The Mastersons: "Good Luck Charm"

Publié: 29 juillet 2014 dans Quickies
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Dans la country, la collaboration d’un duo mixte est presque une tradition. The Mastersons est un couple marié qui ont le privilège de travailler avec et de bénéficier du soutien de Steve Earle et sa femme Allison Moorer qui, compositrice elle aussi, ne peut qu’inspirer de manière féconde les Mastersons.

La majorité des vocaux sollicite une attention dirigée sur Eleanor Whitmore dont la voix douce assure l’essentiel du « lead singing » et est particulièrement mise en évidence. Son mari Chis Masterson pourvoit aux harmonies et au travail aux guitares. La production est assurée par un vétéran de la scène country-rock, Jim Scott, et elle permet au matériel un élan sonique plus assuré dans sa façon de sortir des speakers que sur leur premier opus.

Musicalement, Greg Leisz fait des merveilles à la « pedal steel » et Whitmore est impressionnante au violon en particulier quand elle se lâche sur « Anywhere But Here ».

Les compositions sont généralement basées sur le relationnel , exécutées de façon enlevée et parfois peu éloignée de la pop. Ainsi « Easy By Your Side », le virulent « If I Wanted To » et la chanson titre au riff accrocheur pourraient se faire aisément un chemin auprès d’une audience sensible au commercial.

« Cautionary Tale » apporte une touche plus réfléchie et pensive avec un groove mid-tempo et des textes sombres sur la facilité avec laquelle on peut perdre son identité dans notre ère numérique et « Time Is Tender » apportera une touche finale à la fois mélancolique et pleine d’espérance à Good Luck Charm.

La seule différence avec Steve Earle est que rien ici n’est joué avec urgence et intensité ; c’est une indication que, tout inspirés qu’ils soient par ce dernier, le duo est conscient de la direction dans laquelle il s’engage. Son country-rock plein de résonances possède des vocaux somptueux et des mélodies d’une fluidité exemplaire qui pourraient en faire une bande-son idéale pour ces moments où les soirées seraient douces et les jours ensoleillés et propre à la paresse.

***1 /2

Matt KIvel: "Days Of Being Wild"

Publié: 29 juillet 2014 dans Quickies
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Sur son deuxième album, Matt Kivel, chanteur compositeur indie folk, alterne entre un chuchotement comme enraciné dans la terre, parfois même légèrement truculent, et une phrasé de « crooner » doux mais aussi tendu. Il fait de sa voix un instrument curieux, harmonieux mais également discordant, puissant mais avec une manière lente et tranquille.

Sur Days Of Being Wild, « Underwater » le voit pousser de plus en plus haut son registre vocal au fur et à mesure où le morceau devient de plus en plus dramatique avant que son falsetto ne se brouille parmi les syntés qui agissent en arrière plan. Même dans des moments aussi intenses, Kivel nou donne le sensation qu’il aspire à disparaître derrière la musique, à se perdre lui-m^me au sein de ses compositions.

Auparavant bassiste dans des groupes indie de Los Angeles (Princeton, Gap Dream…) Kivel a opéré avec confiance cette transition le faiant passer d’accompagnateur à leader sur son premier opus, Double Exposure.

guitare acoustique, des synthés désassemblés et cette voix étrange qui est la sienne. Days Of Being Wild développe doucement sa palette, y ajoutant une instrumentation plus étoffée et même un groupe rock à part entière.

Il dit avair été inspiré par des « classiques » qui passaient à a radio, le genre de titres qui sont présents universellement mais qui demeurent ignorés. On trouve un peu de cette démarche dans un rythme qui ne s’accorde aucune pause de « Insignificance » et les accords puissants (ou « power chords ») de « Blonde Boy » qui pourrait passer un la déconstruction d’un morceau des Cars.

Double Exposure donnait la sensation de s’égarer parfois, Days Of Being Wild sonne beaucoup plus compact et focalisé ce qui sied très bien à Kivel dans ses moments les plus pop, et même populistes où le falsetto revêt une importance que le chanteur véhicule avec un naturel qui n’exclut pourtant pas une irrémédiable sensation de solitude.

