Blonde Redhead: "Barragán"

Publié: 20 septembre 2014 dans On peut se laisser tenter

Sur ses 21 ans d’existence, Blonde Redhead a connu une série de réinvention graduelles mais drastiques. Leurs débuts étaient ceux d’un groupe art-punk abrasif basé à New York avec souvent à la production Steve Shelley de Sonic Youth ou de Guy Picciotto (Fugazi). Vers l’an 2000 ils se sont dirigés vers l’éthéré et l’acoustique (Melody Of Certain Damaged) et solidifiant cette expérience vers les tonalités plus nuancées sur le délicat Misery Is A Butterfly.

Après des expérimentations shoegaze de 23 et dream pop avec Penny Sparkle ce neuvième album, Barragán, marque une nouvelle évolution, et, en partie, le retour vers un registre où les compositions vont être faites de sous entendus, le tout suscitant parfois l’enchantement et à d’autres moments la sensation de se retrouver dans un songwriting aux dérives hasardeuses.

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Penny Sparkle bénéficiait d’une production maximaliste qui, parfois, plongeaient les compostions dans une certaine stérilité alors que Barragán voit le groupe oeuvrer dans le dépouillement que ce soit en termes de volume et de composition. La chanson titre sonne comme une lamentation hispanisante conduite à la flûte, le tango de « Lady M » est doucement syncopé, « Cat on Tin Roof » brille par ses guitares acoustiques qui s’entremêlent comme une toile d’araignée et « The One I Love » explore la chamber pop de façon merveilleuse alors que « No More Honey » sera comme un effleurement tordu d’une schizophrénie à la Deerhoof. Retenons aussi la performance vocale de Amadeo Pace sur un « Dripping » séducteur en diable ce qui donne à l’album de quoi en faire un opus engageant.

Il est, par contre, des moments où le charme opère moins : il s’agit de tentatives de donner plus de fleuri et d’excentricité à la production très stylisée de Drew Brown (Lower Dens, Radiohead ou dans des structures de compositions parfois complaisantes. « Defeatist Anthem (Harry And I) » voit sa sérénité en apesanteur perturbée par des enregistrements pris sur le vif et une jam qui se prolonge inutilement tout comme les neuf minutes de « Mind To Be Had ».

Même au milieu de toutes ces fautes de goût, reste une chose qui fédère Barragán : il s’agit de la voix de Kazu Makino qui survole l’ensemble avec grâce, y compris quand elle s’intègre à celle de Amadeao Pace sans s’y noyer. Plutôt que de faire de grandes déclarations, ce nouvel opus se contente d’instaurer une musique d’humeur, peut-être qu’à la lueur du jazzy et réussi « Cat on Tin Roof » ce travail n’aura pas été effectué en vain.

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Pallbearer: " Foundation of Burden"

Publié: 20 septembre 2014 dans Quickies
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Formé en 2008 à Little Rock, Arkansas, Pallbearer a sorti un premier disque de doom metal, Sorrow & Exctinction (un hommage émouvant à la mortalité qui est notre lot) dont le succès nous a fait attendre avec impatience la venue du second. Voici sous le nom de Foundation of Burden il y compte un sacré nombre de titres épiques et au long cours qui justifient l’espoir placé en eux.

« World’s Apart »ouvre de disque de manière grandiose : tonalités de guitares spectaculaires, tempo de deuil à l’état pur le tout ponctué par une mélodie irrésistible. et un rythme qui va progressivement se tordre et rejoindre des vocaux qui semble viser les cieux, La plage suivant, « Foundations », présente une facette plus dure et dense, mais le tempo va demeurer lent et traînant. Guitares et basse sonnent en confrontation avec une mélodie plus mélancolique que précédemment. Pour la première fois depuis le début du disque la musique va s’ouvrir à une section où règnera l’harmonie où les guitares abandonnent leur distorsion et adoptent un son plus chaleureux.

Sur « Watcher In The Dark » les lignes endeuillées dune guitare vont se marier à une autre six cordes comme pour augmenter encore l’atmosphère de désolation et le battement léthargique de la batterie va apporter sa propre contribution à un titre qui, sur plus de dix minutes, va apporter un crescendo de plus en plus massif où l’épique le dispute à l’abattement. Le solo de guitare, bien que discret dans le mix apporte une diversité et joue avec la sensation que le morceau va se clore en « fade out » alors que la cascade sonique continue son avancée.

