The Drums: « Encyclopedia »

Publié: 25 octobre 2014 dans Quickies
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The Drums est un trio indie de Brooklyn, devenu duo pour ce troisième album. Ils ont passé l’étape du « sophomore slump » (la désillusion qui attend parfois le second opus) de manière impressionnante et y ajoutent sur ce Encyclopedia un charme qui se présente avec raison ; celle où un groupe se présente véritablement et où il offre une vue intéressante sur ce qu’il est.

Ce disque marque ainsi une transition entre le fait d’être un groupe sympathique et la passage à un autre statut, celui d’artistes qui méritent d’être écoutés. On pourrait faire une comparaison entre The Drums et la Tour Eiffel en disant que ce troisième opus leur permet d’atteindre l’ultime étage du monument. Ils ne sont plus des musiciens qui s’inspirent des 80’s et de la surf pop car Encyclopedia sert un plus grand dessein que celui d’être un disque qui s’écoute en conduisant sur une route le long d’une plage.

On retrouvera ici toute l’attractivité de The Drums mais aussi les inclinaisons plus mélancoliques de Portamento mais ces dernières sont accentuées et ceci de façon plus sombre. Ici il n’y a pas besoin de déconstruire l’édifice présenté ; il y aura toujours de la place pour des synthés et des guitares qui vous font danser couplés à des des textes à vous faire pleurer. Encyclopedia demeure construit sur des fondations identiques mais son architecture est plus complexe et, du coup, satisfaisante.

Ils démarrent au sommet d’une « Magic Mountain » et ne le quittent jamais. Chaque composition est colorée par cette maturité trouvée sur leur ligne de crête comme sur « I Hope Time Doesn’t Change Him » et « Face of God » qui sont une démonstration de leur volonté de faire face au chaos, à la peur et à la tristesse au point de les embrasser et de laisser de côté toutes leurs oscillations pop.

L’instrumentation reste toujours aussi accessible mais elle couture des chansons qui snt comme autant d’énigmes à déchiffrer. Les synthés semblent vous jeter des sorts issus du répertoire de OMD et la voix de Jonathan Pierce évoque des grimoires dont l’attrait réside dans l’effort qu’on fait pour qu’ils soient décodés. C’est le propre d’une musique comme celle de Encyclopedia de nous divertir mais aussi de nous subjuguer.

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En Islande, pays où cet album a été conçu, Muna signifie « soouviens-toi ». Ce souhait n’est pas difficile à honorer quand on considère le deuxième album de Markéta Irglová, la seconde moitié du duo de The Swell Seasons. Même si ni elle ni Glen Hansard ne sont jamais parvenus à rivaliser avec la beauté fragile qui émananit de leurs travaux en commun, Irglová avait déjà produit un fantastique effort solo avec un Anar trop passé sous silence.

C’est pourtant sur ce premier disque qu’on avait saisi ce qui constituait sa spécifité en tant qu’artiste ; le fait qu’elle ne se sentait pas liée par les canons que tout singer songwriter conventionnel se sentait l’obligation de respecter.

Des influences est-orientales se mariaient souvent à des sensibilités venus du Moyen Orient masi son guide demeraint toujours le même : une mélodie sincère ou une harmonie à fendre le cœur.

Muna suit plus ou moins cette direction, un album où la chanteuse utilise habilement ses outils pour marquer le fait qu’il s’agit un fait d’un disque gospel. (Irglová a référencé Conersations With God et Jesus Christ Superstar (sic!) comme source d’inspiration).

On trouve dans Muna divers exemples : les cloches d’église qui retentissent en écho et qui se joignent à un choeur de chambre sur « Point of Creation », des morceaux intitulés « Mary » et « Gabriel » et l’apparition du Notre Père sur « Without A Map ». L’effet n’est pas toujours réussi, parfois même inverse sur ce dernier morceau, mais il est indéniable que de recherche spirituelle il est question. Ainsi « Time Immemorial » sera une méditation dévastatrice sur l’état du monde aujourd’hui qui ne peut que nous faire nous tourner vers autre chose que le matériel et son final ne pourra qu’émouvoir les plus insensibles.

