Cotillon: « Cotillon »

Publié: 29 janvier 2015 dans Quickies
Tags:

Cotillon est le nom que John Corso, « singer songwriter » de Los Angeles, a donné à son groupe après divers projets dont une collaboration avec Chet White des GIRLS. Le produit de ce travail se nomme Cotillon qui est aussi le nom du premier album du combo.

Cotillons décrivent leur musique comme du « flower punk » ce qui est une description assez exacte. En effet bien que leur esthétique possède une sensibilité punk évidente, on y trouve également des penchants pour le surf rock donnant ainsi à leur disque une tonalité plus légère et lumineuse que la chose punk traditionnelle. Le titre d’ouverture est d’ailleurs à tort intitulé « Gloom » dans la mesure où il représente plutôt une introduction au son du groupe : quelque chose de joyeusement contemplatif avec des vocaux au phrasé et aux textes volontairement brouillés.

La plage suivante, « Call Me Up », apportera, elle, un climat funk groove assez fun qui confirmera les racines west coast de Cotillon. Même si les vocaux de Corso sont parfois quelque peu geignards, l’atmosphère générale est à une réjouissance qui donne envie de danser et de lever les bras vers le ciel.

La facette plus punk de Cotillon se fera jour sur un « Asteriod » aux tonalités plus sombres et des textes qui sont preuvce que le combo peut adopter une varité de style tout en restant cohérent avec lui-même. « Before » sera un retour à une musique plus légère avant que, à partir de « Yesterday’s Shoes », Cotillon cherchera un équilibre entre surf rock et compositions désaccordées et vocaux punk dont le côté brut ne fonctionne que par intermittence. Un titre se détachera du lot, « Left Bank », une ballade au piano qui dévie totalement du surf mais dont la morosité sous-jacent ne trahit pas l’approche d’ensemble de l’album.

Celui-ci présente un assemblage intéressant de surf et de punk mais, au bout du compte, Cotillon s’oublie facilement une fois l’écoute passée. Les mélodies ne sont pas assez puissantes pour que le charme s’installe durablement ; ce qui en ressort alors sera plus une expérience esthétique qu’un véritable disque avec des chansons dont on puisse se souveni.r

**1/2

Mansion Songs de Howlin Rain s’ouvre sur des vocaux a cappella glorieusement réfrigérants émis par le leader du groupe Ethan Miller. Ils sont bruts et poisseux mais aussi assurés et poétiques. Sur « Big Red Moon » il évoque ces environnements glauques que sont les allées et les bars des bas-fonds avec une instrumentation qui intervient avec détermination et autorité au moyen d’une slide guitar en fuzz et une section rythmique chargée de ces humeurs marécageuses qui étaient l’apanage de Creedence Clearwater Revival.

La voix de Miller est rude, suggérant un Bob Dylan qui aurait abandonné sa pose « laidback » et, quand elle se transforme en hurlement désespéré et ébranle le confort d’une stabilité que donne le rock traditionnel on n’en est à peine étonné.

Si Howlin Rain emprunte en effet à l’idiome rock, ils veulent aussi pousser cette convention hors de ses limites habituelles. Il est donc naturel pour eux de créer des moments de fixation où règne le chaos, un sentiment que les compositions pourraient s’effondrer à chaque instant. « The New Age » est une ballade injectée d’Americana triomphante avec une voix de la taille de celle de Bono qui parle de la venue du futur mais dont le climat victorieux que suggère le tempo vif est sapé dans les dernières secondes quand Miller hurle un « I don’t want » qui résonne comme le cri d’un condamné qu’on mènerait au peloton d’exécution.

Mansion Songs va parcourir ainsi toute une gamme allant de titre rock accrocheurs comme « Meet Me in the Wheat » at « Wild Bush » à des moments plus tendres en particulier sur les trois morceaux qui concluent l’album, « Restless », « Lucy Faitchild » et « Ceiling Fan ». Les deux derniers auraient pu être plus courts et éviter ainsi l’excès d’un sentimentalisme qui ne peut qu’étonner alors que « Restless », comme l’indique son titre, véhicule à merveille cette agitation et ce sentiment que tout peut exploser à n’importe quelle seconde. Miller avait dit de ce disque qu’il voulait qu’il ne reflète a aucun moment une sensation de désespoir qui soit digne, il y parvient en traduisant ce sentiment que l’on essaie à se raccrocher à des choses qui ne veulent que céder sous nos doigts.