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Ce qu’il y a de plus savoureux chez The Skygreen Leopards est leur nom. Il évoque la nostalgie de l’enfance, l’utilisation de crayons de couleurs pour colorier autre chose que la teinte originale. On pourrait, s’en s’étonner, croiser un rhinocéros violet, un homard bleu ou, bien entendu, une léopard vert comme le ciel.

Dans le cas de Skygreen Leopards, l’utilisation est celle de crayons bien épais et traçants tant il est vrai que pour ce duo de musiciens appartenant à la tendance psychédélique folk, ce nouvel album, Family Crimes, nous parvient par le biais de Woodsit, un label dont la réputation est d’alimenter un environnement aux couleurs hippies les plus chargées.

Le disque semble appartenir à cette mouvance, le concept d’amour y est présent que ce soit dans le soin des compositions, l’instrumentation (une frappé de guitare mélancolique sur des tempos moyens), des vocaux où le nébuleux se mêle à un désir tout en nuance, que dans les textes comme l’exemplifie l’excellent « Love Is A Shadow » .

Très vite, Family Crimes nous procure un sens de familiarité voire même d’empathie. La plupart des morceaux n’excèdent pas deux minutes mais ils se fondent les uns aux autres et nous offrent un ensemble qui sonne comme tout sauf le fait d’être composé de 14 titres. Family Crimes est ainsi un album fait de rétribution tranquille pour nos oreilles, et dans lequel le côté bricolage est à peine audible. C’est le résultat d’un enregistrement et d’un mixage effectué par Json Quever des Papercuts qui a le bon goût de laisser en place souplement les imperfections.

L’album nous transporte dans un climat chaleureux sans pour autant se complaire dans des refrains gorgés de soleil. Les arpèges de guitares veillent à consolider cette impression apportant une énergie tempérée à un album qui aurait pu, sinon, ne pas dépasser le stade d’une paresse lénifiante même si tracée à grands traits de couleurs.

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Tom Petty: "Hypnotic Eye"

Publié: 27 juillet 2014 dans Chroniques du Coeur
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Dès ses débuts, sur son premier album éponyme, le visage angulaire de Tom Petty ainsi que son registre de voix poussé comme s’il cherchait à la rompre indiquaient que c’était quelque part une petite teigne. Même à l’approche de la trentaine, il conservait ce côté affuté et grincheux y compris quand sa carrière semblait bien installée dans le scène musicale de Hollywood.

Il n’est donc pas surprenant de constater que, à l’ouverture de Hypnotic Eye, son tout nouvel opus il continue à railler et à ironiser sur les menaces qui pèsent sur le Rêve Américain. À 63 ans, continue donc sa transition vers la misanthropie intégrale (comme, par exemple sur « Burn Out Town »).

Mais Petty n’a jamais été d’une pièce, et il y a toujours eu, ici encore, une certaine espièglerie dans la manière dont il se présente sans compter une bonne dose de ce rock & roll qui semble toujours enflammer ses entrailles. Les guitares trapues qui grondent en accompagnant « American Dream Plan B » (sic!) font plus qu’entériner cette notion.

Que ce soit durant sa jeunesse plutôt salée, sur le Full Moon Fever qui a redonné un coup d’accélérateur à sa carrière artistique et lui a permis de rester une référence ou pendant sa participation au projet crypto « mainstream » des Traveling Wilburys avec ses aÎnés qu’étaient Dylan Jeff Lynne, Orbison ou, Harrison, il était l’élément imprévisible qui donnait un aspect énigmatique à ce qu’il touchait. Dans son disque le plus sensible, Wildflowers en 1994, il y a vait toujours une distance entre lui et la façon dont il faisait son prorre portrait comme si il ne voulait pas que l’on puisse pénétrer totalement à l’intérieur de sa tête. On ne peut, à cet égard, que penser au rôle de l’effrayant « Mad Harter » qu’il jouait dans la formidable vudéo du nom moins excellent « Don’t Come Around Here No More ».

