La musique rock s’est toujours faite sous fond de transgression et, même quand elle semblait se policer, il y a toujours eu des ensembles pour jeter un pavé dans la mare, y compris quand l’indie-rock était devenu lui-même une marque déposée.

Savaging Spites est un collectif (délicieuse réminiscence de la contre culture) psyche-folk dont le répertoire voit bien au-delà et se situé au niveau de l’incongruité revendiquée et d’une démarche qui se résume à ne pas en avoir. Leur premier album éponyme avait impressionné et, si ce deuxième opus We Should Be Dead (Together) n’est pas selon eux un « follow-up » mais un EP, il y a suffisamment de matériel sur ces onze plages pour qu’il soit considéré comme un opus à part entière.

On y retrouvera le parfum mystique et sombre du disque précédent, enregistré ici plus ou moins « live » , des jam sessions dans lesquelles l’improvisation semble être la pièce maîtresse, une sorte de drone rustique encombré de brumes ou l’es expérimentation prend des tournures effrayantes.

Les percussions sont funèbres, les guitares acoustiques distantes et hantées et les mélodies s’élèvent puis disparaissent dans le mix. Le fuzz est là, également, mais il est comme étouffé par une gaine lo-fi, donnant l’impression que l’on s’avance vers une sorte de rituel païen dont on ne connait pas la finalité.

Une fois habitués à cette ambiance occulte, les titres prennent une consistance ; « Sunrises » flotte gracieusement entre délicatesse et effroi, « Tales of Pneumonia » réunit rock et madrigal et le spectral « Don’t Let Lorraine Get Much OLdere » rassemblera the Incredible String Band et le Eno de la période Low.

We Should Be Dead (Together) est un disque déconcertant mais, si il peut indisposer, il ne nous exclut jamais. Même si il ne s’adresse pas à un public non initié, ses soubresauts et entrelacs sont des modèles de fluidité. On n’irait pas jusqu’à dire que c’est un album fédérateur mais il est capable de développer des climats intimistes bien que brouillés ; en ce sens il est prodigue d’émotions qui peuvent aisément déclencher un « trip » au cœur de la béatitude.

***1/2

Il paraît que la pop rock anglaise est devenue prévisible et aseptisé selon certains observateurs ; si c’est le cas il est grand temps de remercier Fat White Family un groupe de Londres qui reprend le flambeau de la provocation déjà par un nom plutôt biscornu, un titre d’album, Champagne Holocaust, nihiliste et pervers et une pochette dans laquelle l’érotique savamment vulgaire est soigneusement assumé.

La musique est vigoureusement à l’opposé de pro-tools et les onze plages qui composent le disque sont chaotiques à souhait, avec des moments où elle s’élève puis s’affaisse comme si elle se trouvait aux prises avec une tempête sonore.

Il y a dans Fat White Family une volonté de s’affranchir des conventions dans la mesure où ils ne font que jouer ce qu’ils ont envie de jouer. Ça peut être du rock psychédélique, du country lo-fi ou du garage, avec ses six membres le groupe est capable d’invoquer une nombre impressionnant de techniques vocales et d’interpréter de la musique pour la musique en soi sans se préoccuper des genres.

L’ouverture, « Autoneutron », est un hymne apocalyptique rappelant « End of the Night » des Doors, drôle d’intro pour un album, « Special Ape » continue dans la discordance vénéneuse mais ils sont également de nous faire vivre des moments de pure illumination sur des passages plus calmes.

« Garden of the Numb » est, par exemple, une ballade de conclusion mais elle est vicieuse et pleine de rancoeur, à la fois Tom Waits et à la fois Mark E. Smith à qui la production studio donne un aspect louche voire sordide.

Celle-ci est le plus souvent rudimentaire et d’une seule pièce comme pour déshabituer les oreilles d’un traitement policé et cela fait partie intrinsèque de la démarche du groupe ; Fat White Family réussit d’aiileurs parfaitement dans son approche. Champagne Holocaust est la bande-son idéale de ce que serait un plaidoyer pour la destruction.

