Rocky Votolato: « Hospital Handshakes »

Hospital Handshakes de Rocky Votolato a un son étonnamment positif quand on considère que, après Television of Saints, le chanteur avait envisagé d’abandonner la musique. Ce nouvel opus le voit, en effet, différents thèmes personnels ayant trait à sa santé mentale, la dépression et, conséquemment, la spiritualité censée lui apporter une réponse au sens à donner à sa vie.

On peut donc apparenter ce disque à une thérapie et une quête de renouveau et d’espoir. Produit par Chris Walla (Death Cab for Cutie) Votolato s’est entouré de son frère, Cody (The Blood Bothers) et autres musiciens amis pour enregistrer un opus viscéral tout en étant enlevé, un disque presque rock tout en restant très tactile.

Après une disette de près d’un an, Votolato a composé 25 titres en 3 mois et les onze morceaux choisis ici témoignent de ce don non perdu à écrire des mélodies attractives égayant la thématique maussade.

Hospital Handshakes parvient à évacuer des tensions et à les envelopper de manière harmonieuse. On a connu pire comme exutoire.

***

OOFJ: « Acute Feast »

Sur leur « debut album », Disco to Die To, OOFJ étaient parvenus à créer des climats sonores qui vous hantaient et qui leur ont valu des qualificatifs tels que « lynchien », « cinématique » ou « spectral »

Acute Feast concrétise cet aplomb à vouloir nous offrir des choses encore plus vastes et ambitieuse. Ici le duo voit les choses avec le point de vue d’une lentille opaque le disque est plus sophistiqué mais aussi plus sexy et plus sombre.

Multi-instumentiste, Jenno Bjørnkjær édifie un climat délicieux de claustrophobie veloutée (bruis électroniques, orchestrations à cordes distantes, boîtes à rythmes intenses) véhiculant un quotidien fait d’aliénation.

La guitare clairsemée de « Stepehn Says », le saxo solitaire sur « Sailor » contribuent à embellir la voix de Katherine Mills Rymer au timbre passé à l’aulne de la cigarette. Nous somems dans le royaume où la femme fatale est reine, où la sous-estimer ne sert à rien et c’est en ce sens que la reddition non,s seulement plaisir mais aussi devoir.

***1/2

Jimbo Mathus: « Blue Healer »

Le premier album de Jimbo Mathus, Dark Night of the Soul, offrait une juxtaposition entre roadhouse rock et blues. Les compositions oscillaient entre rédemption et chaos et Blue Healer semble en être la suite et un nouveau développement.

Enregistré en analogique, nous avons ici une sorte de « concept album » ambigu et bordélique, aux structures décousues et tournant autour de la même thématique à laquelle s’ajoute un peu de pathos intime et de mythes centrés autour la lutte menée pour obtenir le salut.

« Shoot Out The Lights » nous donnera un délire garage piano-guitare comme on n’en trouve qu’à Memphis et nous présente un protagoniste dont le rôle sera, à la six cordes, celui qu’aurait un bandit armé dans un western. C’est une belle manière d’attaquer un album d’autant plus que c’en est un de ses meilleurs chansons.

La chanson titre vient d’un album de Muse, une jeune femme mystérieuse qui offre la possibilité de la délivrance mais aussi de l’inspiration. En combinant le blues et le tango avec la pulsation d’un clavier l’instrumentation souligne la voix de Mathus rempli d’une conviction presque fanatique. Les chorus rappelleront Delaney & Bonnie et y on trouvera aussi des échos de Willie Nile et Willy DeVille.

La section médiane de l’album sera plus acoustique, la ballade « Thank You » ou « Coyote » qui évoque un rêve hallucinogène sur fond de desert-country mais c’est dans son amalgame de soul R&B et de gospel que les tonalités psychédéliques que Mathus infuse à « Bootheel Witch » qu’il se sortira le mieux des clichés et stéréotypes.

On pourra ajouter une prestance à la Jerry Lee Lewis qui nous rappelle qu’aucun voyage vers la transcendance ne se passe sans heurts et on arrivera sur un « closer », « Love And Affection », qui nous mettra en tête que le pèlerinage entrepris repose sur ces deux qualificatifs. Une bien belle et sincère utilisation des racines musicales de Memphis et du Mississippi.

***1/2

They Might Be Giants: « Glean »

They Might Be Giants sont peut-être le combo le plus aventureux à être issu des années 90, une décennie réputée pour ses recherches expérimentales en termes de musique. Depuis 30 ans, le fil conducteur de leur approche a été, au travers d’enregistrements, de projets comme « Dial A Phone » où l’on pouvait téléphoner pour entendre une nouvelle chanson, de pousser toujours un peu plus loin les choses en matière esthétique.

