro « empuntée »à Tchaïkovski, ou les significatifs « I Can Hear The Grass Grow » et « Flowers In The Rain ». Segunda avait senti le potentiel des Move dans la mesure où celui-ci parvenait à conjuguer à merveille comportement acariâtre et plein de morgue (téléviseurs brisés sur scène), provocation tout azimuth (la publicité pour « Flowers In The Rain » montrant le premier ministre de l’époque, le Travailliste Harold Wilson, dans un état proche de la nudité, ou un appel à voter pour les Conservateurs dans lequel il se proposait même de jouer un concert pour eux!) et enfin expérimentation musicales dont on pouvait très bien considérer qu’elles étaient influencées par le LSD, ambiguïtés que le combo prenait un malin plaisir à ne pas lever à juste titre d’ailleurs). C’est cette confusion entre les diverses représentations que le grop-upe donnait de lui-même qui va présider au caractère hétéroclite de leur premier et éponyme album. Enregistré sur une durée de près d’un an et demi (laps de temps interminable dans la pop des mid-60’s), il va mêler excentricités expérimentales, art pop et titres plus directs. Ajoutons des vocalistes interchangeables et l’on obtiendra une forme d’indécision qui fait que The Move oscille entre tendances à composer des refrains presque épiques (on dira « progressive » plus tard) et limitations qu’entraïne le format de la pop-song. Les Move sont perçus comme un groupe à « singles », très (trop?) britannique (d’où ses échecs à faire parler de lui aux States), ancré dans un imaginaire British qui serait la rencontre improbable des Kinks et du surréalisme à la Syd Barrett, prompt au sensationnalisme et par conséquent prêtant flanc à une polémique qui se retournera souvent contre lui (comme les royalties de « Flowers In The Rain » qui lui échapperont). Au fond la pop des Move est déjà tonitruante et tonique (« (Here We Go Round) The Lemon Tree »), s’emparant de l’exubérance créative de la période plutôt que de se cantonner dans des roots jazz ou blues auxquelles les Stones ou autres s’abreuvaient encore.

De cette image contrastée, de ses nombreux changements de line-up, en particulier l’apparition plus tardive de Jeff Lynne qui donnera naissance à Electric Light Orchestra scellant ainsi la disparition des Move, naîtront des productions bigarrées faites d’approches différentes et contradictoires, de singles qui seront accueillis tièdement (« Omnibus », « Curly ») ou « Fire Brigade ») mais d’où naîtra pourtant le tube peut-être le plus renommé (il fur leur seul numéro 1 et le premier titre à être joué sur Radio One la toute nouvelle radio « pop » lancée par la BBC pour contrecarrer les radios pirates anglaises style « Radio Caroline « t « radio London »), si ce n’est le plus significatif ou intéressant, du groupe, « Blackberry Way » en 1969. Très influencé par les Beatles, il peut être considéré comme un « Penny Lane » si ce n’est sous acide, du moins sous l’influence de tout ce qu’un imaginaire peut évoquer. La patte de Roy Wood est ici exemplaire, préfigurant presque certains de meilleurs textes de Kevin Ayers, et c’est d’ailleurs vers cette direction beaucoup plus alambiquée que va s’orienter le deuxième album du groupe en 1970, Shazam.

Malgré une pochette sous forme de personnages de bandes dessinées, c’est un disque ambitieux, aux morceaux étendus qui, paradoxalement, est composé, sur sa deuxième face, de reprises dont une de Tom Paxton (sic!). On a droit à une panoplie assez étendue de schémas musicaux allant de l’épique acoustique, à la pop de chambre (le délicieux « Beautiful Daughter » sorte de « Eleonor Rigby »plus enlevé avec les somptueux arrangements à cordes de Tony Visconti qui considérait Roy Wood comme « l’un des plus habiles musiciens de le scène pop anglaise »), un remake névrotique d e ‘Cherry Blossom Clinic » qui figurait déjà sur The Move et les premiers titres hard rock du groupe (« Hello Susie »).

L’impact du disque est quasiment nul et les Move vont bientôt se retrouver avec unénième changement de line-up marqué par l’arrivée de l’ex-Idle Race Jeff Lynne. C’est sous la houlette conjointe de ce dernier et de Wood que le groupe va désormais évoluer sur deux albums, Looking On puis Message From The Country. Ils sont devenus en fait pratiquement un trio puisque ne subsitera très vite que le batteur Bev Bevan après que Rick Price, qui avait remplacé Trevor Burton, ne decide de quitter The Move. Ces deux disques sont inégaux, partagés qu’ils sont entre titres heavy comme « Brontosaurus » (qui entrera dans le Top Ten)ou morceaux parsemés d’idées partant dans tous les sens sur un Looking On qui semble être comme un prolongement de Shazam. Message From The Country qui suivra oscillera, lui, entre les tendances les plus pop de Jeff Lyne et celles,plus alambiquées de Roy Wood. On sent que, chacun pour des raisons différentes,le format guitare, basse, claviers batterie est devenu une impasse. « The Minister »est un morceau phare avec sa montée chromatique irrésistible mais, quelque part, on s’aperçoit aussi que c’est un chant du cygne partagé qu’est l’album entre l’empreinte des Beatles figée dans leur période psychédélique et les élans plus arrangés qui donneront naissance à Electric Light Orchestra. D’aucuns ont considéré que Message From The Country s’apparentait à l’album blanc des Beatles; la comparaison n’est pas saugrenue,mais les moyens qui ont été dévolus n’étaient pas à la hauteur. Quelques « singles », « Chinatown », le délicieux « Tonighr » et « California Man »égrèneront cette période; le dernier du groupe « Do Ya », titre plutôt heavy (repris plus tard par Todd Rundgren) , presque un contre emploi pour son compositeur Jeff Lynne paraîtra et disparaîtra très rapidement en1974 mais, à cette date, les Move auront déjà vécu et auront laissé place à ELO qui ne réunira Lynne et Wood que sur le premier album. Ce dernier s’en ira pour former ensuite Wizzard mais ceci tout comme l’épopeé de jeff Lynne est une autre histoire.

Cette compilation de quatre Cds est essentielle pour qui veut se familiariser avec le groupe (livrets, interviews). Pour ceux qui ont déjà connaissance du combo elle a le mérite de présenter pour la première fois sur support numérique le fameux EP Live At The Marquee enregistré en 68. Quelques originaus, mais surtout reprises de certains classiques (« Something Else » de Cochran; « It’ll Be Me » de jerry Lee Lewis), de morceaux méconnus de l’époque (« Sunshine Help Me » des Spooky Tooth) ou d’autres déjà plus essentiels (« So YouWant To Be A Rock & Roll Star » des Byrds) le groupe s’emploie à tout subvertir non seulement par son jeu de scène mais par des « covers » incendiaires de titres rythm and blues (« Higher And Higher », « Piece of my Heart »)commepour montrer qu’il se situe dans une autre problématique. Disque « live » passionné et exemplaire de cette période fracassante et innovante , de ces temps où tout restait à faire, il est le juste complément des trois autres Cds. Le tout est la preuve que lesMove étaient plus quel’image provocatrice qu’ils avaient eux-même fabriqués, il est signe que quand Tony Secunda déclarait : « Sans aucun doute, il y avait les Beatles, les Stones et les Move, dans cet ordre en Angleterre. » iln’était pas éloigné de la plus juste vérité!

 

11 octobre 2012 Posted by | Rockumentaires | Laisser un commentaire