***1/2

« Tel père tel fils dit-on. » Jamais cela n’a semblé être aussi vrai que dans le cas de Adam Cohen. Mais plutôt que de choisir les traces de son père, le chanteur a surtout cherché à lui être en quelque sorte fidèle. C’est ce qu’il nous explique ici pour la sortie de son nouvel album We Go Home, disque où, enfin, il lui a paru aisé d’aborder le problème de son legs et de la filiation puisque, désormais il a un fils en âge de l’appréhender et à qui, lui aussi, il pourra transmettre le lien familial.

Adam Cohen_Photo2

L’album précédent s’appelait Like A Man, celui-ci We Go Home. Le premier n’était-il pas une déclaration d’émancipation et le dernier une retour vers ses racines, vers son soi, et pas simplement quelque chose de littéral ?

Vous avez tout compris. La question est tellement bonne et il serait difficile de répondre autrement. Vous avez parfaitement saisi qui s’est passé avec le dernier disque ; il y a eu une certaine naissance, une certaine conscience. J’ai mais les bras autour d’une tradition, une Vox et maintenant il est question d’assumer cette vox. Il s’agit d’en sortir aussi, d’existe dans une communauté à l’extérieur de la maison mais tout en restant conscient d’où je viens.

Vous semblez résumer ça dans « So Much To Learn » où vous faites référence au père et au fils, comme un passage de traditions dans la filiation, comme dans la Diaspora.

C’est un beau mot la Diaspora. Ça me fait plaisir parce que je pense que je fais partie de la Diaspora comme on le fait tous. Ce titre est, en effet, une des pièces centrales avec « Put You Bags Down » ; ce sont deux chansons où on peut trouver la voix du père ou la voix du fils. Sur ces titres c’est les deux en même temps : le souvenir de la Diaspora, de la terre père et de la terre mère. Dans mon cas c’est le souvenir d’une certaine architecture folk, de la voix de mon père en particulier et du besoin de transmettre d’où on vient et ce que l’on est.

« Put Your Bags Down » c’est un peu poser ses caisses après un exode;je me demandais si ça n’était pas plutôt adressé à votre fils.

Celle-là oui mais ça vient directement d’une conversation que j’ai eue avec mon père quand j’avais 17 ou 18 ans. Je lui ai parlé d’un problème et il m’a dit : « Écoute, imagine dans un wagon. Il tient inconfortablement plusieurs valises dans chaque main et il en a une autour du cou. À un moment il réalise qu’il peut poser ses affaires et que ça ne change pas la destination du voyage. Tout ce que ça change c’est que tu vas être un tout petit peu confortable. » Alors, comme on dit : « Enjoy the ride. » j’ai essayé de l’expliquer à mon fils mais il n’a que 7 ans, alors je l’ai mis dans une chanson et il la consultera quand il voudra, un jour.

D’où sa photo sur la pochette…

Et derrière il y a lui et moi. Ce disque est une chronique de conversations que j’ai eues avec mon père et j’ai l’intention d’avoir avec mon fils, que ce soit à travers des chansons ou pas. Sur chaque morceau je fais un clin d’oeil ou une référence soit envers mon père soit dirigée vers mon fils.

ADAM COHEN + LEONARD COHEN

Sur « Uniform » c’est le plus flagrant.

Il y en a plein d’autres mais c’est le truc qu’on va capter immédiatement comme sur le dernier disque ou je dis : « So long Marianne. » Ça me plait car toute ma vie et toute ma carrière j’ai voulu être digne de lui, que mes chansons puissent être en dialogue avec les siennes. Et je n’étais pas encore à ce niveau en fait. Maintenant c’est le cas, il m’appelle pour des conseils, je suis dans une entreprise familiale et j’ai un poste qui est digne d’une conversation avaec lui. Ça m’aura pris toute ma vie.

Est-ce une manière de tuer le père comme chez Dolto qui disait qu’on ne se construit qu’en s’opposant ?

Pas du tout mais je peux comprendre la question. Je crois que c’est le contraire au fond. C’est plutôt vouloir honorer le père au sens biblique et historique.

