Luluc: "Passerby"

Publié: 22 juillet 2014 dans Quickies
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Luluc écrit des chansons destinées aux longues ballades nocturnes et aux matins où il ne se passe rien. Le genre de musique qui semble coaguler les sens et les rendre indifférents à l’extérieur. Éduqués en Australie mais basés partiellement à Brooklyn, Zoë Randall et Steve Hassett sont sur un registre qui exsude simplicité et douceur ne permettant que rarement à leur musique d’excéder une vitesse allant au-dessus d’une avancée qui serait tout au plus un bond tranquille. Malgré cela, les onze titres de Passerby ont cette constance qualitative qui jamais ne se congèle dans un brouillard ou qui semble être un trop grand effort. Le duo ressemble à sa musique, ils utilisent le calm comme un média en soi.

Bien que ce ne soit pas un véritable « debut album » - Dear Hamlyn est sorti en 2008 – Passerby fait preuve d’une merveilleuse introduction pour un duo dont la méticulosité délibérée ne sonne jamais guindée et forcée.

Le fait que Aaron Dessner qui sait quelque chose de ce qui est du domaine de l’impeccable participe à l’album est une grande aide et sa production fournit à Luluc cette instrumentation riche mais dépouillée que lui et le duo savent si bien utiliser pour laisser aux compositions assez d’espace pour respirer.

Il est significatif que quand ce vétéran de la production ait choisi Luluc quand il a voulu assembler un album qui rendait hommage à ses collaborateurs précédents (le projet a donné naissance à deux concerts en 2012 pour le disque Way To Blue). Bien sûr des comparaisons avec Nick Drake sont inévitables ; il suffit d’écouter l’étonnant « Winter Is Passing » qui sonne comme si ce dernier était ressuscité. Mais alors que beaucoup de ses émules tombent dans la stérilité et la fadeur en ne choisissant que d’émuler les vocaux calmes et le jeu de guitare acoustique élaboré de Drake, Luluc parvient à localiser les ombres et les subtilités qui sont la proie de tous les artistes qui endurent le poids de l’existence

***1/2

Ben Vaughn: "Texas Road Trip"

Publié: 21 juillet 2014 dans Quickies
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Ben Vaughn est un de ces artistes inclassables en ce qui concerne le roots rock tant il a la faculté d’en explorer toutes les facettes, avec toujours la même approche mais en sonnant chaque fois différent. On pourrait presque considérer que ses albums sont des hommages (ici ce qu’est un road trip au travers du Texas) sans pour autant y voir un « road album ») et qu’ils constituent un tribut à des musiciens sans que néanmoins on puisse y voir un disque de « reprises ».
C’est le cas ici avec Texas Road Trip un disque où on croit entendre du Dough Sahm sans qu’une composition de ce dernier n’y figure.
Vaugn est un fan avoué du Texan et, comme en tant qu’omnivore musical, il a opté pour la configuration suivante: restituer un son en utilisant le style de 2014. Il a donc écrit des morceaux qui s’entendraient parfaitement avec la période de Sahm avec le Sir Douglas Quintet, interprétés comme ils l’étaient lors de cette collaboration.


De façon assez sensée, il s’est rendu à Austin pour enregistrer l’album avec trois anciens musiciens de Sahm: Augie Meyers à l’orgue, Alvin Cow au violon et le bassiste Speedy Spark. Figurent aussi John X. Reed à la guitare et l’ancien batteur des Fabulous Thunderbirds MIke Buck.
Les morceaux de Texas Road Trip ont indéniablement la patte et l’humour de Vaughn, et sont vus toujours au travers du prisme du type sans histoires, (par exemple « Miss Me When I’m GOne » ou « Seven Days Without Lve »), les mélodies se prêtent facilement à ces arrangements façon Dough Sam. Pour cela on ne pouvait trouver mieux que les claviers de Meyers dont la particularité est de sonner comme un accordéon tex-mew. La section rythmique de Spakrs et Buck est une véritable tuerie, pleine de feu mais aussi efficace quand le tempo se ralentit (« Texas Rain », « Heavy Machinery »). Le travail à la guitare de Vaughn et Reed s’enfile là-dedans comme un gant et, Vaughn ne prétendant jamais qu’il est Dough Sahm, il nous présente ainsi un « tribute album » digne et humble comme on aimerait en entendre plus.
***1/2

Adam Cohen: "Like A Man"

Publié: 20 juillet 2014 dans Quickies
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Quand le fils d’un musicien renommé sort un album, on s’interroge et doute souvent du talent de sa progéniture. Heureusement, Adam Cohen est doté de talents artistiques indépendamment de ceux de son père, Leonard.

