Pfarmers: « Gunnera »

Pfarmers est un groupe bigarré mais dont la crédibilité indie n’est pas à démontrer puisqu’il est constitué de membre de The National, Memonema et de musiciens ayant travaillé avec St. Vincent et Sufjan Stevens.

Le combo avait envoyé un « teaser » sous la forme d’un « single », « The Ol’ River Gang » suivi d’un « You Shall Know The Spirit » qui avait intensifié l’intérêt qu’un tel « line up » pouvait susciter.

L’album, Gunnera, offre un cortège assez conventionnel de climats moroses, légèrement accrocheurs où les synthés se paient la partie belle. Ceux-ci sont disloqués comme pour générer une ambiance onirique (le disque est censé avoir surgi à la suite d’un rêve) et le concept de réincarnation.

Le titre de l’album se fait alors explicite puisque Gunnera est une plante poussant aux bords du Jourdain, la Terre Promise selon la Bible. Bien que l’album nous enrobe dans un aréopage de tonalités, on s’y noie assez vite ce qui est un comble pour un disque censé symboliser une renaissance. On retiendra la singularité du projet sans être particulièrement affecté par son exécution.

**1/2

White Eyes: « White Eyes »

À la fin des 60’s et au début des 70’s toute une flopée de groupes s’est investi dans un rock plus ou moins psychédélique marqué par le mouvement hippie. White Flag fut l’un de ces combos à porter haut le drapeau des « freaks » à Columbia dans le Missouri et entra en studio pour enregistrer un album de démos en 69 dans l’espoir de glaner un contrat avec une maison de disques.

Celui-ci ne se matérialisa pas et le groupe fut condamner à tourner dans le Midwest avant de se séparer.

L’album, essentiellement « live » est désormais édité et pour ceux qui ont la nostalgie des solos de guitares incendiaires, des vocaux puissants et des harmonies lumineuses White Eyes méritera l’attention.

Le combo n’était pas véritablement très impliqué dans la facette psychédélique de la musique de l’époque et il s’attachait avant tout à véhiculer une « vibe » plus pop. Le disque s’ouvre sur une version de la reprise de « It’s For You » des Three Dog Night (une obscure composition de Lennon et McCartney) mais le songwirting et solide et l’interprétation parfaitement exécutée montraient qu’ils auraient pu sortir du lot, chance aidant.

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Guantanamo Baywatch: « Darling…It’s Too Late, »

Sur Chest Crawl en 2012, Guantanamo Baywatch avait poussé son surf-punk au fond d’une marée boueuse et sale où il semblait trouver maints plaisirs à se complaire au moyen de sonorités venues d’une ère musicale depuis bien longtemps, disparue.

Avec Darling…It’s Too Late, le trio de Portland a décider de muter vers ce qu’il se fait de plus noble en matière de pop des années 50 et 60 et le résultat est plutôt bien réussi.

L’album s’écoute comme on le ferait autour d’un jukebox qui nous proposerait un tour nostalgique de ces temps où The Ventures, Dion ou autres Shangri-Las tenaient le haut du pavé.

En dépit d’un ouverture qui se laisse facilement oublier le disque va très vite s’envoler et nous faire nous envoler vers des morceaux comme l’excellentissime « Too Late », une ballade à vous fendre le coeur nourrie d’arpèges et qui semble invoquer l’esprit de « Unchained Melody ».

Il ne faut pas chercher à aller plus loin dans ce qui gouverne Darling…It’s Too Late ; c’est dans cette optique que l’on pourra apprécier ces rares instants de béatitude pop.

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Sóley: « Ask the Deep »

Il s’est passé 4 ans entre deux albums pour la chanteuse compositrice islandaise Sóley Stefánsdóttir mais cette latence n’a pas mis un coup d’arrêt à ses plans à long terme. En 2014 l’artiste avait en effet sorti un mini-album au piano, Krómantík, inspiré de son éducation musicale classique et jazz mais Ask the Deep la voit revenir au fantastique sombre de ses débuts avec même une touche un peu plus ténébreuse.

Sur «  Ævintýr » on l’entend évoquer le fait d’affronter ses contes de fées et demander, sur « Halloween », comment s’éveiller à nouveau.

La complexité des choses est ainsi soulignée avec son jeu entre ce qui est du domaine du rêve et la réalité, le tout étayé par des atmosphères électroniques, de l’accordéon, un Omnichord, des synthés, une guitare et des percussions.

Le jeu de piano de Sóley se dissout souvent dans des arrangements qui véhiculent des climats qui vous hantent (« Follow Me Down ») de la même manière que le minimalisme contemplatif de « Lost Ship ».

Ces deux extrêmes incitent à la méditation ; Sóley parvient ainsi à faire fructifier les ombres qui jalonnent sa vision en parvenant à nous y entraîner.

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Chris Connelly: « Decibels from Heart »

La carrière de Chris Connelly a un constante, c’est le mouvement. Que ce soit dans ses groupes (Fini Tribe, Ministry, Revolting Cocks ou autres) ou sur ses albums solo il a toujurs été dans le changement.

Decibels from Heart l’exemplifie à nouveau que ce soit par un titre presque oxymore viasant à juxtaposer des contraires ou dans sa tonalité musicale diverse tout en reposant néanmoins sur un socle. Celui-ci est constitué de duos avec six vocalistes féminines qui accentuent les différents angles par lequels Connelly approche son approche.

Prdiuit par Matt Walker et enregistré avec des musiciens confirmés de la scène de Chicago, le disque affiche des textures diverses contrastant avec le tenor mélodieux du chanteur. Cette dimension contrebalance des textes poétiques («Mistreated and Wild») mais aussi accompagne les excursions en grand angle de Connelly dans la Brit-pop, la soul celtique et futuriste, le folk ou le post-glam.