Vous abordez le thème de l’Amour sur « So Real » en disant qu’il est difficile d’échapper aux clichés. Puis il y a « Love Is » ; n’est-ce pas une manière de vouloir monter que l’on veut que son état amoureux est unique et transcende tous les autres ?

Tout ce que je peux dire à propos de l’Amour est beaucoup plus convaincant à travers une chanson ; je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Quand j’écris, je réfléchis, j’essaie d’être généreux, d’être clair, de toucher les clichés sans tomber dedans. C’est pour ça qu’on fait de la musique, qu’on est artiste.

Musicalement, comment tentez-vous justement de ne pas tomber dans les clichés ? Par exemple les cordes de nylon c’est assez original dans le domaine du folk-rock ou des « singer songwriters ».

Le nylon est plus doux. Pour moi ça évoque le son d’un matin où je me lève, tranquillement, où je vais à la cuisine et trouve mon père en caleçon dans la maison. Pour moi, ça évoque ce qu’est la musique de MA maison. C’est donc un outil familial. C’était assez inattendu mais j’ai trouvé que ma muse était ma famille. Ce qui m’inspire le plus aujourd’hui c’est qui je suis, d’où je viens, qui j’ai toujours voulu devenir. Les obstacles que j’ai rencontrés, la myopie dont j’ai souffert mais que j’ai pu vaincre.

À quoi faites-vous allusion ?

Le manque de courage à faire ce que je voulais vraiment faire et la confusion par rapport à ce que je voulais devenir. Je savais que je voulais devenir quelque chose (sic!) d’important, quelqu’un qui valait quelque chose. Mais c’était toujours par rapport à ce que je connaissais comme exemple de succès. Mais les jeans serrés, une bonne coupe de cheveux, les femmes, des succès au hit-parade ça aussi ça m’a beaucoup séduit. J’ai déraillé et il m’a fallu beaucoup de temps pour remettre mon wagon sur les bons rails.

Et avez-vous jamais songé à aborder un registre plus rock ?

Oui, bien sûr. J’ai tout fait, même un album en Français et mon premier disque était plutôtdu R & B assez soigné. Je crois avoir cherché partout en fait et j’aurais bien aimé faire ça quand j’avais 15, 16 ou 18 ans au lieu de le faire à 26, 32 ou 39.

Adam Cohen_Photo3

Et pourquoi cet album en Français d’ailleurs ?

Ma démarche a toujours été de trouver une certaine vérité et le Français n’est pas ma langue principale. Mon quotidien est en Anglais et les gens ne s’y intéressent pas d’ailleurs. Si c’est un gimmick, c’est pas mon truc non plus. Au moment où je l’ai fait, j’avais quelque chose à prouver, prouver mon appartenance à quelque chose puisque je suis Québécois et que j’ai un peu vécu en France. C’était comme un costume qu’on veut porter quand on vient de l’acheter.

We Go Home a été enregistré dans une île grecque.

La moitié dans la maison familiale que mon père a acheté en 61 à Hydra. C’est un endroit important car j’y ai grandi et l’autre moitié à Montréal. Ces deux lieux représentent les deux domiciles fixes que j’ai toujours eus car on a beaucoup voyagé.

Le titre de l’album vous est venu pour cette raison ?

Et parce que ma source d’inspiration était d’où je viens et qui je suis devenu. Ce sont mes racines, ma connexion avec ma famille.

Il y a ce titre, « I Swear I Was There » où il y a un sens de déplacement, de désespoir presque.

J’adore cette chanson. J’essaie de vous y raconter ce qui s’est passé réellement et, avec la cadence et l’architecture de la mélodie, vous transporter et de toucher l’universel à partir de ma petite histoire très personnelle. C’est un exercice très commun mais quand c’est bien fait…

Quand on entend « The radio is on but the signal is weak » ou « Everyone feels unprepared, everyone is feeling scared » il y a quand même un sentiment d’insécurité.

C’est un sentiment que tout le monde peut ressentir, voilà tout. Je préfère ne pas raconter mes textes ou les contextualiser. Je crois que la démystification d’un texte c’est un virus. Je mets beaucoup de temps et de réflexion à écrire et, quand tout est achevé, j’aimerais ne plus avoir à les expliquer.

