Rapid Talk: Interview de Clarence Clarity

Malgré son nom de scène, ce n’est un secret pour personne de savoir que Clarence Clarity est un personnage énigmatique.La sortie de son premier album No Now le confirme mais elle lui a donné l’occasion de nous inviter à jeter un petit coup d’oeil dans ce qui constitue son univers, et quel meilleur moyen pour cela que d’entamer une série de concerts.

L’artiste sait soigner ses entrées, pour lui « la meilleure occasion de se révéler c’est la scène, procédé adéquat pour s’exposer » et il va expliquer pourquoi le moment est enfin venu : « Quand j’ai débuté, je voulais n’être jugé que sur mes mérites musicaux. J’ai donc construit ce monde autour de Clariry et de travailler autour de tout ce qu’était son histoire. » Il s’interrompt puis reprend en parlant de lui et de son double : « C’est un processus permanent, pas pour me déguiser ni pour me livrer à la provocation ou décrypter un code pour le plaisir de le faire. J’ai juste l’espoir que me livrer au public lui permettra de mettre les pièces du puzzle dans le bon ordre », déclare-t-il, « il se peut que cela mette un point final à la définition que je peux faire de mon univers. Je ne sais pas comment les choses vont se dérouler en concert ; ce sera très direct et sans doute bordélique quand il sera nécessaire que ça le soit mais je m’accouplerai définitivement au chaos ainsi créé. »

Il y a tout un cimetière de choses que j’ai faites dans le passé et qu’il peut être intéressant de déterrer », admet-il, «  cela ne veut pas dire que j’encourage à le faire mais cela fait partie des raisons pour lesquelles je fais cette tournée. Il y a des gens qui me font confiance et j’ai bon espoir qu’ils ne se trompent pas. Cela me démange réellement de jouer, je me suis vraiment pris la tête à faire cet album et il sera plus complet quand il résonnera ailleurs que dans mon esprit et ma chambre. Si on s’attend à entendre ce que j’ai enregistré, on aura tort », il explique avoir constitué un véritable groupe avec des amis et vouloir « quelques uns de ces éléments qui ne sont pas si apparents dans le disque. »

En matière de performance publique il n’en est pas pour autant à son coup d’essai : J’ai déjà fait des trucs avec des ordis portables et des contrôleurs midi mais ça n’est pas ce qui me parle aujourd’hui. J’ai besoin d’avoir un petit gang autour de moi. On a répété pas mal de chansons et, musicalement, on est parfaitement au point mais il y a des choses qui ne peuvent pas durer éternellement et qui ont besoin d’être confirmées en « live ». »

De son album No Now, Clarity explique qu’il « voulait que ce soit une déclaration d’intention la plus intrépide qui soit. Ce sont 20 Plages qui constituent autant d’assauts à nos sens et qui proviennent des coins les plus sombres de mon esprit. Je crois que le format de l’album est assez bizarre et c’est pour cela que j’ai pris cette liberté de composer autant de morceaux qui sont comme une exploration mentale. Si rien ne se passe après, au moins j’aurai eu le mérite d’écrire quelque chose qui restera définitif pour moi au moment où il a été fait. »

Le reste demeure ouvert aux interprétations, que ce soit son titre assez équivoque et cette « inaptitude à capter le présent qui permet toute latitude. C’est un processus libératoire que de juxtaposer éléments après éléments même si vous savez que vous n’arriverez jamais au bout des choses. Le « maintenant » (« now »)» n’existe pas et c’est une émancipation que de le savoir et de travailler en en tenant compte. »

Plus tangiblement la genèse du disque s’est faite à partir d’enregistrements pris sur le vif : « j’ai écouté des choses vaudous ; sans aller très loin ni vouloir me montrer trop spécifique j’ai tâté des éléments de world music, de faire sonner les guitares comme des chutes d’eau, d’évoquer les films de David Lynch et des couleurs « ambient » allant du bleu translucide à l’or. No Now est la transcription musicale de ce que j’avais dans la tête. N’est-ce pas la raison pour laquelle les gens font de la musique d’ailleurs ? Ils s’expriment de cette manière car ils ne savent pas le faire autrement. Je suis parfaitement conscient que je suis une personne maladroite et asociale. Je raconte donc mes histoires, il s’interrompt, rit et poursuit, peut-être suis-je dans un état encore plus confus que quand j’ai commencé. Plus vous apprenez, moins vous en savez alors quand je parle de réincarnation ou des cycles du feu et de la glace je suppose que No Now se veut une représentation de cet infini. »

