GRMLN: « Soon Away »

Publié: 20 octobre 2014 dans Quickies
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Il est difficile d’associer l’intensité de Soon Away avec les mélodies de guitares rêveuses qui ont accompagné le jeune (19 ans) GRMLN en 2012. À cette époque il avait adopté le pseudo de Yoodoo Park pour mieux être en adéquation avec l’esthétique surf-rock qui le caractérisait. En 2013 son premier opus, Empire, avait déjà marqué une changement significatif vers du lo-fi pop punk plus rugueux et c’est cette complète mutation qui se manifeste dans Soon Away. nous permet d’appréhender.

Écrit entre son son Japon natal et son voyage vers les USA, c’est un disque qui aura pour toile de fond les problèmes d’identité générés par ce double héritage culturel. Il explore ici sa propre adolescence au travers d’une perspective que ses premières incursions surf n’autorisait pas.

Le thème principal en sera la frustration et le titre d’ouverture, «  Jaded  », répond parfaitement à ce sentiment avec ses riffs tapageurs précédant des vocaux qui lutteront contre un déluge de distorsion.

Le reste de l’album baignera dans la même colère rebelle, ce qui, au bout d’un moment, donne une impression que GRMLN pallie une manque d’imagination en se montrant linéaire et laborieux. Alors que, sur Empire, les compositions n’excédaient pas les trois minutes, Park semble, ici, vouloir leur donner une plus vaste étendue ce qui leur ôte un bonne partie de punch et d’efficacité.

Redondance et accents ampoulés sont alors de mise et le tout adopte des accents d’un punk qui n’ose pas dire son nom et à besoin de s’abriter derrière un délabrement qui sonne faussement tant il apparaît comme orchestré.

Faute de choisir entre pop-punk et bedroom pop, Soon Away s’avèrera bancal ce qui prouve une fois de plus que des mélodies fortes ne suffisent pas.

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Generationals: « Alix »

Publié: 19 octobre 2014 dans Quickies
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Pour qu’un groupe fonctionne avec plus d’un compositeur, chacun de ses membres doit être sur la même longueur d’ondes : alchimie, respect mutuel et amitié qui va au-delà des imites de ce qu’est un combo so,t des facteurs indispensables pour assurer la longévité d’un partenariat. Les égos doivent également être mis de côté ce qui n’est pas le moins important pour s’assurer que ce collectif soit plus que le somme de ses individualités et qu’ilest condamné si un des musiciens décide qu’il est plus important que l’autre.

Ted Joyner et Grant Wimer sont amis et partenaires musicaux depuis l’école et ils ont conservé ces idéaux tout au long de trois albums. À eux deux ils composent Generationals et ils sortent aujourd’hui leur quatrième opus, Alix.

Ce disque est résumé au mieux par son premier « single », « Gold Silver Diamond ». Il s’agit d’un morceau relâché, formé autour d’un beat de boom box et de riffs de synthétiseurs. Superficiellement, il s’agit d’un titre joyeux et enlevé mais il est segmenté par des apartés occasionnels qui font allusion à une mélancolie certaine. Comme le dit Joyner, la chanson a été écrite lors d’un des jours les plus froids à la Nouvelle Orléans et ce qui pourrait être une composition festive se révèle « ancrée dans le désespoir, un sentiment de vacuité et de futilité de ce que la vie peut signifier. »

Ces idées contradictoires résument Alix qui est pour le décrire un album pour sentiment d’isolation et de claustrophobie. De ce point de vue le disque est un opus consistant et cohérent. Il l’est musicalement grâce au renfort de Richard Swift(The Shiins, Blacks Keys) sollicité pour la production. Il n’en demeure pas moins que cette unité sonique n’incarne pas une recherche créative véritablement nouvelle quand on sait que le duo existe depuis cinq ans. La musique n’est pas qu’affaire d’idées et de concepts, et ici elle n’est étayée par rien qui puisse passer pour inspiration.

