Owen: « Other People’s Songs »

Publié: 17 décembre 2014 dans Quickies
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Owen est le projet solo de Mike Kinsella, multi-instrumentiste de l’Illinois qui a collaboré avec des groupes emo aussi importants que Cap’n Jazz, American Football ou Joan of Arc. Sa musique est souvent douce, acoustique et directe mais agrémentée d’une touche « math rock » qui a fait sa réputation.

Other People’s Songs est une collection de reprises d’artistes comme The Promise Ring, Against Me ! et même Depeche Mode. Toutes sont interprétées avec le style habituel de Owen, la guitare acoustique, mais elles incorporent ici basse et batterie à certains endroits ainsi que des backing vocals un violon et un violoncelle (Sarah Mitchell).

Ce seront ces duos qui s’avèreront être les morceaux les plus impressionnants de l’album tant les voix des deux chanteurs sont complémentaires, en particulier sur « Borne on the FM Waves if the Heart », « Blake Babies » ou « Girl in a Box ». Le traitement accordé à ce dernier titre est intéressant car contrastant avec la version dépouillée originale de Against Me !.

Souvent, cette tendance à se « soloiser » de manière acoustique aboutit à des choses qui finissent par sonner rebattues. Kinsella parvient à éviter ce problème grâce à des arrangements solides et un travail en collaboration qui soulage des formules toutes faites.

Le seul point négatif ici sera le choix des « covers ». Ils sont censés être parmi les préférés de Kinsella et sont assez évidents pour quelqu’un d’impliqué dans la scène musicale La plus grosse surprise résidera dans l’inclusion de Depeche Mode mais « Judas » sera, en fait, un des titres les plus aboutis de cette compilation. Le reste sera souvent trop semblable et convenu, comme si Kinsella n’avait pas voulu prendre de risques. Il aurait été intéressant de l’entendre s’engager dans une direction plus déconstruite ce qui, au total, fait de ce disque un album correct mais ni novateur ni dérangeant.

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The Buffalo Killers sont un groupe plutôt classic rock venu de Cincinnati assez prolifique puisque, quelques mois après Heavy Reverie, sort un long EP ou court album appelé Fireball Of Sulk. Ils semblent reprendre là où ils avaient laissé leur précédent opus (riffs cognant dur hétités du rock des 70’s) mais ont évolué en fait vers moins de normalité.

Les morceaux sont toujours aussi denses mais ils paraissent vouloir s’incruster plus dans l’esprit de l’audience qu’avoir un impact physique et nous emmènent ainsi dans une sorte de voyage aux bords de la psychedelia.

Le titre d’ouverture, « Blankets On The Sun » rappellera les bien aimés Posies mais tous ces emprunts aux relativement vieux styles se parent d’une touche plus moderne avec des riffs de guitares trimphaux et au cordeau, joués par des mains assurées et une recherche de la progression qui, plage après plage, nous portera vers un crescendo de puissance.

Ce changement de direction est assez fracassant et la vibe qui s’en dégage est à vous couper le souffle. Harmonies vocales se succèdent ainsi, ajourées comme les vocaux, mais aux textes crachant pessimisme et agression. « Marshmallow Mouth » est un pur rocker débitant des accords de guitare à une cadence effrénée avant qu’un solo de guitare se niche dans les contreforts de la composition créant un sentiment où urgence et créativité se chevauchent.

« Something Else » apportera un moment de réassurance bienvenu sur un changement de tonalité étonnat avant de nous renverser dans un état de maniaquerie insensée que jalonne un solo de guitare. « In A Number » sera une ballade rock puissante avec une touche arena rock prouvant ; avec ce Fireball Of Sulk, que ces tueurs de buffles ne sont pas à court de munitions en matière d’inspiration.

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The Carousels est un groupe écossais plutôt sympa qui manie une pop carillonnante teintée de country sans doute peu originale mais qui le fait mieux que beaucoup d’autres combos.

À la première écoute, on pourrait penser à Gram Parsons et aux Byrds mais leur son est, en définitif, plus ample et varié, et, surtout, très moderne. On évolue alors vers d’autres évocations qui seraient un patchwork musical où l’on trouverait, pêle-mêle, The La’s et les mythiques Long Ryders, un des groupes cultes du « Paisley Underground ».

Toute cette mouvance a tracé le chemin pour que le spectre musical de la pop s’élargisse vers quelque chose de plus vaste et filmique, à l’instar de la musique western et de ses tonalités panoramiques.

Il n’est que d’écouter « My Beating Heart » pour penser aux groupes de la West Coast d’autant que The Carousels chantent sans aucun accent et que leurs compositions sont si intemporelles qu’elles pourraient les placer plusieurs décennies en arrière s’il n’y avait pas cette production très propre et cinématographique.