Like A Man se veut, de par son titre, assertif et autonome même si, gènes aidant, le titre d’ouverture, « Out Of Bed », ne peut que rappeler vocalement l’univers de son géniteur. Sa voix, celle d’un ténor nuancé, est pleine de touches veloutées et représente un de ses plus indéniables atouts. Si on ne peut que l’identifier avec celle de son père, cette ressemblance ne phagocyte pas ses compositions.

Ce Cohen se plait dans un phrasé romantique avec des résultats qui ne sont pas tous convaincants. Il s’agit d’un album à la saveur définitivement pop, doux et mélodieux, et certaines des plages semblent d’ailleurs être trop destinées au marché de masse pour remporter notre adhésion.

Des titres comme « Sweet Dominique » et « Overrated » sont allègres et romantiques et « What Other Guy » y mêle une observation sexuelle voyeuse et dérangeante. « Beautiful » est un morceau délicat gâché par le diminutif « Willy » accolé de façon peu adulte au nom de Shakespeare.

Like A Man a néanmoins ses bons moments : « Out Of Bed » a un son familial et les textes, réalistes, demeurent modérés dans leur expression d’empathie et d’émotion pour l’être aimé. On retrouve cette même caractéristique sur la chanson titre, assez douloureuse dans son expression de désir de s’améliorer et cette thématique prend même une dimension philosophique sur un « Strangers » avec son honnête exploration de la solitude parfumée à la country.

Bien que personnel, Like A Man nous en apprend néanmoins peu sur Cohen. En sait-on plus sur lui après l’écoute du disque ? Pas vraiment. On réalise qu’il a sa propre voix, assez formidable d’ailleurs, mais ses textes demeurent parfois trop neurasthéniques pour qu’on y adhère. Un peu plus de convivialité telle qu’il sait en montrer lui permettrait d’assoir mieux son talent.

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Cold Beat: "Over Me"

Publié: 17 juillet 2014 dans Quickies
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Hannah Lew est surtout connue comme la bassiste et parfois chanteuse compositrice decet ouragan musical qu’est Grass Widow, ce combo de San Francisco qui débite des disques post-punks depuis des temps immémoriaux

Son nouveau groupe s’appelle Cold Beat, groupe punk mais aussi surf-rock qui garde les mêmes signes distinctifs que Grass Widow. Guiares et basse sont épaisses, travaillant ensemble pour créer une atmosphère mélancolique accentuée par les vocaux de Lew, reconnaissables entre tous. Sa voix est éthérée et venteuse et elle ne vogue pas au-dessus de la musique autant qu’elle ne la tranche. Cold Beat se veut plus accessible et plus pop que Grass Widow, plus minutieux aussi dans son approche.

Over Me ne manque pas d’atouts pour séduire : les morceaux sont concis et Lew est capable de composer des mélodies plutôt agréables. La brièveté des titres ôte pourtant cumulée aux arrangements ôte néanmoins un sens d’urgence à l’album si on considère par exemple « Rain » qui, dépourvu de basse, sonne de manière bien légère. Les orchestrations semblent ne pas vouloir appuyer sur les climats de l’album si on considère le staccato des percussions ou les coups de guitare plus imprégnés de surf rock que de rock. Seule la basse parvient à donner chair à l’ensemble mais la voix de Lew, toute esthétique qu’elle soit, ne semble pas assez précise et assurée en raison de son aspect vaporeux.

Ce paysage contrasté nous offre toutefois quelques récompenses : « Abandon » est une plage saugrenue qui rappelle un peu Ejecta ou Beach House mais Cold Beat l’interprètent à merveille et son climat se marrie alors parfaitement avec la diction de Lew. Sachnt d’où vient Cold Beat, il serait étonnant que le groupe continuera dans cette direction ; mais les fans des Vivian Girls, Frankie Rose ou Dum Dum Girls trouveront ici un autre objet de plaisir dur fond de décibels.