Quid, néanmoins, du futur et du présent immédiat : « Je pense que je n’ai pas tout livré, ne serait-ce que parce que je m ‘entoure de certaines mesures de précaution. Il est déjà difficile pour un être normal de conserver sa vie priver alors il est normal que je m’entoure de mystère, non ? » Il précise : « Quelque part on se vend et l’idée de la renommée est une chose qui me terrifie. Ce n’est pas un facteur motivant pour moi. » Et par rapport au « hype » il est encore plus clair : « C’est quelque chose qui ne me concerne absolument pas ! Je fais juste au mieux de ce que je peux. J’espère, ensuite, me diriger vers des choses où je travaillerai en collaboration avec d’autres car ma manière d’écrire est trop insulaire encore. Pour l’instant je me prépare à la scène, c’est excitant et effrayant à la fois. Je ne joue pas parce ça se fait mais parce qu’il m’incombe de le faire, intérieurement. J’ai attendu le bon moment tout comme le processus d’enregistrement de No Now s’est présenté, voire imposé, à moi… »

JEFF the Brotherhood: « Wasted on the Dream »

Le côté relativement carriériste des frères Orrall a toujours été paradoxal si on considère une esthétique plutôt axée sur la bricole. Il n’est donc pas surprenant que le duo ait été laissé tombe rpar son label, Warner, mais la raison pour laquelle celui-ci les avait signés sans exercer aucun contrôle sur leur musique restera une énigme.

Le duo n’a jamais eu de mal à pondre des accroches attrayantes comme s’il en pleuvait même quand leur son était à son plus flou mais, sur Wasted on the Dream, tout semble avoir pris une autre dimension en particulier leur rock « stoner » qui déchire comme jamais ou leurs jams pop telle « Coat Check Girl » qui mériterait de devenir un hit si il passait à la radio.

On trouve également des invités bigarrés (Ian Anderson pour un solo de flute, Alicia Bognanno de Bully, des membres de Diarrhea Pit ou Bethany Cosentino qui émule à la fois Lady Gaga et Tony Bennet sur « In My Dreams »).

Ces interventions apportent un dérivatif bienvenu à la formule guitare batterie et on trouvera même un saxophone pour enrayer ce type d’attaque.

JEFF the Brotherhood ont, il y a longtemps, construit leur propre petite niche et Wasted on the Dream n’aura aucune raison de vous faire changer d’avis que vous les appréciez ou non. Ils ont toujours été incroyablement aptes à dénicher de nouveaux riffs ; en revanche, sur cet album ils parviennent à s’extraire de la recette lent/rapide pour adopter une attitude médiane plus laidback.

Sachant que cet opus sera le dernier avec les moyens d’une « major » on pourra considérer qu’ils en ont fait bon usage ; demeurera l’appréciation qu’ils sont trop proprets et fuzzy pour passer pour des freaks et, au contraire, que certaines tentatives plus sombres les empêcheront de générer de véritables hymnes pour véhiculer une certaine convivialité.

***

Vetiver: « Complete Strangers »

On peut comprendre que Andy Cabic (le leader de Vetiver) compose également des musiques de films tant celle-cie est mélodieuse, texturée et rassurante au point d’accompagner aisément une ambiance en toile de fond.

On a tendance, en général, à ignorer ce type de musique mais, quand on écoute Cabic, se produit un phénomène intéressant et souvent gratifiant dans lequel on peut s’absorber sans arrière pensées.

Complete Strangers est le 6° album du combo et c’est, en l’occurrence, un véritable cas d’espèce. Il est plus émollient que son prédécesseur, The Errant Charm en 2011, et on retrouve à nouveau ici l’artiste travaillant avec Thom Monahan qui a oeuvré sur tous les disques de Vetiver. Le résultat est partiellement « ambient » comme surgi d’une brume (le groupe est de Sans Franciso et l’opus a été imaginé par Cabic alors qu’il marchait le long des rues de la ville) mais aussi en partie funky sur un mode « lounge » quelque peu rétro.

