Misterwives: « Our Own House »

Our Own House est l’album longtemps attendu de Misterwives un groupe pop New York aux rivages de l’indie-pop et dont le premier opus, un EP nommé Reflections, avait suscité un buzz insensé pas élogné d’une hype marketing.

Ils ont fait partie des « artistes à surveiller » selon MTV, ont reçu la récompense du « free single of the week » délivrée par iTunes et ont figuré au haut du hit-parade du Billboard dans la catégorie « Emerging Artists ».

Munis d’un tel CV il était évident que la musique enjouée de Midwives allait être attendue au tournant et, première surprise, Our Own House est faussement joyeux. Au travers de mélodies enlevées, on distingue des textes qui n’ont rien à voir avec l’image insouciante et souriante que le combo projette. Il ne faudra donc pas se tromper sur l façon dont un tel disque, inhabituel dans la mesure où il ne comporte aucune plage réellement faible, se doit d’être perçu.

Chaque composition recèle sa propre crédibilité mise d’autant plus en valeur par une voix exceptionnelle, celle de Mandy Lee. Elle est parfaitement accompagnée par Etienne Bowler à la batterie,W ill Hehir à la basse, la guitare de Mac Campbell et Jesse Blum aux claviers, trompette, accordéon.

Ceux qui seraient tentés de faire une comparaison avec One Direction ou autre « artiste » du même acabit en seront pour leurs pieds et ne pourront qu’apprécier les tonalités reggae de « Ocean » ou plus ensoleillées de « Box in the Sun » ou « Vagabond » ? Toutes sont délicieuses et immédiates de la même manière qu’un titre comme « Huriccane » qui résonnera aux oreilles dès la première écoute.

On appréciera aussi la pop désinvolte de « Best I Can Do » et le « feelgood factor qui sera véhiculé par la chanson titre. Midwives n’ont pas leurs égaux pour brouiller les pistes, que ce soit en termes d’images qui va en contradiction avec leur répertoire et en matière de contenu qui juxtapose avec habileté refrains ironiuiqes et thématiques mélancoliques.

***1/2

Jack Ladder & The Dreamleaders: « Playmates »

Jack Ladder & The Dreamlanders est un combo australien auteur de quelques albums et dont la renommée n’a jamais dépassé l’hémisphère Sud, cela pourrait changer avec un Playmates qui voit le combo approfondir une nouvelles direction musicale.Les premiers opus, Love Is Gone, étaient construits autour de formules simples dont les compositions pouvaient être interprétées par tout un chacun, avec l’arrivée de Kirin J. Callinan et la sortie de Hutsville, Ladder s’est mis en tête de déconstruire ses morceaux puis de les recoller ce qui a fait des Dreamlanders un combo dont tout avait changé hormis la voix de baryton de son leader.

Playmates poursuit cet approndissement d’autant que le groupe est désormais enrichi d’une crooner (Donny Benet) et de Laurence Pike de PVT. Le son aussi s’est étoffé avec la production de Kim Moyes qui apporte une touche de raffinement et une vista plus aigue que celle qui existait déjà dans Hurtsville.

La musique passe toujours par un rock typé années 80 mais elle est indubitablement plus moderne et actuelle. Ladder occupe toujours le devant de la scène mais son baryon est devenu encore plus intoxicant qu’avant comme si il souhaitait émuler le registre de Nick Cave. Son humour est toujours aussi caustique et ses textes incisifs sont merveilleusement servis par l’interprétation magistrale de ses musiciens.

L’ensemble est soudé et rien qui puisse s’apparenter à une trace d’égo ne semble ici avoir sa place : chaque solo de guitare saturée, chaque feedback, chaque ligne de clavier intervient pour se mettre au service d’un unique objectif : mettre en valeur l’atmosphère exigée par les chansons.

Cela peut se traduire sur un « Come On Back This Way » rumination morose sur la perte, avec « Neon Blue » et son climat d’horreur sinistre et dégoulinante, au travers de l’agression brutale et métallique de « Reputation Amputation » ou enfin sur le romantisme désuet de « To Keep and Be Kept », rien ne paraît vouloir aller à l’encontre d’un opus dont la diversité de styles ne dément pas l’unicité.

