Lilly Hiatt: « Royal Blue »

Comme sa couverture brouillée et terne, le deuxième album de la fille de John Hiatt, peine à se défaire d’un climat d’ombres floues qui semblent ne se faire plus vivaces qu’occasionnellement mais qui, même sous l’éclaircie, demeurent ténébreux.

Lilly Hiatt abandonne ici l’approche « singer songwriter » de son premier opus pour mêler à son répertoire country, folk et americana un approche synthétique héritière de la fin des années 80, le tout saupoudré de « vibes » indie pop. Il n’y aurait rien à redire à ce choix artistique si celui-ci état étayé par des compositions qui ont du mal à s’intégrer à ce nouveau schéma et qui finissent par sonner toutes de la même manière. Le mix est, en outre, incongru (les guitares atmosphériques tet les percussions sont juchées à l’arrière plan) et, si on y ajoute une voix plaisante mais détachée, le résultat fait de ce Royal Blue un disque fait de bonnes idées hélés non abouties et ayant du mal à se faire entendre.

Certains titres étincellent de manière sporadique ; ils auraient certainement été plus éclatants si la production de Adam Landry s’était montrée plus légère et moins stylisée. « Somebody’s Daughter » est ainsi un country rock montrant une certaine énergie et « Machine » est suffisamment dynamique pour que la chanteuse perce avec assurance la brume qui l’entoure mais, le reste se fait très vite engloutir par cette muraille sonique qui le pousse vers le bas.

On notera, éventuellement, un « I Don’t Do Those Things Anymore » qui s’emploie à émuler l’esprit de The Cars grâce à des loops mais le résultat en est tristement aseptisé et même « Your Choice » folk dépouillé et acoustique qui aurait du mettre en valeur le registre de Hiatt frise le qualificatif d’exsangue.

Le « closer », « Royal Blue », rattrapera quelque peu les choses ; c’est une magnifique ballade endeuillée avec des arrangements qui, pour une fois, reflètent sa nature pensive mais, la majorité des morceaux se concentrant sur l’aspect obscur de l’amour, il est peu de moments où, dans ce disque, Hiatt parvienne à le transcender et à nous faire entrevoir les diamants enfouis sous la poussière de l’accablement.

**1/2

Steve Gunn & The Black Twig Pickers: « Seasonal Hire »

Steve Gunn et The Black Twig Pickers sont deux talents jumeaux qui opèrent à la lisière de la musique folk américaine. Ils sont séparés par la distance mais ils partagent une approche similaire, une attitude de rébellion contre les principes et la tradition qui encadrent le genre.

Seasonal Hire est un album d’un extrême intensité et il parvient à faire coaguler ensemble les tonalités des deux artistes respectifs et d’en faire un ensemble cohérent et particulièrement intoxicant. Les lignes de guitares de Gunn sont rondes, favorisant la méditation en passant d’un morceau à l’autre alors que The Black Twig Pickers parviennent à y greffer des tonalités bizarres et tordues héritées de leur démarche plus originelle en matière d’époque.

« Dive For The Pearl » ouvre l’album de manière radieuse et vibrante avec de très belles nappes de guitares qui semblent éclabousser une guimbarde nous faisant imaginer sans efforts des champs de blés ou de maïs, une cascade ou une carriole tirée par des chevaux dans un verger du Mid-West.

L’atmosphère est parlante et soutenue tout comme sur « Trailways Ramble » où les vocaux de Gunn transfigurent une composition qui aurait pu tourner au larmoyant tout en parvenant à maintenir un esprit pastoral et rafraichissant. « Don’t Let Your Deal Go Down » nous emmènera vers le « blue note », alors que, au contraire, « Cardinal 51 » utilisera à merveille l’espace, le vide et le silence comme moyens de véhiculer une humeur.

La chanson titre nous présentera une épopée longue de 18 minutes dont l’ambition de capturer la dérive du temps qui passe est parfaitement capturée grâce à une production en analogique et un son naturel, prolixe en craquelures.

Gunn et The Black Twig Pickers se montrent respectueux de la tradition mais ils ne s’en sentent pas prisonniers. L’interprétation permet aux morceaux d’évoluer de façon exponentielle tout au long d’un opus dont la vision ne cesse de s’élargir. Seasonal Hire est un disque fascinant, vintage et moderne à la fois, les (p)artisans de l’un comme de l’autre y trouveront matière à contentement.