Glean est une compilation de 15 titres faisant partie de « Dial A Song » aujourd’hui ressuscité par le duo. Musicalement le groupe n’a pas changé dans son approche humour noir faite de refrains enjoués et de textes sombres. Cela ne l’empêche pas de parsemer ses œuvres de quelques petites compositions « radio friendly » (ici « Good To Be Alive » et « Answer ») même si, orchestrées de manière traditionnelle, ne manquent pas de cette exubérance provocante qui se débrouille toujours pour vous narguer quelque part.

Le plus intéressant réside en revanche dans les compositions où le groupe prend un virage totalement biscornu. «  Music Jail Pt. 1 & 2 » est une délicieuse tranche de pop baroque, à la fois drôle et « fun », et le fastueux clinquant de « All The Lazy Bofriends » ne eput que ravir et impressionner.

Les vocaux de John Flansburgh gardent leur tonalité distinctive et claire rendant les compositions toujours aussi expressives même quand les textes sont de nature saugrenue. L meilleur exemple en est « End Of The Rope » et son atmosphère Broadway dans les« roaring twenties » , titre qui ne véhicule aucun climat « novelty » ou l’original « Let Me Tell You About My Operation » et son humour désabusé.

Glean, comme tout ce que fait TMBG, est impossible à définir et à résumer mais l’émotion qui en ressort à la fin de son écoute est immanquablement celle d’une joie portée par l’intelligence du propos du groupe. Mais même si on n’en saisit pas toutes subtilités, on ne pourra qu’être séduit par cet délicieuses chansons pop qu’ils ont le mérite de confectionner sans fausses notes depuis 33 ans.

****

Built to Spill: « Untethered Moon « 

Avec déjà sept albums au compteur, Built to Spill connaissent leurs atouts et ils n’ont aucun désir de remettre en cause une démarche (un croisement entre Neil Young et The Pavement) qui leur va on ne peut mieux.

Écouter Untethered Moon fait par conséquent penser à Perfect From Now sans doute également parce que le titre de ce nouvel opus rappellera « Randy Described Eternity » qui figurer sur ce dernier.

On retrouvera également les mêmes questions philosophiques à la sauce « stoner » sur ce que procurer le sentiment d’éternité avec cette même imagerie holistique ce qui, avec les 20 ans d’écart entre les deux albums, s’intègre parfaitement à cette approche sans âge que le groupe a en termes musicaux.

Rien n’a changé car rien ne se devait de l’être et il est certain que le groupe demeure dépourvu d’un arc narratif. Mais il n’y a rien de préjudiciable à ce qu’on retrouve les mêmes voix, les mêmes structures dépourvues d’expérimentation, les mêmes solos de guitares qui marque leur indifférence au fait que ceux-ci ont été déclarés démodés ou qu’ils devraient utiliser de nouvelles structures ou signatures musicales. On a toujours besoin d’un groupe qui vit encore l’esprit grunge des 90’s et Buit to Spill est celui-là.

Il y a, à cet égard, quelque chose de zen dans leurs textes, par exemple sur « Horizon to Cliff » où l’on peut lire : « High above the things that really matter/There’s no surprise/Nothing’s what it seems out on the rise. » C’est un message symptomatique de cette esthétique presque figée auquel l’abrupt fade out sur lequel il se termine met en valeur les loops sans fin formant une métaphore sonique appropriée à un disque qui, comme le cosmos, semble détaché (untethered) de certaines lois physiques.

***1/2

The Leisure Society: « The Fine Art of Hanging On »

Que The Leisure Society soit considéré comme un des groupes les plus intéressants au niveau des textes ne surprendra personne quand on saura que son fondateur (avec le multi-instrumentiste Christian Hardy) Nick Hemming a remporté deux fois de suite le prestigieux Ivor Novello Award consacrant les « songwriters » et qu’il bénéficie du soutien du (avis personnel) plus grand d’entre tous en Grande-Bretagne, Ray Davies.

Sur cet album, Hemming n’a aucunement perdu cette faculté ; The Fine Art of Hanging On est basé plus ou moins sur un concept, celui de tenir non quoi qu’il puisse arriver en termes de relations, de carrière au sein d’une industrie dont au sait ce qu’elle est ou même quand il s’agit de l’existence elle-même.