Il y a toute une palette d’émotions dans ce disque, sérénité, inquiétude… Est-ce que, durant sa conception, vous vous êtes dit que la voie était dure ?

Il y a une chose qu’il faut savoir en termes de protection. Le disque d’avant a été mon premier succès. J’ai 42 ans et je fais ça depuis longtemps. J’ai vu des sales remplies et j’ai eu la sensation que j’avais trouvé ma voie. J’étais angoissé de fournir un « follow up » à Like A Man. Je me suis planté en fait, je suis allé à Los Angeles. Je pensais avoir du vent dans les voiles, que tout allait être facile, que j’avais appris de mes leçons et que j’allais tout pouvoir mettre en place. En fait j’ai été humilié, j’ai dépensé tout le budget et j’ai fait un disque qui était mauvais ! Il puait l’angoisse, comme un mec qui porte trop de gel dans les cheveux ou une femme trop maquillée. J’avais tellement envie de séduire et plaire et j’ai pris des mesures assez drastiques. Je ne pensais pas pouvoir retourner chez moi , m’hypnotiser dans les endroits qui m’ont vu grandir protégé par le confort et la peluche. Home c’est donc aussi une protection ; imaginez un dîner familial, on ne peut pas y entrer avec des airs, une attitude. On sait exactement qui vous êtes et il me fallait aussi me protéger contre mes airs avant de renaître.

Avez-vous jamais pensé abandonner la musique ?

Bien sûr d’autant que j’avais déclaré à tout le monde que j’avais trouvé ma voie et que je m’étais exonéré d’une certaine responsabilité. Je me suis donc remis en taule et me suis dit que peut-être je subissais un pardon divin pour me prouver de quoi j’étais capable, mais une fois seulement ! Quelques semaines plus tard j’ai décidé de ne pas accepter ce constat d’échec et de continuer à travailler.

Est-ce que ça peut être un fardeau d’être le fils de…. ?

C’est une question qui est un peu chargée et je ne suis peut-être pas la bonne personne pour vous répondre. Je comprends ce que j’ai vécu moi, je ne connais pas l’autre côté, celui qui vous permet d’être libre de cette influence. J’ai toujours eu ce besoin mais je ne connais pas l’autre versant en fait. Je n’ai pas vécu cet héritage comme une ombre, une tyrannie. Je l’ai vue comme une lumière et une inspiration. Je n’ai pas toujours pu la suivre comme je le voulais mais je l’ai trouvée finalement, et ce avec beaucoup plus de fidélité.

Né à Melbourne mais résidant désormais à Berlin, Ned Collette est un artiste indépendant dont la famille avait des liens prononcés avec l’opéra. Collette a utilisé une grande variété de styles allant de la guirares avec loops à un groupe de rock plus conventionnel pour, peu à peu, s’orienter vers des arrangements plus complexes basés sur les synthés.

C’est cette approche que l’on retrouve sur Networking in Purgatory, un projet datant d’assez longtemps, et enregistré en partie en Allemgne et en partie à Melbourne.

Même si on peut lui trouver des ressemblances avec Damon Albarn, Collette est un camaléon quand il s’agit des vocaux : lisse et mélodieux par moments, grinçants à d’autres. L’ouverture, « At The Piano » se singularise par une cascades de claviers ampoulés et reste à la limite de ce précipice qui la ferait tomber dans la « muzak ».

La chanson titre est duveteuse et courte, utilisant des chuchotements « ambient » , des tonalités sifflées et des vocaux psalmodiés en cadence. L’effet est baroque mais aussi incertain tout comme le sera « Meltemi » un instrumental ludique mais dont on peine à appréhender la finalité.

Beaucoup d’étrangetés dans cet album donc qui ne doivent pas nous distraire de passages plus intéressants comme le psyche-pop rétro de de « Birds » avec ses accords aigus ou de « Accross The Frozen Bridge » avec sa longue introduction acoustique.

L’electronica est, bien évidemment, toujours présente avec « Echoes Toes », morceau dans lequel l’influence de Gorillaz est flagrante.