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Marco Benevento n’est peut-être pas très connu du grand public mais pour le aficionados de jazz et de rock expérimental (en particulier ceux qui fréquentent la scène d’avant garde à New York), sa réputation a été en grandissant grâce à son approche qui consiste à tordre le cou aux frontières entre le jazz traditionnel, l’electronica et la « trance ». Même si sa musique ne s’inscrit dans aucun de ces genres, la tapisserie sonore qu’il crée parvient à incorporer des éléments de tous ces styles.

L’album se nomme Swift ; double référence à son producteur, Taylor Swift, mais aussi à la manière rapide et vive (« swift ») dont le disque est construit. Ce qui contribue à ce que le disque peut avoir de fédérateur se trouve dans les grooves, une pulsation infectieuse et régulière qui balaie ceux qui l’écoutent et qui va les laisser dans cet état de transe tout au long de son déroulement.

Les mélodies demeurent simples et les mélopées chantées qui les accompagnent – soit par Benevento lui-même ou en la compagnie d’une choeur massif – apportent une tonalité d’inclusion communautaire. Cela peut se traduire sur un « If I Get To See You At All », étincelle de brillance, le funk répétitif de « At The Show » ou l’hymne boursouflé qu’est « Eye To Eye », il y a un rebond constant et énergique.

Benevento a travaillé avec AC Newman, Aaron Freeman et Rich Robinson ainsi qu’à des disques hommages (This Is The Town: A Tribute To Harry Nilsson, Volume 1 et Bob Dylan In The 80s) il a donc toujours occupé le rôle de meneur de jeu. Celui-ci donne un peu le vertige et ses compositions semblent un peu encombrées par les effets sonores dont il se repaît.

Il parvient à compenser cela par son enthousiasme mais fait de Swift un album un peu nombriliste et ampoulé, une sorte de plaisir coupable pour des titres qui passeraient aisément inaperçus si ils ne se voulaient ludiques et punchy.

**1/2

Train: « Bulletproof Picasso »

Publié: 19 octobre 2014 dans Quickies
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Ces 5 dernières années ce groupe pop-rock s’est forgé un passage dans le « mainstream » grâce à quelques « singles » comme « Hey, Soul Sister ». Ajoutons à ces hits 3 Grammy Awards et c’est sous ces auspices que se présente leur nouvel album, Bulletproof Picasso.

Le disque débute sur un « Cacillac, Cadillac » parfumé au reggae et des vocaux de Pat Monahan pris sur le mode « crooner ». Le titre parle de laisser en plan sa partenaire en partant en voiture,mais le climat du morceau est tout sauf mélancolique.

Tout l’album sera, d’ailleurs, construit sur ce schéma. Les motifs que sont aimer quelqu’un ou le laisser derrière soi sont masqués par une instrumentation enlevée qui ont pour but d’aider la chanson plutôt que de lui porter préjudice.

Les douze titres sont donc comme une marche le long d’une route ensoleillée et la seule composition lente, « Don’t Grow Up So Fast », sera située fort opportunément en queue d’album. À ce moment, un auditeur un peu attentif aura noté que toutes les chansons sont bâties sur le même format : un tempo rapide avec un pont musical jeté occasionnellement.

Train sont dans la musique depuis 21 ans déjà et ses membres savent ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. L’idée de l’album n’est pas mauvaise en soi dans la mesure où les compositions sont accrocheuses mais, au bout du compte, elles n’ont que peu de poids ce qui fait de Bulletproof Picasso un disque qu’il ne sera pas difficile d’oublier. Train souffre en fait du syndrome Maroon Five, tout comme chez eux on a aimé les premiers tubes mais tout le monde souhaite qu’ils en reproduisent. C’est dans cette impasse que se trouve Train aujourd’hui.

**1/2

Si Sofia Coppola réalisait aujourd’hui Lost In Translation il serait aisé d’imaginer que Shintaro Sakamoto trouverait une place pour figurer sur la bande-son. Cet auteur compositeur japonais en est ici à son deuxième album et il est vrai que Let’s Dance Raw a ce même air de cool et de laidback, cette même combinaison d’expérimentation légère et de mélodie qui caractérisait lamusique du film.