Le titre d’ouverture, « Stranger Still », débute lentement puis se fond en un crescendo luxuriant qui rappellera Talking Heads de par ses percussions et ses claviers étayés de cuivres qui vous rassasient avant de se désintégrer. Le morceau dure sept minutes et on ne les voit pas passer tout comme la guitare acoustique et les textures organiques qui s’imposent pour nous amener à l’introspectif « From Now On » le font en toute souplesse et fluidité.

Tout n’est pas pour autant constitué de vibrations positives. « Confiding » projette une ombre dance inquiétante et «  Backwards Slowly » est replet d’harmonies tordues.

Complete Strangers va ainsi multiplier les directions ; de la jangle pop sur « Loose Ends », du calypso avec « Time Flies » et la guitare de Devendra Banhart et une ballade imbibée de reverb projetant son humeur paresseuse et lasse dans « Edgar ».

Ainsi balisé est le terrain émotionnel sur lequel le disque se situe : il est bien épineux sous des dehors apaisants, tumultueux malgré son climat tranquille ; c’est un album qui s’écoutera plusieurs fois et révèlera à chaque fois de nouvelles subtilités, un opus indie folk qui sait s’adapter à la modernité.

***1/2

Rapid Talk: Interview de Idlewild

C’est une chose assez fréquente que de voir un groupe atteindre un succès massif puis, peu à peu, s’évanouir et perdre de sa notoriété. Idlewild sont dans ce cas, des punks écossais qui avaient le mérite d’être cultivés et articulés et qui se sont perdus une fois entrés dans la scène « stadium rock ». Ils auraient bien sûr pu prendre la direction facile, celle qu’ils nomment à juste titre « la façon Coldplay d’avoir du succès » mais, puisque ce sont des personnes qui ont décidé de faire des déclarations courageuses, ça aura été sous leur propre étendard. Cette entêtement les a sans doute sauvés même si il leur a fallu des années pour retrouver cette inspiration qui les animait initialement, à leur propre échelle, petite mais humaine.

Après un hiatus de cinq ans qui a vu les compositeurs de Idlewild Roddy Woomble et Rod Jones s’affairer à d’autres projets, les voilà de retour avec un Everything Ever Written qui englobe assez bien ce qu’a été l’ensemble de leur œuvre. In ne s’agit pas ici de maturation mais d’un portrait honnête de ce à quoi ils ont toujours aspiré soniquement. Écrit sur l’Île de Mull, il a été travaillé sans contraintes ni pressions des labels, il documente cette expérience et l’enrichit par une série de photos publiées sur diverses plateformes de médias sociaux.

Rod Jones évoque ici l’impact qu’a pu avoir pour eux la nostalgie et le processus de revitalisation qu’il a entraîné chez eux.

À quel moment le groupe s’est-il aperçu qu’il était temps de retravailler sur ce nouvel album ?Et pour vous quelle importance a le nom de Idlewild en comparaison avec vos autres projets ?

Roddy et moi sommes restés en contact toutes ces années ; on écoutait ce que l’autre faisait et, voilà deux ans, on était tous les deux libres et au même endroit. Il nous a semblé naturel d’écrire ensemble bien qu’il n’y avait aucun plan pour une reformation. On a analysé ce qui se passait et on est parvenus à coucher très vite des idées sur papier. Cela ressemblait à du Idlewild aussi on a recontacté Colin Newton et notre dynamique allait très bien. Ensuite Luci Rossi aux claviers et Andrew Mitchell à la basse ont été incorporés et ils ont donné aux compositions vie et force qui nous ont offerts des possibilités qui semblaient infinies.

Le nom de Idlewild était très connoté évidemment et ,ces derniers temps ,il était devenu quelque peu restrictif. Les choses étaient un peu laborieuses et éventées mais avec cette opportunité de faire une musique nouvelle et l’enthousiasme et l’encouragement que nous avons reçus tout nous a semblé frais et excitant à nouveau.

En raison de ce hiatus, comment avez-vous pu retracer votre histoire pour retrouver le goût des choses ?

Il n’y a eu ni méthode, ni formule et je crois que ça a été important quant au résultat. On a mis de côté tout ce qui appartenait au passé et on s’est attablé devant une page vierge et une nouvelle ouverture d’esprit. Cela nous a permis de faire un disque plus naturel et on a retrouvé cette dynamique particulière entre moi, Roddy et Colin En ce sens, c’est un album de Idlewild.