Le disque, un peu trop bref, s’écoule agilement comme une brise chaude (« par exemple « Don’t Get Me Wrong »), avec parfois un zeste de Everly Nrothers dans les vocaux (« Marianne ») tout en piochant avec habileté dans ce qu’un groupe comme The Chrch nous avait fait savourer à ses débuts (« Drifting Back »).

Le meilleur sera quand le groupe nous infusera cette mélancolie inhérente au genre ‘(« My Beating Heart » et « Sound of My Own ») ; bref Love Changes Like The Seasons nous montrera si, effectivement, certaines chose changent, il en est d’autres qui n’oublieront jamais de nous rappeler The Byrds.

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Attila: « Guilty Pleasure »

Publié: 16 décembre 2014 dans Quickies
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On ne sera pas surpris d’apprendre qu’un groupe de ce nom est du genre metalcore et que, malgré ce que cela peut indiquer en matière de démarche, Guilty Pleasure est, depuis sa formation en 2005, son cinquième album.

Il cumule autant de fans que de gens qui les haïssent littéralement mais leur attitude « don’t give a fuck » leur permet de s’affranchir de tout jugement négatif ; en Anglais, le « guilty pleasure » est le genre de musique qu’on a honte d’apprécier, qu’en écoute en douce sans jamais l’avouer à personne. Nous en avons tous, y compris Attila, mais ici l’argumentaire n’est pas de nous livrer quelques secrets musicaux mais plutôt d’assumer le fait qu’ils sont, quelque part, des guilty pleasures pour beaucoup de monde.

Le disque n’en sera qu’une réaffirmation dès l’ouverture avec un « Pizza, Sex and Tolls » chaotique et rappelant un slogan que Ian Dury avait rendu célèbre mais il se distingue aussi par un solo de guitare plutôt complexe montrant qu’ils ne sont pas des manches sur leurs instruments.

Leur vocaliste Chris « Fronz » Fronzak retrouve son phrasé habituel et ses texrtes provocateurs limite cyniques comme sur « Hate Me » qui débute avec, devinez !: « I don’t give a fuck about my bad reputation ».

Attila nous offre une musique pour « headbangers » qui ne se soucient que de cela : percussions violentes, textes répétés comme vous les faire entrer dans le crâne, mais souvent avec cette petite tournure mélodique qui constitue une belle accroche.

Des interludes comme « I Am Satan » et « Don’t Be Basic » allègent un tant soit peu le disque mais ce seront des plages de type « I’ve Got Your Back », « Fake Friends » ou « Proving Grounds » qui montreront que le combo d’Atlanta peut très bien confectionner des hits en puissance.

Qu’on les apprécie alors ou pas est secondaire ; ils sont ce qu’ils sont, ce qui, au fond, est l’attitude qu’on attend d’un groupe de rock and roll.

***1/2

Ceci n’est pas véritablement un album de Parquet Courts. Content Nausea voit Andrew Savage et Austin Brown, tous deux membres du groupe, nous expédier ici un disque vigoureux et lapidaire pendant que leurs collègues sont en stand by ; soit en devenants pères, soit en poursuivant des études supérieures.

Avec des contributions de Jeff Brown (JOMF) au saxo et de Bob Jones (Eaters) au violon/fiddle, Content Nausea a la couleur d’une session lo-fi, avec ses côtés bruts, ses textures granuleuses, ses boîtes à rythmes rudimentaires et ses sunthés primitifs.

L’album est censé développer, du moins en partie, un argumentaire sur la manière dont New York, ville d’origine du combo, est devenue de plus en plus « encombrée » par le changement de ce qu el’on nomme la modernité.

Même si cela fait partie de l’essence de Manhattan, cela n’empêche pas le disque d’accumuler des émotions qui feraient les délices d’un psy. Tout y est, en effet, dominé par les peurs, les angoisses, les voitures, les frustrations face à la cadence de ces modifications, des récriminations contre les publicités envahissantes, les changements climatiques incompréhensibles, les névroses habituelles, bref tout ce que les bonnes gens de New York ont tendance à considérer comme un quotidien dont on ne cherche pas véritablement à se défaire.

Disque exutoire donc, délivré la plupart du temps avec un phrasé narratif rappelant Thurston Moore et Lee Ranaldo dans leurs périodes les plus viscérales et observatrices. Les vocaux placés au milieu des plages semblent avoir été crées par Suicide, Devo ou Cabaret Voltaire ; tout ce dont les sessions art-punk de jadis nous avait gratifiés à la fin des 70’s.