****

Danny James: « Pear »

Publié: 28 janvier 2015 dans Quickies
Tags:

Danny James fait du garage rock depuis une bonne dizaine d’année avec des compositions nettement inspirées du Love de Arthur Lee. On aurait pu y ajouter une dose de The Move, Joe Jackson et The Brothers Johnson et on aura un bel exemple d’un artiste qui peut nous surprendre par sa versatilité.

Si on considère le son qui émane ce son premier album solo, on ne peut que se dire que l’enregistrement de Pear a dû avoir pour musique de fond Todd Rundgren, ELO et Queen. Le disque est un opus de rock bien produit, sans doute même arrangé de manière tatillonne, avec, comme aux bons vieux temps du rock à prétentions respectables, des compositions qui se chevauchent jusqu’à l’enchevêtrement. Quelque part l’effet peut être étouffant !

Pear se veut une « œuvre » (même si il peut y déceler une part de second degré) et c’est un album qui se tient à califourchon entre le rock « adult oriented » tranquille qu’on pourrait entendre dans bien des espaces publics et la dramaturgie kitsch et ampoulée de « Bohemian Rhapsody ». C’est un assaut sur nos sens, un bel étalage de gloutonnerie instrumentale avec une attention minutieuse pour chaque détail sonique alors qu’aujourd’hui priorité est donnée au minimalisme flou. Une ballade comme « Without Reluctance » baignera ainsi dans une pédale wah wah funk avant de laisser place à un solo de clavier furieux enregistré en analogique et le tout sera enfoui sous un déluge d’harmonies vocales en overdub.

Même quand le disque s’aventurera du côté de la guitar pop traditionnelle ou du rock direct « (That’s Not) The Plan ») le résultat sera étrange et impressionnant. De cette marque de fabrique on retiendra la façon très personnelle dont James est parvenu à accoler ces deux adjectifs et à gratouiller agréablement nos tympans.

***1/2

Amason: « Sky City »

Publié: 28 janvier 2015 dans Quickies
Tags:,

Amason est un groupe indie-pop suédois qui, sur leur « debut album » essaie d’incarner le son de son pays natal. Sky City est, en effet, un opus sophistiqué et élégant, légèrement réservé et emprunt de ces mélodies qui le situent entre The Concretes et Peter Bjorn and John sur le spectre d’une pop suédoise qui a toujours été de qualité.

Le disque bénéficie de l’apport de plusieurs musiciens venus de groupes établis (Miike Snow, Dungen, Little Majorette) ce qui assure que les morceaux seront interprétés avec solidité et professionnalisme. On y trouve des pastiches de soft-rock (« Kelly qui fait référence à America) mais aussi des petites oeuvres de mélancolie dramatique (« Went to War ») tout comme d’autres comme « Blackfish » qui ne sont pas sans évoquer le répertoire de Peter Bjorn and John. Le groupe travaille en fait dans un éventail dont une bordure se situe entre ces derniers et, de l’autre du côté, Fleetwood Mac.

Il y a intérêt à oeuvrer à l’intérieur de ce spectre car il établit une humeur qui ne se dément jamais et qui s’approfondit au fur et à mesure où Sky City progresse. Même les titres qui boostent un peu le tempo comme « NFB » ou qui, tel l’instrumental atmosphérique « Pink Amason » s’intégreront parfaitement à cette esthétique générale.

Une addition bienvenue consistera en la participation de Amanda Bergman dont la voix rauque de crooner apportera, sans sembler forcer, une touche délicieuse à la retenue qu’apportent arrangements serrés et production dépouillée.

On retiendra également quelques moments plus sombres, peut-être même un peu trop en raison d’un saxo trop encombrant par moments, mais Sky City a toutes les qualités d’un premier disque dans le sens où il est un opus prometteur.