Mais si tout ceci peut sembler guindé quelque part, Irglová ne laissera pas Muna englué dans une ambiance trop solennelle. « The Leadaing Bird » fera étalage de bien joiis arrangements à cordes épiques et elle commencer à expérimenter avec des « vibes » iraniennes sur « Fortune Teller ». Le seul défaut sera alors qu’elle essayera de trop en mettre dans chaque composition couplé, par moments, à un prosélytisme mal venu sur « Remember Who You Are ». Cela rend au bout du compte l’aréopage encombrant et laisse à penser que, finalement, le titre de cet album pourrait très bien s’appliquer à Markéta Irglová et lui suggérer de se rappeler des ses racines plus simples et de laisser ses mélodies désencombrées faire elles-mêmes la narration.

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S’il est un concept qui fait date aujourd’hui c’est bien ce qu’on nomme le « art student rock ». Pourtant, écouter This Is All Yours pour la première fois peut nous faire reconsidérer cette idée reçue. La musique de ce deuxième album vient d’un large spectre d’horizons culturels qui prennent en compte les influences « mondialistes » cde ce qu’est la planète aujourd’hui.

Ceci serait bien frelaté si il n’y avait dans ce disque un désir de surprendre, voire de choquer, parfois juste pour l’amour de la provocation. On trouve des morceaux folk chaleureux et touchants comme un « Warm Foothills » accompagné d’un piano, d’une guitare acoustique et de cordes le tout dansant autour de textes à la nature sensuelle et d’une touche electro-folk. « The Gospel of John Hurt » parlera de l’acteur dont l’estomac sera brusquement explosé par un alien et « Pusher » se caractérisera par un falsetto laborieux et faussement touchant qui déboulonne ce qui est censé créer un climat onirique. La question récurrente qui jalonne le morceau ; « Are you a pusher or are you a puller ? » se niche en parallèle à cette approche des relations teintée d’érotisme qui figure sur l’imagerie réaliste de « Every Other Freckle ».

Tous les extrêmes de la vie étudiante sont là : l’humour le plus gaulois et l’érudition la plus honnête. À cet égard, le sampling de Miley Cirus sur « Hunger on the Pine » est à ka fois brillant pas la manière dont les sons se fondent et le côté légèrement gratuit et anecdotique qui s’en dégage. Alt-J savent parfaitement combiner le « comment », mais peinent parfois à répondre au « pourquoi ».

This Is All Yours est, par conséquent, un album plein d’adresse musicalement, intriguant par sa créativité mais peut-être un peu tiède d’un point de vue émotionnel. Il faudra donc faire la balance entre les moments où ils se montrent des ventriloques madrés et des artistes munis d’un flair indéniable. Pour la brillant conceptuel ou l’ingéniosité, Alt-J sont difficiles à égaler, pour l’ingénuité, il reste encore des progrès à faire.

***1/2

On peut essentiellement définir Earth comme un groupe ayant eu deux carrières. La première va de 1989 à 1997 où ce qui était à l’époque un trio basé à Washington a très vite été reconnu comme un des pionniers de «  drone metal  », un ensemble qui avait toutes les qualités musicales possibles et inimaginables et à qui rien ne pouvait arriver artistiquement.

Un succession d’évènement tragiques comme l’addiction à l’héroïne, la mort de Kurt Cobain (camarade de chambrée du leader de Earth, Dylan Carson) et, enfin du temps passé en prison ont donné la sensation que le groupe avait vécu et était irrémédiablement passé aux oubliettes.

La deuxième période commença véritablement en 2003 quand un nouveau line-up réinventa le style initial en y incorporant des éléments de de jazz, de folk et des influences country dans le son pré-existant.

Aujourd’hui, Primitive and Deadly est le cinquième album de Earth depuis leur renaissance et il est conforme à l’esprit Léviathan qu’on était en droit d’attendre d’eux. Le morceau d’ouverture, « Torn By The Fox Of The Crescent Moon » est une composition instrumentale combinant des harmonies vocales qui vous hantent  avec des riffs rythmiques monolithiques. C’est un procédé connu chez eux mais on y est toujours sensible. Le mur sonique n’est pas aussi ample mais il est plus dense. « There Is A Serpent Coming » suivra, titre rock ‘n’ roll débridé mais dont la vitesse est soigneusement contrôlé pour qu’on puisse en savourer chaque instant. Voilà du blues épais comme on les aime, à savoir terriblement sexy.

« From The Zodiacal Light » empruntera le climat psychédélique de Bees Made Honey (2008) et étouffe le tout sous des harmonies à trois parties presque occultes. L’ensemble crée une atmosphère sombre et pénétrante nous enveloppant dans une obscurité qui nous dérange tout autant qu’elle nous rend extatique. Le morceau trouve son rythme grâce à un tocsin contribuant un peu plus à nous entraîner dans une béatitude relaxante.