Cette aura de mystère lui a permis de rester pertinent tout au long d’une carrière de plus de 4O ans lui ayant permis d’atteindre le chiffre de qutre-vingts millions de disques d’or. On pourrait se gausser d’un tel succès commercial mais Hypnotic Eye est la preuve que Tom Petty ne s’est pas laisser engluer dans un bourbier commercial. L’album possède cette virulence déjà esquissé dans le précédent (un Mojo qui, malgré son titre archétypal n’avait pas entièrement convaincu). Peu d’artiste à cet âge et après une si longue présence dans le cénacle rock and roll peuvent encore faire preuve de cet côté provocant qu’il maîtrise si bien sans tomber dans le ridicule. Petty est un des rares à pouvoir « vendre » le concept de désarroi existentiel et de déception à une audience trois fois plus jeune et sans doute moins chanceuse que sa génération. Tom Petty est capable de se débarrasser de ce scepticisme par le procédé fictionnel de la suspension de l’incrédulité (suspension of disbelief) dans lequel il est un des maîtres notamment quand The Heartbreakers sont capable de donner une terrifiante énergie à des compositions sinueuses et éprouvantes comme « Power Drunk ».

Il n’est alors que d’écouter Petty chanter : « J’ai l’impression d’être un homme oublié » pour se convaincre que son cynisme marche main dans la main son esprit semblable à un terrain escarpé et aventureux. Tout cela lui va très bien, on pourrait même dire de mieux en mieux ; comme un gant qui épouserait harmonieusement ses écarts atypiques.

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Bien qu’elle soit avant tout connue pour sa participation dans le combo pop-rock Rilo Kiley, Jenny Lewis a produit ses meilleures oeuvres en tant qu’artiste solo et The Voyager confirme cette tendance. Il s’agit de son troisième album depuis Acid Tongue en 2008, une collection de chansons éventées et désinvoltes dans lesquelles elle abordait des évènement tumultueux à propos de sa santé et de ses problèmes relationnels.

The Voyager est une sorte de road album émotionnel, dans lequel elle chronique une existence qui part de son enfance et qui traite de mauvais choix, d’occasions manquées et de de relations qui sont autant d’échecs.

Musicalement, la « vibe » est indiscutablement californienne, plus précisément celle des 70’s; des compositions qui sont aussi des aveux sur fond de mélodies teintées de country comme héritées de l’époque Laurel Canyon et mêlées au pop-rock de Fleetwwod Mac dont le brillant ne masquait pas le côté torturé.

La voix immaculée et parfois trompeusement enfantine sert de ligne conductrice contrôlant des évènements décrits comme bouleversants.  « Head Underwater » est le récit d’une fêlure narrée sur un mode dynamique soutenu par des « backing vocals » sans mots. Les textes véhiculent un sentiment d’espoir même si celui-ci a un prix élevé.

Enregistré avec des amis comme Beck, The Watson Twins et Benmont Tench et produit en grande partie par Ryan Adams, les morceaux s’équilibrent entre textures luxuriantes et arrangement plus organiques qui mettent en évidence la voix et les mélodies de Watson. Rien n’est, en effet, trop appuyé et le disque s’écoule avec suffisamment de fluidité pour que, malgré ses thématiques, il puisses s’écouter comme une musique d’arrière-fond.

Il est vrai que sous l’atmosphère de yacht-rock douceâtre se tapit une sérieuse dose de psychanalyse (« The New You », « You Can’t Outrun ‘Em » » qui flirte avec l’occulte). La chanteuse fait le point sur une vie qui jusqu’à présent ne lui a pas permis d’avoir d’enfants (« Just One Of The Guys ») et rumine sur les cette échappée de l’enfer qu’est « Aloha & The Three Johns », que ce soit la crise du lmilieu de la vie ou la fin de la civilisation.

Même si les choses restent sombres, Lewis ne s’appesantit pas réellement sur elle et ne la fait pas trop remonter à la surface et la musique se fait le porte-parole pleine de grâce d’une rédemption. La chanson titre est le reflet de cette ligne déchiquetée qui mène à la récupération véhiculée par un voix on ne peut plus vulnérable. Ses compositions et elle gagnent ainsi une force de plus en plus forte dans le déroulé de l’album, illuminé qu’il est par moments par de jolis arrangements de cordes qui le font voisiner de plus en plus vers cette lumière qui peut nous faire penser que l’existence se vit aujourd’hui et sans penser, qu’un jour, autre chose puisse la rattraper

***1/2

Braid: "No Coast"

Publié: 25 juillet 2014 dans Quickies
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Le Braid de 2014 n’a rien à voir avec celui des débuts. Le titre de ce nouvel album, No Coast, est soit une manière astucieuse de (se) poser la problématique de l’identification géographique ou le défi que se lance le groupe, réuni à nouveau, et décidé à ne pas se reposer sur ses lauriers. Après un hiatus de 16 ans, il y a sans doute un peu des deux.