Playmates explore ainsi l’âme humaine et ses désirs dans toutes ses manifestations, il sait parfaitement utiliser les ressources d’un groupe de rock pour aller au-delà et nous offrir un disque sans âge et atemporel.

****

Alien Ant Farm: « Always & Forever »

Voilà une bonne dizaine d’années, un pléthore de groupes que l’on qualifiait de « nu metal » est arrivée sur la scène musicale. Certains embrayaient sur l’approche qui avait été celle de combos comme The Deftones, Slipknot ou Körn mais d’autres, Alien Ant Farm pour ne pas les nommer, s’essayaient à une esthétique différente ce qui leur a permis d’avoir un petit succès.

Quelle était son origine ? Dans le cas de AAF ça a pu être les visuels farfelus de leurs photos ou vidéos, ça a pu être également leur reprise du ‘Smooth Criminal » de Jacko ; dans un cas comme dans l’autre leur présence a peu duré et ils ont très vite disparu de nos radars, du moins jusqu’à aujourd’hui.

Après avoir connu des hauts et des bas pendant neuf ans, les voilà de retour avec un Always & Forever au titre emblématique tout comme l’est le morceau d’introduction, « Yellow Pages » qui montre que, musicalement, le groupe n’as pas énormément changé.

Ils furent les hérauts d’un « nu metal » daté désormais, toutefois, alors que le disque se promène de manière débridée et désinvolte le long de nos oreilles, il est quelque part revigorant de constater qu’ils sonnent comme on se doit de sonner en 2015.

Always & Forever aurait, en effet, pu éclater en vol mais avec des compositions comme un « Our Time » lui aussi à la symbolique marquée, le combo parvient à s’approprier des tonalités énormes et anthémiques qui résonnent de manière plus fraîche qu’il y a 15 ans. Nous n’avons pas affaire à un groupe vivant dans le passé et son ombre mais à un combo atteint par le groove, le funk, la virilité ; bref la vie.

Les morceaux sont plutôt bons et sains (« American Pie » par exemple) avec ce qu’il faut de facéties pop-rock et « camp » pour séduire aux marges et mériter un passage à la radio. AAF sont parvenus à nous offrir un opus commercial au bon sens du terme, un « nu metal » accessible sans s’édulcorer et quand ils déclarent sur « Our Time » : « This is our time right now ! » on ne peut qu’être d’accord avec eux.

***1/2

Of Montreal: « Aureate Gloom »

Avant d’écrire et d’enregistrer Aureate Gloom, le leader de Of Montreal Kevin Barnes était en plein divorce d’avec son épouse après un mariage de 11 ans. Il a décrit cette période comme étant celle d’un « découragement doré » et les tonalité de ce nouvel album reflètent indubitablement cette époque sombre mais paradoxalement optimiste telle que Barnes est capable de véhiculer dans une carrière marquée par le sceau de l’excentricité et un disque aussi erratique que celui-ci.

Le titre de l’album est un oxymore et ce qui nous est proposé soniquement est aussi contradictoire que la façon dont Barnes l’a nommé. Le message, le tempo et le climat changent fréquemment, parfois même au sein d’une composition et on a la sensation de s’aventurer dans différents paysages musicaux qui font du doo-wop, à la pop des sixties jusqu’au « progressive metal ».

Le groupe reste soudé et tendu, épousant ces variations sans effort et ,sur un titre comme « Virgilian Lots » adressé par Barnes à sa femme, le combo change sa vitesse de croisière avec aisance en épousant à merveille les humeurs des textes de Barnes.

Que ce soit sur une intro rugueuse, des synthés aigus qui lui succèdent, un chorus R&B abrupt ou un phrasé ironique interprétation et phrases font corps comme sur un morceau de la nature de « Empyrean Abattoir » à la méchanceté éructée voire crachée.

Ces contes d’affliction sont encadrées par des guitares punk semblables à une nuée de voitures fonçant en surmultiplié (« Monolitic Egress »), des récits fascinants d’enregistrements au Mexique (« Apollyon of Blue Room » et « Estocadas) ou de composition baignant dans l’absurde («  Chthonian Dirge For Uruk the Other »).

Aureate Gloom s’avère être ainsi le point de rencontre de tous ces contraires et la recherche d’une lumière artistique faite d’expérimentation et d’incursion dans de nouveaux paysages sonores ; à ce titre il est marque d’un cheminement dont on n’est pas pressé de voir la fin.