Networking in Purgatory est au bout du compte un disque de lo-fi indie elmectronica, qui ,e sait pas si il veut être Dylan ou Daft Punk. Une crise identitaire dont souffre aussi Damon Albarn par exemple.

**1/2

The Hobbes Fanclub: "Up At Lagrange"

Publié: 27 septembre 2014 dans Quickies
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Ce trio de Braford conjugue, sur son premier album, Up At Lagrange, à la fois un son dream pop gorgé de reverb a un autre, plus mélodique. Le disque va donc se référer à cette esthétique de production mesurée minimaliste du style shoegaze de la pop de la charnière 80’s 90′.

La brume délicate et les vocaux plaintifs de « Into The Night » onvent l’album de for belle manière, exemple qui se reproduira sur le titre suivant, « Stay Gold », un des morceaux phares de Uo At Lagrange. Les accroches de guitares sont étincelantes et les harmonies garçon fille fournissent un merveilleux contrepoint à la production.

Le groupe avait sorti un « debut single » en 2012, « Your Doubting Heart », il se voit ici réinterprété de faon éthérée et douce alors que « The Boy From Our Space » apporte des harmonies claires à un moment de indie-punk pourtant mélancolique par ses textes.

« I Knew You’d Understand » rappelera les Stone Roses par sa tonalité joyeuse et sera une merveilleuse introduction à un « Run Into The Sea » qu’il catapultera à grabnd renfort de guitares carillonnantes et d’une atmosphère douce et mélodique ; une fraîcheur qui sonnera comme un hybride de Felt, Ride et Jesus & Mary Chain.

Le combo se frottera aussi au shoegaze épique avec un « How Could You Leave Me Like This » étonnant dans la façon dont il parvient à combiner mélodie et distorsion avec un solo de guitare très Britpop. « Why ShouldYou Tell The Truth » est une composition onirique qui a le mérite de s’incruster peu à peu en vous alors que le morceau titre aurait été la parfaite illustration d’une ballade qui aurait été écrite par Sonic Youth.

Up At Lagrange est est album dont la mise au point photographique est parfaite, il donne harmonie à ce mélange de mélodie et de rock alternatif aux guitares brouillonnes. Il rappelle le meilleur de l’indie pop de ces décades passées et, même si il n’en est pas le créateur, il en est un exécutant auquel il y a peu à redire.

***1/2

Trois ans après la sortie de Like A Man, un album plutôt réussi et ayant engrangé un succès assez considérable, Adam Cohen est de retour avec un «  follow-up  » qui avait été grandement anticipé, et qui semble marquer un retour à ses racines. Enregistré dans une maison où il a passé une grande partie de son enfance dans l’île grecque de Hydra puis terminé à Montréal, We Go Home, outre son titre peut se voir en effet comme une réappropriation de ses sources, familiales, émotives et personnelles.

Le disque traite de ses réflexions sur l’amour et sa vie en tant que fils du légendaire «  sinegr-songwriter  » Leonard Cohen, une filiation qui est aussi abrdée dans son propre rapport avec son fils qui orne d’ailleurs la pochette de l’album.

Bien que son père a été clairement une influence sur sa musique, Adam Cohen prouve ici qu’il est un compositeur plus que compétent avec toute un série de chanson d’amour organiques et marquées de sensibilité.

Le morceau d’ouverture, « Song of Me and You », introduit la tonalité générale de l’album avec sa guitare cordée de nylon et des cordes qui vont être de la partie sur pratiquement toute sa longueur. Les vocaux de Cohen sont riches, clairs et chaleureux avec certaines nuances charmeuse quand il s’essaie à un rauque un peu voilé comme sur le deuxième morceau, « So Real ». Il s’agit, ici, d’une chanson d’amour qu’il approche de manière réfléchie, où il parvient à être sincère tout en évitant les clichés.

À cette chanson relativement détendue succède le morceau titre dans laquelle la cadence s’intensifie dramatiquement. On pense alors à des groupes comme Of Monsters and Men ou The Middle East. Ici Cohen s’empare d’un style folk plus enlevé avec un chorus prêtant à ce qu’on le chantonne et toute un série d’harmonies enjouées.