***

Depuis le milieu des années 80, Danny Kroha fait partie du paysage de la scène musicale de Detroit. Que ce soit en tant que leader de groupes garage-punk comme The Gories à avec un trio de « party rock » Danny & The Darleans. Avec ces combos ainsi que d’autres il s’est bâti une réputation grâce à une approche de la composition viscérale et des performances « live » diaboliques. Il est en outre doté d’une voix unique et d’un jeu de guitare qui donne l’impression qu’il transforme en or tout ce qu’il touche.

Angels Watching Over Me est le premier disque qu’il sort sous son propre nom, mais ça n’est en rien un véritable « debut album » eu égard à sa longue carrière. Tout au long de ces 16 plages, Kroha se tourne vers une musique plus « roots », le folk, le blues et le gospel, la plupart des morceaux étant tirés du domaine public et interprétés avec cette patte rocailleuse qui définit ses penchants vers le rock.

Le côté americana se verra mis en exergue avec une intsrumentation traditionnelle (basse washtub, dulcimer, banjo, harmonica et une guitare à une corde nommée « diddly-bow ») et des procédés d’enregistrement rudimentaires. La plus grande partie du disque est capturée « live » avec un seul micro pendant des sessions intenses effectuées dans une maison vide.

Plutôt que de s’efforcer à véhiculer une climat vintage artificiel, les chansons sont interprétées de manière directe avec une voix qui semble avoir subi les assauts du temps. Les standars du blues sont récités comme en drone (« Before This Time Another Year », « Walking Boss ») mais avec une tension toujours sous-jacente alors que des passages plus enlevés comme « Rowdy Blues » font preuve d’une énergie qui se refuse à tout raffinement.

Lma seule composition originale sera « Run Little Children » une diatribe bluesy débordante où une électricité sinistre empruntée à Howlin’ Wolf perce comme libérée. Bien qu’éloigné de la puissance sonique de ses autres productions, la présence de Kroha permet d’édifier allègrement un pont entre ces sélections folk-blues traditionnelles et les générations de rockers qui s’en sont inspirés. C’est un disque captivant et utile ne serait-ce que pour alimenter notre devoir de mémoire musicale.

****

Les membres de Invisible Familiars (Jared Samuel, Robbie Mangano et Tim Kuhl) ont tous joué, individuellement ou ensemble, avec la fine fleur des musiciens de New York et ces derniers leur rendent la politesse sur ce « debut album », Disturbing Wildlife.

On retrouve en effet Nels Cline, Stuart Bogie et Miho Hatori qui vont participer à un opus étrange qui se situe à l’intersection de l’indie et de la musique expérimentale. Les moments les plus inspirés de l’album sont ceux où l’équilibre entre riffs rock solides et déviations inattendues. Ainsi, une composition comme un « Clever Devil » sautillant et enlevé va au-delà d’être un pastiche de T. Rex en étant assaisonné , en ses marges, de sons étranges. De la même manière, « Heaven All » sera décoré de textes vifs, de chorus syncopés qui semblent toujours au bord de la défaillance et d’enjolivures psychédéliques qui le rendent encore plus accrocheur.

Ce sont ces touches ludiques qui font du disque quelque chose de saisissant ; que ce soit la manière dont les claviers font des vagues soniques à la rêverie folk qu’est « Elaine Serene » ou la façon où « You and Arrow » combine tic-tac d’une horloge, sentimentalisme pop vintage et textes pleins de vivacité.

De tels moments sont engageants ce qui fait que les passages les plus exopérimentaux prendront gun peu plus de temps pour recueillir l’attention. Jared Samuel a écrit ces compositions alors qu’il était cloîtré dans une péniche ; cela explique sans doute pourquoi « Cherryblossom » est moitié chant marin et moitié berceuse et, hormis « New Mutation Boogie », le disque devient de plus en plus sinueux et labyrinthique en son déroulement.

Même si Disturbing Wildlife n’est pas d’une confondante habileté en termes de mixage et ne tient pas la route en matière d’accroche, ses moments phares sont suffisamment intriguants pour garantir une écoute à même de nous interpeller.

***

Ce quatrième album des Punch Bothers est introduit, leur leader Chris Tile, par une interrogation presque métaphysique à savoir comment cultiver des relations pleines et entières avec les autres en considérant la période dans laquelle nous vivons. C’est sans aucun doute un projet ambitieux mais il est véhiculé, sur The Phosphorescent Blues, par une résolution sans faille de la part de ce quintette de Brooklyn, au moyen d’arrangements on ne peut plus grandioses et de sentiments se situant à un niveau encore plus élevé.