Over Me est un bon petit premier album, prometteur et qui ne sonne pas comme un projet secondaire. Le groupe semble à l’aise dans sa dynamique et il est possible qu’il en recueille un jour les dividendes.

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Quand Nicky Wire annonça en 2010 que les Manic Street Preachers allaient faire une pause prolongée, il ne faisait qu’entériner le destin e ce combo marqué par l’absence (la disparition non résolue d’un de ses membres.)

Il est vrai que leur formule avait commencé à se montrer répétitive et, réalisant que les, hit « singles » n’étaient plus au programme, il était temps de se reprogrammer. Leur retour avec Rewind The Film était plutôt réussi dans le sens où il véhiculait ce ton de résignation et de réalisation que leur carrière devait atteindre un autre niveau que celui de super stars indie.

Il regardait également en arrière, à l’érosion des choses et à la mise à plat de certains fantômes qui se voulait proactive. Celle-ci s’exerce dans Futurology et pas simplement en raison de la nature du titre. L’album se veut un rebond et surtout un opus dans lequel MSP ne se voit pas confiné dans l’image de ce qu’il devrait être aux yeux du public. Même si il n’est pas possible d’échapper à son histoire, le groupe est parvenu à monter qu’il peut jouer un rôle significatif et pertinent aujourd’hui.

La différence entre cet album et la précédent saute aux yeux comme l’exprime la phrase d’ouverture de la chanson titre  : « Nous serons de retour un jour, nous ne sommes jamais réellement partis. » Le chorus est chanté de façon merveilleuse et s’avère être une manière de se donner une nouvelle direction. Cela se traduit de façon triomphale sur « Walk Me To The Bridge » qui nous pousse en avant et fearit les délices d’une interprétation de style « stadium rock ».

On peut bien sûr une voir une allusion à la disparition du lyriciste initiial des MSP, Ricky Edwards, mais c’est avant tout une réflexion qui est venue à Wire quand il traversait le pont Øresund reliant Suède et Danemark quand il a eu la tentation, lui aussi, de quitter le groupe. Le pont devient alors le symbole de ce qui sépare mais aussi unit, une analogie on ne peu plus adaptée quand on considère l’histoire du groupe.

Au niveau des textes on voit le combo s’évertuer à mettre à plat son existence et s’en servir pour sauter un peu plus avant dans ce qui pourrait être son avenir. Futurology n’hésite pas à défier ce qu’on attend d’eux, à prendre des risques musicaux ce qui est assez ironique si on considère que les Preachers ne visent plus à écrire des « hit singles » mais que ce nouvel opus regorge de chorus qui figurent parmi leurs plus addictifs.

Futurology et Rewind The Film ont été enregistrés durant les mêmes sessions mais quelle différence avec ce nouvel album qui se veut un chant de guerre et s’insurge contre la passivité et le manque de rébellion qui infiltre la culture populaire. « Let’s Go To War » promène ainsi un groove abrasif et évoque le destin funeste de la classe ouvrière condamnée à n’être qu’un régiment de squelettes et « Next Jet To Moscow » fait allusion à leur flirt poussé, passé aujourd’hui, avec le Communisme. Le krautrock qui s’en dégage se veut libérateur (un somptueux solo de guitare) mais aussi mélancolique, au même titre que le « Spanish Bombs » des Clash.

On trouve aussi des échos de The Holy Bible mais le ton y est beaucoup plus introspectif et mélodiquement plus attrayant. L’influence de l’Europe n’est d’ailleurs pas que musicale comme l’intense et menaçant «  Europa Geht Durch Mich » le démontre avec ses références aux mouvements en avant du groupe. Les vers chantés par Nina Hoss ne peuvent que nous faire frémir par la manière dont ils contribuent à la démarche combattive du groupe.

Quelques maladresses pourront porter ombrage à cette véhémence : « Divine Youth » une ballade orientale interprétée avec la harpiste galloise Georgia Ruth ou le disco grunge « Sex, Power, Love And Money » au refrain imprégné des Clash. Louons par contre l’instrumental « Hugheskova (Dreaming A City) » qui évoque le Bowie période Low comme pour nous rappeler que ces deux albums ont été enregistrés aux studios Hansa à Berlin.