Le premier album de Sakamoto, How To Live With A Phantom, était un mélange de folk et de psychedelia alors qu’auparavant il avait fait partie d’un groupe rock psychédélique de Tokyo très populaire dans son pays natal, Yura Yura Teikoku.

Ici, le musicien franchit un nouveau pas dans la recherche sonique avec une psychedelia onirique et quelque peu brumeuse dans laquelle sont intégrés des sons de steel guitar moulinés au travers d’un processeur et du piano électrique. Le résultat en est une pop mélodique, légèrement teintée de disco ou, sur un « You Can Be A Robot Too » mené par le banjo, une touche de country.

La chanson titre, elle, rappelle le David Bowie de la période « Starman » qui se serait accouplé avec le son modern dico du Chic de « Get Lucky ». Cet album, tout travaillé qu’il soit, ne manque pas, toutefois, de faux pas, par exemple les voix gonflées à l’héliun de « Extremely Bad Man » ou de « Birth Of A Super Cult » deviennent rapidement agaçantes tant elles sonnent comme un gimmick et, par moments, le disque véhicule un climat quelque peu clinique.

En fait Let’s Dance Raw se singularise par son morceau d’ouverture, un « Future Lullaby » que les vocaux de Fuko Nakamura transforment en une pièce d’atmosphère où la béatitude se révèle harmonieuse, et le titre qui clôt l’album, un « This World Should Be More Wonderful » dans lequel le souhait qui y est formulé sonne presque vrai.

***

Blake Mills est compositeur, musicien de session (Beck, Andrew Bird ou Neil Diamond), guitariste (Rick Rubin et T Bone Burnette font souvent appel à lui) et producteur (ZZ Top, Conor Oberts, Alabama Shakes) plus que renommé, quelqu’un dont même Eric Clapton a vanté les mérites ? Bref, Mills n’a pas besoin de s’afficher comme guitariste, d’autres lui font sa promotion.

Pour son deuxième album, Heigh Ho enregistré aux légendaires studios Ocean Way à Los Angeles, dans une pièce construite pour Frank Sinatra et où ont enregistré Dylan, Ray Charles ainsi qu’une pléiade d’autre musiciens. Auto-produit, le disque référence plusieurs genres sans qu’on puisse pour autant dire qu’il appartient à l’un plutôt qu’à l’autre.

Pour cela, Mills a demandé une aide aussi prestigieuse et diversifiée que les styles qu’il voulait aborder : Jim Keltner, Don Was, Jon Brion, Benmont Tench, Mike Elizondo et Fiona Apple avec qui il s’offre deux duos : le « single » folk « Don’t Tell Our Friends About Me » aux délicieux arpèges et le bucolique « Seven ».

Plus que toute autre philosophie c’est la simplicité qui règne ici. Les percussions sont légères et languides et la guitare principalement acoustique. Il sait pourtant faire résonner avec fluidité les deux accords auxquels on s’attend au sortir dune mesure ou faire entendre son nasillement country au moment opportun.

« Shed Your Head sera, par contre, un long riff comme pour établir une transition avec la chaleur qui émanait des 10 plages précédentes sans que, pour autant, une note non nécessaire ne se fasse entendre. Musicien de session réputé, Blake Mills est en train de devenir un vénérable artiste qui n’a pas besoin de prouver qu’il est un virtuose mais un guitariste qui crée son propre style et un son qui n’a rien à voir avec les envolées acrobatiques associées en général aux « guitar heroes ».

***1/2

On ne peut pas dire que ce disque n’était pas attendu avec impatience. Greg Anderson et Stephen O’Malley de Sunn O))) avaient approché Scott Walker une première fois en 2009 à l’époque de Monoliths + Dimensions pour un « single » en collaboration qui ne s’était finalement pas matérialisé.