Après avoir contribué au film des frères Coen Inside Llewyn Davis avec deux compositions et choisi le laureat des Grammy Awards T Bone Burnett pour produire leur dernier effort, The Punch Brothers semblent en passe, avec cet opus, d’atteindre par eux-même, le statut qu’ils méritent depuis un certain temps déjà.

Dès l’ouverture, « Familarity » ouvre le bal avec une déclaration d’intention que le combo bluegrass ne dissimule aucunement. C’est un morceau qui dure dix minutes, opère une transition entre finger-picking rapide et harmonies à la Beach Boys et changera de braquet à diverses reprises. On comprend très vite ainsi qu’ils n’ont pas avoir peur d’explorer et d’aller au-delà des frontières musicales qui étaient les leurs et de dépasser ce qu’on attendait d’eux.

Confirmation suivra plus avant avec des interludes nommés « Passepied (Debussy) » et « Prélude (Scriabin) », un « Magnet » à la cadence arrogante et ce qui pourrait être un hit pop effervescent et débordant, « I Blew It Off » dont l’énergie souligne le message dont Thile se faisait l’écho pour ce disque. Évoqués sont le stress du 21° siècle, les rêveries interrompues, le face à face avec soi-même qui ne donne rien, bref un bilan peu réjouissant de ce que l’Amérique réserve à ses ouailles.

On pourra, de ce fait, une approche un peu didactique sur « My Oh My » (« So let freedom vibrate, not ring » / « Cause we can’t listen to everyone / Wanna hear ourselves sing. ») , on se consolera avec des arrangements acoustiques redoutables, des percussions qui n’interviennent que quand il le faut et la première apparition judicieuse et bienvenue d’une guitare électrique sur un de leurs albums.

La voix claire de Thile a toujours été capable de transmettre un torrent d’émotions à ses ruminations. Ici elle met encore plus en valeur un art de la composition exceptionnel même si parfois un peu trop moralisant. The Phosphorescent Blues demeure néanmoins un disque remarquable si on prend en compte la mission que s’était assignées le groupe.

****

Alasdair Roberts: « Alasdair Roberts »

Publié: 27 janvier 2015 dans Quickies
Tags:

Que ce soit ici le huitième album de Alasdair Roberts pour Drag City en dit long sur le riche filon de ballades folk qu’il a exploité depuis le début de sa carrière. Qu’il ait été, sur la même période, épargné par le « crossover » et le succès qu’il aurait pu amener est un autre marqueur signifiant que ce chanteur écossais natif de Stirling restera, selon toute vraisemblance, un artiste auquel on ne prendra goût que peu à peu et avec une infinie patience.

Au fil des ans, le folk s’est dilué mais pas en ce qui concerne Roberts ; il interprète des ballades desséchées parlant de margoulins, de tisserands, de prétendus devins et de ce qui accompagnait souvent leur destin ; à savoir la pendaison et la potence. Tout comme le musicien Dick Gaughan, compatriote de Roberts, chantera les mérites du prolétariat, Roberts lui tournera notre attention vers des choses plus prosaïques comme une moisson insuffisante et les implications que la venue de l’hiver annonce.

Dans ce cas aussi, la musique est macérée dans ce qu’on nomme honnêteté et authenticité. Sur cet album éponyme sa voix est devenue ténue se fait plus prononcée, parfois sous forme d’une plainte à peine prononcée, parfois avec un accent empli de tension, parfois enfin épousant la lamentation d’une personne en détresse.

Outre la voix, la narration est également exemplaire, la musicalité, la pureté et la crédibilité de Roberts ne souffrent aucun doute. Les compositions sont une floraisons qui n’évite pas la robustesse dans ses récits d’amour et de perte comme pour mettre en avant une austérité toute puritaine et traditionnelle également dans ses textes.