Pour terminer ce béhémoth, « Rooks Across TheGates » prendra les éléments de guitare inspirés du folk des deux derniers opus de Earth mais va les utiliser d’une manière elliptique et presque sous-entendue afin d’augmenter encore le travail vocal mélancolique et poignant de Mark Lannegan. Cette cinquième et monstrueuse plage finale met un terme à un disque peut-être trop opaque pour certains mais totalement captivant dans sa démarche. Il serait dommage de passer à côté sous prétexte que l’on n’est pas un fan absolu de l’étiquette, trop souvent perçue comme un sous genre, de ce doom metal dont il se réclame.

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JAWS: « Be Slowly »

Publié: 24 octobre 2014 dans Quickies
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Aux côtés d’autres artistes comme Peace et Swim Deep, JAWS sont censés appartenir à un phénomène célébrant le grand retour de Birmingham sur la scène musicale. Ce quatuor précoce semble avoir irrésistiblement gagné une audience fidèle non seulement dans leur Angleterre natale mais aussi dans plusieurs autres états.

Leur recette:sortir de nombreux enregistrements de façon régulière depuis 2012 et, maintenant, les faire figurer sur leur premier album, Be Slowly. Si beaucoup les voient comme des revivalistes du mouvement « slacker pop », il n’est pas aisé de discerner ce qu’ils apportent de réellement nouveau et d’excitant à la pop.

Quand on leur demande ce qui les différencie d’autres combos de dream pop à guitares, il leur est d’ailleurs difficile d’y répondre. On ne pourra d’ailleurs qu’être d’accord avec eux à l’écoute du disque.

Admettons néanmoins que la dernière partie propose des choses prometteuses, quand le groupe a enfin décidé de laisser tomber la « vibe » éthérée du début et qu’ils ont décidé de se focaliser sur une approche plus garage rock ce qui aurait rendu la chose plus cohérente.

Les titres les plus anciens comme « Surrond You » (2012) ne montrent en effet que très peu d’innovation ou d’astuce lyrique avec des rimes de style « end/pretend » ou « aroud you/surround you » pas très inspirées.

Une grande partie des morceaux ayant été écrits alors que les membres de JAWS avaient entre 16 et 18 ans, il aurait peut-être été judicieux de retarder la sortie de Be Slowly pour qu’ils puissent peaufiner leur « songwriting » et définir un peu plus leur son.

On retiendra « Fith », une chanson qui rappellera le Weezer de la période Pinkerton ; espérons par conséquent que JAWS décident de s’inspirer de ce titre comme la balise marquant un véritable point de départ à sa carrière.

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Kyle Thomas et son King Tuff sont de retour, aussi sauvages que jamais, avec leur façon de manière d’aborder classic rock et psychedelia. Celle-ci se manifeste de façon généreuse et débridée, avec une bonne dose d’humour qui n’exclut néanmoins pas une certaine sentimentalité.

Black Moon Spell est un album qui impressionne de par sa diversité en passant de la ballade « Staircase of Diamonds » aux compositions sophistiquées mais graisseuses comme « Eddie’s Tune », au dépouillé et acoustique « Ungly » sans dédaigner bien sûr les échos à la Ramones que sont « Sick Mind ».

Le monde de Tuff est coloré par des anecdotes réjouissantes et divertissantes, délivrées par le biais de vocaux souples et pressants, un « »Demon from The Hell » qui semble vomir de l’acide par exemple, ou un refrain rétro aux effets soniques tranchant comme le laser sur « Black Hole in the Stereo ». L’un comme l’autre concourent à la mise en place d’un King Tuff, demeuré à l’âge teenager, qui semble toujours prêt à en apprendre plus dans un magasin de disques qu’à l’école.

Musique juvénile et vivifiante dont le ton est désinvolte mais ne tombe jamais dans le laisser-aller « slacker ». King Tuff est sincère, on le sent, mais il semble se faire un point d’honneur à ne pas se prendre au sérieux. Sur « Rainbows Run », on oévoque une caricature de hippie vieillissant mais le cliché est étoffé par des sonorités de guitares modernes et plus vives et, constance dans tout le disque, les effets à la Black Sabbath (gros riffs et ambiance jam session sur la chanson titre) sont abordés le plus économiquement possible.