****

Eternal Tapestry: « Wild Strawberries »

Eternal Tapestry ont décidé de se retirer dans une cabane reculée de l’Orégon pour s’acclimater au climat qui allait présider à l’enregistrement de leur dernier album. C’est là qu’ils ont passé heure après heure en interminables jam sessions et compositions qui ont donné naissance à ce double album, Wild Strawberries.

Il est évident que cet environnement rural a inspiré le disque puisque la plupart des titres portent des noms de plantes et de fruits de la région. L’approche est d’ailleurs plus détendue, pastorale et une grosse partie des morceaux dépasse les 10 minutes. L’immersion que s’est imposé le groupe n’aura pas été inutile car ce sont les passages les plus réussis du disque.

Les improvisations ont cette légèreté proche de l’euphorie qui se traduit par des répétitions de phrases et une utilisation intensive des pédales d’écho. Les vocaux, eux, reçoivent un traitement propre à celui du shoegaze, identique à ce que serait une version plus douce de Spacemen 3 ou The Telescopes. La guitare se fera, par moments, plus appuyée (sur « Enchanter’s Nightshade » par exemple) mais dans l’ensemble le son restera adouci et agréable à l’oreille.

Cette humeur nous permet de mieux imaginer les paysages imaginaires que nous proposent « Lace Fern » ou « Pale-Green Sedge » guidés par des riffs qui nous entraînent vers des directions imprévisibles. Le morceau le plus travaillé sera « White Adder’s Tongue », un titre permettant aux claviers en sustain d’être en charge de sa progression épaulés par des touches de guitare grattée et qui semble être née d’une erreur. Peu à peu la composition va évoluer à partir d’une recette stéréotypée pour se transformer en une expérience qui va nous absorber sous des loops de claviers et des percussions énergiques avant que la climax n’intervienne sous la forme de cuivres qui, ensuirte, vont disparaître en fade out.

Cette fin sera d’ailleurs frustrante d’autant plus que le majeure partie des plages se terminent aussi abruptement. Ce sera le seul point d’achoppement de ce disque policé et dont la suspension brumeuse sera aussi brutalement interrompue.

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Keath Mead: « Sunday Dinner »

Keath Mead est un musicien autodidacte de Caroline du Sud et, à l’écoute de son album éponyme, Sunday Dinner, il est vraisemblable qu’il a écouté beaucoup de soft rock des 70’s, de power pop façon Teenage Fan Club ainsi que de la chillwave des années 2000.

Cette dernière influence est sans doute liée à la production de Chaz Bundick (Toro y Moi) qui a également assisté Mead dans l’interprétation du disque. Celui-ci est un opus tranquille et sans prétention, au climat laid-back et aux riffs discrets et plaisants. Les compositions sont façonnées autour de changements d’accords très simples, l’instrumentation est le plus souvent dépouillée et si le disque ne fascine pas à première écoute, il se fera inconsciemment une place graduelle si on y prête attention.

La reverb sera légère tout comme les chorus ce qui fait que même les titres les plus enlevés (« Change », « Navy ») sont arrondis et faciles l’oreille d’autant que la voix de Mead enrobe le tout de manière harmonieuse.

L’atmosphère générale penchera généralement vers les rock AM  mainstream des années 70, en particulier sur les ballades acoustiques, et la plupart des morceaux sonneront souvent comme des réécritures des mêmes chansons (par exemple « Polite Refusal » et le titre qui précède).

Cela n’est pas nécessairement facteur de problèmes ; il y a suffisamment de compositions agréables (« Grow Up » et « Waiting ») pour qu’on y trouve son compte si on est amateur de ce type de musique. Mead et Bundick ont su, en outre, parfaitement su intégrer les éléments électroniques et en faire un fondu harmonieux ; Sunday Dinner sera donc suffisamment constant pour que l’on puisse apprécier sa pop ensoleillée même si quelque peu itérative.

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Noel Gallagher’s High Flying Birds: « Chasing Yesterday »

Si le premier album solo de Noël Gallagher sous le nom de High Flying Birds pouvait être perçu comme une extension des dernières années de Oasis, son « follow up » , intitulé de façon très appropriée Chasing Yesterday, fait vraisemblablement référence aux jours glorieux du groupe. On ne peut échapper d’ailleurs à l’impression que le disque a été enregistré durant les mid 90’s et, en raison de cette perpétuation sonique, ce qui va ressortir est que Gallagher n’est pas dans un mode de désir d’évolution mais plutôt de mise en forme et d’affirmation de sa propre identité.

