Lord Huron: « Strange Trails »

Les compositions de Lord Huron sont imprégnées de vocabulaire aventureux. Depuis ses EPs initiaux où Ben Schneider oeuvrait en solo jusqu’à son « debut album » Lonesome Dreams en 2012 il s’est toujours déterminé par rapport à cet élément, soit pour l’embrasser, soit, au contraire, pour l’affronter.

La sémantique est par conséquent celle de la nature, les montagnes et les vallées, la clarté et l’obscurité de la terre et de l’âme , aussi Strange Trails va y demeurer enraciné avec, toutefois, une impulsion plus confiante que précédemment.

La beauté est, par conséquent, en pleine floraison sur ce dernier opus mais, a contrario, on ne pourra pas nier la puissance d’un titre comme «  Meet Me in the Woods », vraisemblablement la meilleure composition de Schneider. C’est un titre hypnotique qui entraîne là où la chanson l’annonce : « I took a little journey to the unknown, and I come back changed/I can feel it in my bones/I fucked with forces that our eyes can’t see/Now the darkness got a hold on me. » Cet inconnu dans lequel on se revoit plongé est fascinant parce qu’il nous transforme qu’il ne peut que résonner en nous.

Chaque passage n’offre toutefois pas une vision qui vous coupe autant le souffle mais cela peut se concevoir vu l’amplitude que Schneider veut donner à ces quatorze plages. « Until The Night Turns » apportera une tonalité carillonnante et up tempo à nos oreilles en faisant une chanson de référence pour une interprétation « live ». Ailleurs on trouvera des titres rappelant Arcade Fire comme « Louisa » avec son chatoiement minimaliste.

Strange Trails est sans conteste un très bel album ; « Love Like Ghosts », par exemple, l’ouvrira d’une manière qui ne peut que nous hanter et « The Night We Met » s’avèrera être une valse qui nous fendra le coeur. Schneider évoquera l’amour perdu d’une manière qui ne peut que nous confondre et, là encore, il justifiera les chemins dans lesquels il nous invite et qu’on ne pourra qu’emprunter.

****

East India Youth: « Culture of Volume »

« Glitter Recession » était le nom du titre d’ouverture du premier album auto-produit de East India Youth, Total Strife Forever. Aujourd’hui, il semblerait que William Doyle, l’homme derrière ce patronyme, y donnait une description assez exacte du son auquel il aspirait.

Culture of Volume est peut-être un tantinet plus euphorique dans la mesure où il pétille et étincelle mais où l’auditeur y est constamment tenu à distance. Doyle chante sur bien plus de plages que son disque précédent le fait d’une manière qui dénote confiance ce qui pête à l’album une atmopshère cool mais à la fois réservée. Les compositions y sonnent plus chaudes mais leur créateur inspire la sensation de le savoir, et ce peut-être un peu trop.

Si les influences n’ont pas fondamentalement changéé, plus grande importance est portée à une electropop axée sur les synthés. Le « single », « Carousel », tout teinté d’onirisme et d’une accroche très pop qu’il puisse être, est indubitablement un titre new wave et, alors que Total Strife Forever devait beaucoup à des musiciens comme Phillip Glass et Jean-Michel Jarre, ce disque se rapproche des compositions les plus ambitieuse des Pet Shop Boys. Les morceaux phares en seront « Beaming White » qui sonne comme un amalgame de Neil Tennant et The National et un « Manner of Words » et son climat urgent s’étirant sur 10 minutes.

Plus assuré, l’album l’est aussi parce qu’il est mieux dirigé. Culture of Volume est moins erratique et fait preuve de plus de liant que l’opus précédent. C’est donc à la lueur de ce dernier qu’il faudra le considérer ; Total Strife Forever apparaissait-il comme un album difficile à appréhender ou ses fantaisies faisaient-elles partie de son charme ? Son « follow up » est par contre fluide, organique et apaisant ; à chacun de savoir si il y gagne au change.

***1/2

White Hills: « Walks For Motorists »

Le 8° album studio d’un groupe psyche-rock peu ou prou underground n’augure, en général, rien de bon. Walks for Motorists va pourtant surprendre en sonnant ludique, engageant et, surtout, ne se prenant pas au sérieux. Si on considère que le combo a aiguisé ses dents depuis une décennie sur les riffs implacable su space-rock façon Hawkwind, ce disque est étonnamment dépouillé.

White Hills semblent plus intéressés ici à produire des grooves vigoureux plutôt qu’a délivrer un message ou une persona spécifiques et ils incorporent pour cela instrumentation et styles disparates sans idées préconçues.