Votre son est toujours plus ou moins le même, pourtant vous le trouvez plus mature ; comment avez-vous abordé ceci par rapport à ce qui l’a forgé dès vos débuts ?

C’est tout simplement le fait d’être plus en confiance et confortables avec nous-mêmes. Cela vient avec l’âge et l’expérience et aussi le temps passé en dehors du groupe. Cela nous a rendus moins concernés par la nostalgie. Nous n’ avons pas éprouvé ce besoin de redécouvrir notre passé mais plutôt l’envie d’aller de l’avant.

Vous avez toujours eu cette faculté d’embrasser aussi bien vos côtés rugueux que vous penchants folk plus récents. Est-ce que ça a représenté un défi de parvenir à les amalgamer ici de manière étale et fluide ?

On n’a pas fonctionné avec cette préoccupation en tête. Ce qui s’est passé est un brassage naturel de nos personnalités qui était déjà un fil conducteur dans nos précédents albums. Nos intérêts musicaux sont toujours les mêmes mais, aujourd’hui, nous avons élargi nos influences ainsi que nos collaborateurs. Et puis l’expérience de la vie intervient, n’est-ce-pas ? Je crois qu’aujourd’hui ce que nous faisons est plus riche et profond sans que nous ayons eu d’idées préconçues.

Idlewild n’a jamais eu honte d’écrire des ballades très tendres. Ici, « Every Little Means Trust » et même un morceau phare de Everything Ever Written. Qu’est-ce qui vous attire encore aujourd’hui dans ce type de composition « radio friendly » d’autant que vous n’avez pas la pression d’obtenir un « hit » ? C’est comme si vous étiez heureux du contenu de l’album sans vous souciez de la façon dont il sera reçu.

Exact mais c’est une chose à laquelle nous ne pensons pas vraiment. On a écrit ce morceau très tôt, il était très fort mélodiquement et on savait qu’il figurerait sur le disque. C’est vrai qu’il a une côté fait pour la radio. Mais ça n’était pas notre intention initiale. Il y a toujours eu ce type d’élément dans notre musique et nous ne nous en défendons pas ni ne le revendiquons. Le groupe a juste des goûts assez variés.

Ce qui est frappant est que de nombreux groupes écossais contemporains essaient d’émuler vos textes toujours très littéraires. Maintenant que vous êtes une source d’influence, on peut se demander quelles étaient les vôtres à vos débuts. Et comment ressentez-vous le fait que votre passé se traduisent chez des artistes d’aujourd’hui ?

Roddy serait plus à-même de répondre à cela mais il est certain que nous avons toujours voulu combiner textes intelligents et musique mélodieuse. Des gens comme Dyaln The Smiths, REM ou Neil Young, pour n’en citer que quelques uns, nous ont beaucoup influencés. On sait très bien qu’on a rien inventé mais savoir que d’autres groupes se réfèrent à nous désormais et gratifiant et très flatteur.

Vous avez sorti Post Electric Blues en 2009 en auto-production quelques mois avant sa date officielle par le biais de votre site web. C’était assez novateur à l’époque et c’est devenu une nouvelle approche marketing désormais. Qu’en avez-vous tiré et qu’en pensez-vous par rapport à ce qui se passe de nos jours ?

À l’époque l’idée était d’être plus en contact avec nos fans et de les intégrer plus à notre univers. Pour moi c’est une façon de les rendre plus attentifs à votre musique et à considérer le fait que ce sont des albums et non pas une série de « singles ». Il est certain que c’est devenu un processus essentiel pour vendre des disques désormais et ça ne me gène pas. Après tout, il s’agit de redonner le contrôle aux musiciens et leur fournir une plateforme pour se faire connaître. Ceci dit, on a eu besoin du soutien d’une « major » pour arriver là où nous étions ; il est juste dommage que trop de groupes n’aient pas bénéficié de la même attention à l’époque. Cette fois-ci, nous avions déjà réalisé le disque et décidé que les fans pouvaient le commander directement en avance. C’est un bon moyen, plus organique, de les impliquer.