***1/2

Rapid Talk: Interview de Gemma Hayes.

Bones + Longing est le cinquième album de Gemma Hayes, partie d’Irlande pour vivre quelques temps à Los Angeles. Elle en revient pleine d’enseignements dont elle nous fait découvrir ici la substance.

Le titre de l’album semble jouer sur la dualité : « bones » est organique, « longing »est plus dans la spiritualité.

Les os représentent pour moi notre corps physique et le désir (longing) fai référence à ce que nous avons dans la tête, dans le coeur. Je suis arrivée à un stade de ma vie où je me demande si il y a quelque chose là-haut. Chacun cherche un élément qui lui permettra d’accéder à une forme d’immortalité et, quant à moi, je suis toujours dans cette quête. Ça peut être une chanson que je viens de faire par exemple mais c’est le désir que tout soit harmonisé. Je joue avec cette idée de la mortalité et de son contraire.

Cet album marque-t-il le début d’une réponse ?

Loin de là mais je crois que cette interrogation est moins prégnante désormais. La seule solution est de continuer à vivre et à assumer ce que je fais.

Quelle importance cela a-t-il eu par rapport au son de Bones + Longing ?

Je l’ai approché différemment des autres avec une instrumentation plus dépouillée. Je ne voulais pas que tout y soit parfait aussi beaucoup des performances vocales choisies sont celles que je ressentais indépendamment de leur technicité. Je n’essayais pas de sonner mieux, juste de sonner honnête. Le son est épais mais c’est avant tout grâce à un usage intensif de reverb. C’est un outil fabuleux pour créer une atmosphère sans qu’elle paraisse surchargée.

Il y a quelque chose de plus assertif également.

Absolument oui…

Par exemple sur « Laughter » qui est une reprise de votre « There’s Only Love ». dont on peut se demander pourquoi vous avez voulu en faire une nouvelle version.

« Laughter », à l’origine, était censée être une plage cachée à la fin de l’album précédent. C’est donc un titre enregistré antérieurement à « There’s Only Love ». C’était un signe de confiance que je voulais exprimer mais il ne s’intégrait pas à l’humeur du disque. Çe devait donc être un titre bonus et, alors que j’étais en train d’établir le « tracklisting », je me suis dit que il me fallait le mettre en ouverture. C’est une composition que je trouve « brave » et qui, même si elle n’est pas immédiate, annonce quelque chose. De cachée j’ai décidé alors de lui faire ouvrir l’album.

C’est une profession de foi flagrante.

Tout à fait ; elle se devait d’introduire le disque.

À ce propos, quelles idées aviez-vous en tête pour le tracklisting ? Par exemple la chanson titre un instrumental qui sert de « closer »…

Initialement, je voulais ouvrir l’album avec ce titre car je souhaitais démarrer sur un mode lent puis continuer sur des éléments plus massifs. C’est pour cela que « To Be Your Honey » côtoie « Palomino » d’une part et « Chasing » de l’autre. Ayant décidé de commencer avec « Laughter », tout prenait un sens et, souhaitant, un climat d’apaisement à la fin, il me fallait terminer sur « Nones + Longing ».

« Yo Be Your Honey » est une romance mais elle est assez étouffante, comme si il s’agissait de vous faire suffoquer.

Ça sonne romantique en raison du chorus mais c’est une chanson qui traite de l’addiction qu’on peut éprouver envers quelqu’un. On peut se haïr d’avoir besoin de quelqu’un et je suis tourmentée par l’idée que je puisse avoir besoin d’une personne dans ma vie. C’est pour cela qu’il a ce climat particulier, je voulais que ce soit comme une brisure. C’est pour cela que tout vous y asphyxie ; comme on le serait quand on se trouve dans une forêt et qu’on ne puisse voir le ciel. L’obsession rétrécit votre monde et vous rend claustrophobe comme vous le notez.

Vous avez mentionné le fait de vouloir un son plus dépouillé ; est-ce une réaction contre la période où vous avez vécu à Los Angeles où tout est beaucoup plus aseptisé et « mainstream » souvent ?

