Nic Hessler: »Soft Connections « 

Même si à 23 ans on est encore d’un âge alerte, Nic Hessler a déjà suffisamment d’expérience pour que celle-ci lui dure toute une vie. Signé chez Captured Tracks (un label indie des plus révérés) en 2009 le jeune californien, après deux « singles », a enregistré sous le nom de Catwalk et semblait avoir une carrière pop lo-fi ouverte devant lui quand, pendant la composition de son premier album, on lui découvrit le syndrome de Barré ce qui le laissa dans l’incapacité de continuer à travailler. À l’issue de cette période de disette, le voilà de retour sonnant comme libéré de tout obstacle, mûri par les épreuves, et ce, avec un Soft Connections qui marque le signe de ce renouveau, lyriquement mais aussi soniquement.

Malgré ces longs mois de stress, celui-ci semble en effet revitalisé ; ainsi les climats brumeux et indistincts de son « single » « One By Words » (2010) ont été transformés et font montre d’une clarté aiguë au travers de progressions de la plus belle veine power-pop. Le titre d’ouverture, « Feel Again », fait presque hommage au dernier avatar de Hessler qu’était Catwalk avec une construction sunthés-batterie comme on en rencontrait dans les années 70 avant de se libérer de cette image grâce à une ligne de guitare fuzzy et enveloppante et des vocaux cristallins et naturels véhiculant le réconfort qu’éprouve le chanteur à se sentir bien dans sa peau.

La tonalité de l’album sera cohérente tout au long du disque, pourtant chaque titre pourrait fait figure de « single » et ceci sans que la formule soit répétée. La double alve qu’est « Heartys Repeating » et « Expel Me » évite avec aise mélodie saccharinée et vocaux gluants et cette performance assertive ne quittera pas le disque. Hessler parvient à ne pas sonner trop apprêté mais nous propose, au contraire, dans son songwriting un hommage repli de passion au rock des 70’s et à la Britpop des 90’s. Soft Connections s’avère ainsi un effort abouti d’un artiste dont le trouble sert à alimenter l’inspiration.

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Lower Dens: « Escape From Evil »

Lower Dens a toujours regardé de l’avant et c’est ce qui donnait aplomb et percussion à leur dream-pop atmosphérique ce qui leur a permis de canaliser de manière stable la pop brillante et chamarrée de synthés de leur précédent opus, Nootropics. Sur ce troisième opus, Escape From Evil, le groupe de Baltimore va développer une vision qui est comme issue de David Lynch, sinistre et stylée, évoquant l’esthétique onirique du metteur en scène et cette habileté à faire apparaître à la surface les éléments glauques qui se cachent sous les extérieurs les plus policés. Les disque est produit de façon nébuleuse et excellente (Chris Coady, Ariel Reichtstad et John Congleton) ce qui tend à prouver que le sérieux et l’attrayant ne sont pas nécessairement exclusifs.

Même si nous ne sommes pas devant Mulholland Drive, le « single » « To Die in L.A. » va dresser la tonalité d’ensemble de l’album. On décèle ce courant sous-marin propre aux grandes villes et qui va ici révéler les rêves craquelés qui sont légions sous le ciel de la Californie. Jana Hunter délivre des lignes de type « Je ne pleure pas / Je suis juste heureuse d’être en vie / Et le temps inversera la marée » avec son alto androgyne et rauque exprimant cette facette de femme fatale insubmersible qui lui va comme un gant. On retrouve la même intensité sur « I Am Earth » un drum and bass dépouillé nous consumant avec lenteur et qui, à son point d’acmé, est remplacé par des roucoulades exaltées et essoufflées semblables à celles qu’on pourrait émettre à la première cigarette après le coït.

Venant d’un groupe qui a oeuvré aussi dans le Krautrock, a empilé atmosphères et volume, Escape From Evil, peut sonner surprenant. Mais si on cherche la substance tout autant que la chair le monde de Lower Dens méritera d’être exploré. Peut-être que cet opus est le plus accessible ; il n’est pas pour autant d’un accès aisé. Et c’est là toute sa vertu.