Alors que son album éponyme semblait parfois s’éloigner des sentiers battus et lui permettait d’assumer le fait d’être devenu un artiste solo, celui-ci procure le sentiment que Gallagher est désormais dans l’acceptation de ce qui le constitue, ses forces mais aussi ses limites. Il est vrai qu’il a désormais 47 ans et qu’il est temps pour lui de prendre en compte ce qu’il est capable de faire au mieux (suites d’accords symétriques, structures des compositions simplistes et textes quelque peu légers) tout en y apportant une dose d’inédit comme les hymnes garage bluesy que sont « In The Heat of The Moment », « The Mexican » ou « The Ballad of the Might ». Ces deux éléments, tout disparates qu’ils soient, accentuent ce que Gallagher sait le mieux amener : mélodies qui durent et riff qui accrochent.

Un dose de créativité se fera pourtant jour ; des arrangements jazzy et des rythmes en cascade sur « Riverman » et « The Right Stuff », des ballades remarquablement équilibrées et stables comme « The Dying of LIght » et « While Tthe Song Remains The Same », le tout donnant la sensation que l’âge à permis à Noël d’acquérir une certaine autonomie et à réaliser un album qui, par moments, indique qu’il est capable de faire autre chose que ce qu’on attendait de lui, ou plutôt de faire précisément ce qu’on attendait de lui.

Gallagher a eu sa part de heurts eu égard à la nature belliqueuse de Oasis ; on peut comprendre qu’il soit désormais blindé contre les critiques et qu’il ait désormais confiance en sa propre authenticité plutôt qu’en un groupe qui avait excédé sa longévité. Sur Chasing Yesterday, il y est parvenu et il a même réalisé un plutôt bon album.

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Eternal Death: « Eternal Death »

Johan Angergård a une assez longue carrière dans la musique pop ; il s’est essayé à de nombreux styles et il faut avouer qu’il est parvenu à tous les maîtriser. Avec Club 8 il s’est aventuré dans la dream-pop mélancolique, la noise-pop pleine de feedback avec The Legends et l’indie-pop sucrée avec Acid House Kings.

Sur l’éponyme Eternal Death, le voilà équipé pour une pop avec un « P » majuscule et, pour cela, il s’est en effet entouré de la vocaliste Elin Berlin pour confectionner un son où les synthés ont la part belle et où les références à des groupes vintage comme Human League sont légions.

Angergård va pourtant resté ancré dans la scène actuelle telle qu’elle a été popularisée par des groupes comme Chvrches ou Purity Ring en construisant une musique autour de percussions insistantes et de murs d’electronica qui surplombent en nous envahissent de manière si puissante qu’elles ne sont jamais loin de nos transporter dans un état second.

Eternal Death comme son patronyme l’indique ne fait pas dans le « easy listening » même si les mélodies sont accrocheuses car les textes sont délivrés par Berlin avec un registre perçant, dur et d’une agitation flottante qui s’insinue, telle une marée, dans tous les recoins de nos conduits auditifs.

Il y a dans ce disque un fort courant de mélancolie sombre que ce soit dans la musique et dans les lyriques ou chaque composition semblera vouloir s’acharner à obscurcir notre paysage, parfois de façon irrépressible.

Les synthés ne laissent pas non plus beaucoup d’espace pour que l’on puisse respirer et, appariés à la voix douloureuse de Berlin, Eternal Death ne nous procure pas une pop qui vibre mais plutôt une pop qui sanglote et qui attend vainement une quelconque délivrance.

Il est de rares moments où les deux artistes semblent prendre un malin plaisir à se complaire dans un registre plus enlevé, sur la disco de « Head » ou « Cry » et la ballade 50’s de « Love » ; on aurait aimé qu’ils soient plus fréquents tant ils sonnent comme des parenthèse et non le véhicule d’une joie de vivre.

L’impression générale restera, au final, celle d’une sinistrose dont il est impossible de se défaire et le résultat celui d’une musique « mainstream » qui se donne tous les moyens pour ne pas y tomber.