Si on prend en compte la vie relativement calme que vous avez menée avant la composition de ce nouvel album, quelles sont vos attentes quand vous ferez des concerts et à quoi espérez-vous aboutir une fois ce cycle terminé ?

Je ne dirais pas que nos vies ont été si calmes que cela. Roddy et moi avons beaucoup travaillé et tourné durant ce long intervalle. J’ai également produit d’autres musiciens mais je pense que ce sera un choc pour moi de rentrer à nouveau dans ce système et devant une audience. Honnêtement je n’ai aucune idée de à quoi je m’attends en termes de sensations, hormis que ce sera excitant. Quant à mes espoirs ; faire de bons concerts et voir ce qui nous guette au tournant.

Lightning Bolt: « Fantasy Empire »

Lightning Bolt est un duo qui a cette réputation de nous présenter des shows à l’image de son patronyme et de pousser les possibilités d’un ensemble composé d’une batterie et d’une basse bien au-delà d’un volume supportable à nous oreilles.

Ils abordent les disques avec la même sensibilité et une démarche plus lo-fi en matière d’enregistrement de manière à permettre à ce que les deux instruments se mêlent et se brouillent dans une distorsion et une énergie indifférenciées.

Fantasy Empire est leur septième opus et il a été enregistré avec une poussée volumétrique encore plus haute mais aussi une esthétique sonique basée sur la composition, à savoir ces petites choses de style couplet/refrain qui sont censées fournir mélodie et chanson.

On pourrait parler de noise rock passé à la moulinette Steve Albini c’est-à-dire un effort vers structures et textures (comme sur Earthy Delights en 2009) plutôt que des tangentes vers le déversoir et l’étrangeté façon Oblivion Hunter en 2012.

Que ce soit sur un « Mythmaster » ou « Dream Genie », tous deux alimentés par un groove pulsé et puissant, ou sur le titre d’ouverture « The Metal Esat », bel exemplification de trash metal à base de riffs, on trouve à chaque instance des riches accroches mélodiques maiqs ce sera sur le long « closer », « Snow White (& the 7 Dwarves Fans) » que les arrangements seront les plus peaufinés. On a droit ici à une construction où couche sonores s’ajoutent les unes aux autres pour nous faire pénétrer dans un chaos soigneusement contrôlé.

Il ne sera donc toujours pas possible de parler de Lightning Bolt sans utiliser ces métaphores qui vont du machisme au masochisme. Fantasy Empire, une fois de plus, est un album qui annihile nos sens auditifs mais jamais cette dévastation portée à nos oreilles n’a sonnée aussi bonne.

***1/3

Liturgy: « The Ark Work »

The Ark Work est un disque de, accrochez-vous bien, black metal transcendental. Le duo se nomme Liturgy et son album précédent se nommait déjà Aesthetica. On devine la mouvance et l’approche, une vision des choses post-moderne dans laquelle l’instrumentation se fera, non seulement à coups de beats incandescents et frénétiques mais aussi de glosckenspiel pour peaufiner leur manifeste.

Plutôt que de développer ce qui serait une parodie extrémiste du genre, Liturgy s’emploie à y apporter une approche célébratoire, propre plutôt que tordue, riches plutôt qu’affamée. Il suffit de prendre un morceau comme « Fanfare » qui fait précise allusion à cette atmopshère ; il est question de vents et de vagues mais ceux-ci sont contenus tant les samples et les cuivres sont déployés sans aucune agressivité ou alors une agressivité positive.

Le résultat n’en est pas pour autant source de délice et ne verse pas dans l’euphorie. IL est, au contraire, vecteur d’une certaine stérilité puisque arcbouté sur deux versants. « Follow » tentera d’avoir un discours plus articulé en noyant l’ensemble sous de la reverb comme s’il s’agissait de saturer et de salir ce qui aurait opus être une tonaité de guitare mais cette surabondance ajoute une autre couche d’indécision qui l’éloigne encore plus du black metal traditionnel.

Conventionnel Liturgy ne l’est certes pas, en effet et The Ark Work est un album madré mais froid, méchant et dépourvu d’empathie. « Kel Valhaal » résonne de façon cruelle avec ses riffs en cacades qui nous laissent vidés de tout. « Vitriol » et « Quetzalcoat » fonctionnent de manière si adroitement qu’on se demande alors où se situer par rapport à cet univers, ou plutôt même où se situent les deux musiciens.