***1/2

Jam City: « Dream A Garden »

Sur le premier album de Jam City, Classical Curves, les rythmes de Jack Latham étaient plutôt discordants .Ils existaient dans un univers techno-housse futuriste mais son « follow up » est beaucoup plus faciles à appréhender même si certains beats encore abrasifs viennent percuter les riffs adoucis de ses synthés.

Après s’être attaqué à une idéalisation lustrée du capitalisme, il nous propose ici quelque chose où perce la dépression, celle d’une voix plaintive émanant d’un romantique dont les rêves ont été ruinés par la consommation et le porno.

L’approche se fait par des mélodies qui se veulent plus accessibles et universelles et sonnent comme couvertes de poussières, celle qui a recouvert un premier opus couvert de chromes. Alors que celui-ci avait été construit à partir d’une perspective architecturale de formes synthétiques désincarnées isolées, Dream A Garden exprime les préoccupations de Latham contemplatives de Latham pour l’humanité et la conscience qu’il a que les dance-flors ne sont qu’une échappatoire et un vecteur d’aliénation.

La machinerie mise en place sonne alors creuse et superficielle mais elle est signe de quelque chose qui se situe au-delà de la « house ». Nous avons ici affaire à un disque qui parle de l’amour et de la résistance. Alors que Classical Curves égratignait les sens, celui-ci s’efforce d’atteindre l’âme et nous y présente un tableau du monde où out n’est que désespoir y compris sous les épisodiques passages d’« ambient bliss » ; de ce point de vue, et sans en épouser la formule, Dream A Garden est un album de post-disco comme on dirait post-punk, il est suffisamment rare de pouvoir en rencontrer pour pouvoir s’en réjouir.

***1/2

 

Seasick Steve: « Sonic Soul Boogie »

Pourquoi se pencher sur le cas d’une musicien (Seasick Steve en l’occurrence) qui, à l’âge d’environ 70 ans, continue sur son sixième album à nous balancer une musique qui ne révèle son immédiateté qu’au travers de live shows et dont le jeu de guitare (parfois à une corde, parfois à deux, parfois à trois) est propre à nous apporter un frisson que les disques n’ont jamais égalé ?

Peut-être parce que l’important est de témoigner de sa constance, peut-être aussi parce que, même si il n’est ni une légende ni une icône de la chose « blues rock », celui qui se définit lui-même comme un musicien de rue et un sorcier, est une figure archétypale de la musique américaine qui plonge dans ses racines.

De son vrai nom Steve Wold, cette acharnement mérite d’être salué mais on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment qui va vous tarauder ; celui que, jusqu’à présent, il n’a rien accompli qui soit véritablement un opus définitif. Son œuvre est satisfaisante mais elle n’est pas excitante.

Sur Sonic Soul Surfer, il prend les rênes de la production pour arranger ses compositions à sa manière tout en jouant avec son partenaire habituel, le batteur Dan Magnusson.

Le résultat donne un ensemble un peu plus clair. Les fans n’auront pas à se soucier de la présence ou non de plages boogie (« Sonic Soul Boogie » ou « Dog Gonna Play ») portent l’empreinte inimitable du bonhomme mais, ici, le guitariste adepte du capodastre se montre beaucoup plus à l’aise dans un registre lent pour lequel il n’était jusqu’à présent pas très connu. « We’ve Beeb Moving » et « Heart Full Of Scars » font une apparition tardive et ajoute une variété inattendue à ses riffs de blues scarifiés et ses mélodies.La meilleure en sera « Barracuda ’68 », un éloge reprenant le culte que vous Wold aux vieilles voitures ; pour le reste ce sera le même répertoire dans la tirelire.

***

Rapid Talk: Interview de Clarence Clarity

Malgré son nom de scène, ce n’est un secret pour personne de savoir que Clarence Clarity est un personnage énigmatique.La sortie de son premier album No Now le confirme mais elle lui a donné l’occasion de nous inviter à jeter un petit coup d’oeil dans ce qui constitue son univers, et quel meilleur moyen pour cela que d’entamer une série de concerts.