Peut-être inconsciemment mais, quand j’y étais, je voulais en profiter au maximum et faire un disque plus lumineux. Maintenant que je l’ai fait, j’avais besoin de quelque chose de nouveau et j’étais attirée par l’idée de trouver la beauté dans ce qui était clairsemé et imposant. Mais je le souhaitais quand il le fallait et non de façon gratuite. Ce son est probablement une réaction contre tout ce que j’ai traversé précédemment.

Comment avez-vous aimé Los Angeles ?

En tant que personne ça m’a beaucoup plu. J’avais besoin de lumière, de légèreté mais cela m’a distrait en matière de créativité. Je me suis aperçue que j’avais besoin de solitude mais c’était trop « fun ». Je n’arrivais pas à me sentir en harmonie avec le lieu, les gens et leur côté ambitieux. J’imagine quand je m’y étais rendue quand j’avais perdu mon ambition ; je voulais juste me détendre et autour de moi les gens étaient perpétuellement dans la névrose.

En quoi cela a-t-il modifié votre ambition comparé à quand vous avez été nominée pour un Mercury en 2003 ?

Ce que j’ai aimé dans les gens avait qui j’ai travaillé, Joey Waronker par exemple, c’était la confiance qu’ils avaient et la liberté que cela leur permettait de manifester. Ils fonctionnaient à l’instinct et à l’époque je commençais à douter de moi. C’est cela que j’ai appris d’eux. Joey Waronker est quelqu’un de talentueux, il fait quelque chose de façon si aisée, si fluide. Il utilise ses percussions de la manière dont il conduit sa vie et cela a été une grande leçon pour moi. En quittant Los Angeles je me disais : « Ne rends pas les choses difficiles simplement pour qu’elles le soient ; déstresse.  Parfois on peut prendre la solution la plus facile, on n’est pas obligé d’emprunter la route la plus dure. Beaucoup de ceux qui ont du succès, à LA ou ailleurs, savent cela.

C’est pour cela que vous avez laissé quelques imperfections dans l’enregistrement ?

Absolument. Et depuis mon intuition par rapport à ce que je voulais accomplir s’est précisée. C’est pour cela que j’ai créé mon propre label et que je fais une musique qui n’est pas obscure mais qui n’est pas pop non plus. Elle ne passe pas souvent à la radio mais je continue ainsi car une rivière trouve toujours sa trajectoire.

Vous avez également fait quelques musiques pour la télé.

Exactement ; il y a toujours un moyen de se faire entendre (sourires).

Pensez-vous qu’il y a un élément gothique dans votre ce que vous faites ?

C’est la première fois qu’on le mentionne mais, à bien y réfléchir, je crois, en effet. Un peu de la même façon que Kate Bush peut s’emparer de ce registre.

Brandi Carlile: « The Firewatcher’s Daughter »

Brandi Carlile est de retour avec un nouvel album et ce qui aurait pu sembler anecdotique de la part d’une artiste plutôt « adult oriented » prend ici un nouveau ton car The Firewatcher’s Daughter est indubitablement un disque rock, le plus rock qu’elle ait jamais enregistré.

Il faut ajouter qu’elle bénéficie d’un bel environnement, les jumeaux Tim et Phil Hanseroth qui ont toujours été parties prenantes de son approche et il aurait été dommage que leurs harmonies (sans parler de leur instrumentation) ne soient pas mises en valeur sur un opus plus musclé dont ils sont d’ailleurs composés une bonne partie des titres.

Le disque a été, à cet égard, conçu en une seule prise avec très peu de démos. Cela se sent dès l’ouverture avec un « Wherever is Your Heart » aux inflexions gospel enflammées et un phrasé passionné qui met en valeur sa crédibilité vocale.

« The Thing I Regret » est tout aussi infectieux mais un des morceaux phares de l’album sera « The Eye », une chanson dépouillée et presque a cappella qui, une fois encore, saura mettre en valeur les changements d’octave de Carlile. Épaulée par les harmonies vocales et des guitares acoustiques, on est pas loin du meilleur Fleetwood Mac, influence qui est une référence en soi.

Les meilleurs surprises se trouveront néanmoins au niveau d’un rocailleux « Mainstream Kid » ou de « Alibi » et « The Stranger At My Door » qui pourraient en remontrer à n’importe quel groupe de bar room rock du fin fond des USA. Pour approfondir ce panorama americana, Carlile s’essayera à une country qui évoquera Loretta Lynn sur « Wilder (We’re Chained) », sauvage comme il n’est pas permis rappelant avec pertinence que la chanteuse sait, quand elle le veut, ne pas faire mentir ses influences qui vont, selon elle, de la pop, ou blues et au R&B.