On ne peut alors que se réjouir du fait que de ce refus soit issu leur album dont l’envergure est la plus grande jamais réalisé par le groupe, Soused. Celui-ci est un disque fascinant et intrigant, résolument original mais tout autant porteur d’émotions incontrôlables. Ce qui attirera beaucoup sera sans doute la voix inimitable de Walker mais le cœur de l’album restera cette essence primordiale qu’on connaît chez O))), celle de cette abime sans fin dans lequel on est plongé. C’est un phénomène qu’il est impossible de sous-estimer var il vous capte et vous annihile, parce qu’il est pur y compris dans le poids des sons qui se fracassent, que ceux-ci en deviennent presque tactiles et palpables et que, même avec un casque tout pourri, l’intensité nous aspirera tout autant.

« Brando » démarre Soused d’une façon idiosyncratique à laquelle on s’attendait. Des riffs de guitares qui dérivent dans un brouillard de soleil couchant, des cordes iridescentes qui, très vite, ouvrent la voie à des claquements semblables à ceux d’un fouet, à la ligne vocale de Walker vaudevillesque et mettant les nerfs à vif et ce souterrain qui se présente, comme une pulsation cyberpunk bruité en analogique. On pourrait avancer une analogie avec ces rythmes de workout oscillant et dont le contact avec le sol procurerait des tremblements dont l’effet esthétique serait cumulatif, physique plutôt qu’esthétique ou stylisé. C’est un procédé que Walker a formidablement utilisé avec « See You Don’t Bump His Head » sur Bisch Bosch et c’est un début fantastique .

Il n’y aura non plus rien à redire de ce qui va suivre. « Herod 2014 » est sans doute destiné à être la pièce centrale de Soused aussi bien en raison de sa narration sévère et biblique que de ses passages figuratifs à l’imagerie maculée. Des couvertures bleus pestilentielles et buboniques côtoient des souris en une église avec un saxophone digne de Dante crisse en direction d’une puits sans fin. On trouvera, par moments, une ressemblance troublante avec le « Within You » de l’album Labyrith de Bowie, un titre qui aurait été tranché en morceaux s’étirant sans fin dans le temps, une perspective à la fois perversement pleine de révérence et trompeusement séduisante.

« Bull » – la plage présentée brièvement en promo vidéo juste avant la sortie de l’album – et « Fetish » s’orientent, par moments, vers des orchestrations « rock » du moins autant que Walker et Sunn O))) peuvent s’en approcher. Le premier morceau avec quelque chose ressemblant à un riff en bonne et due forme et des vocaux ge heavy metal presque traditionnels avant de tituber à nouveau dans l’anormal, le deuxième en mêlant des passages de bruits acousmatiques, de musique concrète, un violoncelle accordé dans les graves et un soupçon de cadence à la Angelo Badalamenti.

Le sommet de Soused sera atteint avec « Lullaby » ; plus de neuf minutes de frayeur rampante et de livrets d’opéra criards donnant à Walker l’occasion d’apparter à sa voix la touche la plus déconcertante possible sur des textes à vous hérisser les nerfs. Au moment du chorus, il va même hurler à la limite du faux au-dessus de cordes qui se resserrent et d’un riff prodigieux. Le résultat est celui d’un pathos qui craque, d’une atmosphère maligne qui s’empare de cette berceuse et de ce lo-fi numérique qui bippe jusqu’au bout du morceau. On pourrait même dire qu’il se promène jusqu’au bout de la nuit ou de la vie ; une alarme solennelle censée nous réveiller et nous ramener dans ce merveilleux voyage vers la tombe qu’est Soused. Une musique qui rase et démolit à en vouloir perdre la tête.

****1/2

Elle en est déjà à son quatrième album et This Is My Hand pourrait bien être le disque du succès pour Shara Worden cette native de Detroit et âgée de 40 ans, auteur compositeur et multi-intrumentiste au talent incontestable.

Elle a, autre titre de gloire, collaboré avec Sufjan Stephens, The Decemberists et Bon Iver et n’a qu’à peine connu le niveau de reconnaissance que ces derniers ont eu alors que sa carrière dure depuis plus de 20 ans.