L’artiste sait soigner ses entrées, pour lui « la meilleure occasion de se révéler c’est la scène, procédé adéquat pour s’exposer » et il va expliquer pourquoi le moment est enfin venu : « Quand j’ai débuté, je voulais n’être jugé que sur mes mérites musicaux. J’ai donc construit ce monde autour de Clariry et de travailler autour de tout ce qu’était son histoire. » Il s’interrompt puis reprend en parlant de lui et de son double : « C’est un processus permanent, pas pour me déguiser ni pour me livrer à la provocation ou décrypter un code pour le plaisir de le faire. J’ai juste l’espoir que me livrer au public lui permettra de mettre les pièces du puzzle dans le bon ordre », déclare-t-il, « il se peut que cela mette un point final à la définition que je peux faire de mon univers. Je ne sais pas comment les choses vont se dérouler en concert ; ce sera très direct et sans doute bordélique quand il sera nécessaire que ça le soit mais je m’accouplerai définitivement au chaos ainsi créé. »

Il y a tout un cimetière de choses que j’ai faites dans le passé et qu’il peut être intéressant de déterrer », admet-il, «  cela ne veut pas dire que j’encourage à le faire mais cela fait partie des raisons pour lesquelles je fais cette tournée. Il y a des gens qui me font confiance et j’ai bon espoir qu’ils ne se trompent pas. Cela me démange réellement de jouer, je me suis vraiment pris la tête à faire cet album et il sera plus complet quand il résonnera ailleurs que dans mon esprit et ma chambre. Si on s’attend à entendre ce que j’ai enregistré, on aura tort », il explique avoir constitué un véritable groupe avec des amis et vouloir « quelques uns de ces éléments qui ne sont pas si apparents dans le disque. »

En matière de performance publique il n’en est pas pour autant à son coup d’essai : J’ai déjà fait des trucs avec des ordis portables et des contrôleurs midi mais ça n’est pas ce qui me parle aujourd’hui. J’ai besoin d’avoir un petit gang autour de moi. On a répété pas mal de chansons et, musicalement, on est parfaitement au point mais il y a des choses qui ne peuvent pas durer éternellement et qui ont besoin d’être confirmées en « live ». »

De son album No Now, Clarity explique qu’il « voulait que ce soit une déclaration d’intention la plus intrépide qui soit. Ce sont 20 Plages qui constituent autant d’assauts à nos sens et qui proviennent des coins les plus sombres de mon esprit. Je crois que le format de l’album est assez bizarre et c’est pour cela que j’ai pris cette liberté de composer autant de morceaux qui sont comme une exploration mentale. Si rien ne se passe après, au moins j’aurai eu le mérite d’écrire quelque chose qui restera définitif pour moi au moment où il a été fait. »

Le reste demeure ouvert aux interprétations, que ce soit son titre assez équivoque et cette « inaptitude à capter le présent qui permet toute latitude. C’est un processus libératoire que de juxtaposer éléments après éléments même si vous savez que vous n’arriverez jamais au bout des choses. Le « maintenant » (« now »)» n’existe pas et c’est une émancipation que de le savoir et de travailler en en tenant compte. »

Plus tangiblement la genèse du disque s’est faite à partir d’enregistrements pris sur le vif : « j’ai écouté des choses vaudous ; sans aller très loin ni vouloir me montrer trop spécifique j’ai tâté des éléments de world music, de faire sonner les guitares comme des chutes d’eau, d’évoquer les films de David Lynch et des couleurs « ambient » allant du bleu translucide à l’or. No Now est la transcription musicale de ce que j’avais dans la tête. N’est-ce pas la raison pour laquelle les gens font de la musique d’ailleurs ? Ils s’expriment de cette manière car ils ne savent pas le faire autrement. Je suis parfaitement conscient que je suis une personne maladroite et asociale. Je raconte donc mes histoires, il s’interrompt, rit et poursuit, peut-être suis-je dans un état encore plus confus que quand j’ai commencé. Plus vous apprenez, moins vous en savez alors quand je parle de réincarnation ou des cycles du feu et de la glace je suppose que No Now se veut une représentation de cet infini. »