***

Swervedriver: « I Wasn’t Born To Lose You »

Swervedriver était un combo délicieusement bruyant disparu, hélas silencieusement, voilà 15 ans. Dans la scène anglaise shoegaze, ils se distinguaient par une approche moins diaphane que Lush et plus structurée que, celle faite avant tout de textures, de My Bloody Valentine. Quelque part ils se situaient entre Soungarden et Ride, ils sont d’ailleurs tourné avec les deux, chevauchant cette crête avec aisance.

Le combo n’a pourtant pas eu le succès mérité, en raison d’albums erratiques qui pointaient vers des directions déconcertantes et des réunions sporadiques, manière sans doute de tester leur pertinence aujourd’hui. Le résultat sera un I Wasn’t Born To Lose You qui survient apès maintes années, un seulement cinquième album dont le titre veut tout dire à lui seul.

Est-ce un vœux pieu que cet intitulé ? Pour tout dire, les choses ne semblent pas avoir beaucoup évolué pour le groupe. Les nappes de guitares sont étalées à n’en plus finir, et les couches veloutées et voilées sont toujours là avec ce côté affuté qui caractérisait Swervedriver.

Il n’y a rien à redire en fait, si ce n’est le fait que les compositions se succèdent les unes aux autres sans à-cops, une fluidité qui s’avère, au bout d’un moment, monotone. La cause en est également le phrasé de Adam Frankin, trop délicat, qui accompagne les morceaux plutôt qu’il ne les ponctue.

On aura beau jeu alors à ne distinguer que quelques maigres morceaux, « Autodidact » ou « Deep Wound » qui sonnent de manière étrange car ils rappellent des choses déjà entendues voilà une quinzaine d’années. C’est un peu le cas de ce I Wasn’t Born To Lose You qui sonne d’une façon atemporelle que l’on n’apprécie pas trop ; celle d’un disque qui aurait très bien sortir il y a plus de 15 ans.

**1/2

Ghostpoet: « Shedding Skin »

Entre hip-hop, soul et poésie, Obaro Ejimiwe promène une vision urbaine ayant essuyé des tempêtes mais semblant avoir enfin trouvé la paix. L’artiste est une sorte de troubadour à la musique fluide, toujours fier de ses racines mais dont le son nocturne qui signait l’empreinte Ghostpoet se dissipe tout en conservant la vigueur de son accent cockney.

Shedding Skin n’a pas abandonné les ruminations monosyllabiques et insomniaques qui ponctuent ses observations brutales mais sensées, comme le titre de l’album l’indique, Ejimiwe opère sa mue et l’installe dans un poste où il fait désormais figure d’orateur excentrique. Ejimiwe fait du rock en quelque sorte, par opposition au radar pop dans lequel il aurait été aisé de l’enfermer.

Pour faire allusion une nouvelle fois au titre, Shedding Skin nous offre un son dépouillé appuyé sur une instrumentation de guitares, pianos et percussions forte mais accommodante. L’electronica psychédélique est toujours là ; « Peanut Butter Blues & Melancholy Jam » ou « Finished I Ain’t » et « Liiines », « Some Say I So I Say Light » ou encore « Plastic Bag Brain » ainsi que « Meltdown ». L’ensemble se fond graduellement et naturellement et il offre une ossature solide et spectrale aux bruits crépusculaires perçants qui nous proposent une alternance d’atmosphères d’acceptation calme et de colère.

Le rythme, lui aussi, a pris une certaine ampleur, progression normale pourrait-on dire. Il apporte une plus grande flexibilité de par sa versatilité ; le résultat est un climat fait d’humilité et de lassitude où l’autorité à peine à se faire place. C’est ce jeu entre des climats où l’opposition est reine qui donne virilité à Shedding Skin, une confiance héritée de cette confrontation de contrastes grâce, en particulier, à des narrations féminines qui introduisent les plages.