Il ne faudra pas chercher la subtilité ici, en particulier sur « The Ghost I Used To Be » qui promène un sentiment presque rétro avec son fracas de guitares et de percussions mais Pallbearer saura terminer en beauté avec un « Ashes » plein de grâce juste avant que l’album ne se termine sur un « Vanised » qui reprend le flambeau de l’énergie.

Foundation of Burden marche dans les pas de Deafheaven en rendant le doom metal radicalement plus riche et mélodique. C’est aussi un disque clé dans la mesure où il parvient à se balancer facilement entre le douloureux et le cathartique, montrant que l’un est souvent le chemin vers l’autre.

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The Fence Collective est, à l’origine, un collectif de musiciens écossais se réunissant dans un peu à Fife et ayant donné à la scène écossaise un nombre considérable de talents (King Creosote, The Beta Band) anisi que d’autres, pourvoyeurs d’une musique élégante et excentrique.

Parmi eux on retrouve James Yorkston, un des artistes les plus cohérents et développés de ce qui est devenu un label de disques. Il a produit un livre en 2011 ( It’s Lovely to be Here: The Touring Diaries of a Scottish Gent) mais assez musicien pour que son goût des mots n’ait jamais supplanté se musique et, sur ce dixième album, il continue de nous enchanter avec ses textures instrumentales rêveuses.

À ce stade d’une carrière on a atteint un âge où on se penche sur sa jeunesse, c’est, sur The Cellardyke Recording and Wassailing Society, ce qu’entreprend de faire Yorston avec Chip Taylior à la production et sa compatriote KT Turnstall qui l’épaule tout au long des seize titre.

Ce chiffre indique que l’artiste a atteint un degré d’assurance et d’inspiration certain et que, s’il explore son passé, il le fait sans nostalgie mais avec grâce et dignité. Les morceaux sont indubitablement des exercice folk; ils sont chaleureux dans les réflexions qu’ils font de la vie familiale ans une petite ville côtière de l’Écosse.

Disque rassurant, baignant dans une lueur élégiaque et confortable même dans des compositions qui peuvent sonner comme des complaintes (« King of the Moles », « Broken Wave ») alors que le mi-récité « Guy Fawkes’ Signature » va être porteur d’une subtile rythmique calypso complémentant les intonations apaisantes du chanteur.

Rien ne va sembler ici s’égarer tant Yorkston est convaincant dans son credo qui est de prendre son temps. Que les titres soient tristes ou édifiants, ils ne sont jamais nombrilistes et l’élégance qui les habite est un exemple pour ceux qui s’adonnent aux regards rétrospectifs sans tomber dans la mélancolie.

***1/2

DZ Deathrays: "Black Rat"

Publié: 20 septembre 2014 dans Quickies
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Ce duo de Brisbane bat la campagne australienne depuis près de cinq ans, comme si il avait pour mission d’y répandre la bonne parole thrash pop. Leur nouvel album, Black Rat, voit DZ Deathrays les voit toujours adopter le même registre avec une petite variante dans les vocaux (un falsetto perçant qui s’intègre parfois à des chorus répétés sans lassitude) , le tout servat de toile de fond à près de 40 minutes d’une atmosphère lente et lascive, pleine d’une sueur véhiculée par une guitare séductrice et larmoyante.

La chanson titre se fraie un chemin atomisant dans nos oreilles, morceaux sexy et patient mais doté d’un volume sonore qu’on a rarement entendu en Australie depuis The Minogues. On doit ceci au producteur Burke Reid en pleine phase avec l’attitude que Simon Riley et Shane Persons ont envers leurs instruments et qu’on pourrait résumer ainsi : « Ne prenez aucun prisonnier ! »

Début propice et prophétique puisque le « zingle » « Gina Works At Heat » est comme un cou de poing en direction de votre cœur alors que « Less Out Of Sync » « Respective Skills » nous plongent dans un dialogue nous embrigadant encore plus dans la « névrose » du groupe.

Le disque a un cohérence stylistique, mais c’est celle de l’au mélangée à l’huile pourtant. « Northen Lights », « Night Walking » et « Tonight Alright » sont des attaques à nos sens plus retenues, abvec des nuances dans les couleurs qui n’ont rien à voir avec les grands coups de pinceaux précédents.

L’accalmie sera de courte durée avec un « Ocean Exploder » dont l’épithète exemplifie la sensation qu’il procure : punchy comme du Tyson, servi par un riff monstrueux et rempli de cris minimalistes il semble vous rappeler que vous n’écoutez pas du Franz Ferdinand.