Liturgy exécute sa musique prodigieusement bien (des signatures en 7/8 par exemple) mais il ne nous permet de garder qu’un déficit d’âme ce qui, au fond, le contraire de ce à quoi tout auditeur aspire. De cette banqueroute nous sortons avec une fascination équivoque,comme celle qui nous fait dire que The Ark Work est un album mauvais mais qu’il l’est de façon intéressante.

***

Lonelady: « Hinterland »

« Hinterland est un mot allemand qui signifie une connaissance des lieux qui va au-delà de l’expérience géographique qu’on peut en avoir. C’est aussi le nom de l’album de Lonelady (à savoir Julie Cambell), une artiste de Manchester qui, par miracle, ne se réfère pas à la scène mancunienne et qui sur ce disque s’inscrit dans une démarche inspirée de Prince et Parliament après que son précédent opus, Nerve Up, avait précisément aiguisé nos nerfs par son approche post-punk.

Ici, nous avons droit à quelque chose de plus funky, bien sûr, mais aussi à cette collision sonique qui parfois peut nous écorcher (« Silvering ») ou à d’autres moments nous offrir une ouverture vers de nouvelles et joyeuses possibilités (« Bunkerpop »).

L’impact est là mais il souffre d’être un peu trop systématique et répétitif d’autant que les compositions semblent constsuites sur une durée de 5 ou 6 minutes. Se détacheront pourtant quelques compositions remarquables ; un « Groove It Out » centrée sur une ligne basse itérative toute simple mais excitante et l’excellence vocale pleine de soul que constitue « (I Can’t See) Landscapes », une évocation de paysages désolés qui rappellera le Cure des débuts.

Hinterland se veut doté d’une vision mais celle-ci ne semble pas encore vouloir aller suffisamment loin.

À trop vouloir ne pas faire allégeance à Manchester, sensation nous est donnée que nous restons dans l’abstraction et à la surface des choses. Même au bout de plusieurs écoutes, l’atmosphère post-industrielle que Campbell s’emploie à véhiculer se heurte à ce tâtonnement entre climat glacé et les beats sensuels auxquels elle se raccroche. Hinterland dévoile de beaux aperçus, dommage que ceux-ci ne dépassent pas le statut de l’ébauche.

***

The Cribs: « For All My Sisters »

Selon The Cribs le punk et le indue rock sont morts. Ainsi introduisent-ils leur sixième album, For All My Sisters, déclaration qui ne manque pas de sel si on considère leurs quelques 15 and de carrière et le fait qu’ils ont su s’entourer de producteurs comme Steve Albini, Jonny Marr ou Lee Ranaldo.

Ici c’est k’ex-Cars Rick Ocasek, connu également pour son travail avec Weezer, qui est aux manettes er le bonhomme sert d’excellent point de référence pour les douze morceaux qui nous sont ci proposés.

Comme prévu, For All My Sisters est pétri de gros riffs, de mélodies qui vous infectent les oreilles et de cette subtile euphorie qui vous gagnait en écoutant les disques de Rivers Cuomo. Le tout ets délivré avec assurance mais sans aucun prétention et le pari de toujours sonner comme The Cribs et incontestablement réussi. On retrouve cette même morgue insouciante mais celle-ci sera tempérée par, on vous le donne en mille, un zeste de maturité (il est en effet difficile de passer encore pour un réprouvé quand on a dépassé la trentaine).

« Simple Story » par exemple fait montre d’angoisse émotionnelle et d’une qualité presque folk par la façon dont elle véhicule cette idée que vous ne pouvez être désinvolte toute votre vie et « Pink Snow » insistera sur l’idée que l’existence doit être faite d’engagements et, par conséquent, de regrets.

Les histrions sont devenus sages et justifient, quelque part, leur profession de foi quant à ce nouvel album. Et les morceaux les plus enlevés auxquels nous sommes habitués (« Pacific Time » ou « Mr. Wrong’ ») cèdent gracieusement la place à des compositions plus nuancées mais tout aussi accrocheuses voire anthémiques que « City Storms », « ‘Summer Of Chances » ou « Different Angles ».