King Tuff a indéniablement perfectionné son style tiré des 70’s. L’attrait qu’exerce Black Moon Spell tie,nt à cela bien sûr, mais il atteint également des territoires plus profonds qui transcendent le côté « novellty » grâce à des compositions qui tiennent la route et ne font pas que rabâcher les schémas éculés aujourd’hui d’une décennie lointaine.

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On dit de Sondre Lerche qu’il est le secret le mieux gardé de Norvège. Il a, en effet, été bien dissimulé puisque Please n’est ni plus ni moins que le septième album de cet artiste résidant à Brooklyn.

C’est aux environs de 2007que Phantom Punch avait éveillé quelques échos avec une pop rock aux accords plaqués et quelque peu classiques, un langage riche en harmonies souvenir de son éducation musicale, celle d’un guitariste de jazz. On s’était ainsi aperçu que Lerche n’était pas un de ces songwriters larmoyants dont tout le répertoire est un cliché en soi mais plutôt quelqu’un plus enclin à écrire un titre comme « Graceland » que » Bridge Over Troubled Water ».

Depuis, Lerche est parvenu à conserver une certaine réputation, du moins dans son pays natal, mais il était resté un chanteur qui évoluait encore à la périphérie de la renommée, ne perdant rien de sa relative notoriété mais ne justifiant pas non plus cet adage qui dit qu’il faut 10 ans pour devenir, soudain, un artiste à succès.

Cette situation a de quoi frustrer quand on est un chanteur compositeur d’un certain talent mais , en même temps, elle est un signe de stabilité dans une industrie où les bribes éphémères de certaines personnes devenues stars rapidement se dissolvent avec la même célété que leur ascension.

Please sera semblable à ses opus précédents (Heartbeat Radio en 2009 et Sondre Lerche en 2011), un disque plein de pop song inventives et exécutées de manière compétente, ceci à un niveau inhabituel chez lui jusqu’à présent. On ne peut imaginer que quelqu’un se sente dérouté par ce qu’il entendra et s’en détournera de manière définitive. Restera à Lerche de déterminer s’il est un « entertainer » éprouvé ou un artiste désireux de prendre quelques risques.

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Tweedy: « Sukierae »

Publié: 23 octobre 2014 dans Quickies
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Jeff Tweedy est un compositeur remarquablement versatile, même si on s’en tient à son groupe phare, Wilco. Pour chaque ballade délicate, il y a une tempête noise-rock et pour chaque pastiche de la Tin Pan Alley on trouve des compositions enfiévrées et/ou brumeuses.

C’est cette multitude que l’on retrouve sur Sukierae le premier album d’un duo fort opportunément nommé Tweedy puisqu’il y est rejoint par son batteur de fils, Spencer. Toutes les spécialités de Jeff s’y trouveront : des valses d’amour languissantes, des freakouts à la guitare fuzz, ou des chansons folk à peine murmurées.

Ces morceaux sont, en grande partie, excellents. Des plages les plus accessibles, « Low Key » est tout bonnement irrésistible, un pépite pop avec sa section rythmique serrée mais en sourdine et son piano à l’emportement insistant.

« Flowering » sera charmant dans sa manière de combiner guitares acoustiques à la Nick Drake et le beat midtempo solide de Spencer. C’est un titre plein de confiance et d’assurance qui donne, comme d’autres, à Sukierae un élan qui vous prend de vitesse de façon fantastique. Cela n’est guère surprenant pour ce vétéran qu’est Jeff, ça l’est plus pour quelqu’un comme Spencer (18 ans seulement) qui se montre ici impressionnant. Il est aussi à son aise quand il s’agit de jouer du rock direct que dans ces ballades enivrées interprétées avec punch.

Même avec cette confiance et cet élan, les 20 chansons qui composent un disque excédant 72 minutes ne sont toutes fluides et palpitantes. La magie de Tweedy n’opèrera que par éclipse et les moments qui semblent négligés seront ainsi autant d’occasions ratées.

Ce qu’on retiendra pourtant est le fait que les nombreuses et fantastiques compositions effacent de notre mémoire les plus médiocres. Il n’est que d’écouter le sublime « Nobody Dies Anymore », sa mélodie à vous fendre le cœur, ses « background vocals » spectraux et sa guitare délicatement frappé pour être captivé. Jeff Tweedy n’a pas son pareil pour capturer notre imagination et le groupe nommé Tweedy est une addition bienvenue à ce qui va devenir une affaire de famille.