Le disque se terminera sur un « Nightslave » assaut electro disco ; comme les autres compositions, et quelque soit vers où elles penchent musicalement, cette composition de vous empêchera pas de vous faire ruer dans tous les sens, c’est un encouragement dionysiaquedont on aurait tort de se priver.

***1/2

Bishop Allen: "Lights Out"

Publié: 19 septembre 2014 dans Quickies
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Bishop Allen est un duo de résidents éduqués à Harvard ce qui implique que leur approche du rock indie et de leur projet qui persiste à se présenter comme de la pop enlevée n ‘est qu’une de leurs nombreuses activités.

Depuis dix ans, ils ont en effet joué dans plusieurs films et une série présente sur le web, co-dirigé un documentaire sur Bob Dylan (Justin Rice) ou même co-fondé un site de rencontres (Christian Rudder). À eux deux ils ont composé la bande-son de Bully et trouvé le temps de sortir quatre albums et 12 EPs. Leur dernier disque, Grrr…, date de 2009 il était donc normal d’être en attente de Lights Out.

Cet album ne se différencie pas pourtant du précédent. « Star Again » est estival à souhait et va ouvrir la voie à d’autre titres du même genre, riffs addictifs et harmonies garçon/fille éthérées avec, ici et là, un « Why I Had To Go » chaud et mélancolique qui ralentit un peu la cadence mais pas la sensation de bien-être.

Quelque part, dix ans après, Lights Out est une tentative de nous faire croire que les années vingt ne se sont jamais terminées avec un son très « old school » plutôt surprenant aujourd’hui mais qui nous procure un émoi où la nostalgie a la part belle.

Certains morceaux néanmoins parviennent à dépasser le sentimentalisme et le regret de choses qui, pour beaucoup, n’ont jamais été vécues. « Hammer And Nail » est une de ces plages où le groove prédominera et « Shadow » terminera Lights Out sur une note joliment acoustique.

Le succès de cet album résidera, au bout du compte, de capturer un sentiment et nous le rendre accessible. Ça n’est sans doute pas prodigieux, surtout après un hiatus de cinq ans, mais leur talent à confectionner des chansons pop ne devrait pas être boudé.

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Celebration: "Albumin"

Publié: 19 septembre 2014 dans On peut se laisser tenter
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Albumin est le quatrième album de Celebration ce trio de Baltimore mené par la vocaliste Katrina Ford. Jusqu’à présent sa musique était facile à définir de l’indie rock psychédélique), ce disque est beaucoup plus malaisé à appréhender. Il n’a, en effet, rien à voir avec un effort rock et d’électronique mais il va évoluer de façon permanente entre différents genres.

On y trouve bien sûr ce qui fait partie de leur registre mais Celebration aborde aussi la soul, des accompagnements au piano dignes de Frank Sinatra (« Only The Wicked » ) et quelques plages (« Razor’s Edge » ou « Chariot ») on même une tonalité industrielle et gothique menaçante enfouie sous les vocaux.

D’autres titres seront implacablement menés alors que d’autres ont pris l’option de ne pas se soucier de structures hormis des vocaux qui errent de manière morcelée (« I Got Sol »).

Cette caractéristique est d’ailleurs celle qui fédère tout l’album, Ford aménageant les morceaux de la façon qui conviendra le mieux à sa voix : le résultat est un disque où elle ne se répète que rarement et où elle n’essaie pas de nous offrir de mélodies auxquelles on pourrait s’accrocher.

La meilleure définition qu’on pourrait donner à Albumin est que c’est une sorte dee jam free-form ou post-moderne ; poste-électronique, post-soul, post-jazz mais aussi post-rock. La plupart des groupes composent de façon standardisée : musique, textes et chorus. Cela leur permet de se raccrocher à quelque chose quand une chanson véhicule un sentiment d’égarement ou d’expérimentation. Les vocaux ramènent le groupe et l’audience aux basiques mais, avec Celebration, cette formule est complètement réinventée. La structure musicale est bien chevillée et verrouillée et c’est la voix de Ford qui, débridée, procure cette sensation d’improvisation. Il est d’ailleurs difficile de savoir si ses textes sont improvisés ou pas et c’est ce qui rend Albumin intéressant.