On se demandera alors si ces morceaux sont faits pour nous distraire (on ne peut dire égayer) ou pour être écoutés comme des sermons d’église puis ensuite digérés et emmagasinés. Le titre d’ouverture, « The Way Unfavoured » sera aéré mais « Hurricane Brown » résonnera de ses cordes solennelles alors que « This Uneven Thing » baignera dans la joliesse. Ces trois chanson exemplifieront à merveille la versatilité de Roberts mais surtout cet art de la composition hors du temps et des modes qui demeurera toujours emblématiques de sa solidité.

****

Depuis près d’une année, Rae Morris semblait comme attendre son heure. Elle collaborait occasionnellement avec quelques actes en prêtant sa voix à Clean Bandit pu Bombay Bicycle Club ce qui a fait que, ces derniers moi, celle-ci était devenue de plus en familière et que, maintenant que la native de Blackpool sort son premier album, celui-ci occupe une place centrale dans la scène musicale.

Son principal atout étant son organe vocal il n’est pas surprenant qu’elle l’utilise avec une technique confondante de par sa maîtrise en matière de versatilité. Sa voix peut être douce et subtile, mais aussi énorme et conquérante et elle est capable de la pousser sans efforts au-delà de ses limites sur les douze plages qui composent Unguarded. Elle provoque alors sans peine des frissons dans les moments les plus intimes, comme par exemple sur un « Don’t Go » accompagné d’un seul piano ou avec un « Unguarded » chaleureux et en piqué qui nous enveloppe nos sens dans un doux brouillard. Il est difficile de ne pas se laisser attirer attirer par son univers ne serait-ce qu’avec « Morne Fortune » ajout de dernière minutes qui résonne de manière définitive ou « This Time » qui s’élève avec grâce et fierté.

Il y a bien plus que des acrobaties vocales pourtant dans cet opus. « Under The Shadows » est un titre presque dance syncopé et « Closer » sera conduit par un rythme qui vous colle à la peau. Morris s’avère autre chose qu’une chanteuse de ballades « easy listening » et qu’elle est à même de nous offrir des efforts prônant le dynamisme (le duo « Cold » ou le joyau lyrique qu’est « Do You Even Know ? »).

L’album a mis du temps à venir mais eu égard à la confiance qu’il dégage, il semble naturel que celui-ci soit très vite sous les feux de la rampe avec, pour premier rôle, son interprète.

***1/2

La Californienne Jessica Pratt retint l’attention des critiques quand Tim Presley de White Fence fut tellement séduit par son enregistrement de quatre pistes qu’il décida de lancer son propre label (Birth) pour sortir son premier enregistrement en 2012. Pratt a une voix féminine originale et singulière qu’elle fait accompagner d’une guitare jouée en finger-picking classique et des compositions intemporelles qui l’ont fait comparer à des chanteuses du début des 70’s comme Vashti Bunyan ou Karen Dalton.

Sur On Your Own Love Again, Pratt opère une évolution vers une musique plus contemporaine et psychédélique et étend une palette sonique qui frôle parfois le symphonique même si le tout demeure soigneusement peaufiné d’une manière discrète comme si il s’agissait d’enfouir sa musique. Bien que le disque soit, une nouvelle fois, un effort solo Pratt enregistre en overdubs ses parties de guitare éléctrique, les percussions minimalistes et les backing vocals alors que Will Canzoneri apporte quelques petites touches d’orgue et de clavinet.

Les compositions sonne un peu plus pop et psychédéliques et beaucoup plus ouvertes qu’auparavant. Le résultat est plus convaincant malgré une esthétique lo-fi qui nous fait encore entendre le glissé des cordes de guitare, le micro qui les heurte parfois et le sifflement des bandes magnétiques. Ces deux éléments entrent en contradiction pour nous donner une écoute moins confortable ce qui est probablement le but de la chanteuse.

Les compositions sont en effet plutôt sombres et les textes succincts. Il s’égrènent naturellement sur un ton conversationnel ce qui apporte encore plus de réalisme à l’effet recherché. Le point d’orgue sera atteint avec le « single », « Back Baby », ses lignes de guitare espagnole hésitante, sa mélodie douce-amère et ses textes tranchants comme un rasoir mais de façon délicate. On Your Own Love Again est un album de contrastes même sis dans ce registre intimiste ; il permet de dresser un portait des émotions mais de les contenir comme si en faire étalage serait pour elle contre nature.

***