***1/2

The King Khan & BBQ Show: « Bad News Boys »

Après un hiatus de 5 ans, The King Khan & BBQ Show reviennent avec un nouvel album qui s’inscrit dans la même lignée que Invisible Girl en 2009. Sur ses 32 minutes, Bad News Boys va balancer entre doo-wop classique (« BuyByeBhai », « Ocean of Love ») et garage rock (« When Will I Be Tamed ? » ou « Killing The Wolfman ») sans, qu’à une seul moment, le disque ne semble perdre son focus ou sa direction. Les harmonies pleines de soul du duo s’entremêlent à des guitares pleine de croustillant et une batterie toute en nuances pour créer une tonalité fraiche et nostalgique en même temps.

Les seuls moments où l’album va s’égarer se trouveront quand les deux artistes veulent se frayer un passage dans le hardcore « old school » avec des titres de la teneur de « D.F.O. » ou « Zen Machines ». Les compositions n’ont rien de rédhibitoires en soi mais elles ne semblent pas appartenir à ce qu’est la nature de Bad News Boys en dépit du fait qu’elles sont interprétées avec foi et coeur par King Kan & BBQ Show. « D.F.O . » est maladroitement juxtaposé, ou plutôt fourré, entre le mid-tempo qu’est « BuyByeBhai » et un « WeAreThe Champion » dont la six corde en carillon rappellera The Kinks ce qui interrompra le liant de l’album comme une excroissance pathogène au milieu d’un organisme sain.

De la même manière, au bout de deux minutes d’écoute de « Zen Machines » ; le « closer » du disque, on ne pourra que s’insurger contre le riff répétitif et dissonant qui jalonne le titre avant de le suspendre abruptement.

On ne peut alors que tressaillir désagréablement sur un écho inachevé et qui ne résout rien. Il est des albums qui nous laissent sur une frustration qui nous font en demander plus, celui-ci produit un goût d’autant plus amer qu’il intervient après une écoute qui n’a pu que gratifier ce qui tient lieu de palais auditif.

***

Moon Duo: « Shadow of the Sun »

Il est une démarche chez certains artistes qui est de n’utiliser qu’une palette réduite d’instruments et d’idées pour toucher de plus près à la substance de leur créativité, sans atours ni affectation, et c’est une méthode sur laquelle beaucoup se sont cassés les dents. Moon Duo et le chanteur vocaliste de Wooden Shjips, Ripley Johnson s’y sont toujours employés et, la plupart du temps, ils y sont parvenus.
Sur ce quatrième opus qu’est Shadow of the Sun, Moon Duo reprennent les accroches répétitives et mélodiques de Circles et les emmènent vers un endroit plus sombre et en même temps plus cotonneux. Il y a, en effet, une densité sonique qui vire à la claustrophobie même si, quelque part, on a en même temps l’impression de prendre part à un effort qui vise à nous transporter en un voyage interstellaire.

Pour cela, les claviers de Sanae Yamada assure la coloration sonique d’une manière emphatique dans la plupart des cas comme sur le garage rock gothique de « Zero » et « Free The Skulls » et leurs drones d’orgues psychédéliques ou avec un « In A Cloud » dont les plages nuageuses éveillent en nous les merveilles oniriques de la meilleure dream-pop.
Johnson y intègre parfaitement la notion que les vocaux ne sont qu’une partie de ce puzzle que constitue une composition et s’emploie à en faire des éléments faisant partie d’une texture sonore et non pas un appendice séparé d’autres instruments.
Ce qui fait de Shadow of the Sun plus qu’un exercice de style est la sensibilité pop qui se dégage de certains titres ; à cet égard « Slow Down Low » pourrait aisément passer pour un titre rock and roll si on n’y trouvait pas des références à Suicide et au krautrock pour filtrer l’ensemble.
Au final, l’album effectue un grand écart entre musiques fantomatique et world qui, toutes deux, travaillent sur la répétition hypnotique de certaines phases. L’une se veut exempte de procédés chimiques, l’autre s’inscrit dans une autre démarche mais toutes deux ont pour objet d’induire en notre conscience une autre perception des choses. Même si le procédé demeure un recyclage de processus déjà explorés, il est presque salutaire de vouloir remettre le passé en phase avec un aujourd’hui pour qui ce procédé n’est pas nécessairement une calamité.
***1/2

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