Résultat des courses : des titres qui vous font opiner de la tête et qui, malgré leurs structures cycliques et répétitives d’une palette somme tout limitée, vpont laisse dans l’expectative du morceau suivant. Ce pourra être un simulacre du Stooges des débuts mais aussi des boîtes à rythmes façon Kraftwerk l’aboutissement sera suffisamment capricieux pour qu’on succombe à la tentation du « fun », surtout venant d’un groupe dont on attendait tout sauf ça.

***

Marie Fisker: « The Cabin Project »

Marie Fisker et Kira Skov sont des auteurs-compositeurs allemands qui signent sous leurs propres noms. Elles sont amies depuis 2007 et ont toujours souhaité développer des projets communs. The Cabin Project est est issu et, justifiant son titre, l’enregistrement s’est déroulé dans une cabine forestière du Canada.

Le fait de collaborer avec le guitariste et compositeur Oliver Høiness et le multi-instrumentiste Ned Fern impluqe que le disque ne peut pas véritablement être envisagé comme un travail en solo. Il leur permet, en revanche, de fouler de nouveaux territoires d’autant que les facultés d’improvisation des deux musiciens les amènent à développer leurs compositions dans un cadre jazzy-folk.

L’atmosphère sera, par conséquent assez calme et intime, ménageant, par moments, quelques légères incursions vers la pop. Les chansons des deux vocalistes restent dans un domaine élégiaque mais, à l’image de la pochette, le registre est plus austère que rupestre. Cette cohérence pourra séduire mais, The Cabin Project étant un disque d’humeur, il conviendra de la partager pour y entrer.

**

This Is The Kit: « Bashed Out »

Rien n’est stable dans le style de musique du projet musical de Kate Stables, This Is The Kit. Elle joue du banjo, du finger picking à la guitare acoustique ou du rock quand celle-ci s’électrifie et varie de manière inconstante entre tonalités psychédéliques et compositions intimes. Au milieu de l’album elle se mettra même à la trompette et au percussions, faisant de Bashed Out un opus qui explore tout le spectre musical.

Son talent multi-instrumental explique ces variations mais cette touche, au départ éthérée, ne masque pas longtemps une légèreté de substance. Les morceaux se conjuguent de manière indifférenciée, semblent écrits à la va vite et évoquant trop souvent Laura Marling «  Nits », « Spores All Settling » ou « Misunderstanding »). Bashed Out ne génère au bout du compte de la frustration et celle-ci est d’autant plus grande que, produit par Aaron Dessner (The National), on aurait pu espérer quelque chose de plus abouti.

**

Doldrums: « The Air Conditioned Nightmare »

Le leader de Doldrums, Airick Woodhead, avait annoncé que l’opus qui allait suivre aurait pour thématique la peur. CE ne sont pas des compositions comme la chanson titre, « Funeral For Lightning » et « Industry City » qui pourraient le démentir. Les morceaux, et même la pochette, semblent partager en effet cet univers désolé créé par David Lynch sur Eraserhead.

Ces impressions ne sont, heureusement que des leurres et The Air Conditioned Nightmare s’avère, comme son prédécesseur Lesser Evil dont il sonne comme une extension, une affaire légèrement plus feutrée avec une flopée de mélodies harmonieuses au milieu du chaos. « Funeral For Lghtning » et « We Awake » possède une qualité sombre bien que le dernier titre se distingue par un élan très club et les origines de Doldrums comme DJ « live » se retrouveront dans un « My Friend Simjen » propre à secouer les dance-floors avec leurs beats hyper-actifs.

Le titre d’ouverture , « HOTFOOT », va explorer les tensions entre monde intérieur et extérieur au moyen de tempos tranchants révélant ce désir que Woodhead exprime « d’aller plus profondément dans la boue ». Sous cette rythmique est cette énergie festive on retrouve en effet comme sur « Loops » un homme en quête d’amour prouvant la relative complexité de son esprit. Il n’hésite d’ailleurs pas à aller au plus haut dans ses limites par certaines mélodies aux synthés grinçantes soulignant ainsi ce qu’il nomme un album « assailli par un sentiment de paranoïa et une imagerie dystopienne ». Le disque se fera peu à peu plus serein quand un sentiment de résilience se fait une place dans l’univers du chanteue et « Closer 2 U » le terminera sur une berceuse « ambient » et cette question : « Comment puis-je être nostalgique de quelque chose que je n’ai jamais eu ? » qui semble mettre un terme à son interrogation existentielle.

On soulignera aussi les accroche pop lumineuses qui accompagnent certains titres et qui font de The Air Conditioned Nightmare autre chose qu’une plongée dans le cauchemardersque.