En combinant un phrasé à la Grace Slick et une précision à la Fiona Apple, Ford aide à faire de ce disque un album post-moderne sans qu’on s’en rende compte. Il conserve en effet une instantanéité toute rock qui lui donne énergie et excitation. C’est en ce sens que, tout difficile à écouter qu’il soit, c’est un merveilleux opus à cheval entre rock et expérimentalisme. Albumin nous intrigue et nous fait réfléchir à ce qui se passe tout au long de ses dix plages, n’est-ce pas de cela que lout fan musique a besoin ?

***1/2

Jenny Hval & Susanna: "Meshes of Voice"

Publié: 18 septembre 2014 dans Quickies
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Jenny Hval est un artiste norvégienne assez subversive, qui a travaillé avec John Parish et qui est fortement influencée par Kate Bush et Jimmy Summerville. Prolifique, elle s’est, ici acoquinée avec une autre artiste norvégienne, Susanna (Wallumred) qui est, elle, une véritable vocaliste.

Toutes deux oeuvrent dans le domaine de la musique «  ambient  » et dream pop parsemée d’une couche de psychedelia. On pouvait donc s’attendre, avec Meshes of Voice, à un album dont la palette sonore serait plus accessible mais, commencé en 2009 et à peine touché depuis, l’album a beaucoup plus de sens si on l’examine à la lueur de cette date, avant même que Hval n’ait pu accéder à un son qui lui était propre et que Susanna n’ait réussi à comprendre quelle était sa véritable persona.

De ce point de vue, le disque ne peut être perçu que comme régressif par rapport à 2014, d’autant que la notion de subversion a beaucoup évolué en 5 ans. Les premiers albums de Hval (Viscera et Innocence) étaient des disques où la musique permettait une forte introspection, celui-ci sonne a la même ambition mais est moins intéressant dans la musique est nettement moins fluide et sonne aux antipodes de la dangerosité qui prévalait jusqu’alors.

Ça n’était qu’après une assez longue accoutumance qu’on commençait à se sentir plus en sécurité avec elle, alors que Meshes est trop facile à appréhender. Il y a comme une panne d’inspiration quand on regarde le nombre de titres qui, faute de savoir comment ils peuvent être arrêtés, se terminent sur une avalanche de sons en feedback.

Même si Hval a tenté de freiné ses tendances les plus givrées pour complémenter les habiletés de Susanna ; on a avant tout la sensation d’assister à un des heurts plutôt qu’à une collaboration saine. Bien sûr Meshes n’est pas un mauvais album : «  I Have Walked This Body » aurait mérité de figurer dans la discothèque solo de Hval. Mais c’est précisément par rapport à ce dont on sait qu’elle est capable qu’il est permis d’être frustré ; en même temps, ceci étant son disque le plus accessible il n’est pas interdit de penser que la marge de progression de l’artiste saura se faire jour à nouveau avec ou sans Susanna.

**1/2

Luke Sital-Singh: "The Fire Inside"

Publié: 18 septembre 2014 dans Quickies
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Les premiers titres qui frappent sur ce premier album de Luke Sital-Singh sont « Nothing Stays The Same » ou « Bottled Up Tight », morceaux insouciants et légers, pleins de charme mélodique et prometteurs. Ils ont, d’ailleurs, valu à l’artiste le fait de figurer dans la listeun des meilleurs espoirs musicaux pour 2014 selon la BBC tant ils étaient prometteurs.

Le problème est que leur nature répétitive semble figer The Fire Inside et obérer toute expansion. L’élan ne se manifeste pas au-delà de ces quelques compositions et il est difficile alors de s’identifier à des chansons de feu de camp traitant d’amour perdu et sonnant comme des copier/coller l’une de l’autre et semblant manquer du moindre investissement émotionnel.

Il ne faudra pas non plus guetter une quelconque accroche au niveau des textes car ceux-ci se présentent comme des puzzles cryptiques et n’offrent, tout au long du disque, aucune solution ; un peu comme si on nous narrait une histoire n’ayant ni début, développement ou dénouement.

Ce qui est irritant est que Sital-Singh démontre un talent certain pour façonner des atmosphères pleines et grandes mais qu’il se repose certainement trop sur cette faculté. Seule un sursaut plus nuancé se fera jour sur le dernier titre, « Benediction », conduit exceptionnellement par un piano qui se substitue enfin aux irritants tintements de guitares qu’accompagne un tambourin dont le frappé devient rapidement prévisible. Ici la voix du chanteur se fait plus hésitante et emplie de failles. C’est dans ces moments où il se montre plus vulnérable que The Fire Inside peut nous soulever tant il semble sincère. Cela vaudrait mieux, en tous cas, que la fausse poésie dans laquelle il se plait trop souvent.