« Be Right Back, Moving House » sera même touchant dans la mesure où le chanteur prendra en compte sa vulnérabilité, « Yes, I Helped You Pack » imposera perturbation à fleur de peau, et « That Ring Down the Drain Kind of Feeling » nous y fera presque plonger. Ce sont trois titres qui exemplifient à merveille les humeurs d’un disque qui nous fait errer là où tout est entre chien et loup.

***1/2

Purity Ring: « Another Eternity »

Megan James et Corin Roddick avaient collaboré sous le nom de Purity Ring pour nous délivrer un impeccable « debut album » en 2012, Shrines. Another Eternity voit le duo synthpop canadien s’orienter vers une direction plus accessible avec les vocaux de James moins passés aux effets de processeurs et pesant de manière plus lourde dans le mixage. Le résultat est de nous donner envie de les reprendre de façon festive en choeur comme si Purity Ring souhaitait attirer l’attention d’une audience plus large voire « mainstream ».

Il n’y a pas matière à en être véritablement surpris puisqu’ils ont fait le remix du Applause de Lady Gaga et que, à la différence de Shrines, les morceaux ici nous offrent des visions soniques plus hautes, imposantes et pleines de vista. Il est inévitable que certains morceaux évoqueront des comparaisons ; « Bodyache » avec Sia, « Flood On The Floor » suggèrera les ambitions grandioses de EDM et les nappes de David Guetta et « Sea Castle » fera penser à La Roux.

Purity Ring ne souhaite pas aliéner ses fans de la première heure mais il est clair qu’ils ont pour but d’élargir leur public. La pop électronique est ici presque immaculée et, tout en rappelant encore les influences house, electro et indie pop, nous avons droit à une collision assez harmonieuse de différents styles qui se fondent l’un en l’autre avec fluidité ne serait-ce que dans le passage d’un climat à un autre à chaque composition.

Ils parviennent ainsi à acquérir un son plutôt original dans la mesure où il porte la signature qu’on leur connaît, celle d’une présence énigmatique et mystérieuse. Les atmosphères y sont toujours aussi nocturnes, étayées par des vagues de synthés océaniques et les textes cryptiques de James ; Another Eternity justifie ainsi son titre dans la mesure où il nous fait naviguer au travers d’un album sans véritable boussole, semblable à une étoile du Nord qui se déroberait chaque fois à nos yeux.

***1/2

Cat’s Eyes: « The Duke of Burgundy »

Cat’s Eyes est un duo formé de Rachel Zeffira et de Faris Badwan (The Horrors) dont The Duke of Burgundy, leur deuxième album, musique originale du film de Peter Strickland du même nom.

En contraste avec leur premier opus éponyme, l’electro pop a été remplacé par des compositions orchestrales habitées et inspirées de la musique baroque.

Le film raconte l’histoire d’une femme chasseur de papillons et de sa relation SM avec son amant. Pour une œuvre qui s’abstient de tout jugement et adopte la narration libre, Cat’s Eyes est parfaitement parvenu à reconstituer la substance et l’imagerie d’une histoire située au 19° siècle.

Le titre d’ouverture par exemple se présente sous la forme d’un mélange délicat de flutes et de guitares acoustiques, de clavecin et de vocaux fins et épars avec des changements entre mélodies en mode majeur et mineur introduisant des textures qui se retrouveront tout au long de l’album.

L’alternance dans les modes exemplifie à merveille la dualité des émotions face au SM et, tout comme dans le film, la musique progresse au fur et à mesure où l’histoire s’étoffe. L’utilisation d’instruments à vent sur « Moth » véhicule le sens d’une innocence encore présente avant d’être suivie par « Door N°1 » qui offre une vision plus sinistre et sombre soniquement grâce à l’emploi du hautbois.

Le « closer » sera un « Coat of Arme » qui aura intégré parfaitement le climat de l’intrigue en utilisant cordes et choeurs pour véhiculer une atmosphère finale faite de cette hantise que l’on retrouve chez Danny Elfman ou Angelo Badalamenti.

Bien que ce ne soit que leur deuxième collaboration, la voix d’opéra de Zeffira et l’approche gothique de Badwan se mélangent d’autant plus harmonieusement que cette rencontre est plutôt inattendue. Les instruments classiques (clavecin, flute) prennent en charge l’imagerie alors que l’electronica va servir à illustrer l’atmosphère tourmentée qui résulte de ce conflit d’émotions et de désirs ; The Duke of Burgandy a ainsi admirablement illustré la tension dramatique et la substance émotionnelle que quiconque aura vu le film ne pourra que partager.