De Chicago en passant par Champaign, Braid fit partie la scène « emo » du Mid West et en fut même un élément majeur. Fertile elle était et continue à être puisque nous en sommes à, au moins, sa deuxième vague. Braid se distinguait de cette foule par un côté plus sauvage, des vocaux (Bob Nama et Chris Broach) plus tendus et des compositions punk accrocheuses et tenant la route.

No Coast est un album plus mesuré, parfois même de toute beauté. « Bang » et « Damages » sont à classer dans la catégorie « hymnes rock », un va et vient incessant sur les frets des guitares accompagne « East End Hollows », sans doute le titre power-pop le plus dansant jamais commis par le combo et les samples scratchés ouvrant le sombre « Light Crisis » viennent d’un 45 tours écrit par le grand-père de Nanna (sic!). Diversité donc, mais on retrouvera néanmoins des éléments familiers de l’univers de Braid comme sur « Put Some Wings On That Kid » ou « Climber New Entry ».

À l’instar du punk, le rock « emo » a le plus sa place un contexte jeune. On le considère donc parfois comme ayant un double standard : les artistes prenant de l’âge, le terme de « album mûr » peut se révéler condescendant ou comme un sincère effort à prendre en compte le fait que le temps et les choses les ont changés. No Coast est à cette image, celle d’un groupe qui a trouvé son assise au milieu d’une scène de jeunes musiciens qui essaient de s’y frayer un chemin. Son existence lui permettra sans doute de leur montrer que ça n’est pas une mince affaire de ne pas être une étoile filante.

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Eugene McGuinness: "Chroma"

Publié: 25 juillet 2014 dans Quickies
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Dès son deuxième album, éponyme, la musique de Eugene McGuinness avait un côté petit sourire en coin qui le voyait manier avec grâce et désinvolture les emprunts stylistiques auxquels il se livrait. Il se faisait sans vergogne mais de manière candide et parvenait à les détourner en y apportant sa propres idiosyncrasie.

Sur Chroma, son quatrième opus, il semble avoir maîtrisé à la perfection cet art du caviardage assumé et créatif avec un riff d’ouverture qui pourrait passer pour un riff écarté par The Temptations lors de l’une de leurs sessions d’enregistrement de « My Girl ». Le ton est ainsi donné pour un disque qui sera autant de références-révérences aux Beatles, à Prefab Sprout, au doo-wop façon Phil Spector et ses « girls bands » (« I Drink Your Milkshake »), à la phase psychédélique de Bowie, voire même à Thin Lizzy et, plus intense encore, au post punk.

Chroma est, en effet, un album chromatique de ce point de vue mais il évite de ne devenir qu’un autre disque de rock nostalgique grâce, précisément, à cette approche particulière de McGuinness, faite de distanciation, certes, mais aussi de démarche anti conventionnelle. Les accords choisi sont évidents mais conditionnés savamment pour nous procurer une impression d’inattendu.

Si on y ajoute la production effervescente de Dan Carey, déterminé à illustrer de manière étincelante chaque moment qui passe (les titres n’excèdent pas les trois minutes), cela fait de Chroma un album qui pourrait rappeler, toutes proportions stylistiques gardées, Revolver. Ce disque est vif et effilé mais aussi emprunt de riches idées qui semblent vouloir s’accumuler jusqu’à plus soif à chaque détour sonique.

Chroma s’agite ainsi dans tous les sens, un peu trop parfois quand il s’essaie à l’expérimentation et au mysticisme oriental de « Fairlight » qui conclue l’album en dérapant quelque peu. On sent néanmoins que, hormis cette toute dernière faute de goût, le disque sert un objectif. Le précédent avait déjà cette prétention mais ne parvenait pas à mettre en place cette grandeur voulue par le chanteur. Ici l’élocution et l’interprétation sont vigoureuses mais charmeuses et élégantes, Chroma est un melting pot de pop « British » addictive et délivrée avec une jubilation qu’on ne peut que partager.