Ici, néanmoins, avec un savant dosage d’indie rock d’avant garde et de vibration soul légère mais raffinée, elle semble avoir franchi un seuil qui devrait attirer l’attention de l’industrie musicale.

Le disque est produit adroitement et il s’avère brillamment nuancé et plein de sous-entendus. Ces climats donnent à Warden toute latitude pour démontrer ses donc musicaux et un style vocale étrangement profond. Cela peut se manifester sur le « single », « Pressure » avec son tempo de fanfare en marche et ses acacroches de chorus jazzy, les orchestrations de la chanson titre ou avec « LoverKiller » et les claquements de mains au rythme véhément. L’album fait, en outre, étalage d’une instrumentation variée et inspirée en adéquation avec les genres musicaux explorés, le tout ne pouvant que capturer et captiver un imaginaire qui n’aurait aucune limite de styles.

Les titres enlevés comme « Before theWords » ou « Resonance » vont fournir, à mi parcours, une section rythmique harmonieuse et mélodique apportant un équilibre parfait aux ballades plus « ambient » et minimalistes que sont « So Easy » et « Apparition ». C’est toutefois dans sa facette plus sombre et expérimentale ‘(« I’m Not the Bad Guy » ou l’énigmatique « Shape ») que la présence de l’artiste se fait convaincante.

Même si sa créativité n’est pas aussi excentrique que celle de St. Vincent et n’a pas l’impact commercial de La Roux, les arrangements subtils de This Is My Hand sont suffisamment saisissants pour faire de cet album un disque qu’on ne saurait négliger.

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La pochette du premier album de ce groupe d’adoption new yorkaise via la Floride tout comme son titre ont tout pour être menaçants. In The Reapers Quarters signifie dans les quartiers de la Grande Faucheuse, ce qui s’accorde très bien avec la couverture du disque.

Le titre d’ouverture, « Intro », semble confirmer cette tendance mais The Ukiah Drag ne matraquent et n’assaillent pas celui qui écoute comme beaucoup de ces disques se réclamant de façon ostentatoire du « heavy » rock. Les parties de guitares ne sont pas cinglantes mais elles sont comme bouillonnantes et sur le point d’éclater et l’album se déroule de façon insidieuse, réveillant une atmosphère boueuse où l’effroi se manifeste lentement mais délibérément. La Faucheuse n’est pas chez elle mais, même si on attend son retour de façon tendue, la pièce est suffisamment confortable pour qu’on s’y installe.

Bien qu’ils aient sorti une cassette en 2013 sur le label Ascetic House qui se proclame le représentant du « New American Heavy Underground » ce sont plutôt les origines du groupe à Tampa en Floride qui sont un meilleur point de référence. Leur leader, ZZ Ramirez, guitariste et chanteur avait sorti un album en 2012, Turquoise for Hello, avec American Snakeskin un combo qui avait traversé des territoires grinçants identiques à ceux de Ukiah Drag. Les pairs de Ramirez avaient, eux-mêmes, construit le même univers imposant au sein de Diet Cokeheads et Neon Blud ; Ukiah Drag délivre le tout hérité de ce régionalisme.

Mais le groupe sait aussi rappeler des artistes comme Giant Sand et Charlie Pickett sur un « Night Of Immaculacy » avec des percussions semblable à une locomotive et un rumine sur la guitare en drone, le tout faisant penser à la traversée d’une vaste plaine déserte. Ramirez rumine et évoque la haine et la drogue alors que le groupe brode sur ce motif statique pendant plus de huit minutes. Ses vocaux, traînants comme dans les états du Sud, semble émerger de lèvres desséchées. « Her Royal Grip » accentue l’étrange atmosphère désertique grâce à cette voix croassante alors que le tonnerre instrumental va sembler surgir d’un plateau et emplir une gorge rouillée et poussiéreuse.