Quid, néanmoins, du futur et du présent immédiat : « Je pense que je n’ai pas tout livré, ne serait-ce que parce que je m ‘entoure de certaines mesures de précaution. Il est déjà difficile pour un être normal de conserver sa vie priver alors il est normal que je m’entoure de mystère, non ? » Il précise : « Quelque part on se vend et l’idée de la renommée est une chose qui me terrifie. Ce n’est pas un facteur motivant pour moi. » Et par rapport au « hype » il est encore plus clair : « C’est quelque chose qui ne me concerne absolument pas ! Je fais juste au mieux de ce que je peux. J’espère, ensuite, me diriger vers des choses où je travaillerai en collaboration avec d’autres car ma manière d’écrire est trop insulaire encore. Pour l’instant je me prépare à la scène, c’est excitant et effrayant à la fois. Je ne joue pas parce ça se fait mais parce qu’il m’incombe de le faire, intérieurement. J’ai attendu le bon moment tout comme le processus d’enregistrement de No Now s’est présenté, voire imposé, à moi… »

JEFF the Brotherhood: « Wasted on the Dream »

Le côté relativement carriériste des frères Orrall a toujours été paradoxal si on considère une esthétique plutôt axée sur la bricole. Il n’est donc pas surprenant que le duo ait été laissé tombe rpar son label, Warner, mais la raison pour laquelle celui-ci les avait signés sans exercer aucun contrôle sur leur musique restera une énigme.

Le duo n’a jamais eu de mal à pondre des accroches attrayantes comme s’il en pleuvait même quand leur son était à son plus flou mais, sur Wasted on the Dream, tout semble avoir pris une autre dimension en particulier leur rock « stoner » qui déchire comme jamais ou leurs jams pop telle « Coat Check Girl » qui mériterait de devenir un hit si il passait à la radio.

On trouve également des invités bigarrés (Ian Anderson pour un solo de flute, Alicia Bognanno de Bully, des membres de Diarrhea Pit ou Bethany Cosentino qui émule à la fois Lady Gaga et Tony Bennet sur « In My Dreams »).

Ces interventions apportent un dérivatif bienvenu à la formule guitare batterie et on trouvera même un saxophone pour enrayer ce type d’attaque.

JEFF the Brotherhood ont, il y a longtemps, construit leur propre petite niche et Wasted on the Dream n’aura aucune raison de vous faire changer d’avis que vous les appréciez ou non. Ils ont toujours été incroyablement aptes à dénicher de nouveaux riffs ; en revanche, sur cet album ils parviennent à s’extraire de la recette lent/rapide pour adopter une attitude médiane plus laidback.

Sachant que cet opus sera le dernier avec les moyens d’une « major » on pourra considérer qu’ils en ont fait bon usage ; demeurera l’appréciation qu’ils sont trop proprets et fuzzy pour passer pour des freaks et, au contraire, que certaines tentatives plus sombres les empêcheront de générer de véritables hymnes pour véhiculer une certaine convivialité.

***

Vetiver: « Complete Strangers »

On peut comprendre que Andy Cabic (le leader de Vetiver) compose également des musiques de films tant celle-cie est mélodieuse, texturée et rassurante au point d’accompagner aisément une ambiance en toile de fond.

On a tendance, en général, à ignorer ce type de musique mais, quand on écoute Cabic, se produit un phénomène intéressant et souvent gratifiant dans lequel on peut s’absorber sans arrière pensées.

Complete Strangers est le 6° album du combo et c’est, en l’occurrence, un véritable cas d’espèce. Il est plus émollient que son prédécesseur, The Errant Charm en 2011, et on retrouve à nouveau ici l’artiste travaillant avec Thom Monahan qui a oeuvré sur tous les disques de Vetiver. Le résultat est partiellement « ambient » comme surgi d’une brume (le groupe est de Sans Franciso et l’opus a été imaginé par Cabic alors qu’il marchait le long des rues de la ville) mais aussi en partie funky sur un mode « lounge » quelque peu rétro.

Le titre d’ouverture, « Stranger Still », débute lentement puis se fond en un crescendo luxuriant qui rappellera Talking Heads de par ses percussions et ses claviers étayés de cuivres qui vous rassasient avant de se désintégrer. Le morceau dure sept minutes et on ne les voit pas passer tout comme la guitare acoustique et les textures organiques qui s’imposent pour nous amener à l’introspectif « From Now On » le font en toute souplesse et fluidité.

Tout n’est pas pour autant constitué de vibrations positives. « Confiding » projette une ombre dance inquiétante et «  Backwards Slowly » est replet d’harmonies tordues.