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Lia Ices: « Ices »

Publié: 23 octobre 2014 dans Quickies
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Donner son propre nom pour intituler son troisième album est signe d’évolution et il est exact que Lisa Ices a délaissé le folk délicat de ses deux premiers opus pour une palette sonique plus percutante et aventureuse. Le morceau d’ouverture, « Tell Me » a cette mélodie hypnotique qui pourrait émaner de la flute d’un charmeur de serpent et une percussion qu’on pourrait trouver lors d’une cérémonie hippie au coin d’un feu de camp.

Le « single » « Higher » voit l’artiste utiliser un dulcimer et croiser sa tonalité avec celle de guitares électriques en distorsion, une combinaison qui marche étonnamment bien. Comme sur sur ses disques précédents, le focus sera néanmoins axé sur les mélodies mais, cette fois, elle fait attention à harmoniser sa cadence vocale avec l’armature rythmique de chaque composition.

Cela ressemble à Animal Collective et son flair mystique amènera indéniablement des comparaisons avec Bat For Lashes.

Toutefois, le disque regorge d’un optimisme frémissant qui l’amène plus proche de combos dream-pop comme Washed Out ou Purity Ring. Les structures sont basiques, faites de quatre accords ce qui peut rendre l’écoute parfois fatigante.

Il faudra alors se contenter de compositions qui n’ont rien de surannées et d’un mysticisme qui rappellera Florence Welch, mais ça n’est pas chose inintéressante. On attendra que ses incursions dans l’electronica soient plus en phase avec ses inclinaisons vers une sensibilité rock 70’s et des éclairs qui évoquent Kate Bush.

Peut-être que cela se manifestera dans un prochain disque ; peut-être ainsi cela révèlera que Ices était un véritable « debut album ».

**1/2

dot

Il y a deux ans, Pulled Apart By Horses avaient sorti leur deuxième album, Tough Love. Il était un peu plus poli et nuancé que leur premier, éponyme, qui débordait d’enthousiasme et de naïveté et leurr avait assuré une base de fans fidèle et exaltée. De manière assez soudaine ils furent obligés d’annuler des concerts à Londres et Manchester sans de véritables explications  : «  Ça a été une décision dure à prendre  », explique le guitariste James Brown, «  tout allait bien, on changeait de label et on se demandait si on allait continuer notre campagne pour la promotion du disque ou passer du temps pour travailler sur le prochain. Rester sur la route aurait signifié retourner à la case départ et n’avoir que quelques moins pour préparer l’album suivant. On ne voulait pas ressentir ce type de pression.  »

Le résultat sera Blood, un disque qui est une réussite surprenante. Car il marie la sensibilité des albums précédents à un penchant vers l’expérimentation assez efficace. Sur le premier opus, seuls quelques riffs furieux et des textes irrévérents semblaient leur convenir alors qu’aujourd’hui cette image du groupe est beaucoup plus réfléchie et intelligente sans qu’ils aient oublié leurs inclinaisons pour la déconnade.

« On avait simplement besoin de plus de temps parce, qu’auparavant on avait été jfourrés dans un studio avec un producteur et qu’ils ne nous ont donné que 10 ou 12 jours pour terminer l’album », raconte Brown, «  C’est OK si vous souhaitez faire un truc comme ça, à l’exemple du premier album où nous souhaitions quelque chose qui soit rapide, fort et rempli d’énergie punk. Cette fois-ci, cependant, on voulait expérimenter des dynamiques et des sons nouveaux et on a enregistré sur deux sessions de trois semaines chacune. Le seul piège qu’on a essayé d’éviter était de sortir trop de demos et, ensuite, que de mettre un peu de lustrage dessus en studio. Notre éthique était différente. »

C’est aussi un signe de maturité d’avoir choisi l’option la plus viable financièrement pour enregistrer Blood. « C’était un facteur-clef car on aurait pu aller à New York, Los Angeles ou Seattle. On aurait eu un budget nous permettant de tenir deux semaines et ça aurait été également une occasion de sortir de notre zone de confort. La deuxième option était de rester en Angleterre, à Leeds, et de faire en sorte d’avoir assez d’argent pour enregistrer plus longtemps et nous aventurer vers ces nouvelles idées expérimentales. »