Futurology es veut un album didactique, parfois manichéen (opposition entre l’art russe radical et la vacuité de la culture moderne) comme sur « Black Square » et il a pour but de provoquer des réactions contrastées et pas seulement idéologiquement. Pour cela il se permet la collaboration de vocalistes invités, comme sur « Between The Clock And The Bed » avec Green Carlisle de Scritti Politti émergeant de-ci de-là sur la composition. Ajoutons-y les textes torturés inspirés d’un tableau de Münch et le tout nous emmène dans des territoires sombres de « Misguided Missile » ou « (The View From) Stow Hill » et sa réflexion distanciée sur Facebook et la misère affective qu’il génère.

On pourra reprocher à Futurology de partir dans tous les sens, mais il est certainement plus puissant et efficace que Rewind The Film : de ce point de vue The Manic Street Preachers ont construit ici un des albums les plus fascinants de leur carrière.

****1/2

Ayant écrit un nombre substantiel de « hits » pour d’autres artistes comme le « Diamonds » de Rihanna (compsoé paraît-il en 14 minutes) ou le « Pretty Hurts » de Beyonce cette chanteuse australienne a parfaitement maîtrisé les conventions de la pop destinée au hit-parade.

1000 Forms of Fear est son premier album solo depuis quatre ans et on pourrait, logiquement, l’accueillir en se demandant quelle vocaliste Sia avait à l’esprit à chacun des morceaux qui le constituent. L’intérêt résidera pourtant de considérer cet album pour ce qu’il est, à savoir un travail solo, et donc de trouver ce qui distingue Sia des autres quand elle écrit pour elle-même.

La chanteuse a toujours voulu rester mystérieuse, allant jusqu’à refuser les interviews comme si elle souhaitait se protéger derrière sa confondante habileté à composer des hymnes pop dans lesquels elle est parvenue à trouver le parfait équilibre avec son éducation musicale jazzy.

« Chandelier » en est un exemple, une petite chanson « dance pop » mais qui est destinée à rester dans notre inconscient musical plus longtemps que de coutume par son exploration de cette zone grise qui va de la détresse à l’espoir tout comme « Big Girls Cry » une « power ballad » énorme dans laquelle n’importe quelle âme en peine (ou pas) pourra se sentir interpellé. Le tout est fait sans trop de grandiloquence, sauf peut-être « Cellophane » ou « Free The Animal » qui sonnent comme emportées par leurs élans.

C’est, en effet, également au niveau des textes que Sia s’emploie à miner (ou déminer) le territoire entre fragilité et force. On ne voit discerne pas chez elle cette recherche d’attention qui accompagne toutes ces chanteuses pour qui elle a composé et sa voix est beaucoup plus nuancée lui permettant, précisément de canaliser le côté sombre qui exsude de sa personne. « Party Girls Don’t Get hurt » présente, à cet égard, un merveilleux équilibre avec son fond de marimba, ses claquements de doigts et la mélodie triomphante qui s’en extrait et accompagne un texte relatant les tourments d’un alcoolique oscillant entre abandon sauvage et descente dans les abysses de l’addiction.

La plupart des titres tombent dans des sous-genres pop stndards (ballades mélodramatiques, hymnes majestueux) mais Sia n’a pas son pareil pour y glisser ses textes qui, glauques et menaçant, sont aux antipodes du glamour se ses compositions pour autrui. On passera rarement à la radio des titres évoquant l’amour ou le désir aussi intenses, violents ou sexués que le sont « Straight For The Knife », « Elastic Heart » parlant de chair découpée ou « Free Tha Animal » qui pousse à son terme l’expression « aimer quelqu’un à mort ».

Sia a choisi de de pas se cacher derrière l’implicite pour parler de l’extrême et elle n’a pas son pareil pour mélanger les métaphores directes et le trouble qu’elle veut susciter. « Burn The Pages » veut consoler un ami dans la détresse mais se transforme en une exploration brûlante, propre à nous déstabiliser dans la façon dont elle veut descendre en spirale, procédé qu’elle applique presque partout, avant de s’arcbouter à cet élan tant recherché vers la victoire.

Jamais cette formule ne nous lasse grâce à la voix prodigieusement élastique de Sia et la façon dont le producteur Greg Kurstin parvient à l’exploiter. 1000 Forms of Fear est un album exemplaire non seulement par sa qualité mais par la fonction de classique qu’il pourrait avoir auprès de certaines de ses « collègues ». Si elle ne domine pas le monde de la pop comme elle le devrait, c’est que le « music business » est encore plus sujet à la peur qu’on ne le craignait.