Complete Strangers va ainsi multiplier les directions ; de la jangle pop sur « Loose Ends », du calypso avec « Time Flies » et la guitare de Devendra Banhart et une ballade imbibée de reverb projetant son humeur paresseuse et lasse dans « Edgar ».

Ainsi balisé est le terrain émotionnel sur lequel le disque se situe : il est bien épineux sous des dehors apaisants, tumultueux malgré son climat tranquille ; c’est un album qui s’écoutera plusieurs fois et révèlera à chaque fois de nouvelles subtilités, un opus indie folk qui sait s’adapter à la modernité.

***1/2

Rapid Talk: Interview de Idlewild

C’est une chose assez fréquente que de voir un groupe atteindre un succès massif puis, peu à peu, s’évanouir et perdre de sa notoriété. Idlewild sont dans ce cas, des punks écossais qui avaient le mérite d’être cultivés et articulés et qui se sont perdus une fois entrés dans la scène « stadium rock ». Ils auraient bien sûr pu prendre la direction facile, celle qu’ils nomment à juste titre « la façon Coldplay d’avoir du succès » mais, puisque ce sont des personnes qui ont décidé de faire des déclarations courageuses, ça aura été sous leur propre étendard. Cette entêtement les a sans doute sauvés même si il leur a fallu des années pour retrouver cette inspiration qui les animait initialement, à leur propre échelle, petite mais humaine.

Après un hiatus de cinq ans qui a vu les compositeurs de Idlewild Roddy Woomble et Rod Jones s’affairer à d’autres projets, les voilà de retour avec un Everything Ever Written qui englobe assez bien ce qu’a été l’ensemble de leur œuvre. In ne s’agit pas ici de maturation mais d’un portrait honnête de ce à quoi ils ont toujours aspiré soniquement. Écrit sur l’Île de Mull, il a été travaillé sans contraintes ni pressions des labels, il documente cette expérience et l’enrichit par une série de photos publiées sur diverses plateformes de médias sociaux.

Rod Jones évoque ici l’impact qu’a pu avoir pour eux la nostalgie et le processus de revitalisation qu’il a entraîné chez eux.

À quel moment le groupe s’est-il aperçu qu’il était temps de retravailler sur ce nouvel album ?Et pour vous quelle importance a le nom de Idlewild en comparaison avec vos autres projets ?

Roddy et moi sommes restés en contact toutes ces années ; on écoutait ce que l’autre faisait et, voilà deux ans, on était tous les deux libres et au même endroit. Il nous a semblé naturel d’écrire ensemble bien qu’il n’y avait aucun plan pour une reformation. On a analysé ce qui se passait et on est parvenus à coucher très vite des idées sur papier. Cela ressemblait à du Idlewild aussi on a recontacté Colin Newton et notre dynamique allait très bien. Ensuite Luci Rossi aux claviers et Andrew Mitchell à la basse ont été incorporés et ils ont donné aux compositions vie et force qui nous ont offerts des possibilités qui semblaient infinies.

Le nom de Idlewild était très connoté évidemment et ,ces derniers temps ,il était devenu quelque peu restrictif. Les choses étaient un peu laborieuses et éventées mais avec cette opportunité de faire une musique nouvelle et l’enthousiasme et l’encouragement que nous avons reçus tout nous a semblé frais et excitant à nouveau.

En raison de ce hiatus, comment avez-vous pu retracer votre histoire pour retrouver le goût des choses ?

Il n’y a eu ni méthode, ni formule et je crois que ça a été important quant au résultat. On a mis de côté tout ce qui appartenait au passé et on s’est attablé devant une page vierge et une nouvelle ouverture d’esprit. Cela nous a permis de faire un disque plus naturel et on a retrouvé cette dynamique particulière entre moi, Roddy et Colin En ce sens, c’est un album de Idlewild.

Votre son est toujours plus ou moins le même, pourtant vous le trouvez plus mature ; comment avez-vous abordé ceci par rapport à ce qui l’a forgé dès vos débuts ?

C’est tout simplement le fait d’être plus en confiance et confortables avec nous-mêmes. Cela vient avec l’âge et l’expérience et aussi le temps passé en dehors du groupe. Cela nous a rendus moins concernés par la nostalgie. Nous n’ avons pas éprouvé ce besoin de redécouvrir notre passé mais plutôt l’envie d’aller de l’avant.