Decibels from Heart est, au fond, un album fédérateur dans la mesure où il centralise les obsessions musicales du vocaliste dans un opus accessible. Il confirme son statut d’artiste iconoclaste même il n’atteint pas celui de Bowie ou Scott Walker.

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Novella : « Land »

Après un silence complet depuis un EP éponyme en 2012, Novella semblait s’être condamné à l’obscurité. En fait ce fut une hibernation dans une vieille usine devenue studio d’enregistrement, l’addition de deux nouveaux membres et un retour avec le « single » « Land Gone » montrant un son plus ample que précédemment.

Novella a eu l’intelligence de reconnaître ses limitations initiales et la décision de se calfeutrer et de peaufiner ses influences a présidé à ce « debut album ». Land s’ouvre avec les douces mélodies orientales de « Follow » et un schéma basé sur des rythmiques krautrock mais dotées d’harmonies cristallines et de tanpura qui accompagne ce qui semble être une nouvelle odyssée.

« Something Must Change » aura ainsi la trajectoire d’un missile tout en capturant les penchants teutoniques du groupe. Ailleurs des moments plus placides (« Younger Than Yesterday », « Sentence ») créent un espace plus reposant et propre à nous faire méditer.

Entre psychedelia luxuriante, échos éthérés rappelant « Tomorrow Never Knows » et refrains plus acérés, Land est une passionnante introduction à du psyche-rock fait pour les amoureux de kraut rock.

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Juan Wauters: « Who Me? »

Juan Wauters revient, non pas d’Uruguay son pays natal, mais avec un nouvel album d’indie pop plutôt fun à écouter dans le style folk-pop lo-fi délabré qui sonne à la fois contrit mais madré.

Who Me ? est, en effet, faussement interrogateur malgré l’utilisation d’accords délibérément simplistes et de textes anecdotiques. On est dans le mode acoustique bricolé ce qui donne plus de perçant à des titres enthousiastes comme « Woodside, Queens » et les deux titres chantés en Espagnol que sont « En Mi » et « Así No Más ».

On retiendra également le groove de « I »’m All Wrong » et « Through The Red » ainsi que la fausse attitude d’un singer songwriter qui semble se cacher derrière sa musique mais a peine à dissimuler un regard faussement effarouché.

On retiendra par conséquent l’aspect engageant de Who Me ? mais on regrettera son affectation qui frise le nombrilisme.

**1/2

 

Unknown Mortal Orchestra: « Multi-Love »

Avec le succès inattendu des deux premiers albums de Unknown Mortal Orchestra, Ruban Nielsen a décidé de s’offrir une sérieuse mise à jour dans son studio où, comme à l’accoutumée, il a tout enregistré lui-même mais, cette fois-ci, avec un arsenal high-tech.

Multi-Love est, par conséquent, plus synthétique qu’homéopathique comme sur la disco qui agite « Can’t Keep Checking My Phone » ou la dramaturgie de « The World Is Crowded ». On retrouvera néanmoins la même thématique que sur II, à savoir gérer la solitude et son cortège de réflexions sur la complexité des relations humaines.

Chez lui, il n’est pas question de chercher un équilibre car les frustrations peuvent être résolues par l’inspiration artistique. On comprendra alors l’intérêt de Nielsen pour l’astrophysique et ses questions sur l’univers.

Avec Multi-Love on change ainsi de système d’exploitation où la technologie règne en maître. Disparaissent alors les bugs de la créativité humaine et on se prend à rêver que Nielsen ait invité quelques amis plutôt que de faire tout au moyen de gadgets électroniques.

**1/2

Holydrug Couple: « Moonlust »

Après nous avoir concocté un trip sous acide plus doux qu’astringent sur Noctuary, ce duo venu de Santiago du Chili navigue vers des rivages différents avec leur « follow up » Moonlust.

On y trouvera de l’electro française ; The Holydrug Couple reconnaît d’ailleurs que la plupart des titres sont inspirés de Air.

Les mélodies pop affichent des tempos langoureux, des vocaux voilés et des textures exécutées par des synthés propres à susciter l’intérêt de n’importe quel client d’un coffee bar.

Le duo nous livre ainsi une musique suave et comme passée au percolateur, de type crooner comme sur « Baby I’m Going Away » ou « spacey » (éIf I Could Find You (Eternity) » ou en se lançant dans des instrumentaux (« Generique Noir » et « French Movie Theme »). Le résultat est distrayant et agréable pour qui veut se vider la tête.

**1/2

Surfer Blood: « 100 Palms »

1000 Palms est un disque plutôt enlevé pour un groupe assailli de problèmes, le plus grave étant le départ de leur guitariste Thomas Fekete en raison d’un sarcome aux poumons.

Le quatuor de Floride a pourtant été capable de puiser dans son escarcelle la plus vive pour confectionner onze titres de surf-rock ensoleillé et clair (pas de fuzz), débridé et plein de verve et de vigueur.

Les textes n’ont, bien évidemment, pas tous cette nature mais sils sont suffisamment bien écrits pour êtres sensibles sans se montrer pesants. Ainsi John Paul Pitts chante sur « Feast Famine », « J’ai fait bonne figure avant mais aujourd’hui je deviens si émacié ». C’est sans doute le morceau phare, tout autant en termes de textes que de musique tant il conjugue accroche imparable et mélancolie diffuse.

Surfer Blood a, pour ce disque, évité tout soutien d’une « major » ; cela rend l’album plus personnel et collaboratif par exemple sur « I Can’t Explain ». On appréciera l’éclectisme dont il fait preuve sur ce quatrième opus preuve s’il en est qu’il dispose encore d’une marge de manœuvre si tant est que les galères ne l’emportent pas.

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