***1/2

Sam Prekop: « The Republic »

Chroniquer un musicien qui se singularise en optant pour l’expérimentation n’est pas une sinécure car, souvent, il s’agit pour ces artistes d’un débouché annexe qui consiste à créer de l émotion sous la forme d’une expression souvent abstraite et bruitiste. En ce sens l’approche est différente de celle d’un combo qui utiliserait les mêmes techniques mais qui, pour le même résultat, choisiraient le « songwriting ».

En ce qui concerne le guitariste et vocaliste de The Sea and Cake, Sam Prekop, il faut admettre que ce dernier n’est pas étranger à l’art de fabriquer des atmosphères luxuriantes et des grooves électroniques. Il y a chez lui une certaine forme d’innocence assez étrange si on considère la première moitié de l’expédition sonique que constitue The Republic.

Les mouvements qui vont de 1 à 9 sont, en effet, composés de passages qui sont par moments maladroits et, en certaines occurrences, impossibles à écouter. S’y ajoutent des éléments plus doux et presque séduisants qui donnent à nos oreilles une chance de récupérer et, même si il peut paraître bizarre, de comparer le disque à de la musique classique, cette démarche n’est pas éloignée de celle d’un compositeur comme Olafur Arnalds dont les œuvres mélangent avec alacrité l’élégant et le percutant.

La complexité des séquenceurs analogiques de Prekop et la simplicité des tonalités et des sons font comme nous promener dans un musée d’art moderne mais sans la prétention qu’on peut parfois y trouver. C’est cette dynamique qui est source de plaisir

La deuxième partie de l’album sera plus accessible. Les mélodies sont présentes mais à la manière de Kraftwerk ; cela permet de donner une allure plus concentrée à l’ensemble, comme si il était question de chansons et non pas de paysages sonores.

The Republic aurait sans doute pu être divisé en deux EPs, le premier consacrée à l’épopée le deuxième à une musique plus conventionnelle. On sera en droit de préférer l’une ou l’autre sans néanmoins y trouver matière à s’enthousiasmer.

**

Misterwives: « Our Own House »

Our Own House est l’album longtemps attendu de Misterwives un groupe pop New York aux rivages de l’indie-pop et dont le premier opus, un EP nommé Reflections, avait suscité un buzz insensé pas élogné d’une hype marketing.

Ils ont fait partie des « artistes à surveiller » selon MTV, ont reçu la récompense du « free single of the week » délivrée par iTunes et ont figuré au haut du hit-parade du Billboard dans la catégorie « Emerging Artists ».

Munis d’un tel CV il était évident que la musique enjouée de Midwives allait être attendue au tournant et, première surprise, Our Own House est faussement joyeux. Au travers de mélodies enlevées, on distingue des textes qui n’ont rien à voir avec l’image insouciante et souriante que le combo projette. Il ne faudra donc pas se tromper sur l façon dont un tel disque, inhabituel dans la mesure où il ne comporte aucune plage réellement faible, se doit d’être perçu.

Chaque composition recèle sa propre crédibilité mise d’autant plus en valeur par une voix exceptionnelle, celle de Mandy Lee. Elle est parfaitement accompagnée par Etienne Bowler à la batterie,W ill Hehir à la basse, la guitare de Mac Campbell et Jesse Blum aux claviers, trompette, accordéon.

Ceux qui seraient tentés de faire une comparaison avec One Direction ou autre « artiste » du même acabit en seront pour leurs pieds et ne pourront qu’apprécier les tonalités reggae de « Ocean » ou plus ensoleillées de « Box in the Sun » ou « Vagabond » ? Toutes sont délicieuses et immédiates de la même manière qu’un titre comme « Huriccane » qui résonnera aux oreilles dès la première écoute.

On appréciera aussi la pop désinvolte de « Best I Can Do » et le « feelgood factor qui sera véhiculé par la chanson titre. Midwives n’ont pas leurs égaux pour brouiller les pistes, que ce soit en termes d’images qui va en contradiction avec leur répertoire et en matière de contenu qui juxtapose avec habileté refrains ironiuiqes et thématiques mélancoliques.

***1/2

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