Vous avez toujours eu cette faculté d’embrasser aussi bien vos côtés rugueux que vous penchants folk plus récents. Est-ce que ça a représenté un défi de parvenir à les amalgamer ici de manière étale et fluide ?

On n’a pas fonctionné avec cette préoccupation en tête. Ce qui s’est passé est un brassage naturel de nos personnalités qui était déjà un fil conducteur dans nos précédents albums. Nos intérêts musicaux sont toujours les mêmes mais, aujourd’hui, nous avons élargi nos influences ainsi que nos collaborateurs. Et puis l’expérience de la vie intervient, n’est-ce-pas ? Je crois qu’aujourd’hui ce que nous faisons est plus riche et profond sans que nous ayons eu d’idées préconçues.

Idlewild n’a jamais eu honte d’écrire des ballades très tendres. Ici, « Every Little Means Trust » et même un morceau phare de Everything Ever Written. Qu’est-ce qui vous attire encore aujourd’hui dans ce type de composition « radio friendly » d’autant que vous n’avez pas la pression d’obtenir un « hit » ? C’est comme si vous étiez heureux du contenu de l’album sans vous souciez de la façon dont il sera reçu.

Exact mais c’est une chose à laquelle nous ne pensons pas vraiment. On a écrit ce morceau très tôt, il était très fort mélodiquement et on savait qu’il figurerait sur le disque. C’est vrai qu’il a une côté fait pour la radio. Mais ça n’était pas notre intention initiale. Il y a toujours eu ce type d’élément dans notre musique et nous ne nous en défendons pas ni ne le revendiquons. Le groupe a juste des goûts assez variés.

Ce qui est frappant est que de nombreux groupes écossais contemporains essaient d’émuler vos textes toujours très littéraires. Maintenant que vous êtes une source d’influence, on peut se demander quelles étaient les vôtres à vos débuts. Et comment ressentez-vous le fait que votre passé se traduisent chez des artistes d’aujourd’hui ?

Roddy serait plus à-même de répondre à cela mais il est certain que nous avons toujours voulu combiner textes intelligents et musique mélodieuse. Des gens comme Dyaln The Smiths, REM ou Neil Young, pour n’en citer que quelques uns, nous ont beaucoup influencés. On sait très bien qu’on a rien inventé mais savoir que d’autres groupes se réfèrent à nous désormais et gratifiant et très flatteur.

Vous avez sorti Post Electric Blues en 2009 en auto-production quelques mois avant sa date officielle par le biais de votre site web. C’était assez novateur à l’époque et c’est devenu une nouvelle approche marketing désormais. Qu’en avez-vous tiré et qu’en pensez-vous par rapport à ce qui se passe de nos jours ?

À l’époque l’idée était d’être plus en contact avec nos fans et de les intégrer plus à notre univers. Pour moi c’est une façon de les rendre plus attentifs à votre musique et à considérer le fait que ce sont des albums et non pas une série de « singles ». Il est certain que c’est devenu un processus essentiel pour vendre des disques désormais et ça ne me gène pas. Après tout, il s’agit de redonner le contrôle aux musiciens et leur fournir une plateforme pour se faire connaître. Ceci dit, on a eu besoin du soutien d’une « major » pour arriver là où nous étions ; il est juste dommage que trop de groupes n’aient pas bénéficié de la même attention à l’époque. Cette fois-ci, nous avions déjà réalisé le disque et décidé que les fans pouvaient le commander directement en avance. C’est un bon moyen, plus organique, de les impliquer.

Si on prend en compte la vie relativement calme que vous avez menée avant la composition de ce nouvel album, quelles sont vos attentes quand vous ferez des concerts et à quoi espérez-vous aboutir une fois ce cycle terminé ?

Je ne dirais pas que nos vies ont été si calmes que cela. Roddy et moi avons beaucoup travaillé et tourné durant ce long intervalle. J’ai également produit d’autres musiciens mais je pense que ce sera un choc pour moi de rentrer à nouveau dans ce système et devant une audience. Honnêtement je n’ai aucune idée de à quoi je m’attends en termes de sensations, hormis que ce sera excitant. Quant à mes espoirs ; faire de bons concerts et voir ce qui nous guette au tournant.