Au milieu de l’album, nouveau retour à un rythme plus tempéré et des titres qui parlent pour eux-mêmes avec des textes évocateurs et remplis d’émotivité. « So Much To Learn » sera un modèle d’introspection et, sur toute cette partie, Cohen utilise au mieux le trio ainsi que le section à cordes avec qui lesquels il a tourné tout en y ajoutant de délicats passages de piano.

L’envers du décor est que ces compositions semblent se fondre l’une dans l’autre et suivent une stucture identique de vers simplifiés et de chorus parfois trop ronflants.`

Les quatre derniers titres vont néanmoins réorienter We Go Home. « What Kind of Woman » et « Swear I Was There » nous présentent un Cohen plus téméraire comme si il nous avait réservé un fin plus explosive (toute proportion gardée). Ce dernier titre en particulier commence doucement mais, très vite, il se développe en un chorus en crescendo aboutissant à quelque chose qui est comme un véritable apex, servi qu’il est par une voix qui n’hésite pas à s’affranchir de la moindre retenue.

Le disque va se finir sur un « Boats », tendre berceuse de moins de deux minutes mais aussi touchante conclusion résumant la nature de ce disque. On appréciera la manière dont la voix de Cohen formera un tout en osmose avec la guitare aux cordes de nylon, un glissé qui chronique de manière apaisée ce que c’est que d’être père et fils, un peu comme si toute tension s’était enfin dissipée et que la paix qui infuse We Go Home trouvait sa manifestation dans celle qui habite l’esprit de chanteur et se répand dans sa créativité.

***1/2

Sarah Jaffe: "Don’t Disconnect"

Publié: 26 septembre 2014 dans Quickies
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Don’t Disconnect de Sarah Jaffe est le quatrième album de cette chanteuse alternative et il marque une évolution assez flagrante vers une pop expérimentale semblable à celle de St. Vinvent ou My Brightest Diamond.

Sous cette lueur produite de manière savamment lustrée de nombreux genres sont conjugués, le R&B, le folk et l’electro-pop, et ils sont tous ornés de couches soniques du plus bel effet avec des arrangements venus du batteur de Midlake, McKenzie-Smith, qui balance également avec verve des riffs de guitare en distorsion, des accroches de basse pleines d’allant et des drones de synthétiseurs destinés à mettre en valeur les compositions.

La voix de Jaffe, en mezzo, est à la fois forte et résonnante mais elle est capable de rondeur rassurante, les registres propices pour assurer à la fois l’intimité d’un intérieur ou une soirée passée sur les dance-floore.

Sur « Some People Will Tell You » un hymne mid-tempo sur fond de basse scratchée, de guitares étincelantes, d’un piano hypnotique et syncopé servi par une ligne de batterie régulière, Jaffe chante : « Some people ask for honesty / Most people don’t like the truth » mais ce qui pourrait sonner répétitif et laborieux devient puissant et énergique et rend hommage à ses débuts de chanteuse où son répertoire était rempli de sentimentalisme. Elle le fait en embrassant adroitement l’électronique et des rythmes funky, le tout emblématique du terrain sur lequel elle se situe.

La chanson titre se ra sise exactement au centre de l’album, elle vise droit au cœur surtout quand  affe demande : « Do you still feel me ? Don’t Disconnect ». Ce refrain est encadré pas une basse downtempo et de légers synthés apportant une lumière douce et tamisée sur sa trajectoire ; un titre qui résume fort bien de quoi Don’t Disconnect est fait : un virage vers l’expérimentation qui n’est pas pour autant dénué de sensibilité.

***1/2

Bahamas: "Bahamas Is Alfie"

Publié: 25 septembre 2014 dans Quickies
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Bahamas est un surnom adapté à Alfie Jurvanen, artiste qui tisse des mélodies tropicales et aérées dans la froidure de son habitation canadienne. Après avoir joué de la guitare pour plusieurs groupes, Jurvanen a décidé d’entamer une carrière solo en confectionnant une musique qu’il est difficile de définir. Elle est partiellement lisse et onctueuse, partiellement psychédélique, « adult oriented rock » ou folk qu’on exécuterait lors d’un feu de camp.