On retrouvera toutes les caractéristiques de son art de la composition : textes soigneusement confectionnés et d’une richesse d’observation qui n’a d’égale que celle des Kinks, mélodies incroyablement ciselées et, pour accompagner le tout, un assortiment d’arrangements qui vont du folk-rock à la pop baroque (le coda somptueux de « Wdes Eyes at Villains ») pour créer un cadre qui parvient à concilier détails aux profusions magnifiques et une spontanéi qui ne peut que nous désarmer.

Il n’y a qu’un seul mot pour définir ce type de songwriting à la fois complexe et empli de compassion, c’est celui d’adulte et il n’a rien à voir à la façon dont il est galvaudé par des baladins de seconde ou troisième zone.

Ici décrire ses espoirs et passions n’est pas établir une liste de courses, Hemming est passé maitre dans cet artisanat qu’est l’écriture intelligente mais le tout est véhiculé sans sensation de routine ou de détachement. Il n’est que d’écouter « Tall Black Cabins » (peut-être son titre le plus convaincant) pour être saisi par cet instantané qu’il fait de la crise industrielle et de la condition des chalutiers et que, fidèle à sa thématique, il transforme en message d’espoir qui ne peut que nous habiter. Rarement un texte engagé aura eu autant d’impact et, là encore, il faut se tourner vers Ray Davies pour lui trouver un équivalant

Le ralenti de « All Is Now » est plus calme et grandiose mais la façon dont il nous transporte est tout aussi puissante ; toutes les chansons évoquent d’ailleurs des vies touchées par une crise ou une autre mais combattant ce fardeau, non pas avec colère, véhémence ou acrimonie, mais avec une dignité qui, dans l’esprit, rappelle le « Working Class Hero » de Lennon.

Les lueurs sont des flammes ténues et bleues mais elles existent et elle demandent qu’on s’y accroche et l’instrumentation généreuse (flûtes, cuivres, cordes) s’imposant dans le mix apportent une touche de fierté de par le fait que cette présence est signe de résilience et non d’accablement.

Le revers de cela est que, par comparaison avec ce type de climat si bien articulé, les compositions les plus enlevées paraissent bien faibles et, bien sûr, plus légères. Et puis, on peut penser que l’album aurait pu bénéficier d’un peu plus de tranchant, que ce soit au niveau des orchestrations ou des textes dont on peut regretter le manque de causticité. Ceci dit, sur le morceau final, le folk trompeusement tapageur qu’est « As The Shadows Form », quand en entend Hemming nous déclarer « I know it has to end », on aimerait que ce ne soit pas le cas.

****

Passion Pit: « Kindred »

Ça ne peut pas être une coïncidence si ce nouvel album de Passion Pit sort alors que l’été s’annonce. Le projet dirigé par Michael Angelakos est connu comme étant pourvoyeur de hits pop ensoleillés mais trompeurs dans le mesure où ses vocaux et ses rythmiques dissimulent des thèmes sombres.

Kindred est donc une suite à Gossamer qui, en 2012, abordait les poblèmes du chanteur avec dépression et la drogue.

« Who Life Story » est un titre très accrocheur mais il sonne comme une continuation de Gossamer ; il n’est que d’entendre Angelakos chanter à sa femme : « I’m sorry, darling, how could you forgive me when our life’s some story out for them to buy ? » pour comprendre qu’il est dans la contrition.

Comme la plupart des morceaux de l’album, celui-ci s’ajuste au prototype musical auquel nous de Passion Pit : vocaux en falsetto au -dessus d’une cacophonie de claviers et de boîtes à rythmes perçantes.

Le changement lyrique va propulser l’album vers une nouvelle direction. Elle sera dure à avaler pour les festivaliers c’est sans doute pour cela que demeurent les riffs sucrés.

**1/2

Dwight Yoakam: « Second Hand Heart »

Dwight Yoakam enregistra Guitars, Cadillacs, Etc. Etc., son « debut album » pour Reprise Records, à la fin des années 80. C’était une époque où la musique country qui passait à la radio était infestée de titres qui semblaient s’auto-parodier et d’arrangements prévisibles comme passés sous la même moulinette

Cet enregistrement eut l’ampleur d’un immense raz de marée qui se déversait sur un désert artistique et cela en fit un jalon incontournable pour la alt-country qui commençait à grandir mais aussi un hit massif pour la country « mainstream ».

Inutile de dire que cet opus fait partie des disques essentiels et, vraisemblablement pour en retrouver la saveur, Second Hand Heart, le 19ème album de Dwight Yoakam, voit l’artiste retourner à son label d’origine. Trente ans plus tard ce qui s’apparent à un message fonde un disque qui, à nouveau, servira de point de repère tant il est son meilleur album depuis des années, voire même des décennies.