Les compositions vont donc aller du post-punk lapidaire et robotique d’un « Everyday It Starts » plein de tension à la lassitude sévère d’un folkeux de Greenwich Village (« Uncast Shadow Of A Southern Myth ») ; un panorama exemplaire du désordre dans lequel New York semble se complaire. À l’image de son titre, Content Nausea, se nourrit du chaos contre lequel il s’insurge jusqu’à une nausée. Qui atteint aussi bien la cible que ses auteurs

**1/2

Avant que James Mercer ne se fasse connaître comme leder de The Shins, il passa une grande partie des 90s avec un groupe du même tonneau, Flake Music. Celui-ci ne sortit qu’un seul album, When You Land Here, It’s Time to Return, en 97 avant de céder la place à celui qui allait faire la réputation de Mercer.

Ce disque ressort remixé et il est une occasion de se documenter sur le son originel des Shins. Tous les ingrédients sont là, mais ils tourbillonnent encore dans un style qui ne s’est pas coaguler. Alternant entre le déchiqueté et le carillonnant, beaucoup des titres ont déjà cette faculté de coudre ensemble des fragments disparates de manière désarmante et excitante.

« Blast Valve » par exemple chemine entre différentes phases distinctes dont un long instrumental collé en plein milieu de trois minutes particulièrement euphorisantes.

Tout comme Oh ! Inverted World qui allait sortir en 2001, When You Land Here possède une manière de s’élever de façon concise et retenue, avec un aspect ludique qui n’est jamais importun. Sur « Spanway Hits », « The Shins » (sic!) ou « Mieke » la tonalité The Shins est déjà plus qu’embryonnaire même si on peut déceler des influences comme celles de Archer of Loaf ou Bob Mould dans la mesure où Flake Music était perpétuellement en quête de nouvelles idées. Peut-être cette démarche n’était-elle pas uniquement celle de Mercer ; toujours est-il qu’on peut mettre au crédit de ce dernier de l’avoir bien su exploiter et de nous faire connaître, ici, ses premiers tâtonnements musicaux.

**1/2

Si ce premier album solo du leader de Ash est éprouvant à écouter, ce n’est pas pour des raisons musicales. Certes Lost Domain conserve certains des attributs du groupe mené par Tim Wheeler mais certains sont d’une infinie tristesse ce qui se peut comprendre puisqu’il s’agit d’un « concept album » à propos de la lutte du père de Wheeler contre la maladie d’Alzheimer et de la mort qui s’en est suivi.

Pour en revenir à l’accompagnement, la plupart des titres sont basés sur un piano et une guitare acoustique qui incorporent des éléments expérimentaux électroniques (« Medecine ») ou des instrumentaux jazzy (« Vapor ») mais ce qui fait belle figure ici ce sont les magnifiques orchestrations.

Dès l’entame, « Snow In Nara », le ton va être à la réflexion introspective et à la mélancolie. C’est un morceau faussement laidback qui invite plutôt à nous couler dans ce que va être le déroulé de Lost Domain. Le morceau suivant, « End of an Era » amplifiera cette atmosphère et les cordes qui vont intervenir fréquemment apporteront majesté à ce qui est après tout un disque endeuillé évitant ainsi que celui-ci ne tombe dans une affliction trop personnelle.

Les textes sont, en effet, très directs, réalistes et sans métaphores ; décrivant à merveille états de la maladie et états d’âme. Reste que leur rendu demeure sobre et parfois même candide ce qui ne peut que nous faire palper voire partager l’émotion

Le piège aurait été que Wheeler n’utilise ces outils pour ne nous faire partager que cela. Il a l’habilité de transformer pourtant ce panégyrique en hymne à la vie. L’émotion ressentie s’avère même parfois porteuse d’élévation ; à ce titre Lost Domain est un album dont la catharsis a le mérite de célébrer la vie tout en honorant la mort.

***1/2

Ces deux musiciens du nord-est de l’Angleterre  plus connus pour leurs carrières avec Maxïmo Park et Field Music nous présentent une facette inhabituelle de leurs talents avec un projet commissionné pour le Festival of the North-East en 2013 et basé sur les écrits de voyage de Smith.

L’album qui en est issu est assez proche en tonalité du premier disque solo de Paul Smith (Margins en 2010) sur lequel Peter Brewis et son frère David avaient collabora pour la production, L’opus était déjà tiré d’une édition de photos polaroïd de Smith ce qui donnait déjà un avant-goût de la palette artistique de ce dernier.

Maxïmo Park avait, dès A Certain Trigger, fait montre d’une certaine énergie même quand les arrangements étaient clairsemés. Les vocaux étaient le point faible en raison d’un accent trop appuyé et d’un manque de force pour véhiculer une approche comme celle de Frozen By Sight.