Quel que soit le genre, il en maîtrise parfaitement les canons, façonnant des mélodies de manière cérébrale et systématique. Bahamas Is Afie reste néanmoins un album dans laquelle l’émotion est constante, détraquée parfois mais aussi charmeuse..

Sur « All The Time » il porte le deuil d’une personne dont on ne connaît pas le nom et qui semble indifférente à sa situation. Il le fait de manière gracieuse avec un falsetto et des notes de guitare électrique qui semblent se lamenter. Jurvanen s’appuie sur cette sensation avec la plage suivante, « Stronger Than That » un titre qui sonne comme une divagation sortie d’une composition « classic rock »

Le focus se porte néanmoins avant tout sur une instrumentation impeccable ; ainsi un morceau mélancolique se consumant lentement tel « Like A Wind » arbore un crescendo de guitares en distorsion qui apporte ampleur au titre ou les fleuris orchestraux de « I Can’t Take You With Me » rappellera Nick Drake ou tout troubadour d’une époque révolue que Jurvanen parvient habilement à habiller d’un rock plus contemporain.

On retiendra la formidable connaissance et compétence de la musique dont il fait preuve mais si sa musique nous séduit c’est parce qu’il semble la rendre facile à exécuter. Cela lui permet d’explorer des thèmes comme ceux de la perte et du regret de façon presque triomphante en choisissant de ne pas s’attarder sur les échecs mais sur la chance qu’il a eue d’en faire l’expérience si tôt (« All Time Favorite »). Cela nous invite à nous ressaisir pour mieux recommencer ; un message de joie et d’espoir qui est, au bout du compte, celui de la musique.

***1/2

Orenda Fink: "Blue Dream"

Publié: 24 septembre 2014 dans On peut se laisser tenter
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Dire du Blue Dream de Orenda Fink qu’il est un album propre à la méditation n’est pas exagéré. C’est, en effet, une exploration de ce que signifie l’amour, la mort, la spiritualité, le tout filtré au travers d’une gaze onirique interprétée d’une manière on ne peut plus intime. Écouter l’album équivaut à pénétrer dans le sommeil d’un autre, un endroit où vous êtes bienvenu même si il est facteur de désorientation, d’obscurité ou d’étrangeté inquiétante

Le résultat en est un album captivant avec une production riche et fascinante, avec des vocaux voilés et calmes propre à véhiculer un sentiment de sérénité même ai travers d’inflexions cassantes. La voix de Fink est mise en avant et, toute douce qu’elle soit, elle semble vous révéler un secret posées qu’elle est sur couches après couches de synthés et de guitares pointues et acérées et de cris étouffés. L’effet, recherché, est onirique ; une sorte d’éphéméride de rêves ponctuée par une instrumentation à base de thérémine.

Le tempo de Blue Dream est invariable, il est fait de langueur. La chanson-titre est somnambulesque à souhait avec ses couches vocales, éthérées et ensorcelantes, et des guitares qui sonnent comme des courants souterrains. L’imagerie de « Ace of Cups » nous interpelle par sa reconnaissance de la mer comme royaume d’autant que le phrasé de Fink n’est guère éloigné de celui de Astrud Gilberto. Les harmonies sur « You Can Be Loved » sont somptueuse, riches et d’une merveille insensée ; « Holy Holy » est spacey, à la fois vide mais plein avec une guitare en expansion qui s’édifie et s’imbrique avec fluidité sur les chorus et le pont. La voix se fait alors est produite avec une beauté indicible et utilisée comme un instrument à part entière.

La mort du chien de la chanteuse l’a fait rechercher ce que pouvait signifier la mort est c’est un thème récurrent tout au long de l’album. « Poor Little Bear » est un chanson folk d’une infinie tristesse , une élégie d’une énergie intense que le registre élevé intensifie. Tout ici est primaire et brut mais somme chuchoté à l’exemple de « Sweet Disorder » et son sentiment d’aliénation palpable même si énoncé d’une voix douce.

