Tennis System: « Technicolour Blind »

Publié: 27 novembre 2014 dans Quickies
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Tennis System est un trio punk qui s’est récemment localisé en Californie après des débuts bruyants à Washington DC. Sur son premier album, Technicolour Blind, le résultat semble immédiat tant leur musique est passée de l’énergie à une approche plus laidback qui semble désormais dominer les tendances shoegaze du combo. Leur son ne va sans doute pas révolutionner les foules mais il offre une parfaite variation de ce que l’on nomme le « beach-punk » sur la côte ouest.

Ainsi, les vocaux de Matty Taylor sont distants, comme enterrsé sous le fuzz de guitares et de percussions syncopées. L’instrumentation est agressive mais les compositions sont imprégnées d’une pop qui pointe le nez au-dessus des effets statiques. On pourrai, de ce fait, comparer le groupe à ces autres californiens que sont Wavves même si le goût qu’a Taylor pour le shoegaze des 90’s marque une nette ligne de démarcation.

Les riffs de guitare sont majestueux (« Dead Honey ») ce qui situe Tennis System ailleurs que sur les « beach parties » et la nappes, toutes den,ses qu’elles soient, ne noient toutefois pas la verdeur de ces dix titres que le groupe exécute avec vivacité et conviction. Les jams prolongées (« Technicolour Blind », « Such A Drag » s’étendent sur près de 5 minutes) sont tout aussi engageantes que les compositions de punk éthéré, plus concises et l’atmosphère que Taylor parvient à conjuguer ne s’éloignera pas ainsi de l’éthique punk originelle.

Les groupes californiens ont tendance à adopter une esthétique surf/garage rock : Tennis System réalise ici un disque qui sait se frayer sa place entre la désinvolture et la brutalité et, de ceci, ils n’ont pas à rougir.

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Nicole Scherzinger: « Big Fat Lie »

Publié: 27 novembre 2014 dans Quickies
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La carrière solo de Nicole Scherzinger n’a pas été lisse et, après maints projets non aboutis, la voilà de retour avec Big Fat Lie son second album prsuit et écrit par The Dream et Tricky Stewart, claire indication du lien entre les trois acteurs.

Deux « singles » (« Your Love » et « On the Rocks » ont précédé l’album et sont inclus ici. Étant donné leurs qualités relativse, le disque est une surprise plus que plaisante. Il a d’abord un climat de cohésion inhabituel pour ce qui se veut une sortie « mainstream », chose que l’on doit à l’équipe aux manettes.

Cette cohérence se manifeste tout au long du disque par un midtempo urbain assez séduisant même si, dans le tracklisting, il semble ne pas être imbriqué de manière fluide. C’est à la fois une qualité et un défaut ; les plages ne font pas montre de climats consécutifs mais cela permet à chacune de briller en se distinguant des autres.

Le premier titre à nous mettre en humeur « groove » est « Electric Blue » un morceau que l’ex Pussycat Doll aborde parfaitement et de manière laid back. Il s’agit d’une jam urbaine dans laquelle apparaît le rappeur T.I., ce qui n’est pas une mauvaise idée. « Heartbreaker » sera la composition la plus imposante du disque, peut-être même celle où Scherzinger ne s’est jamais montrée aussi séductrice. Son phrasé y est lascif et irrésistible tout comme sur le ésingle » suivant, un « Run », ballade qui ne peut que nous forcer à être en félicité.

Dans un genre soul-pop un peu trop envahi par la surenchère et l’image, Big Fat Lie apparaîtra comme ce qu’il n’est pas ; un album qui ne repose pas sur le mensonge.

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FF: « Lord »

Publié: 27 novembre 2014 dans Quickies
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FF est un de ces groupes intangibles de la scène de Seattle dont le premier album, Lord, a enfin pu voir le jour sans qu’ils aient éprouvé la nécessité de se manifester sur Internet.

C’est un disque court, 7 plages dont la première moitié tourne comme une pluie nuageuse en colère ; des morceaux qui vous consument lentement pris sur un mode mineur et des rifs dissonants. Ils capturent à merveille cette sensation d’isolation qu’on peut éprouver dans le nord-ouest des USA, ces mois sombres et humides et ces endroits auxquels on accède au pas de course en évitant les mares d’eau.

La bassiste Claire Nelson fournit des backing vocals éthérés et obscurs, Harley Thompson apporte sa guitare en plein fuzz au titre d’ouverture, « Dead Head », crescendo morose et phrasé qui rappelle le timbre morceaux des punks tout en parvenant à flotter au-dessus du mix.