Ce sont donc sur les arrangements de Brewis, en particulier les désarmants moments apportés par le quatuor à cordes de Ed Cross, que pèsera la charge de rendre l’effort fluide et l’atmosphère suffisamment plaisante pour rendre l’album engageant.

Malheureusement, au fur et à mesure où le disque avance, il devient de plus en plus prévisible ai point de frôler la fadeur. « Perth to Bunbury » sera néanmoins charmant tout comme « Trevone » un titre clef qui honorera ce village de Cornouailles. C’est d’ailleurs sur cette composition qu’un climax est atteint ce qui est trop peu pour que le disque puisse capter une attention soutenue.

Frozen By Sight ressemble, par conséquent, à un autre de ces projets non menés à bien par Smith et Brewis ; il restera tout au plus un élément de curiosité dans le cadre d’un festival artistique.

**1/2

McBusted: « McBusted »

Publié: 12 décembre 2014 dans Quickies
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Busted avait décidé de créer un boysband avec guitares pour les filles qui n’aimaient pas les boysbands. Gros succès en partie parce que James Bourne s’était montré un ecellent compositeur « bubblegum pop ». Bourne a commencé à auditionner des musiciens et l’un d’entre eux, Tom Fletcher, a donné naissance à McFly.

Quelques années plus tard, les deux groupes se réunissent dans l’espoir d’être, enfin, pris au sérieux. Quelque part, McBusted semble avoir pris le meilleur des deux mondes et, sur cet album éponyme, ils nous délivrent une pop-rock énergique lorgnant vers Blink-182 et Jimmy Eats World qu’ils saupoudrent allègrement de tonalités Beatles, Monkees et Beach Boys et à laquelle ils ajoutent un sens très britannique de gentille auto-dérision.

Il est vrai que le combo a maintenant dépassé la trentaine ce qui semble convenir au sextette comme si, quel que soit l’âge, il avait été conçu pour ça. Il y a un côté trans-générationnel assez curieux d’ailleurs dans la mesure où le répertoire de McBusted continue de glorifier l’instantatéité de la pop song. On y trouve néanmoins les étapes du murissement avec des récits sur le temps qui passe,l es occasions ratées et cette culture pop qui, justement, semble traverser l’épreuve des jours et des lieux.

L’atmosphère sera douce amère mais demeurera piquante, le tout enrobé dans des compositions qui n’excèdent pas trois minutes comme il se doit et même l’édition de luxe qui comportera 15 titres ne dépassera pas 50 minutes.

Celles-ci sont rafraichissantes, par exemple le « one-two » qui ouvre « Air Guitar » et « Hate Your Guts » et même l’électro confection que sera « Riding on my Bike » sonnera étrangement naturelle. On n’est pas loin de la pop parfaite et, même si quelques creux sillonnent, le disque mais, le trop étant l’ennemi du bien, on savourera McBusted à sa juste valeur.

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She & Him: « Classics »

Publié: 12 décembre 2014 dans Quickies
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D’un point de vue conceptuel, Classics est du She & Him par essence. Les 13 morceaux de l’album couvrent le jazz, la country et le rock and roll des débuts popularisés par Johnny Mathis, Sinatra, the Righteous Brothers ou Dusty Springfield. Pour renforcer ce retour en arrière et le côté films en noir et blanc de l’album, le duo (M. Ward à la guitare et Zooey Deschanel aux vocaux), a enregistré les morceaux « live » avec un orchestre de 20 musiciens comprenant cordes, cuivres, piano, basse, flûte et percussions.

Le résultat en est sans failles, chaque instrument mixé clairement et distinctement que ce soient les tremblements en reverb de la guitare, les percussions brossées et en tension, le piano de soie et les cordes volontairement excessives dans le sentimentalisme.

Deschanel est chez elle dans cet environnement « vintage », aussi bien quand il faut endosser le rôle d’une vocaliste Motown effrontée (« Stay Awhile »), le registre velouté de « This Girl’s In Love With You » ou la reprise abordée mélodramatiquement de « I’ll Never Be Free ». Ward se piquera même d’assurer les vocaux sur « She » égrainé de manière débonnaire et désabusée ; un titre qui s’enrichit d’harmonies vocales angéliques et de solos de cuivres enlevés.

Classics sonne de façon parfaite, peut-être même trop. La stylisation a pour résultat de phagocyter l’émotion ; cela est évident sur un «  Unchained Melody » funèbre dramatisé dans ses arrangements ou sur la reprise de «  Would You Like To Take A Walk ? » dont toute la désinvolture initiale sonne, ici, empesée.

Traduction qui perd donc un peu de la saveur de l’original ; c’est le tribut à payer pour reprendre de tels standards et, même si She & Him sont des interprètes hors-pairs, Classics restera ce qu’il a pour fonction d’assurer, une excellent musique de fond.

**1/2