***1/2

Lewis Watson: "The Morning"

Publié: 24 juillet 2014 dans Quickies
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Lewis Watson fait partie de cette génération de jeunes chanteurs compositeurs qui, à l’instar de Jake Bugg, essaie de se faire un nom avec un répertoire qui oscille entre le soft-rock, le folk et les ballades intimistes. The Morning est son premier album après une série de E.P.s ayant connu un succès relatif.

Le ton reste pourtant simple et humble, presque terre-à-terre, et sa voix qu’accompagne une guitare acoustique et des « beats » très soft se veut chaleureuse et sincère. « Stones Around The Sun » est ainsi une réalisation assez adulte de l’insignifiance de l’homme et de sa propres personne et, avec la même honnêteté, Watson délivre sans fard ses réflexions sur les relations humaines.

« Outgrow » est un constat nostalgique de ce qu’il est devenu, lui et ses amis, par rapport aux temps de sa jeunesse faite de fun et de virées nocturnes, contrastant avec la volonté du jeune homme qui se veut mûr et se met en exergue alors son désir de continuer à compter les étoiles. C’est une chanson étrange quand on considère que Watson n’a que 21 ans tout comme « Castle Street » qui se dote d’une instrumentation atypique et variée dans les quelles toute un palette d’émotions s’empile servie par un « multitracking » de voix et de textures sonores.

Il est rare qu’à cet âge un artiste soit capable de prendre en compte et de gérer toutes les discordances qui peuvent traverser notre psyché ; l’artiste y parvient de manière fluide et doucereuses, peut-être même, à l’image de la pochette de The Morning, un peu trop aseptisé.

Simple troubadour ou auteur plus complexe que son apparence peut le suggérer, l’avenir dira si son approche poétique conservera la même sagacité et si ses compositions, convenables, atteindront un niveau où l’écoute musicale se fera plus attentive.

**1/2

Il n’y a pas beaucoup de groupes qui peuvent prétendre ne pas être influencés par un artiste ou un autre et le premier album de The Proper Ornements, Wooden Head, ne dérogera pas à cette tradition. Il possède même tous les prérequis qui ont servi de marqueurs à la culture pop. Le Velvet Undergroud ? Oui, mon général. Les Byrds ? Absolument ! Le Paisley Underground des années 80 ? La psychedelia ? Bien sûr. Quant aux incontournables Beatles ? Il n’est que d’entendre « What Am I to Do? » ou « Don’t you Want to Know » pour se rendre compte que nul musicien n’y échappe et, dans ce cas-là, avec bonheur.

La faculté d’apprécier Wooden Head dépendra alors de la connaissance que l’on peut avoir de cette èere (n’oublions pas non plus le Pet Sounds des Beach Boys) et de la façon dont elle nous parle. Heureusement, The Proper Ornaments nous façonnent de bien habiles chansons qui nous donnent cette impression bienheureuse de nous retrouver dans une boutique vintage à Londres et d’être entourés par une musique qui lui correspond absolument.

De cette collection de quatorze plages rien n’est à jeter, montrant un groupe qui, stylistiquement, est mieux qu’à son affaire. Il lui est alors facile de référencer d’autres groupes dans ses titres, « Stereolab » par exemple, ou de parler de choses aussi quotidiennes que le temps (« Step Into The Cold », « Sun », « Summer’s Gone ») un peu comme en cet âge d’or musical sur lequel il est impossible de ne pas revenir.

Sur Wooden Head les caractéristiques de composition peuvent ainsi se donner libre cours. Le registre lyrique est sincère et concis, les guitares ont cette qualité onirique et carillonnante qui demeurent des archétypes, on y évoque vaguement des promesses de régénération et de renouveau comme dans les sixties même si une mélancolie nostalgique semble perméabiliser l’album. Le penchant pour le laconisme est assumé hormis qur un « You Shouldn’t Have Gone » qui dépasse les quatre minutes.