Lightning Bolt: « Fantasy Empire »

Lightning Bolt est un duo qui a cette réputation de nous présenter des shows à l’image de son patronyme et de pousser les possibilités d’un ensemble composé d’une batterie et d’une basse bien au-delà d’un volume supportable à nous oreilles.

Ils abordent les disques avec la même sensibilité et une démarche plus lo-fi en matière d’enregistrement de manière à permettre à ce que les deux instruments se mêlent et se brouillent dans une distorsion et une énergie indifférenciées.

Fantasy Empire est leur septième opus et il a été enregistré avec une poussée volumétrique encore plus haute mais aussi une esthétique sonique basée sur la composition, à savoir ces petites choses de style couplet/refrain qui sont censées fournir mélodie et chanson.

On pourrait parler de noise rock passé à la moulinette Steve Albini c’est-à-dire un effort vers structures et textures (comme sur Earthy Delights en 2009) plutôt que des tangentes vers le déversoir et l’étrangeté façon Oblivion Hunter en 2012.

Que ce soit sur un « Mythmaster » ou « Dream Genie », tous deux alimentés par un groove pulsé et puissant, ou sur le titre d’ouverture « The Metal Esat », bel exemplification de trash metal à base de riffs, on trouve à chaque instance des riches accroches mélodiques maiqs ce sera sur le long « closer », « Snow White (& the 7 Dwarves Fans) » que les arrangements seront les plus peaufinés. On a droit ici à une construction où couche sonores s’ajoutent les unes aux autres pour nous faire pénétrer dans un chaos soigneusement contrôlé.

Il ne sera donc toujours pas possible de parler de Lightning Bolt sans utiliser ces métaphores qui vont du machisme au masochisme. Fantasy Empire, une fois de plus, est un album qui annihile nos sens auditifs mais jamais cette dévastation portée à nos oreilles n’a sonnée aussi bonne.

***1/3

Liturgy: « The Ark Work »

The Ark Work est un disque de, accrochez-vous bien, black metal transcendental. Le duo se nomme Liturgy et son album précédent se nommait déjà Aesthetica. On devine la mouvance et l’approche, une vision des choses post-moderne dans laquelle l’instrumentation se fera, non seulement à coups de beats incandescents et frénétiques mais aussi de glosckenspiel pour peaufiner leur manifeste.

Plutôt que de développer ce qui serait une parodie extrémiste du genre, Liturgy s’emploie à y apporter une approche célébratoire, propre plutôt que tordue, riches plutôt qu’affamée. Il suffit de prendre un morceau comme « Fanfare » qui fait précise allusion à cette atmopshère ; il est question de vents et de vagues mais ceux-ci sont contenus tant les samples et les cuivres sont déployés sans aucune agressivité ou alors une agressivité positive.

Le résultat n’en est pas pour autant source de délice et ne verse pas dans l’euphorie. IL est, au contraire, vecteur d’une certaine stérilité puisque arcbouté sur deux versants. « Follow » tentera d’avoir un discours plus articulé en noyant l’ensemble sous de la reverb comme s’il s’agissait de saturer et de salir ce qui aurait opus être une tonaité de guitare mais cette surabondance ajoute une autre couche d’indécision qui l’éloigne encore plus du black metal traditionnel.

Conventionnel Liturgy ne l’est certes pas, en effet et The Ark Work est un album madré mais froid, méchant et dépourvu d’empathie. « Kel Valhaal » résonne de façon cruelle avec ses riffs en cacades qui nous laissent vidés de tout. « Vitriol » et « Quetzalcoat » fonctionnent de manière si adroitement qu’on se demande alors où se situer par rapport à cet univers, ou plutôt même où se situent les deux musiciens.

Liturgy exécute sa musique prodigieusement bien (des signatures en 7/8 par exemple) mais il ne nous permet de garder qu’un déficit d’âme ce qui, au fond, le contraire de ce à quoi tout auditeur aspire. De cette banqueroute nous sortons avec une fascination équivoque,comme celle qui nous fait dire que The Ark Work est un album mauvais mais qu’il l’est de façon intéressante.

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