Le travail du batteur, Michael Abeyta, est à l’unisson, infatigable et violent surtout quand il s’agit de frapper les cymbales. »Dusted » en est la représentation la plus agressive avec un rythme en 4/4 sans que les vocaux plus légers de Nelson n’apparaissent en soutien. Le chorus mettra la surmultiplié ; un bel exemple de composition de bretteur sans complexes.

Quand arrive « In A Day » les buages se dissipent. Nelson s’empare des vocaux et sa voix douce et céleste flotte au-dessus d’une instrumentation détrempée. Les harmonies à deux voix de « Past Year » véhiculent optimisme et même élévation en particulier la dernière séquence du morceau.

Le titre final, un « Come To Pass » judicieusement nommé, apportera une touche charmante sur le mode majeur en un hymne qui se voudra facteur d’apaisement et dissipation du poids et de l’angoisse générés au début.

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The Pop Group est un groupe de post-punk britannique légendaire qui ressort à la fois un disque de compilations, We Are Time, et ce Cabinet of Curiosities, album fait de mixes alternatifs et de rares extraits de concerts.

Cela tombe à point nommé puisque le genre connaît un renouveau d’intérêt avec un certain nombre de combos pour qui la référence est le son « new wave » de la fin des 70’s et du début des 80’s. Le résultat en est que des anciens groupes se reforment, ne serait-ce que pour le plaisir.

Cabinet of Curiosities est rempli de prises inédites et autres raretés (« live » ou non) comme par exemple un « Amnesty Report III », une version alternative d’un titre qui apparaît sur We Are Time.

Le son du Pop Group a toujours été très expérimental, exemplaire même de ce qu’on avait coutume d’appeler l’avant-garde (une de plus!).Formé en 78 ils étaient fort en avance sur l’époque dans leur manière d’aborder le punk. Parfois atonaux et dissonants ils revendiquaient l’aliénation qu’ils suscitaient vis-à-vis de leur public ce qui fait que leur musique va encore au-delà de l’attitude de l’attitude des groupes qui se réclament du post punk aujourd’hui. Des morceaux comme « Springer », plus un exercice parlé qu’une véritable chanson, sont un exemple parfait de l’étrangeté qu’ils pouvaient produire.

The Pop Group est un ensemble essentiel à écouter pour qui est intéressé ou veut se replonger dans l’univers post-punk. Leur réunion en 2010 semble indiquer qu’ils ont l’intention de revenir sur le devant de la scène. Ce ne sera que bonne nouvelle.

***1/2

The Luxembourg Signal est un avatar de Aberdeen groupe qui officiait à la fin des 90’s et au début des années 2000. La plupart de ses membres a donc opté pour un nouveau nom mais leur musique demeure toujours une indie-pop solide contstruite autour de mélodies fortes et de guitares à faison.

S’y ajoute néanmoins des petites incursions dream-pop, voire shoegaze, et un son plus plein qu’à l’origine mais la force du groupe reste la même : un songwriting riche d’émotions et des vocaux de Beth Azry à la pureté confondante.

Les tonalités de Luxembourg ont un poids dont Aberdeen était dénué. Les guitares acoustiques et électriques multiplient les nappes sur des claviers éclatants et une section rythmique solide et régulière.

Les morceaux alternent le noisy (« Dying Star ») ou la reverb (« Drowning ») ce qui, en soi, montre en quoi le groupe bénéficie de cette nouvelle approche. Les titres qui aurient pu s’apparenter à du Aberdeen (l’effronté « She Loves to Feel the Sun » ou le traînant « We Go On ») ont plus d’impact grâce à ce son plus assuré.

Au niveau des climats, la plupart des morceaux ont ce côté brumeux et nostalgique qui semble accompagner le passage du temps et le fait de pousser en âge. « We Go On » en est l’exemple et évoque immanquablement The Smiths (tout comme « Heaven » et la ballade « Let It Go »)) à cet égard.

Il est évident que les membres du groupe sont conscients que ces changements représentent des étapes difficiles et les vocaux, tout tendres qu’ils soient, ne cherchent pas à le dissimuler. CE disque n’est pas un album indie pop pour le gamins ; si il en conserve les attributs comme les guitares en carillon il y ajoute une appréhension de cette vraie vie faite de mélancolie, de sommeil, de voix honnêtes et dont le résultat est un mix parfait entre mélodie et bruit.

***1/2

Il fut un temps, il y a 25 ans, ou le logo de Inspiral Carpets, une vache avec un œil infusé de psychedlia et le slogan « Cool As Fuck » se voyait partout sur les tee-shirts. Avec The Charlatans, ils représentaient la deuxième vague du « Madchest Movement » après The Happy Mondays et The Stone Roses. À l’inverse de ces derniers, la musique des Carpets n’est pas restée comme un des canons du rock diffusé encore à la radio.