****

Trois ans depuis leur second album, The Quickening, et d’innombrables concert, le groupe de Graeme Ronald est devenue une formation de 6 membres, chiffre idéal sans doute pour que la musique expérimentale de l’artiste puisses se consolider. Sur Forgetting The Present, elle s’orne de nouvelles instrumentations (par exemple des glockenspiels brillantes ou des synthétiseurs enflés) et, comme le titre du disque le suggère, on est amené à se demander si Ronald regarde en avant ou en arrière avec ses compositions riches mais jamais ampoulées.

La réponse est, probablement, qu’il fait les deux tel un innovateur agité et une nostalgie prononcée pour les vieilles méthodes comme « The Old ways » le suggère. Il unit ainsi des genres vieux de 3 ou 4 décennies avec des grooves futuristes qui semblent venus d’un autre monde avant que les deux éléments ne se fondent pour former un tout.

Si l’imitation est la forme la plus sincère de la flatterie, Mogwai auront certainement les chevilles qui enfleront en entendant « Magnets » avec son sens de menace rampante et ses guitares miroitantes qui auraient très bien pu figurer dans la bande-son des Revenants. S’il s’agit d’un hommage, celui-ci tend à prouver que rien de bien nouveau n’est apporté ici dans les tables de loi post-rock.

C’est quand ils explorent quelque chose de différent que Remember Remember se montre à leur meilleur. Si « Magnets » est grandiose et engageant, que dire alors de l’intrigante alliance avec le disco que l’on découvre sur « Le Mayo » ?

La fabrication de Forgetting The Present semble de ce coup un peu hasardeuse, comme si des briques de préfabriqué avaient été empilées les unes sur les autres. Ronald avait dit vouloir capturer l’énergie « live » des nombreux shows du groupe ; on a plutôt droit à des complexités inutiles qui alourdissent l’ensemble, un résultat bien éloigné des cathédrales cristallines que le groupe sait pourtant si bien édifier.

**1/2

David Gray est véhicule une image contrastée mais pas nécessairement contradictoire. Son premier album, White Ladder, peut être considéré comme la bande-son idéale pour les années 2000 avec son interaction de boîtes à rythme et de guitares acoustiques annonçant une résurgence des auteurs-compositeurs et d’un répertoire en mode troubadour morose . Depuis plus de 10 ans, malgré des disques qui s’efforçaient de briser ce stéréotype il demeure fondamentalement associé à ce genre, un peu comme Coldplay, musiciens créant une musique pour des gens qui n’en achètent que peu, idéale à écouter sur les autoroutes ou sur les radios grande écoute.

Mutineers se veut plus intéressant mais, même si on veut s’efforcer d’apprécier cet album venant d’un artiste qui s’est toujours efforcé de se débarrasser d’une étiquette AOR, nous voilà à nouveau confrontés à un album clivant puisque composé de deux parties dans laquelle la deuxième moitié est incontestablement la meilleure. C’est d’ailleurs sur le dernier titre, « Gulls », que ce décalage est le mieux symbolisé avec ce « single » qui est tout bonnement magnifique ; il s’agit ici d’une sorte de morceau avant-folk rappelant King Creosote et Jon Hopkins avec un profond climat mélancolique merveilleusement mis en valeur par ses multiples couches de vocaux hypnotiques qui nous maintiennent en suspension.

Si on commence par le début pourtant, les choses ne sont pas aussi enchanteresses. « Back In The World » ouvre Mutineers sur une atmosphère évoquant Ben Howard et Tom O’Dell et « Last Summer » s’englue rapidement après, pourtant, un bien joli départ et « Snow In Vegas » ne nous ménage même pas cet interstice de qualité avec des textes emplis en outre de clichés. Néanmoins, comme pour tout ce qui est du domaine du folk-rock, les choses peuvent passer insidieusement du mièvre au hantant. À partir de « Cake and Eat It » et sa mélodie en pirouette les compositions acquièrent substance et sur « Incredible » nous nous retrouvons plongés dans ce royaume doux-amer dont Bon Iver semble avoir le secret.