****

Mark Knopfler: Tracker »

Tracker est le huitième album solo de Mark Knopfler (si on exclut ses bandes-sons) en l’espace de 13 ans. À chacun de ceux-ci, l’image de Dire Straits diminue et il reste ici peu de traces de ces moments. Knopfler semble d’ailleurs heureux d’aller à son propre rythme et de nous offrir des textures soniques de plus en plus variées.

Ici on va déceler des touches de jazz, de folk, de country ou de musique celte mais très eu de rock et le disque va adopter l’allure de ces promenades de loisir allant à leur cadence qui cultive la notion le temps qui passe comme il se doit de l »être. Les onze plages ont toutes cette « vibe » faite de langueur que le ton conversationnel de la voix de Knopfler rend encore plus prégnant. Les histoires sont colorées mais il ne semble éprouver aucune hâte à nous les délivrer et on retrouve ici un peu de ce phrasé paresseux à la Van Morrison qui fait de l’album un tout cohérent en matière de cadence et non seulement une agrégation de compositions.

Il n’est pas anodin que Knopfler ait collaboré au nouveau disque de duos de ce dernier ni qu’il a contribué à deux titres sur le disques de Clapton l’année dernière et dirigé l’hommage à JJ Cale. Beaucoup des titres sereont d’ailleurs inspirés par ce dernier ; le très beau et doux shuffle « The Light of Taomina »et le jazzy et souple « River Towns ». Les deux sont révélateurs de l’approche minimaliste de Cale et il n’y a que sur « Beryl » qu’un semblent d’énergie se fait jour mais sur un tempo qui sera celui de « Sultans of Swing » ce qui indique le registre dans lequel Knopfler œuvre désormais.

Le duo avec Ruth Moody clôturant l’album rappellera, lui, son association avec Emmylou Harris et on se plaira à y apprécier les éclats de saxo qui feront de ce titre un de ses plus belles ballades. Ce « Wherever I Go » mettra donc un point d’orgue à un disque posé et emprunt de cette dignité tranquille propre à ceux qui n’ont plus rien à prouver si ce n’est que ses compositions organiques conversent toujours leur côté indémodable.

***1/2

Vessels: « Dilate »

Arrive un moment où chaque groupe de post-rock se trouve confronté à un choix concernant sa carrière ; soit continuer sur le registre de guitare et refrains anthémiques (Godspeed! You Black Emperor et Mogwai) ou rejoindre celui de l’electronica pulsée de 65daysofstatic ou Errors

Si on opte pour la dernière solution, la tentation sera de modifier la dynamique « loud ad quiet » et lui faire atteindre une dimension sonique plus élevée avec des 6 cordes établissant un véritable mur de son. Heureusement, la réalité est plus nuancée comme en témoigne la patience de 65do qui parviennent à établir un équilibre cinématique sur fond dune musique electro aux rythmes pourtant accentués. C’est sur cette tangente que s’inscrit Vessels.

Ils se sont éloignés des fondations post-rock de leur deuxième album Helioscope et la dynamique dansante de Dilate résonne avec une puissance et une intention habile et habilement mise en place. Il s’agit toujours d’un disque capable de hausser le volume mais les assauts punchy et bruts on cédé la place à une intensité moins spasmodique.

Le titre d’ouverture « Vertical » en est la parfaite introduction. C’est un morceau insistant se construisant avec pour but de vous faire entrer dans un état de transe. Les fréquences sont basses et semblables à des grognements comme si nous pénétrions dans un monastère où a scansion des moines se voulait mystérieuse et sombre. C’est un morceau saisissant et sauvage qui ne ressemble à nulle autre chanson d’ouverture.

Ailleurs, en effet, tout est fait pour que cett edissipation initiale soit contrebalancée. La colère dissonante de « Attica » est statique, « On Monos » fait montre d’un hymne en « sustain » et « Echo In » est un retour à une mélodie flottante soul et harmonieuse. Le downtempo sera même atteint avec un « As You Are » au climat presque brûlant et lascif.

« On Your Own Toes » apportera à Dilate un climax prometteur fait d’arrangements adroits et d’une sensibilité conduite par une rythmique étonnante et poignante avec piano frappé qui opèrera un fade out et une electronica qui tiendra le rôle de point d’orgue. Un album calme et élégant.

***1/2

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