***1/2

Emma Beaston: « OBK Sessions »

Emma Beatson est une chanteuse parisienne found the Parisian chanteuse au répertoire soul-rock et qui s’était fait remarquer par sa version dépouillée de « Do It ». Sur ce premier album, OBK Sessions, on la retrouve avec un répertoire plus diversifié mais toujours avec cette tendance où la soul rencontre le blues et le jazz. Des chansons lentes (Breathe » et « Beautiful Knight ») qui servent de marque-pages au disque, des titres plus sexy comme le blues qu’est « Beast Blues » ou le soul-rock de « Love Cannot Be Explained ».

Pour ce qui est des reprises, notons « Back In Black » arrangé à la sauce garage rock et une version blues et psychédélique de « Chain of Fools ». La voix est affutée, la production excellente mais ce qui perturbera l’écoute est cette avalanche de bruits de jeux vidéos sur lequel l’album s’appuie. Gimmick ou pas ; cela empiète sur sur un disque qui est honnête de par son talent seul et une vocaliste qu’il faudra redécouvrir dans d’autres contextes.

***

Toro Y Moi: « What For? »

Est-ce que Chazwick Bundick (autrement dit Toro Y Moi) retourne dans le passé ? Son premier album en 2010, Causers of This, semblait s’intégrer à merveille au mouvement « chill-wave » qui était axé sur une vision futuriste avec son assemblage de bruits, d’electronica et d’émotions primales soigneusement enchâssés mais, depuis, il donne comme la sensation d’opter pour une régression en matière stylistique.

L’ordi portable est débranché et ce quatrième opus voit Bundick habitant fermement la pays du rétro et nous proposer du rock psychédélique dans son essence.

L’esprit des ses enregistrements est toujours là : un son un peu space et funky et une façon de chanter dont on ne peut nier la sincérité qui en émane. En revanche, et de concert avec la psychedelia, c’est le procédé de la répétition qui va peu à peu s’imposer et nous enfoir dans une masse amorphe faite de reverb et de fuzz.

Sans doute Bundrick ne veut pas troubler le « trip » où il nous emmène par trop de swing ; toujours est-il que l’incongruité et l’inventivité qui caractérisaient ses efforts précédents n’auraient pas été de trop sur What For ?.

**

The Mountains Goats: « Beat The Champ »

Après deux décennies et 15 albums The Mountain Goats ont, peu à peu, transformé leur mélange de punk et de indie-folk en une approche panoramique traversée de climats épiques, de textes lyriques dans leur narration avec une réserve où les réflexions demeurent intimes et feutrées.

Il est néanmoins étonnant de les voir consacrer un album entier au catch professionnel ; approche étrange, suffisamment en tous cas, pour qu’on en éprouve une légère appréhension. Beat The Champ vaincra toutefois nos réserves de par la manière dont il est agencé.

On y trouve, en effet, des récits désinvoltes de personnages colorés (« The Legend Of Chavo Guerro »ou « Heel Turn 2 »), de lanostalgie charmante (« Animal Mask ») ou des bizarreries hypnotiques comme « Fire Editorial » ou « Stabbed To Death Outside San Jose ». La mélancolie nous rejoindra aussi avec les souvenirs que « Southwestern R-Territory » et « Luna » éveillent et même un punk acoustique rappelant leurs débuts, « Choked Out ».

Le catalogue de Mountain Goats a toujours été éclectique ; confirmation en est sur ce « concept album ». John Darnielle n’a jamais été un compositeur ordinaire et Beat The Champ en sera une nouvelle démonstration.

***1/2

Brian Wilson: « No Peer Pressure »

Depuis sa réapparition avec The Wondermints en 99, Brian Wilson est resté présent sur la scène musicale (réédition de Smile par exemple) et ses jeunes collaborateurs ont permis de conserver une vision artistique au fragile compositeur que l’ex Beach Boy est devenu.

No Pier Pressure va jeter par dessus bord tout les côtés positifs que Wilson en avait tiré en prenant une voie à l’opposé de celle qu’il a tenue pendant une décennie. Si on considère les vedettes invitées (Nate Ruess ou Kacey Musgraves), les variations stylistiques fades de certaines de ses compositions (« Runaway Dancer » est une épouvantable version dance-pop de la chanson originale) ou un exotique « On The Island » si middle of the road qu’il déparerait l’atmosphère aseptisée d’un Starbucks on a la démonstration d’un artiste dont la démarche est de vouloir prouver qu’il n’a jamais été « cool ».

Assisté par d’autres Beach Boys (Al Jardine…) le résultat est un peu meilleur mais les vocaux sur auto-tunes de Peter Hollens pèsent lourdement sur une entreprise en train de couler.

Au fond, Wilson est ici un détail de No Pier Pressure ; en lâchant la bride à la production il nous commet un album qui devrait lui faire honte.

*1/2

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