Gray cite John Martyn comme sa principale influence sur cet album et on peut comprendre pourquoi sur une chanson aux synthés dépouillés comme « Girl Like You ». Là l’ambient se combine à l’agitation avec fluidité et c’est dans cette seconde partie que la voix du vocaliste se charge le mieux de gravité et de sens. Qu’il ait fallu attendre la sixième plage pour éprouver empathie pour l’émotion qui est au cœur du répertoire de Gray ne nous fait que plus regretter que l’échelle qu’il a commencé à gravir il y a 15 ans soit encore à mi-chemin.

***

Ethan Johns est avant tout un producteur et collaborateur musical (Ryan Adams, Laura Marling, Kings of Leon, The Vaccines, Tom Jones, Paul McCarney, Paolo Nutini) mais il se veut aussi artiste à part entière comme en témoignent son premier album l’année écoulée (If Not Now Then When?) et celui-ci qui fait montre de son talent d’auteur-compositeur dans un registre folk morose (guitare acoustique, cordes).

Comme son titre le suggère, The Reckoning est un disque qui se veut bilan et prise en compte, une rétribution émotionnelle pour des erreurs passées, avec pour base l’histoire d’un personnage, Thomas Younger, qui dans les années 1850, suit son frère dans une exploration de territoires encore inoccupés en Amérique. Bien que fictif on peut établir un parallèle avec l’apprentissage de Johns de sa propre musicalité avec, comme source, «  The Lo Down Ballad of James Younger » qui traite des choix que nous faisons dans la vie en tant qu’individus.

Album conceptuel donc, sur une vie toujours sur le fil du rasoir, sur nos options et ses conséquences, sur la façon d’équilibrer notre part d’ombre avec nos idéaux. Musicalement, Johns a voulu mettre en avant sa relation avec Ryan Adams où est mis en avant la vanité des choses (« The Fool » et son texte plein d’auto-ironie ou « Talking Talking Blues » et son utilisation de la slide guitar).

La voix guindée de Johns ne se prête pas à une instrumentation débridée et seules les guitares permettent de lier le tout. « This Modern London » est ainsi une évocation pleine de sens sur la vie frénétique que procure l’existence urbaine, avec un style direct et dans lequel les sentiments sont à fleur de peau, écorchés comme les arpèges de guitare qui l’accompagnent.

Au bout du compte, The Reckoning bénéficie de la particpation sensible de Ryan Adams au même titre que ce dernier avait eu la possibilité de voir son répertoire injecté de « soul » par la présence de Johns. C’est un moment de grâce, oh combien rare, qui peut souder deux artistes dans leurs recherches du beau et de l’inexprimable.

***1/2

The Steve Adamyk Band: "Dial Tone"

Publié: 10 juillet 2014 dans Quickies
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Ce groupe de Ottawa est passé relativement inaperçu dans la scène musicale canadienne malgré trois albums. C’est fort dommage car The Steve Adamyk Band est peut-être un des meilleurs groupes de garage rock qui ne se prend pas la tête du pays.

Dial Tone les voir revenir avec un quatrième opus après un longue tournée qu’ils ont faite au Japon et qui peut-être feront tourner certaines oreilles dans la capitale canadienne. Il n’y a toujours rien de bien sophistiqué dans ce que le trio nous offre : une musique accrocheuse, exécutée à vive allure qui est fexécutée pour vous faire bouger et qui devrait y parvenir.

Le disque débute sur un « Forced Fed » qui rappellera les Buzzcocks et qui continuera sur le même rythme pour les quelques 30 minutes qui le constituent. En fait, les plages se fondent les unes aux autres avec une telle fluidité qu’on a souvent la sensation d’être en retard si on essaie de regarder en même temps le « tracklisting ».

On trouvera des sons garage/punk sur des morceaux comme « Careless », « You’re The Antidote » et « Anne » alors que le fracas de de « M.R.I. » ne cachera pas le riff addictif qui est bien niché sous la composition et qu’il en sera de même pour la guitare tourmentée de « Waiting For The Top ».

Les thèmes abordés sont habituels : la mort (« Suicide ») ou le fait de se perdre dans la danse (« Mirror Ball ») ; c’est une uniformité que l’on trouvera dans le schéma quelque peu répétitif des morceaux. Dial Tone aurait mérité une diversité qui lui aurait donné une tonalité différente, ce sera peut-être le cas une fois prochaine.

**1/2