C’est assez dommage car le son de The Inspiral Carpets abordait un autre registre que le « baggy sound » qui était celui de l’époque. Ils n’arboraient en aucune cas le pastiche avec leeurs vocaux qui semblaient venir d’un territoire où l’ecstasy régnait en maître mais ils étaient fortement imbriqué dans un son où l’orgue Hammond avait la part belle et nous balançait des compositions nourries par le fuzz de groupes garage des sixties comme ? and The Mysterians et pat des textes intelligents comme ceux de Jam.

Cette formule leur a donné 11 « singles » dans le Top 40 entre 90 et 95, quelques uns sont même des classiques, et une dette que leur doit Noel Gallagher qui s’est emparé de leur style en termes de composition.

Ce nouvel album depuis 20 ans les voit retrouver leur chanteur original, Stephen Holt, qui avait quitté le groupe avant que ne surviennent les premiers « hits ». C’est une collection de morceaux agréable qui ne disgrâce en aucun cas leur catalogue passé et qui, par moments, nous illumine de la douceur mélodique de leurs meilleurs titres. Certains adhèrent à l’éthique punk (celle des 60’s) : simple, punchy et construite pour un impact immédiat mais leufs meilleurs chansons sont celles qui sont les plus réfléchies. On notera « A to Z of my Heart », titre lent qui doit beaucoup aux Stranglers, un « Flying Like A Bird » aux harmonies luxuriantes, et les trois morceaux de conclusion, accrocheurs en diable : « Forever Here », fier et mag-istral, « Let You Down » et une composition épique de toute beauté « Human Shield », menée à la basse que n’aurait pas reniée le Velvet Underground.

Ne serait-ce que pour ces trois exemples, ce cinquième et tant attendu album des Carpets méritent d’être exploré.

***1/2

Wreimeister Harmonies est le projet de JR Robinson, artiste de doom rock dont le deuxième album, Then It All Came Down, a la particularité de ne se constituer qu’une seule plage. Les chorus fantomatiques, les cloches qui sonnent comme des glas, les arpèges à la guitare acoustique ou les cordes énergiques devraient ravir ceux qui sont fans de compositions d’avant-garde ou de post-rock expressionniste dans la veine de Godspeed You ! Black Emperor mais non avons affaire ici un type qui se produit une fois par an dans un cimetière à Chicago et qui a de connexions sérieuses avec le black metal Son registre est donc sombre, vecteur de morosité et de concepts qui ne sont jamais éloignés de la punition.

Cela ne surprendra pas ceux qui ont connaissance de son opus précédent, l’excellent You’ve Always Meant So Much to Me ni ceux qui ont jeté un coup d’oeil aux collaborateurs qui sont tous des figures du métal. C’est pourquoi ce qui peut sonner calmant à l’origine se révèle très vite une oasis pour des grognements démoniaques servis par un drone de basse particulièrement perturbant.

Pour atténuer le cliché, Robinson a la bonne idée de donner plus d’importance aux cordes mêmee si celles-ci se révèlent une préfiguration des ténèbres qui vont englober l’auditeur.

Then It All Came Down prend, en effet,  son nom d’une histoire de Bobby Beausoleil, un associé de Charles LManson dont les rapports avec l’occulte furent chroniqués dans un essai de Truman Capote. « Beautiful Sun » sera d’ailleurs une élégie chantée en son hommage ; un mouvement qui se révèle un message adressé au Mal à l’état pur.

Les compostions de Robinson laissent d’ailleurs derrière tout climat de paix pour laisser place à un doom pastoral dans lequel tout est englouti dans le néant et laisse place à la destruction. Then It All Came Down est, par conséquent, un titre de 34 minutes qui va être témoin d’une descente dans la folie et la possession. Avec un contrôle omniprésent à chaque mesure.

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Ben Howard: « I Forget Where We Were »

Publié: 26 novembre 2014 dans Quickies
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Ben Howard a lentement acquis une certaine renommée, jouant d’abord dans des petits clubs de plage dans le Devon avant de remplir les grands stades et de gagner des Brit Awards en 2011. Après un premier album, Every Kingdom, il semble aujourd’hui ne pas avoir été changé par la notoriété.

I Forget Where We Were est un disque préparé de manière tranquille et même discrète avec des « singles » qui nous préparaient à la tonalité folk pop de l’album.

En surfacen Howard peut paraître un peu trop doux et direct avec une musique qui ressemble à des biographies d’adolescents qui posteraient leurs états d’âme sur Twitter ou autres et se plaindraient de mères qui ne les comprennent pas. Il y a néanmoins une plus grande profondeur et un talent indiscutable dans l’âme détrempée de Howard quand il met en place ces récits.