Vient le moment de demander à Brown le sens qu’il donne au terme « expérimentation ». Tout vague qu’il ait pu être,le fait d’annuler une tournée en 2012 était signe que le groupe avait de sérieux plans en tête. « La chose importante était les vocaux. Je ne veux pas dire qu’on voulait se détourner des cris mais on avait réalisé que Tom (Hudson, le leader) avait le potentiel pour ajouter une nouvelle dimension à ce que les gens pensent quand ils parlent de Pulled Apart By Horses. Bien sûr il y a toujours de la virulence mais on est désormais prêts à s’aventurer vers le jardin de l’harmonies. IL y en a beaucoup ici, vous savez. Sur le premier album, on posait nos instruments et Tom disparaissait dans une autre pièce pour enregistrer les vocaux en une seule prise et avec une bouteille de whisky. Nous avons tous des troubles de l’attention à des degrés divers et on avait besoin de s(éloigner de ça d’une façon ou d’une autre. C’est quand même sympa d’entendre à quel point un groupe évolue plutôt de constater que tous ses disques sont identiques, comme The Stereophonics. »

Le risque était bien sûr que les live shows incendiaires pour lesquels PABY étaient réputés puissent être regrettés face à une approche beaucoup plus tempérée. « C’est à prendre en compte et j’y ai beaucoup réfléchi. Mais je crois que, au bout du compte, que ce soit sur un titre rapide de trois minutes ou quelque chose de plus lent et nuancé vous devez toujours à l’apprendre car c’est une nouvelle composition. Ceci est toujours déconcertant car vous ne le connaissez pas. C’est pour cela que nous avons fait une longue tournée en Mars avec ce nouveau répertoire pour nous échauffer. Interpréter un titre n’a rien à voir avec le jouer en studio et on ne va pas se tenir debout sans bouger sur scène avec nos guitares autour du cou. Je ne pense pas que ces nouveaux morceaux ont été source de préjudice aux concerts. Si vous devez jouer en arpèges, la technique instrumentale ne varie pas. »

Il y a un autre changement dans la philosophie du groupe, c’est la nouvelle utilisation des guitares. Sur Blood leur fonction ne semble plus être d’asséner d’énormes riffs et c’est à Bron qu’on doit cette responsabilité : « Quand on avait du temps libre pour écrire, j’écoutais beaucoup The Flaming Lips et Sonic Youth. Je pensais au son des guitares plutôt qu’à ce qui était véritablement joué. C’est pour cela que nous nous sommes éloignés de ces morceaux basés sur un seul riff. Il y a moins de Rage Against The Machine chez nous tout simplement parce que j’avais besoin de me donner de nouveaux défis. C’est si facile d’augmenter le volume et de se voir récompensé par des visages qui semblent vous dire qu’ils ont déjà entendu ça mille fois. Je suis aussi un grand fan de Radiohead et je voulais aborder la musique sous des angles différents, peu importaient les solos, les échelles et ce genre de truc. »

L’irrévérence, elle, est toujours là; manifeste dans les titree des morceaux comme « I Punched a Lion in the Throat » », « I’ve Got Guestlist to Rory O’Hara’s Suicide » ou « Bromance Ain’t Dead ». Il était intéressant de savoir d’où venaient ces idées. « Je commence à trouver que ce sont des habitudes idiotes », dit Brown en riant, « On écrit tous ensemble dans la salle de répétition et quand on a une nouvelle chanson quelqu’un dira juste un truc comme « Lizard Baby ». On lui dira de continuer et, 18 mois plus tard, au moment de l’enregistrement on s’apercevait que ces titres étaient restés. Ce sont toujours des surnoms idiots qui nous collent à la peau et qui nous servent à référencer nos morceaux. Ce n’est que quand on les envoie au label que vous avez une voix exaspérée au téléphone qui vous dit : « Vous avez ce super titre et putain de Dieu, vous le nommez « Lizard Baby » ! » »

Les textes aussi ont été affectés par cette transition;l’humour et le second degré ont souvent été remplacés par une touche plus dure et plus sombre, plus en accord avec les thèmes évoqués : « C’est en général Tom qui les écrit puis Rob (Lee, basse) qui les peaufine. Ils ont toujours fait nos pochettes aussi ils ont un sens aigu de notre esthétique visuelle. Il y a donc une logique à ce qu’ils s’occupent des lyriques. Toma ce bloc note sur son téléphone et il écrit des tas de mots bizarres qui semble avoir un sens pour lui seul. On est néanmoins tous conscients de la signification que doit avoir l’album et tout s’imbrique quand on l’examine sur une plus grande échelle. Simplement, il ne faut pas s’arrêter sur ce qui sort en plein milieu d’une répétition ! » (Rires)