On le voit, le doom rock du groupe n’est pas envahi par l’obscurité et en cela il se singularise dans le genre. Tout y coule au ralenti semblant étendre des passages où le destin funeste est toujours prêt à s’abattre. Qu’il paraisse imminent nous habitue à sa présence au point que le menace qu’il véhicule nous paraît si familière que les quartiers de la faucheuse auxquels nous sommes conviés peuvent sembler représenter un chez soi.

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Rapid Talk: Interview de Avi Buffalo

Publié: 16 octobre 2014 dans Rapid Talk

Avi Zahner-Isenberg est le vrai nom de ce songwriter califiornien qui répond au sobriquet de Avi Buffalo sur disque. Malgré les efforts que l’on peut faire à l’écoute de son deuxième album, At Best Cuckold, c’est un personnage difficile à situer. Entre le premier disque (2010) et le deuxième il « passé du temps à écouter beaucoup de bonne musique et à travailler sur le second album. ». Il nous parle ici du ressort qu’est pour lui l’inspiration.

« J’ai besoin de trouver la mesure idéale d’un son et d’une tonalité, et cela peut me prendre jusqu’à un an. Vous écoutez et enregistrez des tas de trucs et vous apprenez peu à peu certaines choses. Cela vous permet de deviner ce qui va bien fonctionner pour vous et c’est alors que vous pouvez mettre la touche finale. C’est ainsi que s’est déroulé le processus de ce disque. »

Avi est un acharné du son et à un moment il devient même obsessionnel quand il s’agit de parler des percussions sur un enregistrement de Phil Spector : « Tous les instruments sont là pour une raison. Vous avez un shaker qui va apparaître pendant deux mesures puis disparaître complètement. Mais il arrive à une section étrange du morceau, à la fin d’un vers et ensuite il ne revient plus jamais. C’est très bref et délibéré mais ça sert un but général qui restera bizarre et qui ne pourra pas être expliqué par des mots. On se dit juste que ça sonne impec et que ça remplit un evide que quelqu’un avait perçu pendant la session. » Il ajoute alors que : « Chaque moment dans la musique de Burt Bacharach est identique ; très orchestré. »

« Les groupes devraient faire les deux, précise-t-il, mais les gens sont trop coincés sur une vibration particulière au dépend de la qualité des morceaux. Bien sûr ça peut être super, bien sûr on trouvera des gens qui font très bien ce qu’ils font mais on en verra d’autres qui ne feront que copier parce qu’il pensent que c’est facile. En réalité les groupes qu’on imite sont toujours des super musiciens et des super compositeurs mais la plupart des gens restent figés sur une reverb, un riff krautrock, que sais-je encore. Il veulent émuler en se disant que c’est là que se trouve la clef. »

On en vient alors à ce qu’est pour Avi l’essence même du « songwriting » : « Pour moi c’est comme me trouver moi-même en explorant une forêt profonde. Quand vous avez, dans un morceau, une diversité qui vient de quelque chose que vous exprimez, c’est plus une chose intérieure que juste un truc cool. Les gens branchent leurs guitares dans un magnétophone à cassettes Tascam parce que le son est crade mais d’une façon cool. Moi j’ai envie d’aller au-delà. Il y a tout un tas de musique électronique qui est géniale et dont le processus est différent. -Le résultat est que les gens ne communiquent pas assez soniquement, ils n’écoutent pas assez de styles de musique. »

Il confie qu’il y a un type de musique qui fait son grand retour dans la scène californienne qu’il fréquente et elle est surprenante en soi : « Il y a quelque chose qui se passe à L.A. en ce moment qui est comme du post glam rock avec des coiffures post eighties assez ironiques. » On peut lui rappeler alors que cela s’est produit en Angleterre voilà une dizaine d’années avec The Darkness : « Oui ! The Darkness ! Ça c’est un super groupe cool qui déchire. En fait je crois que beaucoup de gens ici essaient de capitaliser dessus dans l’espoir qu’on ne se souvient pas d’eux. C’est pour cela qu’il vous faut faire votre propre truc ; il y aura toujours des types qui feront du surf rock mais il y en aura toujours d’autres qui feront une musique intéressante.