Blue Dream est un disque qui ne peut que nous hanter. C’est un album en recherche perpétuelle, un tâtonnement au travers de l’inconscient d’un autre e sont l’honnêteté est suffisamment rare pour être prise en compte.

****

Leonard Cohen a toujours été avant tout un poète. C’est à l’aulne de cela que l’on dit placer ses compositions tout comme ses textes, imprégnés de mysticisme judaïque mais aussi d’humour, de vantardise sexuelle le tout cumulé à une recherche introspective qui le fait flirter avec le bouddhisme.

Qu’il puisse, pour ses 80 ans rester une sorte de star dans la musique est assez révélateur d’un artiste qui, en fait, a toujours été un homme mûr, présentant sa gravité avec légèreté, alors que la plupart de ses frères d’armes persévèrent à vouloir préserver une image juvénile.

L’âge n’a donc jamais eu de prise sur lui, c’est en ce sens que Cohen n’a jamais été frappé de ridicule, raison de plus nous en est donnée dans son 13° album, Popular Problems.

Il fait d"ailleurs être sacrément gonflé pour démarrer son disque sur « Slow » sexy et charmeur dans lequel deux de ses sujets favoris (la séduction et la mortalité) sont mis face à face avec un groove qui se présente à nous comme un luxuriant tapis. Ce sera d’ailleurs un des traits de l’album que de se dérouler ainsi, jusqu’à un « You Got Me Singing » qui ferme la marche sur un même ton de sérénité et de sagesse .

Entretemps, Cohen va nous emmener en un croisière qui va nous couper le souffle au travers de « l’immense mer des chagrins » alors qu’il récite avec résignation ce couplet : « Tu me fais chanter bien que les nouvelles soient mauvaises. »Il y a quelque chose de philosophique entre ces deux états d’âme et, même quand il fait des allusions puissantes (les horreurs du Moyen Orient dans un « Nevermind » qui vous glace le sang) il parvient à rendre hypnotique et à fascinante le sombre route qui est empruntée. Celle-ci devient alors paradoxalement une ode à l’acceptation voire même à la célébration, un morceau qui aurait très bien pu s’appeler «  Hallelujah » si la place n’avait pas déjà été prise.

Tout comme il est capable d’évoquer la face la plus mauvaise de la nature humaine sans tomber dans le prêche, Cohen a le loisir de s’enrober dans la douceur et la lumière que véhicule également sa musique parce qu’il ne perd jamais de vue que le potentiel meurtrier de l’homme n’est jamais éloigné.

La cadence lente et blusy de son opus précédent, Old Ideas, court toujours le long de Popular Problems, elle impose une sorte de leitmotiv comme si cette trame de sensualité et de funk était celle qui convenait le mieux à un homme ayant atteint un tl nombre d’années. Il aura fallu, paraît-il, 40 ans, pour que Cohen parvienne à terminer « Borne In Chains » qui est presque devenu une sorte de credo : le fuite d’Égypte sert ici de métaphore à la libération et la composition y explore ce pouvoir innomable qui échappe à notre compréhension. Sa taçon d’utiliser la Bible est à la fois respectueuse et irrévérencieuse et, au-delà de sa lecture particulière de l’Ancien Testament, on discerne l’apprentissage qu’il a reçu à Bombay par le professeur qui lui a enseigné le Vedānta (une école de philosophie indienne) : « in the grip of sensual illusion sweet unknowing unifies the name ».

Cohen est merveilleusement accompagné, comme sur Old Ideas, par son collaborateur canadien Patrick Leonard et le superbe contrepoint de ses choristes féminines, présence qui se veut et se fait apaisante et qui apporte une pacification de l’introspection parfois torturée du chanteur. Il est également parfaitement servi par le son dépouillé des guitares, de l’orgue Hammond qui tourbillonne doucement tout comme des riffs de cuivres discrets et, ici et là, un solo de violon judicieusement introduit. Popular Problems nous procure une moment de musique profondément riche bénéficiant de son choix d’orchestrations jansénistes ; c’est cet ensemble qui nous permet d’atteindre nos propres moments de grâce, de beauté, d’émotion et de rédemption.

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