Il est certain que Yoakam a toujours eu une relation compliquée avec la country grand public. Il est héritier de Buck Owens mais aussi le fils spirituel de Gene Clark et il est difficile de l’imaginer abandonner les influences punk qu’il s’est appropriées à Los Angeles à la fin des 80’s. En fait, Yoakam s’est autant emparé de la pop rock carillonnante des 60’s que de l’abandon débridé propre au punk et de la sincérité qui émane de la country des 70’s.

Sur Second Hand Heart il parvient à amalgamer la quintessence alt-country et la force du guitariste rock qui avec toutes les mimiques de la air guitar. Les titres d’ouvertures (« In Another World », « She » ou « Dreams of Clay ») vont résolument de l’avant et se mêlent à des morceaux comme « Liar » et « The Big Time » qui sonnent comme un exubérant mix des Beatles et de rockabilly classé X.

On ne regrettera qu’une seule plage, « Believe », dont la mélodie semble être empruntée au « Given to Fly » de Pearl Jam, chose irritante pour un album qui, autrement, aurait été un véritable sans fautes.

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Speedy Ortiz: « Foil Deer »

Speedy Ortiz s’est fait connaître en 2013 avec un sensationnel Major Arcana. Le disque était imprégné d’une fuzz à vous rendre béat, de lignes de guitares habiles et déstructurées et il faut immanquablement comparé à Pavement. Si on pousse l’analogie un peu plus loin, Foil Deer représente la même volonté de progression que Pavement a eue en passant de Slanted and Enchanted à Wowee Zowee.

C’est en effet un disque à l’approche difficile tant il est diversifié et ambitieux. Speedy Ortiz tente d’avancer à pas de géant et n’y parvient ici qu’occasionnellement, quand Sadie Dupuis et ses musiciens collent de plus à de leurs racines.

Bien sûr le combo a choses à dire et ce de manière bien délibérée ; sur « Raising The Skate » le dialogue où Dupuis proclame « I’m not bossy/I’m the boss » est une déclaration de féminisme habile et subtile mais « Dot X » ne sera qu’une redite d’une autre composition de Major Arcana jusque dans l’instrumentation qui voit Dupuis et son co-guitariste Devin McKnigh concourir à celui qui délivrera le meilleur riff.

Indépendamment de cela les « power chords » massifs sont toujours aussi impressionnants et efficaces même si conventionnels (« Homovonus » et « Swell Content ») et, quand Speedy Ortiz s’aventure dans des choses plus aventureuses, l’approche semble faite de mesurettes plutôt que de performances drastiques. Sur « The Graduates » ajoute des instruments pour accentuer le côté névrotique du titre sans pour autant bouleverser le processus et « Puffer », le morceau qui fait le plus grand écart, on est un peu dans cette confusion instrumentale d’un essai de hip-hop qui ne veut pas aller au bout des choses.

Le « closer » « Dvrk Wvrld » permettra au combo de renouer avec un son dépouillé proche de son ossature mélodique initiale ; aussi, même si Foil Deer contient quelques unes de ses meilleures chansons , le détour qu’il se permet nous interroge sur le fait qu’il serait plus à l’aise dans ce son « slacker » des 90’s, ce qui, dans son cas, n’est pas si rédhibitoire ni négligeable.

***

The Mowgli’s: « Kids in Love »

Qui a eu l’idée saugrenue de ressortir le premier album des Mowgli’s, Waiting for the Dawn, et leur second opus Kids In Love pratiquement en même temps ? Espérait-on que le premier puisse être reconsidéré à la lueur de celui-ci ? Que dire si ce n’est que c’est mal joué tant on ne peut retenir ici de compositions qui retiennent l’attention.

Précédemment chaque titre permettait des évocations fades mais pas désagréables ; ici trois « singles « I’m Good », « Bad Dream » et « Through The Dark » peuvent s’autoriser cette qualification.

Les chorus n’ont rien qui puisse nous ici accrocher (les sept membres du groupes sont pourtant associés aux vocaux) et, si The Mowgli’s véhiculent toujours leur son frais et désinvolte la qualité chorale qu’ils s’efforcent d’amener semble engluée et peu convaincante.

On en vient à estimer que Waiting for the Dawn avait un côté indie et nerveux comparé à Kids in Love tant celui-ci semble destiné au grand public et n’est pas sans nous faire oser cet apparentement navrant avec One Direction.

*1/2

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