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Peter Escott est membre du duo de freak rock tasmanien, Native Cats. C’est aussi un poète, un « stand up comedian » et, quand il est en spectavle avec les Cats il arbore des tenues clownesques et un jeu de scène qui n’ont rien de subtils.

Sur The Long O, l’album solo de Escott, nous avons droit à une version bien plus intimiste où ses talents de lyriciste sont enfin mis en valeur. Un synthé, un piano et des vocaux chargés concourent à faire de de disque quelque chose d’habilement nuancé et dépourvu d’affectation.

Le disque donne d’ailleurs la sensation de se suffire à lui-même : bribes de mélodies, accords de guitare légers presque approximatifs, volonté d’être brutal dans son honnêteté ou son introspection et un son d’orgue se révélant souvent obsédant. « Every Afternoon Is Holy » par exemple montre à quel point la solitude peut devenir inquiétante quand au clavier s’ajoutent des soupirs qui sonnent presque sans vie.

Tout le disque va baigner dans cet inconfort tout en procurant néanmoins quelques lumières optimistes. « My Arm Is True » est une ballade amoureuse dans laquelle les sentiments sont débités à vive allure comme des hymnes, la voix travaillée derrière des synthétiseurs aux tonalités liturgique. On navigue ainsi entre l’incandescent et le naïf avec cette référence à un « corps qui respire, qui bat, un corps chaleureux et qui est à toi. »

Si The Native Cats ont acquis une certaine notoriété c’est également de grâce aux dons qu’Escott possède à manier les mots. Il est capable d’y ajouter des efforts pop consistants (les « singles » « Believe In Devil World » ou « My Heaven My Rules ») qui affichent une certaine énergie mais sans avoir le côté paranoïaque des Cats même si parfois le mélodica grinçant de « The Bell » terminera The Long O sur une note discordante.

L’album, malgré ces influences plus sombres, restera pourtant emblématique de ce qu’un béatitude peut apporter si elle n’est pas accompagnée de niaiserie. Escott parvient à se monter fragile sans, toutefois, capituler ; c’est une belle démonstration de lucidité et de résilience.

***1/2

Black Wine: "Yell Boss"

Publié: 18 septembre 2014 dans Quickies
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Le nouvel album de Black Wine, Yell Boss, se conforme plutôt bien à la façon dont le groupe définit le son de sa musique, du « no core ». On peut y percevoir de nombreux styles mais les énumérer n’aurait pas beaucoup de sens surtout quand ses trois membres se partagent les vocaux. Disons que c’est tout bonnement un disque de rock and roll.

Ce quatrième opus s’ouvre sur « Komrades » frénétique pour nous mettre en train alors que le titre qui suit, un « Breaking Down » plus mélodieux, servira à montrer le versant plus pop du combo. « No Reason », un morceau blues qui ferait un « single » évident, sera farouche et accrocheur, avec des vocaux de Miranda Taylor qui ajuste ses percussions aux riffs assassins de Jeffrey Schroeck. « Familiar », impeccablement situé en milieu d’album est un titre presque nu, interprétée par Taylor accompagnée simplement d’une guitare solitaire qui rappellera Liz Phair.

Taylor montera sa versatilité vocale avec un phrasé plus doux émergeant d’un « Rime », doté d’une intro de guitare en distorsion de neuf minutes avant que Jason Nixon, le bassiste, ne prenne un relais plus virulent fait d’une six corde en surmultipliée et de textes prenant référence au Dit Du Vieux Marin, le poème de Coleridge.

Black Wine retrouvera un punk plus « fun » avec un « Solar Flare » excédant à peine la minute, apportant qu « sequencing » de Yell Boss cette touche supplémentaire qui en fait un album pétri d’influences 60’s et 70’s agréable à écouter. On terminera enfin sur les 80’s avec « Love Chain », composition intrigante dans laquelle le jeu de la basse et de la batterie feront penser à Cure.

Bien que bref, moins de 30 minutes, il se passe beaucoup de choses sur le disque. Utiliser trois chanteurs et ne pas se soucier d’appartenir à un genre pré-défini convient parfaitement à l’éthique « no core » du groupe qui rendra son écoute diverse, puissante et addictive.

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