« Now I Understand » sera peut-être la chanson emblématique de la méthode du combo : brève, fuyante et lo-fi, avec un « fuzz » affirmé emprunté aux Byrds et des accroches pointues. Ceci étant donné, l’album est fait d’humeurs contrastées : l’allant de « Step Out Into The Cold » n’est qu’un chorus qui se prolonge, alors que le mélodique « Always There » fait preuve d’une morosité qui met mal à l’aise pour ce qui semble être une chanson d’amour. Parfois l’inconfort se traduit par des sujets presque surréalistes ; une journée dans l’existence d’une balle (« Magazine ») ou tout simplement l’au-delà sur « You’ll See ».

L’essentiel est toutefois brillant et ne peut que nous affecter car direct et sans emphase même dans son approche de la dépression (« Summer’s Gone ») et The Proper Ornaments se montent tout au long de l’album suffisamment distingués et personnels pour que le somme de ses influences sonne légère et libérée.

Que ce soit par dessein (il a dû en falloir de la réflexion pour concevoir un tel album) ou par accident ou moment de grâce, Wooden Head est un disque charmant, suintant un doux optimisme et rappelant, par son euphorie tranquille, les jours paradisiaques où le monde était un lieu sûr, ou du moins la musique qui lui servait de bande son.

****1/2

Il est mille manières de se détendre en écoutant de la musique et celle de Paperback Ghosts le nouvel album de Comet Gain est à mille lieues de ses débuts punks et « riot girrrl » des années 9O. Pour ceux qui connaissent ma ce groupe difficile à classifier il sera surprenant de déterminer sa nature, même à l’intérieur des ruminations « indie » quand on se trouve face à des compositions aux structures complexes comme le sont « Sad Love And Other Short Stories » ou « Wait ‘Til December ».

Le combo a énormément changé en matière de line-up et seul demeure leur leader David Feck après que Comet Gain se soit, une première fois, séparé en 1997. Aujourd’hui est venu le temps d’une métamorphose graduelle en direction de sujets plus sensibles et poétiques dont Paperback Ghosts en est la traduction musicale mais aussi figurative tant la jolie pochette du disque indique à merveille ce qu’on va trouver à l’intérieur. Celle-ci s’orne de tons divers, à la fois apaisants mais aussi de nuances plus intenses qui rappelleront que ce septième album n’est pas non plus débarrassé de cette pavane quelque peu arrogante qui caractérisait Comet Gain.

« (All The) Avenue Girls », « Breaking Open The Head Part 1 » aet le titre clôturant l’album « Confessions of a Daydream » plairont à ceux qui ont été des fans de la première heure quand le groupe se lançait encore dans le garage rock avec des vocaux (Feck et Rachael Evans) s’y nichant comme si ils étaient chez eux.

C’est un des éléments clef que de constater ainsi comment es deux vocalistes se promènent avec aisance tout au long de l’album et abordent les genres qui en émergent avec une facilité que nul ne peut nier. Ils donnent créance à ces récits d’amour et de perte comme avec ces cheminements dans leur ville natale qui accompagnent « Long After Tonight’s Candles Are Burnt », une histoire folk-pop contemplative évoquant l’univers de Bright Eyes ou « Far From Trhe Pavilion », un hymne sur lequel on ne peut s’empêcher d’opiner. D’une façon générale, il sera difficile de définir Paperback Ghosts mais c’est en cela que réside sa beauté.

Leuts textes et leur mélodies ont le pouvoir de parler à beaucoup d’entre nous et, même si peu morceaux résonnent véritablement, il est garanti que certains d’entre eux amèneront à notre esprit des souvenirs de chagrins d’amour ou d’angoisse et de la façon dont on est parvenu à les surmonter. Paperback Ghosts est une véritable œuvre d’art, pleine de tonalités enchanteresses, romantiques et douces amères, de guitares frappées de façon lo-fi comme il se doit et de beats presque rustiques.

On y trouve un délicat équilibre entre tristesse et joie ; une musique qui n’est pas que musique mais aussi poésie créative et peuplée de fantômes. Mais derrière ce mystère caché l’atmosphère n’est jamais inquiétante et s’avère plutôt folky ; capturant un moment au milieu de ce temps qui s’écoule et de ces heures magiques que Paperback Ghosts s’emploie avec succès à nous faire partager.

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