Le « single » « Small Things » ouvre le disque et, si il n’a pas l’immédiateté de ses précédentes compositions, il se fait très vite audible ne serait-ce que par son atmosphère traînante et plus agressive que les riffs doucereux et simples de ce à quoi il nous avait habitués. L’album, tout comme sa chanson titre, est plus à fleur de peau et, techniquement, plus affuté que Every Kingdom.

Howard œuvre dans un genre qui peut devenir très vite fade et dépourvu d’imagination. I Forget Where We Were va parvenir à s’en échapper en explorant des avenues plus bluesy : « She Treats Me Well » et son climat vintage inédit pour lui ou le long (hui minutes) « single », End of the Affair » une construction subtile de guitare classique complexe et de vocaux tendus d’émotion.

Plus qu’un disque de indie-folk habituel, ce nouvel album marque une évolution qui le distingue des deux pièges dans lequel son répertoire pouvait le faire tomber ; il demeure introspectif tout en se montrant plein de enchevêtrements musicaux et se place à des années-lumières de Every Kingdom.

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Melody Road : quel titre approprié pour ce pas vraiment crooner et ce nouvel album, nouveau depuis 2008 constitué de matériel original.

Auréolé par un mariage (2012), le chanteur de 73 ans a, semble-t-il (et on peut me déplorer), décidé de ce que ses deux précédents opus produits par Rick Rubin avaient apporté de sang neuf, un peu comme ce dernier l’avait fait avec Johnny Cash.

On pourrait considérer ce disque comme un « album lune de miel », avec des arrangements ampoulés et sirupeux alors que Rubin les avait dépouillés au maximum, des trompettes qui folâtrent etc ., bref un disque de « easy listening » comme on pensait qu’il n’en existait plus.

Neil Diamond est couronné de lauriers et il utilise Melody Road pour mettre en valeur ses divers talents (guitare acoustique dépouillée, orchestration luxuriante, soft rock plus soft que rock) ; tout ceci constitue l’arsenal sur lequel il (se) repose ; le problème est que ces plantes qui ceignent le front des héros ont tendance à vouloir être renouvelés.

Sans doute a-t-il cru le faire en travaillant à la production avec Don Was et Jackknife Lee mais cema ne peut suppléer à un manque d’inspiration et d’imagination. Les récits sont d’une banalité confondante et sans subtilités (« Seongah and Jimmy », histoire d’amour contrarié entre une Coréenne et un gars du New Jersey) et la voix de Diamond, au baryton bien éteint, peine à leur donner vigueur et chaleur.

Resteront quelques mélodies qu’on pourrait fredonner (« In Better Days » ) mais, si on ne peur dénier à Diamond le statut et le respect qu’il mérite, il est un peu triste de constater qu’à un âge similaire à celui de Leonard Cohen ou de Dylan, l’idéee de la retraite puisse venir à nos oreilles si aisément.

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Jessie Ware: « Tough Love »

Publié: 26 novembre 2014 dans Quickies
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À travers une longue série de collaborations avec des groupes indie dans le milieu des années 90 (Jack Penate et SBTRKT) et un incroyable étalage de musiciens qui se sont également avérés des aficionados (Florence Welch, Katy B ou The Maccabees,) Jessaie Ware, toute fan de Sade et de Prince qu’elle se réclame, a toujours été liée à une scène un peu plus alternative que sa soul pop sophistiquée pourrait le suggérer.

Elle est soutenue par Radio 4 (une référence culturelle de bon aloi) et le NME (autre appui qui a sa valeur même si elle est plus discutable) ; il est par conséquent difficile de trouver où se niche réellement le répertoire de la chanteuse. Sa musique est lustrée et apaisante ; elle appartient à ce registre qui flottera harmonieusement en arrière fond de n’importe quel Starbucks et elle aura le don de vous facilité votre journée.

Pourtant Ware est une personne beaucoup plus expansive, charismatique et drôle que sa musique le suggère. Le tout forme une image constamment en décalage avec elle-même mais, avec ce second album, il semblerait que Ware ait décidé de prendre à bras le corps le potentiel commercial qui est le sien.

« Say You Love Me » est un des titres phares de Tough Love, sa collaboration avec l’omniprésent (du moins dans les « charts ») Ed Sheeran : c’est une ballade pleine de sentiments faciles à digérer et un chorus éthéré dans lequel on pourrait très bien imaginer un troubadour se racontant ce ses erreurs passées et ses désirs toujours présents.

Ce morceau est un des plus évidents du disque dans la mesure où il catalyse tout ce que la chanteuse cherche aujourd’hui. On pourra edonc prendre ça comme on le voudra, une critique oou non, toujours est-il qu’elle réalise ici ce qu’elle s’était promis de faire sans que, musicalement, on trouve faute à lui reprocher.

**1/2